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Le livre sonore et l'édition de livre électronique au Canada (2008)

Partie I : introduction et principales conclusions

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1.0 Introduction

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Les nouveaux formats de média font souvent concurrence aux formes et aux formats conventionnels pour gagner l’attention du public. Par exemple, le mot imprimé était autrefois considéré, et il l’est peut-être encore dans certains milieux, comme un affront à la connaissance et à la tradition orale du conte et de l’enseignement. L’invention de la télévision a changé à jamais le rôle de l’émission radiophonique dans la société moderne. En ce sens, l’introduction d’un nouveau médium ou d’une nouvelle forme de communication s’accompagne souvent d’une tension dynamique entre l’ancien et le nouveau, entre le désir de maintenir une forme de sens établie et l’intérêt naturel d’explorer quelque chose de prometteur.

Ce conflit se manifeste souvent sous forme de confusion et de peur que le « nouveau » entraîne la mort de l’ancien. En pratique, et comme nous le verrons dans ce rapport, cela n’est pas habituellement le cas. L’histoire nous montre que le plus souvent les formes établies s’adaptent et changent – ou du moins, le rôle qu’elles jouent et notre façon de les utiliser s’adaptent et changent – pour tenir compte du « nouveau ». 

L’histoire nous enseigne aussi que l’acceptation d’une nouvelle forme de communication ou de technologie se déroule souvent de façon totalement imprévisible et inattendue. L’introduction d’une nouvelle technologie se fait dans un contexte d’interrelations complexes entre des technologies, des cultures, des politiques et des économies connexes, contexte qu’on ne peut véritablement analyser et comprendre qu’avec le recul salutaire des années. 

Ces idées étayent le débat qui suit. La présente étude vise à contribuer à notre compréhension de l’industrie de l’édition en donnant un aperçu global de l’édition des livres sonores et numériques au Canada, et en analysant les enjeux actuels et les tendances du marché reliés à la production, à la diffusion et à l’usage de toute une variété de formats non imprimés.

L’étude englobe à la fois les marchés anglophone et francophone au Canada. Toutes les catégories majeures d’édition de livres, y compris les textes éducatifs, sont prises en considération; cependant, l’accent est en grande partie mis sur l’édition commerciale, c’est-à-dire les livres publiés pour le grand public et commercialisés principalement dans les librairies ou diffusés dans les bibliothèques publiques.

L’étude traite de deux grandes catégories de formats : (1) les livres sonores; et (2) les livres électroniques. Dans le cadre de cette étude, un livre sonore se définit comme un enregistrement de mots parlés fondé sur une édition imprimée d’un livre. Cela peut être une édition sonore complète non abrégée de l’œuvre originale ou un enregistrement abrégé. Cette définition comprend les œuvres lues par l’auteur, par un volontaire ou par des narrateurs professionnels ou encore par plusieurs interprètes. Elle comprend aussi tout enregistrement fondé sur une édition imprimée, qui avait été fait à l’origine pour la télévision ou la diffusion radiophonique et qui a été publié par la suite comme une édition sonore indépendante.

De même, une définition élargie s’applique à la catégorie des livres électroniques. Dans le cadre de cette étude, les livres électroniques représentent toute publication numérique de texte de la taille d’un livre (qu’elle soit fondée sur une édition imprimée équivalente ou non). Cette définition prévoit une gamme de formats interentreprises et entreprise-consommateur pour l’adaptation, la diffusion et la livraison du contenu numérique du livre. Elle prévoit aussi la possibilité d’utiliser des formats page fixe, tels que le Portable Document Format (PDF) popularisé par la compagnie Adobe, et les formats de fichiers « reformatables », tels que les fichiers XML ou HTML. Enfin, notre définition du livre électronique comprend à la fois les éditions pleine longueur (avec ou sans indexation supplémentaire, caractéristiques médiatiques ou autres caractéristiques différentielles) et des unités plus petites et indépendantes de l’œuvre originale, qu’elles soient publiées séparément ou regroupées dans une plus grande anthologie ou base de données.

En faisant des références générales à ces grandes catégories, nous utilisons de façon interchangeable tout au long du rapport les termes « éditions numériques », « publication numérique », « formats substituts » et « formats non imprimés ».

1.1 Contexte et structure de l’étude

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L’étude a été exécutée à la demande de l’Initiative de services de bibliothèque équitables (ISBE) de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et réalisée d’août à octobre 2008.

L’ISBE a été mandatée d’élaborer une stratégie nationale de services de bibliothèque équitables pour les Canadiens ayant des déficiences de la lecture des imprimés, c’est-à-dire d’étendre la gamme et la disponibilité du contenu numérique au sein des bibliothèques publiques pour les personnes incapables de lire les imprimés.  

Dans le cadre de l’ISBE, l’expression « incapables de lire les imprimés » décrit un assez large spectre de déficiences visuelles, perceptuelles et physiques, y compris les déficiences de la vue, les troubles d’apprentissage, et toute déficience cognitive ou physique empêchant une personne de lire une édition standard imprimée d’un livre. Au Canada, on estime le nombre des personnes incapables de lire les imprimés à trois millions de personnes, soit environ 10 % de la population totale du pays.

