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FRBR et RDA : Progrès dans la description des ressources de divers formats

3. FRBR : le modèle conceptuel

3.1 Origines et impact des FRBR

Le modèle conceptuel des FRBR découle du rapport d'un groupe d'étude nommé par l'IFLA, la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques. Alors que le milieu du catalogage anglo-américain s'affairait à cerner les problèmes qui requéraient une attention immédiate, le milieu du catalogage international se trouvait au cœur de débats entourant la nature des données bibliographiques et des notices bibliographiques. Deux facteurs importants incitaient à procéder à une analyse essentielle de la nature des données bibliographiques : le coût croissant du catalogage et l'accélération croissante de la publication de documents, tant traditionnels qu'électroniques. Face à de tels défis, il fallait accroître le catalogage en coopération et s'écarter des notices bibliographiques. Un colloque s'était tenu à Stockholm en 1990, avant la conférence annuelle de l'IFLA. Olivia Madison a résumé la question débattue par les participants au colloque de Stockholm et leurs conclusions :

Le catalogage peut-il être simplifié considérablement? ... Le colloque s'est terminé par un consensus à l'effet que le milieu du catalogage international devait établir un accord général international sur les fonctions primaires de la notice bibliographique en réponse aux besoins de l'utilisateur et accroître le partage international des données bibliographiques … Pour y arriver, les participants ont convenu … qu'une étude internationale visant les exigences fonctionnelles des notices bibliographiques devrait être entreprise.39 [traduction libre]

Au début des années 1990, la division du contrôle bibliographique de l'IFLA a nommé un groupe d'étude chargé d'examiner les exigences fonctionnelles des notices bibliographiques. En 1991, les premiers membres du groupe d'étude étaient nommés et le groupe s'est agrandi et le nombre de ses membres s'est ajusté de 1991 à 1993. En 1992, le mandat officiel était établi. L'étude a été exhaustive et menée sur plusieurs années, y compris une période de révision à l'échelle mondiale. En 1997, le rapport final a été approuvé par le Comité permanent sur la Section du catalogage de l'IFLA et le rapport a été publié l'année suivante : Functional Requirements for Bibliographic Records: Final Report. 40

Le rapport final du IFLA Study Group on the Functional Requirements for Bibliographic Records contient la description du modèle de relations entre les entités que le groupe a utilisé pour analyser les notices bibliographiques et faire ses recommandations.

...[l']étude vise deux objectifs principaux. Le premier consiste à élaborer un cadre clairement défini et structuré permettant une adéquation entre les données qui figurent dans des notices bibliographiques et les besoins des utilisateurs de ces mêmes notices. Le second consiste à préconiser un niveau minimal de l'ensemble des fonctions devant être assurées par les notices que produisent les agences bibliographiques nationales. (FRBR 2.1)

Même si l'élaboration d'un cadre ou d'un modèle était l'un des deux objectifs, c'est le modèle qui a continué à faire l'objet de discussion, d'être appliqué et d'être élaboré. Le modèle a mené à un important changement dans la façon de comprendre les données bibliographiques.

L'impact novateur du modèle est tel qu'il remet en question l'idéologie du catalogage implicite dans les codes de catalogage actuels, dans les normes descriptives internationales, les diverses ISBD ...41 [traduction libre]

Pat Riva, présidente actuelle du groupe d'étude des FRBR, résume la façon dont le modèle a fait sa marque :

Depuis la publication des FRBR en 1998, une réflexion n'a cessé de se répandre dans le milieu bibliographique entourant les idées qu'elles représentent. Les FRBR ont fourni un cadre unifié et une terminologie commune propre à la discussion ... Depuis les FRBR, la plupart des études théoriques et applications ont utilisé la terminologie des FRBR, toute en facilitant la réalisation d'une étude en s'appuyant sur une autre. ... Alors que de plus en plus de personnes intériorisaient la richesse du modèle, la possibilité qu'il fournisse des principes pour orienter la révision des règles de catalogage était ressentie. 42 [traduction libre]

L'évidence de la capacité d'explication du modèle est perceptible, par exemple, dans la quantité d'écrits relatifs aux FRBR, et le nombre de projets qui adoptent les FRBR comme cadre, tel que documenté dans la bibliographie des FRBR.43 La bibliographie montre comment le modèle FRBR a été reçu partout dans le monde avec grand intérêt, et utilisé comme point de départ des nouvelles applications et des nouvelles recherches. Les FRBR façonnent les données bibliographiques, et elles ne sont pas liées à la tradition du catalogage d'aucun pays en particulier.

