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ARCHIVÉE - Le trèfle et
la feuille d'érable
Le patrimoine documentaire des Canadiens irlandais à Bibliothèque et Archives Canada

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Dissertations

Littérature

Jeune Irlande

Michele Holmgren
Collège Mount Royal, Calgary (Alberta)

Thomas D'Arcy McGee (1868)

Le nationaliste irlandais Thomas Davis considérait le Canada comme un modèle d'autonomie gouvernementale. En parlant des rébellions du Haut et du Bas-Canada en 1837-1838, il a publié un éditorial dans le journal du mouvement Jeune Irlande, The Nation, où il s'imaginait le Canada s'écrier : « Ma sœur l'Irlande, mes chaînes se rompent. Pourquoi dors-tu encore, oh ma sœur? » (12 novembre 1842). [traduction]

Le mouvement Jeune Irlande a été fondé en partie pour soutenir la démarche de Daniel O'Connell, alors en campagne pour abroger l'Act of Union et rétablir le Parlement irlandais. Ses membres superposaient des textes à saveur historique ou patriotique sur des airs traditionnels, et même sur les chansons de combattants des diverses factions, afin d'encourager les Irlandais à voir ce qu'ils avaient tous en commun malgré leurs différentes origines religieuses ou ethniques. Le fait d'envisager une nation qui unifierait des groupes disparates sur les plans ethnique, linguistique et religieux représentait un défi pour les nationalistes tant irlandais que canadiens, défi qui revêtait une importance particulière pour Thomas D'Arcy McGee, alors membre de Jeune Irlande.

Première page du numéro du 12 janvier 1858 du journal New Era de Thomas D'Arcy McGee, Montréal

À la suite de la grande famine, le mouvement Jeune Irlande s'est radicalisé, et McGee a été forcé de fuir le pays en 1848, après avoir participé à l'organisation d'une rébellion ratée. Fondant des journaux à Boston et à New York, il est témoin de l'incroyable pauvreté de ses compatriotes émigrants et de la discrimination dont ils sont l'objet. Ses nombreuses tournées d'allocutions au Canada lui permettent de comparer la situation de ces derniers à celle des Irlando-Canadiens, particulièrement au Québec, et de constater la relative prospérité que connaissent les collectivités irlandaises. En 1857, il crée à Montréal un nouveau journal, le New Era, dont les pages éditoriales révèlent son changement de cap, de la politique irlandaise au développement d'un nationalisme canadien issu des diverses cultures émigrantes :

Nous pensons que les fragments de toutes les anciennes nationalités devraient être absorbés; nous croyons également que le nouveau patriotisme doit servir de solvant, en procurant un milieu clément et indulgent, propice à l'amalgame des matériaux présents. (« An Exception Answered », New Era, 26 janvier 1858) [traduction]

Dans des éditoriaux intitulés « Canadian Nationality - Literature », « The Future of Canada » et « A National Literature for Canada », le New Era explore la notion de l'identité canadienne bien avant la Confédération, et McGee reconnaît sa dette envers les lettres nationalistes : « Nous avons vu une époque se dérouler dans les pages de la littérature irlandaise, et nous parlons avec expérience; nous étions en effet les humbles élèves des hommes qui l'ont créée » (« A National Literature for Canada », New Era, 17 juin 1857). [traduction]

Daniel O'Connell, illustration produite pour le centenaire d'O'Connell (Canadian Illustrated News, 7 août 1875)

Dans le seul recueil de poésie qu'il a publié (Canadian Ballads, 1858), McGee applique les principes d'écriture patriotique de Jeune Irlande à sa propre prose, créant des « chansons à boire », des motets et des ballades à partir de ce qu'il jugeait être de grands tournants dans l'histoire du Canada. Les liens irlando-canadiens étaient enfin réciproques : la vision d'un Canada s'appuyant sur des principes d'égalité et de tolérance avait inspiré les nationalistes irlandais qui, en retour, ont fourni un modèle de littérature aux Canadiens soucieux de définir leur identité nationale en fonction des cultures de divers groupes d'émigrants.

Traduit par Bibliothèque et Archives Canada

Bibliographie

Michele Holmgren, titulaire d'une maîtrise en littérature irlandaise accordée en 1992 par la Queen's University of Belfast, termine en 1997 un mémoire intitulé « Native Muses and National Poetry: Nineteenth-Century Irish-Canadian Poets », obtenant ainsi un doctorat en littérature canadienne de l'Université de Western Ontario. Elle a publié des articles sur le nationalisme littéraire chez les Canadiens et les Irlandais du XIXe et XXe siècles et a enseigné la littérature de ces deux nationalités dans plusieurs universités. Elle fait présentement partie du corps professoral au département d'anglais du Collège Mount Royal de Calgary.