Nous examinerons tout au long de ce rapport les questions ayant trait à la fois aux lecteurs ordinaires et aux personnes incapables de lire les imprimés, ce qui nous permettra de définir les tendances doubles dans lesquelles les changements sur le marché du livre traditionnel peuvent être valables pour la communauté des personnes incapables de lire les imprimés et vice versa. Cette approche nous permet aussi d’examiner l’accessibilité des formats commerciaux existants et nouveaux par rapport à celle des formats et des technologies spécialisés destinés aux personnes incapables de lire les imprimés.

Comme nous le verrons, les lecteurs ordinaires et les personnes incapables de lire les imprimés ont tendance à se confondre naturellement, du moins jusqu’à un certain point, sur le marché du contenu numérique. Une sélection croissante de contenu de livres numériques offre de nouvelles possibilités aux personnes incapables de lire les imprimés, notamment quand ces formats numériques sont jumelés aux technologies d’assistance spécialisées pour les lecteurs ayant des déficiences. De même, la communauté des personnes incapables de lire les imprimés a encouragé les efforts d’innovation de numérisation sur d’autres marchés majeurs du livre. Au Canada, nous devrions également être alertés de cette possibilité.

Dans cette étude, la démarche de recherche a commencé par le dépouillement et l’étude systématiques des données et des analyses existantes en matière d’édition numérique et sonore au Canada et sur des marchés étrangers sélectionnés, notamment ceux qui comptent de grands exportateurs de produits culturels vers le Canada.

La phase initiale de la recherche s’est terminée par une série d’entrevues diverses avec les professionnels de l’industrie au Canada et aux États-Unis. Le groupe de personnes interviewées comprenait des éditeurs, des représentants des associations de l’industrie, des bibliothécaires, des détaillants, des fournisseurs de services spécialisés, des experts techniques et des consultants de l’industrie. Toutes ces personnes, sans exception, ont très généreusement partagé avec nous leurs points de vue sur l’industrie et nous ont offert leur aide. Nous tenons ici à les remercier de leur contribution.

Nous voulons préciser dès le début qu’il n’existe pas suffisamment de données publiques sur la publication de livres sonores ou d’autres types de publications numériques au Canada. Les statistiques qui servent de base au présent rapport proviennent des données de Statistique Canada et d’autres études publiées. Ces données ont été complétées par nos observations et par les renseignements collectés au cours des entrevues, ainsi que par des données propriétaires supplémentaires obtenues d’entreprises et d’organisations individuelles et de sources secondaires. Ainsi, nous voudrions particulièrement manifester notre reconnaissance envers BookNet Canada, Bowker, le ministère du Patrimoine canadien, Bibliothèque et Archives Canada, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, la Société de développement des entreprises culturelles, la Banque de titres de langue française et Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour leur généreuse contribution de données spécialisées et d’autres documents de recherche.

Nos conclusions et nos observations sont résumées dans le présent rapport et organisées dans les quatre chapitres suivants :

  • Partie I : Principales conclusions. Un commentaire sur le contexte élargi de la recherche, y compris un aperçu de certains des principaux facteurs qui constituent le moteur du changement dans ce secteur de l’industrie de l’édition, ainsi qu’un résumé de nos conclusions.
  • Partie II : Le marché canadien des livres numériques. Un aperçu du marché actuel des livres sonores et des livres électroniques au Canada, y compris les caractéristiques fondamentales du marché, du comportement du consommateur et des circuits du marché.
  • Partie III : La production des publications numériques. Une analyse de l’environnement actuel des productions numériques et sonores au Canada, qui tient compte des principaux producteurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’industrie traditionnelle de l’édition, ainsi que des facteurs affectant la production de titres.
  • Partie IV : La diffusion dans les bibliothèques publiques. Un aperçu des méthodes de collecte et de diffusion des éditions numériques par les bibliothèques publiques au Canada, ainsi qu’une étude des facteurs encourageant ou décourageant la disponibilité et l’usage des ressources non imprimées dans les bibliothèques canadiennes.

2.0 Principales Conclusions

2.1 Contexte

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Depuis au moins dix ans, les éditeurs et les consommateurs entendent toutes sortes de sombres prédictions sur l’émergence des livres électroniques et le déclin des éditions imprimées. Selon les projections d’une étude réalisée en 2000 par la firme PriceWaterhouseCoopers, les livres électroniques allaient représenter 26 % des unités de vente de livres en 2004. En 2000, la firme Anderson Consulting prévoyait également qu’un livre sur dix serait publié électroniquement d’ici 2005.

Avec le recul, on s’aperçoit que ces prédictions étaient largement optimistes. Les premières prédictions (et plusieurs de leur genre) ont encouragé un certain degré de prudence, voire de scepticisme, dans le commerce du livre. Les observateurs de l’industrie ont tellement crié au loup au sujet de l’imminence de la venue du numérique que beaucoup d’éditeurs ont tout simplement commencé à y prêter moins d’attention au fil des années.

Nous devons tenir compte de ce scepticisme même si nous constatons que nous écrivons ce rapport à un moment de changement rapide dans l’industrie du livre. L’acceptation générale d’Internet à large bande a donné naissance à un nouveau moyen de communication – un moyen qui s’accompagne d’une quantité de technologies connexes et qui a déclenché d’importants changements dans notre façon de lire et d’écrire. Internet est souvent poliment considéré comme une technologie perturbatrice, car il est capable de refaçonner les comportements et les marchés. L’industrie de l’édition a déjà mesuré certains des avantages et désavantages d’un marché axé sur Internet, et l’expérience nous montre que, dans cet environnement, le changement peut être rapide et de grande portée.