La force durable des FRBR est leur neutralité à titre de conventions bibliographiques et leur approche théorique qui est axée sur l'utilisateur, l'objet et la fonction - qui toutes ont assuré leur intemporalité à l'application.44 [traduction libre]

En raison de la reconnaissance générale à l'échelle internationale de la validité du modèle, l'IFLA a décidé de nommer de nouveaux groupes pour étendre le modèle FRBR en vue d'inclure les données d'autorité (FRAD), et les données d'autorité des vedettes-matières (Functional Requirements for Subject Authority Records, FRSAR). Elle a décidé également d'établir le FRBR Review Group afin de réviser, de tenir à jour et d'encourager l'application des FRBR. Les FRBR sont devenues également une partie importante du fondement des International Cataloguing Principles ou Principes internationaux de catalogage. Tiré de l'introduction de la version finale de Statement of International Cataloguing Principles :

Cet énoncé s'inspire des plus grandes traditions de catalogage dans le monde, et également du modèle conceptuel qui se trouve dans Spécifications fonctionnelles des notices bibliographiques (FRBR) de l'IFLA.45 [traduction libre]

Avec le modèle FRBR comme cadre théorique soutenant les principes de catalogage en coopération internationale, il subsiste peu de doutes quant à l'impact du modèle et à la capacité d'explication du modèle.

3.2 Opérations de l'utilisateur

Le modèle FRBR est un modèle de type entité-relation. Ce modèle compte trois composants : entités, attributs des entités et relations entre les entités. Les entités sont les objets d'intérêt des utilisateurs des données bibliographiques, comme les produits de création intellectuelle ou artistique, les personnes ou les collectivités responsables de créer ces produits et les sujets de ces produits de création intellectuelle et artistique. En décrivant la méthodologie de l'étude, le groupe d'étude donne un aperçu de la technique de la modélisation :

La structure entité-relation issue de l'analyse des entités, attributs et relations, a servi dans la présente étude de cadre conceptuel permettant d'évaluer la pertinence de chacun de ces attributs et relations au cours des opérations effectuées par les utilisateurs de données bibliographiques. On a établi une corrélation entre chacun de ces attributs et relations et les quatre types d'opérations effectuées par les utilisateurs telles que les définit la présente étude, et on leur a assigné des valeurs relatives en fonction de l'opération à effectuer et de l'entité pertinente pour l'utilisateur. (FRBR 2.3)

L'étude originale visait deux objectifs, dont l'un consistait à relier les « données qui sont enregistrées dans les notices bibliographiques pour répondre aux besoins des utilisateurs de telles données ». Par conséquent, le point de départ du modèle est la définition des besoins des utilisateurs, et ces besoins sont résumés en quatre tâches de l'utilisateur : trouver, identifier, choisir et obtenir.

Le groupe d'étude a défini les quatre tâches génériques de l'utilisateur comme suit :

  • trouver les entités qui correspondent aux critères de recherche formulés par l'utilisateur (c'est-à-dire, localiser soit une entité isolée ou un ensemble d'entités dans un fichier ou dans une base de données au terme d'une requête portant sur un attribut ou une relation de l'entité);
  • identifier une entité (c'est-à-dire, obtenir confirmation que l'entité décrite correspond bien à l'entité recherchée, ou établir une discrimination entre deux ou plusieurs entités présentant des caractéristiques analogues);
  • sélectionner une entité qui est appropriée aux besoins de l'utilisateur (c'est-à-dire, choisir une entité qui correspond aux spécifications émises par l'utilisateur en ce qui concerne le contenu, la présentation matérielle, etc., ou bien écarter une entité qui ne serait pas appropriée aux besoins de l'utilisateur);
  • obtenir (gratuitement ou moyennant paiement) l'accès à l'entité décrite (c'est-à-dire, obtenir une entité par achat, prêt, etc., ou bien accéder numériquement à une entité par le biais d'une connexion en ligne d'un ordinateur distant). (FRBR 6.1)

