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ARCHIVÉE - Un vrai compagnon et ami :
Le journal de William Lyon Mackenzie King

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Au cœur du journal

Un document privé : le journal à travers la vie de Mackenzie King

2e partie - Le journal dicté, 1935-1950

Mackenzie King en compagnie de son chien Pat et de Derry, le chien de Joan Patteson, en 1938

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Mackenzie King en compagnie de son chien Pat et de Derry, le chien de Joan Patteson, en 1938

Les deux chiens, Pat et Derry, étaient de la même portée.

Au début de 1935, après avoir écrit son journal à la main pendant de nombreuses années, Mackenzie King commence à en dicter occasionnellement le contenu à un secrétaire. Il aime dicter le matin les détails de la journée précédente. Il lit et révise ensuite le texte tapé, qu'il met au point avant midi. À cette époque, King, défait aux élections de 1930 par Bennett, est chef de l'Opposition.

Aux élections d'octobre 1935, King redevient premier ministre; à ce titre, il peut compter sur l'aide d'un personnel de secrétariat plus important. Au cours des deux années suivantes, son journal devient graduellement un document en grande partie dicté et tapé à la machine. Parfois, King y ajoute des passages écrits à la main, ou annexe à certains passages des notes, des coupures de journaux ou des lettres. En 1936, Edouard Handy devient le secrétaire de Mackenzie King; c'est lui qui s'occupera dès lors de prendre en dictée le journal du premier ministre, habituellement le soir, puis de le taper à la machine. Cette décision de dactylographier le journal plutôt que de l'écrire à la main s'avère judicieuse : l'écriture de King, grosse et assez lisible lorsqu'il commence à tenir son journal en 1893, est devenue très serrée et difficile à déchiffrer au milieu des années 1930.

Le journal dicté de 1935 à 1950 est un document très complet; rares y sont les journées qui ne méritent pas quelques observations, car King y consigne chaque événement et activité de sa vie, à partir du récit de ses rêves, jusqu'au compte rendu détaillé des réunions du Cabinet. Sur le plan public, cette partie du journal couvre la période de dépression et de tension internationale précédant la Deuxième Guerre mondiale, la Guerre elle-même, la période de reconstruction et les événements mondiaux d'après-guerre, et, finalement, la retraite de King. Sur le plan privé, King continue de parler avec force détails de son amitié avec Joan et Godfroy Patteson, de ses étés à Kingsmere, des cabrioles de ses chiens et de ses relations avec ses autres amis, sa famille et son personnel. Sa santé est aussi un sujet qu'il aborde fréquemment.

Mackenzie King signant un accord commercial entre le Canada et les États-Unis à Washington, D.C., le 16 novembre 1935

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Mackenzie King signant un accord commercial entre le Canada et les États-Unis à Washington, D.C., le 16 novembre 1935

(Assis, de gauche à droite) Cordell Hull, Mackenzie King et Franklin D. Roosevelt.

L'ensemble du journal dicté de King est parvenu jusqu'à nous, à l'exception de la reliure, introuvable, qui porte sur la période du 10 novembre au 31 décembre 1945. En outre, de septembre à octobre 1945, King rédige un second journal, qui traite de l'affaire Gouzenko et des « activités d'espionnage russes. » [Traduction]

Les passages écrits au début de 1935, avant la campagne électorale tenue à l'automne de cette année, sont plutôt brefs; King y parle surtout de mondanités, de ses promenades avec son amie Joan Patteson et leurs chiens, Pat et Derry, et de ses séjours à sa maison de campagne à Kingsmere. Il mentionne aussi souvent son insatisfaction à l'égard des politiques que le premier ministre Bennett met en œuvre pour lutter contre la dépression.

Après les élections, la charge de travail de Mackenzie King s'alourdit, et le ton de son journal devient plus sérieux. Il y traite principalement de son travail de premier ministre. La première tâche de King consiste à essayer d'atténuer les effets de la dépression à l'aide de diverses mesures. Par exemple, il signe deux accords commerciaux avec les États-Unis, en 1935 et en 1938, et il établit la Commission nationale de placement, initiative qui débouchera sur l'adoption de la Loi sur l'assurance-chômage en 1940.

'Ce Noël, offrez en cadeau des certificats et des timbres d'épargne de guerre'

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Ce Noël, offrez en cadeau des certificats et des timbres d'épargne de guerre

Il s'agit d'une version miniature d'une affiche présentée dans l'ensemble du Canada en décembre 1942. Les certificats et les timbres d'épargne de guerre, aussi connus sous le nom d'obligations de la victoire, étaient vendus afin de financer l'effort de guerre durant la Deuxième Guerre mondiale.