En un mot, et au moment même où nous écrivons ces lignes, le marché du livre se réorganise, et on ne saurait nier que quelque chose d’important se passe dans le monde de l’édition numérique.

Tout d’abord, le marché de consommation et le marché institutionnel du contenu numérique du livre connaissent une croissance rapide. Aujourd’hui (c’est-à-dire en 2008), toute personne de moins de 30 ans a grandi avec les ordinateurs et seules les personnes plus âgées se souviennent du moment quand Internet n’était pas encore un outil quotidien de communication et de divertissement, et ne servait pas à faire des exercices scolaires ou des achats. Ces « natifs numériques » sont des consommateurs tout disposés à se tourner vers les formats non imprimés, car pour eux la lecture sur écran, par opposition à la lecture sur page imprimée, ne pose aucun problème, ce qui n’est pas le cas pour ceux d’entre nous qui sont... plus âgés.

Le magazine The Economist faisait récemment remarquer que l’on nous prédit un « bureau sans papier » depuis les années 1960, mais qu’en réalité, « la consommation mondiale de papier de bureau a plus que doublé au cours des vingt dernières années du XXe siècle, car les technologies numériques ont plus que jamais rendu l’impression moins coûteuse et plus facile1 ».

L’article du magazine fait cependant remarquer qu’en 2008, « [La prédiction d’un bureau sans papier] semble enfin se réaliser. Les employés de bureau américains consomment moins de papier depuis 2001 [...] L’explication semble être plus sociologique que technologique. La nouvelle génération de travailleurs, qui a grandi avec le courriel, les éditeurs de texte et Internet, ressent moins le besoin d’imprimer les documents que leurs collègues plus âgés. Les bureaux sont loin d’être sans papier, mais la tendance est claire. »

À l’autre bout du spectre démographique se trouvent les personnes âgées, dont le nombre augmente au Canada, et ce vieillissement de la population implique que de plus en plus de consommateurs souffrant d’une perte de la vue ou d’autres problèmes les empêchant de lire les imprimés préféreront ou exigeront des formats non imprimés.

Considérons un instant la question de l’accessibilité de façon plus générale. Nous avons remarqué des cas, notamment aux États-Unis, où l’adoption de lois normatives et de mesures de soutien à l’accès aux documents a été un puissant moteur de développement de la numérisation dans l’édition des livres. Par exemple, la norme NIMAS2 a été adoptée à l’échelle nationale aux États-Unis, et elle est devenue une loi en 2004. Dans le cadre de la NIMAS, toutes les écoles du pays, de la maternelle à la 12e année, suivent une norme officielle de format XML pour l’accès aux ressources d’apprentissage. La législation connexe à la NIMAS exige des éditeurs vendant du matériel imprimé aux écoles étatsuniennes de fournir également des fichiers sources numériques à un dépôt d’archives national pour convertir ces fichiers en divers formats braille, livre électronique ou livre sonore et pour les diffuser parmi les élèves incapables de lire les imprimés. 

Au-delà de l’effet des normes ou des lois sur la population incapable de lire les imprimés, l’acceptation massive par le marché d’une nouvelle génération d’appareils portables fonctionnant avec Internet a accéléré la consommation du contenu numérique à la fois en ligne et par téléchargement. Les téléphones cellulaires, téléphones intelligents et assistants numériques personnels – plus particulièrement le BlackBerry de Research in Motionet le iPhone d’Apple – peuvent offrir la lecture électronique à de nouveaux degrés de facilité d’usage, de portabilité et de qualité d'expérience de lecture. De même, l’acceptation rapide des appareils de lecture spéciaux, notamment le Sony Reader et le Amazon Kindle3, a pour la première fois donné au livre électronique un important coup de pouce sur les marchés de consommation.

Parallèlement, grâce à la numérisation continue des flux de travaux, presque tous les éditeurs sont en mesure de créer une certaine quantité de fichiers de livres électroniques à partir de leurs fichiers de production originaux. D’année en année, le volume des titres numérisés de fonds d'édition (c’est-à-dire les titres dont il n’existe plus de fichiers de production numériques convenables) augmente de façon exponentielle. Comme nous le verrons plus loin, les éditeurs canadiens ont commencé à rassembler la première collection majeure de contenu numérique canadien et ils sont disposés à accroître considérablement ces archives. 

Enfin, le marché numérique a donné naissance à de nouveaux circuits de vente et à de nouveaux types de partenaires commerciaux qui offrent aux éditeurs des possibilités supplémentaires de mettre leurs éditions numériques sur le marché. Il existe maintenant d’importantes plateformes de consommation pour le contenu numérique du livre en ligne, y compris Amazon pour les livres électroniques et Audible pour les livres sonores. Ces plateformes adaptées au consommateur regroupent des dizaines de milliers de titres en un endroit facilement accessible et introduisent différents modèles de prix et de diffusion.