Il existe quatre tâches que les utilisateurs réalisent au moyen des données bibliographiques que les bibliothèques enregistrent et conservent, soit en utilisant un catalogue en volumes, un catalogue sous forme de fiches ou une base de données en ligne. D'autres tâches ont été mentionnées, comme « naviguer », « gérer », et qu'elles soient valides ou non, elles ne sont pas incluses dans les quatre tâches originales de l'utilisateur. La tâche « naviguer » peut être perçue comme faisant partie de la tâche « trouver » parce que les FRBR ne considèrent pas la notice bibliographique isolément, mais plutôt la notice dans le contexte d'un grand catalogue ou d'une base de données.

Avec le modèle FRBR, les données qui sont analysées sont les données d'intérêt pour l'utilisateur parce qu'elles permettent aux utilisateurs d'accomplir ces quatre tâches de base. Le modèle met de l'avant une vision de l'univers bibliographique dont l'objectif vise ce qui est important pour l'utilisateur. Les principes de catalogage et les codes de catalogage ont toujours cherché à répondre aux besoins de l'utilisateur, quelquefois en énonçant explicitement cet objectif, d'autres fois de façon implicite. À titre d'exemple, Charles A. Cutter, en 1876, a énoncé explicitement, dans Rules for a Printed Dictionary Catalog, que l'objectif du catalogue était d'aider l'utilisateur : « permettre à une personne de trouver un livre ... montrer ce que la bibliothèque possède ... et aider à choisir un livre ... » 46 S.R. Ranganathan, avec ses cinq lois de la bibliothéconomie, publiées la première fois en 1931, a souligné également le principe de base que nous classons l'information au profit de l'utilisateur : « les livres sont faits pour être utilisés; chaque personne a son livre; chaque livre, son lecteur; fait gagner du temps au lecteur; une bibliothèque est un organisme en évolution ».47 Le modèle FRBR poursuit la tradition en mettant l'accent sur l'utilisateur, mais il va plus loin en fournissant une vue détaillée de la façon dont chaque attribut et relation enregistré dans la notice bibliographique est pertinent et important pour l'utilisateur.

3.3 Bref aperçu du modèle entité-relation

Le groupe d'étude de l'IFLA a décidé d'utiliser un modèle de type entité-relation pour son analyse des exigences fonctionnelles des notices bibliographiques. La première étape consiste à identifier les entités :

La première démarche de la technique d'analyse des entités consiste à isoler les objets fondamentaux pertinents pour les utilisateurs d'information dans un domaine déterminé. Ces objets ou entités se définissent au niveau le plus général possible. C'est-à-dire que l'analyse s'attache en premier lieu non pas à des données particulières mais aux « choses » que décrivent les données. Il s'ensuit que chacune des entités définies pour s'intégrer au modèle fonctionne comme le point de ralliement de toute une nébuleuse de données. (FRBR 2.3)

Le modèle FRBR définit trois groupes d'entités :

Entités du groupe 1 :

produits de création intellectuelle ou artistique
entités : œuvre, expression, manifestation, document

Entités du groupe 2 :

responsables du contenu intellectuel ou artistique, de la production matérielle et de la distribution, ou de la gestion juridique des entités du premier groupe
entités : personne, collectivité

Entités du groupe 3 :

sujets d'œuvre
entités : concept, objet, événement, lieu + toutes les entités des groupes 1 et 2

Les entités des groupes 2 et 3 sont suffisamment explicites. Les quatre entités du groupe 1 sont une clé importante pour démêler la confusion des enjeux du contenu par rapport au support, ci-après. Par conséquent, il est important de bien comprendre les entités du groupe 1 des FRBR pour saisir l'impact des FRBR sur le problème du contenu par rapport au support. À première vue, les entités du groupe 1 sont à la fois explicites et déroutantes. Nous sommes habitués aux mots « œuvre », « manifestation » et « document ». Le modèle FRBR utilise ces expressions familières, avec des définitions strictes de ce qu'elles signifient. Le modèle définit également l'entité « expression », une entité abstraite qui aide à clarifier l'univers bibliographique avec une couche importante entre l'œuvre et la manifestation.