À la fin des années 1930, tandis que le spectre de la guerre commence à planer en Europe, King, à titre de premier ministre et de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, prend part à un certain nombre de discussions internationales axées sur la crise qui sévit dans le monde. En 1937, il rencontre Hitler en Allemagne et lui dit que le Canada ne désire pas la guerre, mais que si elle éclatait, le Canada se battrait aux côtés des autres pays du Commonwealth. Toujours prudent, King salue en 1938 la politique d'apaisement de Neville Chamberlain, étant donné qu'elle vise le maintien de la paix par le recours à la négociation, et non la guerre. King accorde beaucoup d'importance à l'opinion publique, surtout au Québec. Bien que la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939, le Canada attend une semaine avant d'en faire autant. King désire en effet que le Canada soit une nation unie à son entrée en guerre, et il veut souligner l'indépendance du pays à l'égard de la Grande-Bretagne. Il a toujours dit que « le Parlement déciderait » [Traduction] (Journal, 6 septembre 1939), et, de fait, il attend d'en recevoir l'approbation.

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le journal devient plus important que jamais. King consacre davantage de temps chaque jour à dicter son « registre », et il crée ainsi un compte rendu complet et précis de ses activités en tant que premier ministre pendant cette période. Certaines entrées peuvent s'étirer sur 15 pages à simple interligne. Sous la conduite de King, le Canada joue un rôle majeur dans la Deuxième Guerre mondiale.

La question de la conscription se trouve à la base de ce qui constitue probablement la crise la plus grave à laquelle King doit faire face pendant cette période. Désireux de maintenir l'unité nationale, King promet en 1939 et en 1940 qu'il n'y aura pas de conscription. Cependant, en juin 1940, le Parlement adopte la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui autorise la mobilisation aux fins de protection territoriale pour une durée de 30 jours. En 1942, par référendum, King demande à la population de libérer le gouvernement de ses engagements de 1939 et de 1940. Son référendum gagné, il annonce prudemment qu'il y aura au Canada « la conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription. » [Traduction] (Journal, 9 juin 1942) King instaurera finalement la conscription pour service outre-mer en 1944, lorsque cette mesure deviendra absolument nécessaire.

Dîner parlementaire en l'honneur du roi George VI et de la reine Élisabeth à l'hôtel Château Laurier à Ottawa, le 20 mai 1939

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Dîner parlementaire en l'honneur du roi George VI et de la reine Élisabeth à l'hôtel Château Laurier à Ottawa, le 20 mai 1939

(Assis à la table d'honneur, de gauche à droite) : Madame T.A. Crerar, le roi George VI, Mackenzie King, la reine Élisabeth et Lord Tweedsmuir.

C'est avec soulagement que King, épuisé, accueille la fin de la guerre. Le 7 mai 1945, il écrit : « La journée d'aujourd'hui a été bonne  -  heureuse, même, à certains égards  -  mais elle a surtout considérablement réduit notre fardeau, car elle a apporté la nouvelle que le militarisme nazi avait enfin été détruit. Quelle fin catastrophique!  -  surtout pour ceux qui ont provoqué cette guerre. Qu'il est juste, le châtiment reçu par les partisans de Hitler et de Mussolini, mais les mots ne peuvent exprimer combien il est triste que des innocents aient tant eu à souffrir [...] à cause de la culpabilité, de la folie, de l'orgueilleuse ambition d'une poignée de gangsters. De mémoire d'homme, rien de semblable n'a jamais été vu [...]. La loi de la paix, du travail et du bien-être commence maintenant à triompher de la loi du sang et de la mort. » [Traduction] (Journal, 7 mai 1945)

L'un des thèmes qui reviennent constamment dans le journal écrit par King de 1935 à 1950 est l'amour qu'il porte à son chien Pat. En effet, celui-ci joue un grand rôle dans la vie du premier ministre. Bien qu'il aura trois chiens portant ce nom, c'est indiscutablement au premier Pat, qui vit de 1924 à 1941, que Mackenzie King accorde le plus d'importance. En 1937, tandis que King se prépare à se rendre en Angleterre quelques jours plus tard pour participer à la Conférence impériale, Pat ne cesse de le suivre partout dans la maison. Il se montre fort déprimé, car il a remarqué que les domestiques préparent les valises de son maître. King écrit : « S'il est possible qu'un chien comprenne tout ce qui se passe autour de lui, alors c'est le cas de mon chien. » [Traduction] (Journal, 23 avril 1937) La mort de Pat en 1941, à l'âge de 17 ans, porte un coup très dur à Mackenzie King.