De même, le marché institutionnel, qui comprend aussi les bibliothèques universitaires et publiques, est maintenant principalement desservi par un groupe de fournisseurs de services spécialisés des bibliothèques qui regroupent de grandes collections numériques au nom de la clientèle de leurs bibliothèques. Ces fournisseurs de services, tels qu’OverDrive et NetLibrary, ont introduit pour les bibliothécaires et les usagers des bibliothèques de nouveaux modèles de collections et des outils sophistiqués qui facilitent la diffusion des livres numériques dans les bibliothèques.

Si le degré et le rythme du changement demeurent incertains, on ne saurait cependant douter du fait que le paysage de l’écriture, de l’édition et de la lecture est en changement. Le présent rapport adopte les points de vue suivants par rapport à ce nouveau marché.

  1. Le virage vers la publication numérique n’aura pas le même impact pour tous les types d’éditeurs ou les catégories de livres. Une récente étude4 de BookNet Canada a analysé 50 catégories de sujets et a constaté que plusieurs de ces sujets étaient susceptibles d’être numérisés, en ce sens que les livres électroniques et autres formats numériques de ces sujets pourraient représenter une part importante des unités de vente. Dans l’analyse de BookNet Canada, les catégories ayant eu un « résultat positif par rapport à l’adoption du numérique » comprenaient entre autres le tourisme, la médecine, l’informatique, le droit, les ouvrages de référence, l’apprentissage de langues étrangères, les affaires et les romans.
  2. La même étude de BookNet notait que le virage relativement modeste vers les publications numériques pourrait quand même avoir un important impact sur le commerce du livre, et souligne que « [l’expérience de l’industrie de la musique] a montré que même un tout petit changement dans les ventes (les ventes numériques représentaient jusqu’à 10 % de la vente de musique en 2008, selon la firme d’étude du marché In-Stat) pouvait considérablement contribuer à la réorganisation de la chaîne de valeur. »
  3. Qu’il s’agisse de publication imprimée ou numérique, l’économie de la production culturelle s’applique toujours. Un éditeur pourrait passer beaucoup de mois et dépenser des dizaines de milliers de dollars pour l’acquisition, la rédaction, le design et la préparation d’un nouveau titre pour la presse. Cependant, une fois que la presse commence à tourner, la production d’exemplaires supplémentaires du livre ne coûte que quelques dollars l’unité. Cette structure des coûts est même plus marquée dans le cas des publications numériques, où le coût d’un exemplaire diffusé en ligne peut être de 0,00 $ ou presque. Cependant, à cause de l’investissement initial nécessaire à la mise sur le marché de tout format, les éditeurs continueront à publier seulement les titres et les formats qui ont des perspectives de rendement raisonnable. 
  4. La croissance de la part de marché des publications numériques ne sonne pas le glas du livre (imprimé). Au contraire, nous croyons que l’adoption du contenu numérique par le marché sera beaucoup plus nuancée et qu’il ne s’agira pas de choisir entre l’un ou l’autre des formats. Au final, il est probable que les comportements de lecture seront beaucoup plus diversifiés qu’ils ne l’ont été jusqu’à maintenant, car les gens lisent des publications imprimées et divers types de publications numériques, y compris une gamme croissante de livres sonores.

2.2 Résumé des principales conclusions

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Les changements suivants ont été organisés par catégories sous forme de principales conclusions, en tenant compte de leur fréquence dans l’étude, de l’importance que les sources et les répondants de nos recherches leur ont accordée et du degré de leur impact actuel et possible sur le commerce du livre au Canada.

  1. La numérisation du contenu des livres connaît une croissance rapide. La production commerciale de livres numériques a tout naturellement augmenté, parce que les éditeurs continuent d’accumuler une quantité croissante d’archives de fichiers numériques de production, et parce que les titres des fonds d’édition sont numérisés ou convertis autrement en fichiers sources numériques utilisables. Jusqu’à maintenant, cette production a principalement été faite sous forme de livres électroniques de divers formats – notamment PDF – et la majorité des publications commerciales proviennent des grands éditeurs multinationaux.

    Les livres électroniques sont vendus sous diverses formes aux consommateurs, regroupés en différents types de collections numériques, ou donnés gratuitement comme copies de lecture. À cause de la variété des formats et des moyens de diffusion de ces publications numériques, il est difficile de déterminer avec précision la production commerciale dans ce domaine.

    Cependant, la vaste sélection de livres électroniques dans les principales plateformes de consommation, telles que le Amazon Kindle et le Sony Reader, et les grandes collections de livres électroniques rassemblées par les fournisseurs de services de bibliothèque, tels qu’OverDrive ou NetLibrary, attestent clairement la croissance de la production de livres électroniques. À titre d’exemple isolé, le lecteur Amazon Kindle a été à l’origine mis sur le marché en novembre 2007 avec un catalogue de 90 000 titres électroniques. En l’espace de moins d’un an (en octobre 2008), le catalogue disponible sur la plateforme Kindle a plus que doublé de volume pour s’élever à 185 000 titres.

    On sait que la numérisation facilite le flux des travaux de production et la livraison de fichiers numériques aux imprimeurs; outre ces avantages, trois facteurs principaux encouragent les éditeurs à accroître leurs efforts de numérisation :

    • la perspective d’augmenter la vente de livres électroniques (ou autre vente ou accords de licence pour le contenu électronique);
    • la possibilité d’utiliser des technologies d’impression sur demande pour les titres à tirage restreint;
    • le besoin de participer et de répondre rapidement aux nouvelles possibilités, à la vente et au marketing en ligne.