Les définitions des FRBR de ces quatre entités révèlent leur inter-rapprochement. Les entités ne sont pas autonomes, elles sont plutôt des aspects correspondant aux intérêts d'un utilisateur pour les produits de création intellectuelle et artistique (FRBR 3.1.1).

document :

un exemplaire isolé d'une manifestation

manifestation :

la matérialisation physique de l'expression d'une œuvre

expression :

la réalisation intellectuelle ou artistique d'une œuvre sous forme alphanumérique, musicale, ou de notation chorégraphique, sonore, d'image, d'objet, de mouvement, etc., ou toute autre combinaison de ces formes

œuvre :

une création intellectuelle ou artistique distincte

Les définitions des entités du groupe 1 démontrent les principales relations qui existent entre ces quatre entités. Le diagramme de la section 3.1.1 du rapport des FRBR démontre ces relations :

œuvre

trouve sa réalisation dans

expression

se concrétise dans

manifestation

est représentée par

document

Figure 1. Diagramme illustrant les définitions et les relations entre les entités du groupe 1.

Lorsque je prends l'exemplaire de Robinson Crusoe que je suis en train de lire, je tiens un document, mais en même temps, il s'agit aussi de l'exemplaire d'une manifestation particulière, il se concrétise dans une expression particulière, et il s'agit de la réalisation de l'œuvre. Le document est dans ma main sous ces quatre aspects : document, manifestation, expression et œuvre.

œuvre

o = idée de l'histoire de Robinson Crusoe (dans la tête de Defoe)

trouve sa réalisation dans

expression

e = texte original anglais tel qu'écrit par Defoe

se concrétise dans

manifestation

m = Oxford : Oxford University Press, 2007

est représentée par

document

d = exemplaire de l'Université McGill

Figure 2. Diagramme illustrant les définitions et les relations entre les entités du groupe 1, utilisant comme exemple Robinson Crusoe de Daniel Defoe.

Barbara Tillett, dans What is FRBR?, explique ces différents aspects du point de vue de l'utilisateur, qui peut avoir différents types de besoins et d'intérêts lorsqu'il cherche un livre :

Par exemple, lorsque nous disons « livre » pour décrire un objet physique composé de pages de papier et d'une reliure et qui peut parfois servir pour garder une porte ouverte ou soutenir une patte de table, les FRBR l'appellent un « document ».

Lorsque nous disons « livre », nous pourrions également vouloir dire une « publication » comme lorsque nous nous rendons à une librairie pour acheter un livre. Il se peut que nous connaissions son ISBN mais l'exemplaire particulier n'a pas d'importance en autant qu'il soit en bon état et qu'il n'y manque pas de pages. Les FRBR appellent cela une « manifestation ».

Lorsque nous disons « livre » comme dans « qui a traduit ce livre », nous pouvons avoir à l'esprit un texte particulier et une langue spécifique. Les FRBR appellent cela une « expression ».

Lorsque nous disons « livre » comme dans « qui a écrit ce livre », nous pouvons nous reporter à un niveau plus élevé d'abstraction, le contenu conceptuel sous-jacent à toutes les versions linguistiques, l'histoire racontée dans le livre, les idées dans la tête d'une personne en vue de la rédaction du livre. Les FRBR appellent cela une « œuvre ».48 [traduction libre]

Les entités du groupe 2, personne et collectivité, sont définies en fonction de leur relation avec les entités du groupe 1. Les entités du groupe 2 peuvent être responsables de la création d'une œuvre, de la réalisation d'une expression, de la production d'une manifestation (ou la concrétisation d'une expression dans une manifestation), et peuvent avoir une relation avec un document, comme la propriété d'un document. Les FRBR mettent l'accent sur la relation des entités du groupe 2 avec celles du groupe 1. Le modèle FRAD, Functional Requirements for Authority Data, qui s'inspire du modèle FRBR et étend les entités pour englober les entités qui sont importantes pour les utilisateurs de données d'autorité. Par conséquent, les FRAD considèrent les relations entre les entités du groupe 2. Le point de départ des FRAD est l'ensemble des entités définies dans le modèle FRBR. Les FRAD étendent les entités du groupe 2 en vue d'inclure également la famille. Les descriptions du modèle FRBR tiennent maintenant souvent pour acquise la définition du groupe 2 des FRAD : personne, famille et collectivité.49