À la fin des années 1930, King relate dans son journal un certain nombre de séances de spiritisme et de table tournante. À de nombreuses reprises, King et son amie Joan Patteson prennent part à ces séances où, assis autour d'une petite table, ils reçoivent des messages d'amis ou de parents décédés habitant « l'au-delà ». Le premier ministre cesse la plupart de ses pratiques spirites lorsque la guerre débute, quoiqu'il continue à rédiger des descriptions de ses rêves et à noter la position des aiguilles de l'horloge chaque fois que quelque chose d'important se produit au cours de la journée.

Le baptême de la princesse Margriet, 3e fille de la princesse Juliana et du prince Bernhard des Pays-Bas, à l'église presbytérienne Saint Andrew's, à Ottawa, le 29 juin 1943

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Le baptême de la princesse Margriet, 3e fille de la princesse Juliana et du prince Bernhard des Pays-Bas, à l'église presbytérienne Saint Andrew's, à Ottawa, le 29 juin 1943

(Assis dans la première rangée, de gauche à droite) : le prince Bernhard, la princesse Juliana et le bébé (la princesse Margriet), la princesse Beatrix, la princesse Irene, la reine Wilhelmina, le gouverneur général, le comte de Athlone et la princesse Alice. Mackenzie King est assis dans la deuxième rangée, derrière la reine Wilhelmina.

King aime rencontrer des gens célèbres et importants, et particulièrement des têtes couronnées. Il décrit très précisément dans son journal chacune de ses rencontres avec de telles personnalités. En 1937, il prend un grand plaisir à participer aux célébrations entourant le couronnement du roi George VI et de la reine Elizabeth. Après la cérémonie, il se déplace de l'abbaye de Westminster au palais de Buckingham avec le reste du cortège; à ce sujet, il écrit dans son journal : « Je n'oublierai jamais les foules, tout le long du parcours, la multitude de petits enfants, de personnes de condition sociale modeste, dont bon nombre avaient veillé toute la nuit, et qui, restées assises ou debout sur le trottoir pendant la majeure partie de la journée, applaudissaient la procession avec beaucoup d'exubérance. Tout le long du trajet, ma voiture a été chaudement acclamée. » [Traduction] (Journal, 12 mai 1937) Au cours de la visite royale de mai et juin 1939, King accompagne le roi et la reine au Canada et, brièvement, aux États-Unis. Cette visite, qui suscite beaucoup d'enthousiasme et fouette le patriotisme des Canadiens, constitue certainement l'un des moments les plus marquants de la vie de King. Lorsqu'elle prend fin, il note dans son journal qu'elle a « dépassé toutes les attentes. » [Traduction] (Journal, 15 juin 1939)

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la princesse Juliana des Pays-Bas, exilée de son pays en raison de l'occupation nazie, vit à Ottawa avec sa famille. King, évidemment, joue un rôle dans l'organisation de leur séjour. En 1943, on déclare territoire néerlandais une partie de l'Hôpital Civic d'Ottawa lorsque Juliana donne naissance à la princesse Margriet. King est invité au baptême, auquel assiste aussi la mère de la princesse Juliana, la reine Wilhelmina, venue pour l'occasion de son pays d'exil, l'Angleterre, malgré les risques d'un tel voyage.

King n'oublie jamais les anniversaires, et il inscrit dans son journal les dates de naissance, de décès et de tout événement important de sa carrière politique. Il prend toujours bonne note du nom des personnes qui se sont souvenues de certains anniversaires et qui l'ont félicité ou ont oublié de le faire. En août 1939, il se réjouit que le Parti libéral lui rende hommage à l'occasion du 20e anniversaire de son accession au poste de chef du Parti. Cinq ans plus tard, pour son 25e anniversaire en tant que chef, on lui remettra un cadeau qu'il chérira toute sa vie : une statuette le représentant en compagnie de Pat. En 1947, il écrit dans son journal : « À diverses occasions je me suis dit que, s'il advenait que le pays décide d'ériger un monument à ma mémoire, j'aimerais qu'on l'installe dans le petit triangle qui s'étend entre le Monument aux morts, l'édifice Langevin et la Colline du Parlement. Ce pourrait être une sorte de reproduction de la statuette de moi et du petit Pat qu'on m'a offerte lors de mon 25e anniversaire comme chef du Parti. » [Traduction] (Journal, 1er janvier 1947)

Le journal qui rend compte de la dernière année et demie de la vie de Mackenzie King, après sa retraite en novembre 1948 comme premier ministre, révèle un homme fatigué, esseulé et malade, tâchant sans grand succès de rédiger ses mémoires. Il espère que son séjour estival de 1950 dans son cher domaine de Kingsmere aura un effet salutaire sur sa santé, mais c'est là qu'il meurt le soir du 22 juillet 1950. King dicte les dernières lignes de son journal le 19 juillet 1950, et les trois dernières journées de sa vie seront relatées par un secrétaire.

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