    Ces facteurs nous laissent croire que c’est surtout l’évolution du marché du livre, plutôt que les éditeurs eux-mêmes, qui constitue le moteur du changement dans la numérisation et la diffusion du contenu numérique du livre. En octobre 2008, les organisateurs de la Foire du livre de Francfort ont réalisé un sondage auprès de plus de 1 000 cadres supérieurs de maisons d’édition. Vingt-deux pour cent des répondants du sondage ont affirmé que la demande du consommateur était le moteur de la numérisation dans l’industrie du livre. Vingt et un pour cent ont affirmé que les détaillants en ligne, notamment Amazon, menaient l’industrie vers la numérisation, et vingt pour cent ont répondu que d’autres portiers majeurs tels que Google étaient à l’origine de la croissance de la numérisation dans le commerce du livre.

    Compte tenu de tous ces facteurs, nous croyons que les éditeurs de toute taille continueront à accroître leur production commerciale de livres numériques au cours des prochaines années.

  2. Le marché du livre sonore connaît une croissance rapide, mais la production de titres est restée relativement stable au cours des dix dernières années. Alimenté par de nouveaux formats et un virage vers la diffusion en ligne, le marché du livre sonore connaît une croissance rapide – en moyenne de 8 à 10 % par an au cours des quatre dernières années – à un rythme qui devance considérablement celui de la croissance totale du marché du livre.

    Cependant, si pratiquement tout nouveau titre publié aujourd’hui peut être converti en un ou plusieurs formats de livre électronique à peu de coût ou sans coût, la création d’un livre sonore s’accompagne d’une augmentation considérable de coûts (les coûts d’enregistrement du fichier maître). À un tarif du marché pour le temps de studio et la voix, l’enregistrement d’un livre sonore commercial peut coûter entre 10 000 et 15 000 $. Les accords de partenariat – entre les éditeurs et les studios d’enregistrement, par exemple – peuvent contribuer à réduire presque de moitié ces coûts. Quant aux producteurs non commerciaux, y compris ceux qui produisent des livres sonores pour les personnes incapables de lire les imprimés, ils peuvent enregistrer un titre à environ 1 500-2 000 $ en utilisant des équipements internes et des volontaires pour la lecture du texte.

    Par ailleurs, la vente de la plupart des livres sonores au Canada reste plutôt modeste. Seul un petit nombre de titres à succès pourrait enregistrer une vente de 5 000 exemplaires, mais selon les éditeurs, la vente de 2 000 exemplaires ou moins constitue plutôt la norme.

    En matière de production commerciale, selon le rapport Bowker’s Books In Print®, en moyenne, 10 900 nouveaux livres sonores ont été publiés chaque année entre 2000 et 2005. Si cette production a légèrement baissé à 8 970 nouveaux titres en 2006, elle a repris en 2007 avec 13 437 nouveaux titres. Autrement dit, le nombre de nouveaux livres sonores publiés en 2007 représentait 3 % de la production de titres totale enregistrée par Bowker la même année5.

    Certains indices montrent que les éditeurs et les auteurs cherchent à réduire les coûts de production des livres sonores en concluant des accords de partenariat élargis ou en utilisant leurs propres équipements pour produire des balados ou autres échantillons de promotion de l’œuvre d’un auteur. Néanmoins, nous croyons que les investissements supplémentaires requis pour la production de livres sonores commerciaux constitueront bientôt une entrave à la croissance de la production dans ce secteur.

  3. 3. Le contenu canadien dans les circuits de vente des publications numériques est relativement restreint. Le marché canadien du contenu de livres numériques est principalement déterminé par les principaux éditeurs multinationaux. Les prix sont efficacement établis en fonction des livres importés, et la sélection de titres se fait surtout selon des accords de droits internationaux et des relations de travail liant les grands partenaires commerciaux à New York, à Londres et à Paris.

    De leur côté, les maisons d’édition canadiennes qui produisent la plupart des titres d’auteurs canadiens publiés chaque année6 accusent un retard relatif dans l’édition des publications numériques de leurs livres. Les maisons d’édition canadiennes sont petites par rapport à leurs concurrentes multinationales, et elles ont habituellement des effectifs et des ressources budgétaires trop limités pour investir dans des programmes de numérisation. Il y a évidemment des exceptions et la production de livres électroniques canadiens connaîtra une croissance dans les années à venir, car de plus en plus d’éditeurs canadiens investissent dans ce secteur et font également des contributions de titres à certaines des premières collections numériques au Canada.

    Cependant, la production commerciale de livres sonores au Canada est très limitée : on compte seulement trois programmes audio chez les éditeurs commerciaux dans le Canada anglophone et neuf dans le Canada francophone. Cela paraît être en grande partie fonction des économies d’échelle limitées dans l’édition de livres sonores au Canada. La production de livres sonores est coûteuse, et, en tant que format de niche dans le petit marché canadien, le nombre moyen d’exemplaires vendus par titre est modeste (ce qui signifie qu’il peut être difficile de recouvrer les coûts de production initiaux). 