Les entités du groupe 3 sont les sujets des entités du groupe 1. Ce groupe comprend quatre entités qui sont spécifiques à ce groupe : concept, objet, événement et lieu. Il comprend également toutes les entités du groupe 1 et toutes celles du groupe 2 parce qu'elles aussi peuvent être les sujets des œuvres. Le Working Group on Functional Requirements for Subject Authority Records (FRSAR) de l'IFLA travaille à l'extension du modèle FRBR en vue d'englober les données d'autorité du sujet.

Chaque entité est doté d'un ensemble de caractéristiques ou d'attributs, et ces attributs peuvent être inhérents ou d'origine externe. Les attributs inhérents sont des attributs qui peuvent être découverts en examinant le document, comme la portée, les énoncés sur les pages titres, le type de contenu, la date de publication, etc. Un exemple d'un attribut d'origine externe peut être un identifiant affecté, comme un numéro de catalogue thématique utilisé pour une composition musicale (FRBR 4.1). Les numéros de codes à barres, la provenance, les inscriptions sont des exemples d'attributs du document. L'éditeur, la date de publication, le format du support et la portée sont des exemples des attributs d'une manifestation. Le format et la langue de l'expression, le type de cote, et l'échelle d'une image cartographique sont des exemples d'attributs de l'expression. Le format ou le genre de l'œuvre, le médium de l'interprétation d'une œuvre musicale, les coordonnées d'une œuvre cartographique sont des exemples d'attributs de l'œuvre. Certains attributs ont une vaste applicabilité, comme le « titre » et la « date ». D'autres attributs ne s'appliquent qu'à certains types de ressources, comme l'« échelle » et la « projection » dans le cas des ressources cartographiques.

Le modèle FRBR identifie les attributs de toutes les entités. Voici des exemples d'attributs d'une entité du groupe 2, personne, sont des noms, des dates, un titre (c.-à-d., titre comme dans titre de politesse). Les entités du groupe 3 ont chacune l'attribut « terme », comme « économie » pour le concept, « navires » pour l'objet, « Bataille de Hastings » pour l'événement, « Ottawa » pour le lieu.

Après l'analyse des entités bibliographiques et leurs attributs, le modèle FRBR établit la relation entre les entités, et identifie les différents types de relations. La relation entre les entités joue un rôle très important en aidant l'utilisateur à réaliser les opérations de trouver, d'identifier, de sélectionner et d'obtenir et sont la clé de la navigation dans l'univers bibliographique.

Tout comme dans le cas des entités et des attributs, ces relations bibliographiques sont familières à tous ceux qui travaillent avec les données bibliographiques. Ce qui est nouveau, c'est la façon dont le modèle souligne l'importance de ces relations avec son identification explicite et sa classification des relations. Les relations expliquent la nature des liens qui existent entre les entités.

Le modèle FRBR examine les relations entre les groupes d'entités. Une personne crée une œuvre. Une famille est propriétaire d'un document. Une collectivité publie une manifestation. Une personne réalise une expression, par ex. une personne réalise une œuvre ou une personne traduit une œuvre. Il s'agit d'exemples de relations entre des entités du groupe 2 et des entités du groupe 1. Il existe aussi des relations entre les entités du groupe 3 et celles du groupe 1, les relations du sujet, tout comme un concept est le sujet d'une œuvre, etc.

Le modèle FRBR porte aussi sur les relations entre les entités d'un même groupe, en particulier les relations entre les entités du groupe 1. Les principales relations entre les quatre entités du groupe 1 étaient déjà évidentes dans la définition des entités du groupe 1 : un document est l'exemplaire d'une manifestation, qui est la concrétisation d'une expression, qui est la réalisation d'une œuvre.