    La faiblesse de la production commerciale explique en partie pourquoi les producteurs non commerciaux – notamment ceux qui produisent des titres pour la communauté des personnes incapables de lire les imprimés tels que le CNIB ou la Magnétothèque au Québec – continuent de jouer un rôle important dans la production de livres sonores canadiens pour une diffusion restreinte dans les bibliothèques7.

  4. « Numérique n’est pas synonyme d’accessible8 ». Les livres électroniques offrent certains avantages par rapport aux livres imprimés pour les personnes souffrant d’une perte de la vue ou ayant d’autres difficultés à lire les imprimés. Ces avantages incluent la possibilité de changer la taille ou le style des caractères et la transformation automatique des livres électroniques en livres parlants à l’aide de logiciels de synthèse vocale. Cependant, l’accès et la gestion de la pluralité de formats dans lesquels les livres électroniques sont disponibles demandent des habiletés assez avancées en informatique, et l’équipement requis peut aussi être coûteux. Ainsi, malgré l’augmentation de volume du catalogue de contenu de livres numériques, celui-ci n’est pas toujours facile d’accès et d’utilisation.

    Comme nous l’avons dit plus haut, la plupart des éditeurs ont jusqu’à maintenant consacré une grande partie de leurs efforts de numérisation dans la production de livres électroniques. En général, l’inventaire actuel de livres électroniques est composé d’une variété de formats propriétaires et d’autres types de formats, chacun ayant divers degrés d’accessibilité. Par exemple, un grand pourcentage des catalogues actuels de livres électroniques est disponible seulement en format PDF, et tous les fichiers PDF ne peuvent pas être lus facilement ou de façon fiable par les logiciels de synthèse vocale tels que JAWS9, au moins sans manipulation supplémentaire ou sans être converti par l’utilisateur (par exemple, extraction du texte d’un fichier et sa sauvegarde dans un nouveau format plein texte ou un format document Microsoft Word).

    Compte tenu des faits susmentionnés, nous pouvons affirmer que le catalogue de livres électroniques crée en fait de nouvelles possibilités pour les personnes incapables de lire les imprimés, notamment pour celles qui peuvent encore voir et qui ont des habiletés informatiques à manipuler ces fichiers et les moyens financiers pour acheter l’équipement et les logiciels requis.

    Cependant, il y a encore bien des difficultés à surmonter. Premièrement, seuls quelques-uns de tous les livres disponibles sont publiés en un type ou un autre de format numérique, et à ce jour, le contenu canadien est très limité sur le marché du numérique.

    Deuxièmement, un grand pourcentage de la population canadienne incapable de lire les imprimés est composé de lecteurs âgés qui n’ont pas nécessairement les habiletés techniques requises, les moyens ou le goût de manipuler le contenu du livre électronique de la façon que nous avons décrite plus haut. À cause principalement de ce fait, le livre sonore, notamment certains formats audio très accessibles, comme nous le verrons plus tard, est le format préféré des personnes incapables de lire les imprimés.

    Il s’agit là d’un enjeu important, car seul un très petit pourcentage de livres sera publié sous forme de livres sonores; il y a ainsi un important écart entre l’offre du catalogue de livres sonores et la demande des personnes incapables de lire les imprimés.

    L’un des répondants de notre étude, un bibliothécaire, a fait remarquer qu’« il est chimérique de penser que nous pourrons acquérir des documents des éditeurs commerciaux seulement. Il n’y a pratiquement pas de contenu canadien et la plupart des [titres sonores] sont des succès de librairie commerciaux. Nous voulons avoir les livres qui figurent dans [la liste des succès de librairie du Globe & Mail], mais ils ne sont pas disponibles. »

  5. Les bibliothèques, les détaillants et les éditeurs gèrent une multitude de formats. Les livres sonores ont été publiés dans plusieurs nouveaux formats au cours des dernières années, même si les formats traditionnels sont restés dans les collections des détaillants et des bibliothèques. Les bandes sur cassettes ont donné naissance aux éditions CD et plus tard aux CD MP310 et aux fichiers sonores téléchargeables en divers formats, et même à des lecteurs portables préchargés. Il est intéressant de noter qu’aucun de ces formats n’a encore complètement délogé les autres.

    À cause de la préférence du consommateur pour les lecteurs de cassettes et de CD installés à la maison et dans les automobiles, et parce que les bibliothèques ont beaucoup investi d’argent dans ces deux formats, la majorité des bibliothèques, des détaillants et des éditeurs qui proposent des livres sonores pensent qu’ils doivent s’adapter à la plupart de ces options de formats. 

    Par conséquent, beaucoup de bibliothèques publiques ont un mélange de collections de ces différents types de livres sonores. Par exemple, le département des services d’extension de la Bibliothèque publique de Vancouver a une collection de 9 768 livres sonores sur cassettes audio, 300 collections sur CD et 1 200 collections soit en format MP3 soit sur CD DAISY11. De plus, la Bibliothèque publique de Vancouver donne accès à ses usagers à plusieurs milliers de livres sonores ou de livres électroniques téléchargeables par le biais de son service « Library to Go » (fourni par OverDrive).

    Cette situation est semblable à celle du livre électronique en ce sens que les éditions téléchargeables ont été et continuent d’être publiées dans un large éventail de formats. En l’absence d’une norme établie dans l’industrie pour les livres électroniques, les éditeurs ont produit – et les détaillants et les bibliothèques ont adopté – une variété de formats, y compris le format PDF et divers formats qui incorporent des protections numériques (gestion numérique des droits12) prédéfinies. Les éditeurs fournissant des fichiers à plusieurs détaillants ou à d’autres agrégateurs doivent ainsi en général fournir le même titre en plusieurs formats différents.

    La gestion de cette diversité de formats de livres sonores et électroniques crée un fardeau supplémentaire pour les consommateurs et les partenaires commerciaux dans la chaîne d’approvisionnement.

  6. Émergence de nouvelles plateformes de regroupement, de gestion et de diffusion du contenu numérique. Ces fournisseurs de services représentent d’importantes chaînes du marché et constituent à plusieurs égards un nouveau type de partenaire commercial dans la chaîne d’approvisionnement du livre. Parmi eux on distingue :

    1. Les distributeurs de biens numériques (DBN) – par exemple, Ingram Digital – qui stockent et gèrent les biens numériques des éditeurs et les convertissent en divers formats; qui les fournissent aux destinataires de tous types (qui les livrent par la suite à l’utilisateur final); qui fournissent des services de gestion numérique des droits et des services transactionnels.
    2. Les fournisseurs de services de bibliothèque tels que NetLibrary, qui regroupent les titres numériques pour l’octroi de licence ou la vente aux bibliothèques. Ces entreprises spécialisées ont tendance à fournir des options de développement de collections flexibles à leurs bibliothèques clientes ainsi que des services sophistiqués aussi bien aux bibliothécaires qu’aux usagers des bibliothèques. Mais le plus important est qu’ils offrent aux bibliothèques de grandes collections de livres sonores et électroniques qui incorporent des mesures de protections numériques.
    3. Les détaillants en ligne, qu’ils soient des librairies ordinaires telles que Amazon, ou des détaillants spécialisés tels que Simply Audiobooks ou Tonality qui vendent du contenu numérique aux consommateurs. Ces détaillants mettent l’accent sur le grand choix de titres et offrent souvent des rabais attrayants, des prix globaux (par exemple, une édition électronique se vendra avec une édition imprimée) ou des options de prix d’abonnement.

    Comme le montrent ces exemples et ces catégories, la majorité des principales chaînes du marché et des plateformes de vente du contenu numérique sont en ligne, ce qui semble tout à fait logique vu que la plupart de ces chaînes et plateformes gèrent et offrent des publications numériques téléchargeables, et qu’à la manière d’une vraie « longue traîne », une plateforme en ligne permet à chaque agrégateur de bâtir le plus grand catalogue de titres possible.

  7. La gestion des droits et du droit d’auteur est un important déterminant du marché. La gestion des droits des livres sonores et des livres électroniques comporte quelques caractéristiques clés. Premièrement, la capacité d’acquérir des droits électroniques ou sonores est une condition préalable de l’édition numérique. Beaucoup d’éditeurs de livres ont les droits sonores de leurs titres – des droits qui ne sont pas souvent exercés, comme on l’a vu au début – cependant relativement peu d’entre eux ont historiquement acquis des droits électroniques, et de ceux-ci, peu l’ont fait d’une manière qui pourrait tenir lors d’un procès judiciaire aujourd’hui.

    Ainsi, la décision de publier des versions électroniques des livres s’accompagne souvent de la nécessité de réviser le libellé des contrats pour les nouveaux titres et de clarifier ou d’acquérir des droits électroniques pour les œuvres précédemment publiées. Ce processus peut être coûteux en temps et en soi encourager les éditeurs à être sélectifs par rapport aux éditions numériques qu’ils doivent mettre sur le marché.

    En acquérant les droits numériques pour les publications téléchargeables, l’éditeur sera plus intéressé aux droits mondiaux qui lui permettront de vendre via Internet tout en contournant les frontières nationales ou les concurrents détenant des droits dans différentes juridictions. Ce problème est peut-être moins important pour les livres sonores où les publications nationales (qui cherchent à rendre les accents nationaux) peuvent être plus pertinentes, mais un titre protégé par des droits mondiaux sera souvent plus attrayant pour l’éditeur, lorsqu’il s’agit d’en produire une édition électronique. Réciproquement, les titres pour lesquels l’éditeur détient seulement des droits nationaux pour un territoire donné pourraient être moins attrayants pour les détaillants ou d’autres agrégateurs dans la chaîne d’approvisionnement numérique, car ces titres auront évidemment un marché virtuel plus limité.

    L’application des mesures de protection numérique constitue un autre enjeu majeur de l’édition numérique. L’Internet est considéré comme la plus grande machine à copier au monde. De ce fait, une fois numérisé et mis en ligne, le contenu d’un livre peut être facilement copié et largement diffusé hors du contrôle de l’éditeur ou du distributeuragréé. L’exemple de l’industrie de la musique, où l’augmentation de la numérisation a provoqué une hausse correspondante des violations du droit d’auteur, est souvent cité pour illustrer la manière dont les mesures de protection du droit d’auteur peuvent s’effondrer dans le marché du numérique. Par conséquent, les éditeurs cherchent à protéger leurs droits d’édition contre le piratage ou tout autre usage inapproprié. Jusqu’à maintenant, ce souci s’est principalement manifesté de deux façons : soit que les éditeurs hésitent à publier des éditions numériques, soit qu’ils s’engagent à ne publier que des titres pour lesquels des mesures de protection de droit d’auteur ont été mises en place.  