En prenant l'exemple de Hamlet de Shakespeare, et en examinant quelques expressions et manifestations, il est possible d'établir les principales relations entre l'œuvre, plusieurs expressions, plusieurs manifestations de différentes expressions, et plusieurs exemplaires des manifestations. Dans le tableau suivant, un ou deux attributs seulement de chaque entité sont utilisés :

œuvre

expression

manifestation

document

titre d'œuvre

langue d'expression
forme d'expression

lieu de publication
date de publication

lieu des exemplaires
(propriété de bibliothèque X)

Hamlet

# original anglais
notation alpha-numérique

(1) London, 1603

Livres rares

 

 

(2) New York, 1998

Sciences sociales

 

# traduction française
notation alpha-numérique

Paris, 1946

c1 Sciences sociales
c2 Collections spéc.

 

# traduction française
notation alpha-numérique

Neuchatel, 1949

Musique

 

# traduction allemande
notation alpha-numérique

Hamburg, 1834

Collections spéc.

 

# traduction française
création orale

Paris, 1983

Audio-visuel

Figure 3. Relations entre quelques expressions et manifestations de Hamlet de Shakespeare.

De la même façon, la même œuvre, Hamlet, a aussi des relations avec d'autres œuvres.

Hamlet est le sujet de :
Modern Hamlets & their soliloquies
Critical responses to Hamlet, 1600-1900

Hamlet est imité : Hamlet travestie

Hamlet est transformé en opéra :
Hamlet : opéra en cinq actes
musique de Ambroise Thomas; paroles de Michel Carré et Jules Barbier

Hamlet est adapté pour un jeune lecteur :
Hamlet: the young reader's Shakespeare:
a retelling / by Adam McKeown

Figure 4. Types de relations œuvre-œuvre, entre Hamlet de Shakespeare et les œuvres connexes.

Le modèle établit les relations et les classes selon les types. Le modèle répertorie la gamme complète des relations entre les œuvres, entre les expressions de la même œuvre, entre les expressions de différentes œuvres, entre les manifestations, entre les manifestations et les expressions, entre les documents, entre les documents et les manifestations, etc. Ces relations bibliographiques ne sont pas nouvelles. Le niveau de l'information enregistrée au sujet des relations bibliographiques et au sujet de la nature exacte de la relation a varié au fil du temps et dans différents contextes de catalogage. En portant l'attention sur les relations bibliographiques, et en rattachant chaque relation bibliographique aux opérations de l'utilisateur, les FRBR soulignent le rôle que jouent les relations bibliographiques lorsqu'un utilisateur navigue dans un grand catalogue ou une base de données. Le modèle FRBR ne considère pas la notice bibliographique comme une notice qui doit être disséquée isolément, mais plutôt analysée dans le contexte de grandes bases de données bibliographiques. Clarifier les relations bibliographiques est la clé qui permet à un utilisateur d'accomplir ses opérations d'utilisateur.

3.4 Impact du modèle FRBR sur le problème du contenu par rapport au support

Tel que déjà mentionné, le milieu du catalogage partout dans le monde a reconnu rapidement l'utilité et la validité du modèle FRBR, et a commencé à l'appliquer dans différentes études, analyses et applications relatives aux données bibliographiques. Jennifer Bowen donne un bon résumé de l'impact des FRBR :

Les FRBR ne sont par conséquent rien de neuf ni d'étranger, mais une nouvelle façon, plus rigoureuse, de concevoir ce que les bibliothèques font déjà et qui sert de base à la conception de nouveaux moyens d'améliorer l'accès de l'utilisateur aux ressources de bibliothèque.50 [traduction libre]

Un important aspect de l'impact des FRBR est le renforcement de l'importance de la collocation. Barbara Tillett a résumé le rôle que jouent les FRBR dans l'atteinte de l'objectif de la collocation du catalogue :