    En général, la protection numérique vise à limiter l’utilisation du contenu numérique à un nombre précis de copies ou de formats ou encore d’options de lecture. L’objectif de cette protection est de réduire le piratage des œuvres protégées par le droit d'auteur, mais elle contribue souvent à verrouiller le contenu à un circuit de vente donné.

    Par exemple, Audible, le chef de file du commerce de détail du livre sonore, a un contrat de distribution exclusif avec le magasin iTunes d’Apple. Audible commercialise ses livres sur iTunes sous la clause conditionnelle que les fichiers des livres sonores incorporent le système propriétaire FairPlay de gestion numérique des droits d’Apple. Ce qui non seulement donne à Audible l’accès à la clientèle de iTunes, mais signifie aussi que les fichiers d’Audible seront compatibles avec le lecteur iPod d’Apple, qui a un immense succès sur le marché. En d’autres termes, les seuls fichiers avec protection numérique qui peuvent être joués sur iPod sont les fichiers qui incorporent la protection numérique d’Apple. L’accord entre Apple et Audible permet d’assurer qu’en matière de livres sonores, les seuls fichiers qui correspondent aux exigences sont les fichiers d’Audible.

    En ce sens, la protection numérique n’est pas seulement une protection contre le piratage, mais une façon de verrouiller le contenu numérique à une plateforme ou à un circuit du marché déterminé – et une façon de se protéger contre les concurrents.

    Au cours des dernières années, la résistance du consommateur aux restrictions numériques en matière de contenu numérique, jumelée à l’intérêt des éditeurs à éliminer les monopoles des plateformes, a conduit à l’affaiblissement (voire l’abandon) des mesures de protection numérique sur une gamme croissante de titres numériques.

    Depuis le début de 2008, quelques grandes maisons d’édition, notamment Random House, Penguin et Simon & Schuster, ont choisi de délaisser les mesures de protection numérique et d’assouplir les conditions d’accès à leurs éditions numériques afin d’attirer les consommateurs. Ces entreprises misent essentiellement sur le fait que l’absence de mesures de protection numériques contribuera à augmenter les ventes.

    Parallèlement, cette stratégie libre de mesures de protection numérique permet aux éditeurs de contourner le goulot d'étranglement sur les principales plateformes. Par exemple, si seuls les fichiers incorporant la protection numérique propriétaire d’Apple peuvent être joués sur un iPod, tout fichier sans protection numérique peut également être joué sur un iPod. Les éditeurs de livres sonores estiment que cette compatibilité avec le iPod est suffisamment importante pour qu’ils acceptent d’échanger la protection numérique contre l’accès aux nombreux utilisateurs du iPod.


1 « Not dead, just resting », The Economist, 11-17 octobre 2008.

2 National Instructional Materials Accessibility Standard.

3 Depuis octobre 2008, le Sony Reader est en vente sur un certain nombre de marchés, y compris le marché canadien. Cependant, le Amazon Kindle est en vente seulement aux États-Unis.

4 Impact of eBooks and Digital Delivery on the Canadian Book Industry, BookNet Canada.

5 Ces données statistiques comprennent les titres publiés dans un certain nombre de pays, y compris le Royaume-Uni et le Canada. Cependant, la plupart des titres répertoriés dans le système Bowker proviennent des États-Unis.

6 Les chiffres de Statistique Canada indiquent une grande corrélation entre le droit de propriété et la publication des auteurs canadiens, les maisons d’édition canadiennes représentant environ 77 % des nouveaux titres d’auteurs canadiens publiés chaque année.

7 Restreinte dans le sens que de tels titres produits par les éditeurs non commerciaux sont publiés et diffusés avec exonération du droit d’auteur, clause qui permet de créer un livre sonore d’une œuvre protégée par les droits d’auteur et de le diffuser aux lecteurs ayant des déficiences perceptuelles (c’est-à-dire des déficiences de la vue, des troubles d’apprentissage réduisant leur accès à l’édition imprimée de l’œuvre).

8 Conseil sur l’accès à l’information pour les Canadiens incapables de lire les imprimés, réponse à l’ébauche de la Stratégie canadienne sur l’information numérique de BAC, 5 décembre 2007.

9 JAWS (Job Access With Speech) est un logiciel de lecture sonore-écran et de synthèse vocale pour les lecteurs ayant des déficiences de la vue. Ce logiciel est compatible avec les ordinateurs fonctionnant avec Microsoft Windows.

10 MPEG-1 Audio Layer 3, ou MP3, est un format numérique sonore compressé. Il est une norme de facto de transfert et de lecture dans les lecteurs numériques sonores.

11 Digital Accessible Information System, ou DAISY, est un format audio normalisé permettant la navigation dans une structure comportant une synchronisation de texte balisé et de son.

12 Le terme « gestion numérique des droits » décrit toute technologie qui limite l’usage non autorisé d’un média, y compris le contenu d’un livre. La gestion numérique des droits tente de contrôler l’usage des documents protégés par le droit d’auteur en limitant l’accès et en empêchant la copie ou la conversion en d’autres formats.

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