L'une des beautés des FRBR est qu'elles nous rappellent les objectifs fondamentaux qui permettent de trouver et de « collocaliser » les notices bibliographiques dans un catalogue. Les FRBR décrivent le modèle facilitant la collocation des entités connexes dans le vaste univers bibliographique. Ce modèle exige que les attributs de base des entités liées de façon hiérarchique se trouvent dans les notices bibliographiques nationales. D'autres relations sont aussi recommandées pour les agrégats et les composants, la relation tout-partie, et les autres relations, de telle sorte que des présentations puissent être créées pour montrer les familles d'œuvres et les œuvres connexes, ainsi que leurs expressions et diverses manifestations en divers formats physiques, allant même jusqu'aux documents distinctifs spécifiques et où ils se trouvent ou sont accessibles. 51 [traduction libre]

Le modèle FRBR clarifie les enjeux liés à la primauté du contenu ou du support, et sur le niveau de rapprochement entre les versions d'une même œuvre. Dans le but de constater l'impact du modèle FRBR, il est utile de considérer les relations qui sont les plus pertinentes, les relations entre les entités d'une même œuvre.

L'identification des quatre entités du groupe 1, les produits de la création intellectuelle et artistique, donne une très bonne idée des relations entre les ressources qui offrent le même contenu, mais dans différent formats. Dans la famille des relations d'une même œuvre, la distinction entre les expressions et les manifestations clarifie le niveau de différence et de similarité entre les ressources. Pour ce qui est des attributs de l'expression, un attribut clé est la « forme d'expression ». Telle que définie dans les FRBR, la forme d'expression est :

le moyen par lequel l'œuvre est réalisée (par exemple, sous forme de notation alphanumérique, de notation musicale, sous forme déclamée, sous forme de sons musicaux, d'image cartographique, d'image photographique, de sculpture, de danse, de mime, etc.). (FRBR 4.3.2)

Pour ce qui est des attributs des manifestations, un attribut clé serait le type de support. La définition du type de support est :

la typologie précise à laquelle appartient la manifestation (par exemple, une cassette audio, un vidéodisque, un microfilm, une diapositive, etc.). Le support d'une manifestation peut comprendre de multiples éléments matériels consistant chacun en un support différent (par exemple, une pellicule de film accompagnée d'une brochure, un disque audio sur lequel la bande son d'un film est enregistrée à part, etc.). (FRBR 4.4.9)

Par conséquent, la version parlée d'une œuvre est une expression différente de la version texte de l'œuvre, même si précisément les mêmes mots sont utilisés dans les deux. Le fait que l'œuvre soit réalisée sous forme parlée plutôt qu'en utilisant la notation alphanumérique est une importante distinction et il s'agit d'un type différent de distinction que la différence entre un imprimé en caractères ordinaires et en gros caractères de la même expression alphanumérique de l'œuvre, ou entre les versions CD et cassette de la même expression parlée.

Le modèle FRBR établit les relations entre les expressions d'une même œuvre, et ces relations sont des types de relations différentes de celles entre les manifestations de la même expression :

Les relations entre des expressions de la même œuvre (Tableau 5.3) se rencontrent lorsqu'une expression a été tirée d'une autre. Dans ces types de relations, une expression est considérée comme une modification de l'autre. La modification peut être une traduction littérale, dont le but est de restituer le contenu intellectuel de l'expression antérieure aussi fidèlement que possible (à noter que dans le modèle les traductions libres sont traitées comme de nouvelles œuvres); une révision, dont le but est de modifier ou de mettre à jour le contenu de l'expression précédente, mais sans changements du contenu tels qu'ils donneraient lieu à une nouvelle œuvre; un abrégé, dans lequel une partie du contenu de l'expression antérieure est supprimé, mais sans que le résultat altère le contenu au point de donner lieu à une nouvelle œuvre; ou un arrangement d'une composition musicale. (FRBR 5.3)

Si le livre parlé est une adaptation ou une paraphrase de l'œuvre originale, alors il y a une relation entre les œuvres, une relation de transformation dérivée. Mais chacune est une œuvre différente. De la même façon, si l'œuvre originale était un roman, et que le livre parlé était une dramatisation du roman, il s'agirait de deux œuvres distinctes, mais liées par la relation de transformation.

Lorsque le livre parlé offre le même contenu que l'expression originale, mais dans une nouvelle forme d'expression, alors il s'agit d'une nouvelle expression de la même œuvre. Une traduction d'une œuvre est aussi une nouvelle expression de la même œuvre. En utilisant l'exemple de Hamlet, la traduction française de Hamlet en notation alphanumérique est une forme d'expression différente du texte original anglais. La même traduction française en livre parlé est une expression différente de la traduction française en texte; il s'agit aussi d'une expression différente du texte anglais ou du livre parlé anglais. L'expression parlée française diffère de l'original pour ce qui est de deux attributs au niveau de l'expression : la langue et la forme d'expression.

Si le livre parlé est un abrégé de l'œuvre originale, il peut être considéré comme une expression de la même œuvre si l'abrégé n'est pas trop long au point où il change effectivement le contenu : « un abrégé, dans lequel une partie du contenu de l'expression antérieure est supprimé, mais sans que le résultat altère le contenu au point de donner lieu à une nouvelle œuvre » (FRBR 5.3). Dans ce cas, l'abrégé demeure dans la même famille que l'œuvre, mais il est une expression différente d'une expression dont le contenu est complet. Dans de tels cas, les différences entre les expressions de la même œuvre peuvent presque devenir des différences entre des œuvres.

Pour ce qui est des ressources à l'intention des aveugles, un contenu identique offert en notation braille serait considéré comme une expression différente de la notation alphanumérique de la même œuvre. Il s'agit d'une notation, mais d'une notation anaglyptique plutôt que d'une notation alphanumérique et qui exige l'utilisation d'un sens différent. Il s'agit d'une expression différente puisqu'elle a une forme d'expression différente.

En ce qui a trait aux relations de manifestation à manifestation, le modèle FRBR identifie deux grandes classes de relations : reproduction et alternative. Pour ce qui est de la relation reproduction, le modèle FRBR utilise comme signification de reproduction qui « peut impliquer différents degrés de fidélité à une manifestation antérieure ». Il met davantage l'accent sur le contenu : « ce qui est important, c'est que le même contenu intellectuel ou artistique soit représenté dans la manifestation ultérieure; le dessein n'est pas de restituer à l'identique l'aspect de la manifestation antérieure. » (FRBR 5.7)

Si deux livres parlés sont la même expression, mais que l'un est un CD et l'autre, une audiocassette, la différence se situe au niveau de la manifestation. Si un livre parlé est un CD, et que l'autre est offert sous forme de ressource en ligne, là encore, les supports sont différents, mais ils sont deux manifestations de la même expression.

Si l'on considère la relation entre une version à gros caractères et une autre à caractères ordinaires du même contenu, elles sont toutes les deux offertes sur le même type de support, mais elles ont des tailles de caractères différentes. La taille de caractères est un attribut au niveau de la manifestation. D'autres attributs au niveau de la manifestation seraient aussi probablement différents, comme la portée du support, l'éditeur, l'identificateur, etc. Par conséquent, la relation entre les deux serait deux manifestations différentes de la même expression.

Si l'on considère la question des formats substituts, il est important d'établir si la différence se situe au niveau de l'expression ou de la manifestation. Dans certains cas, un utilisateur peut considérer les attributs au niveau de la manifestation aussi importants ou plus importants que les attributs au niveau de l'expression. Mais ce qui est crucial, c'est de clarifier la nature des similarités et des différences entre les ressources, et d'enregistrer cette information de façon à ce qu'elle puisse servir à orienter l'utilisateur vers la ressource appropriée. La différence entre les relations de l'expression et de la manifestation joue un rôle important dans l'établissement de la nature des relations de telle sorte que l'utilisateur puisse être orienté vers la ressource appropriée ou que la présentation des données extraites soit claire quant à la nature des relations entre différentes ressources.


39. Olivia Madison. « The Origins of the IFLA Study on Functional Requirements for Bibliographic Records. » Cataloging & Classification Quarterly 39, no. 3/4 (2005): 18.

40. IFLA Study Group on the Functional Requirements for Bibliographic Records. Functional Requirements for Bibliographic Records. (Munich: K. G. Saur, 1998)
www.ifla.org/VII/s13/frbr/frbr.pdf
(Disponible en anglais seulement)

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