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Le journal de William Lyon Mackenzie King

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Au cœur du journal

Politiques, thémes et événements marquants de la vie de King

Mackenzie King et le ministère des Affaires extérieures

Lorsque Mackenzie King est devenu premier ministre en 1921, il a également accepté la fonction de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, une charge supplémentaire habituelle pour un premier ministre à l'époque. Établi en 1909, le ministère des Affaires extérieures offrait des conseils au premier ministre, en plus de traiter les dossiers consulaires, notamment la délivrance de passeports aux Canadiens et Canadiennes pour les voyages à l'étranger.

Le grand principe de King en matière d'affaires extérieures était que le Canada devait jouer un rôle de plus en plus autonome, tout en évitant les engagements internationaux indus. Fervent admirateur de l'Empire britannique, King a toujours présumé que, en cas de conflits armés majeurs, le Canada appuierait la Grande-Bretagne. Cependant, selon lui, dans des circonstances moins graves, le Canada devait agir de manière plus indépendante, et dans tous les cas, il appartenait au Parlement canadien d'en prendre la décision.

Mackenzie King en compagnie de sa sœur Jennie (alors Mme H.M. Lay) et d'O.D. Skelton, Ph.D., à Kingsmere, (Québec), 1923

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Mackenzie King en compagnie de sa sœur Jennie (alors Mme H.M. Lay) et d'O.D. Skelton, Ph.D., à Kingsmere, (Québec), 1923

Skelton agit comme conseiller de King à la Conférence impériale de 1923 et devient par la suite sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures.

Le premier grand incident international à survenir après l'arrivée au pouvoir de King fut l'affaire Chanak. En septembre 1922, lorsque les troupes britanniques postées à Chanak (Turquie) ont été prises d'assaut par les troupes nationalistes turques, la Grande-Bretagne a lancé un appel aux Forces impériales pour qu'elles interviennent. Le Cabinet canadien, sous la gouverne de King, a décidé que le Canada ne devait pas agir sans l'approbation du Parlement, et il a donc demandé au gouvernement britannique plus de précisions, de façon à pouvoir décider si les députés devaient être rappelés. Pendant ce délai, la crise s'est apaisée. « Je suis certain que nous avons fait ce qu'il fallait, et que nous avons contribué à la paix en retenant nos élans », a écrit King. [Traduction] (Journal, 4 octobre 1922)

L'année suivante, pendant que le Canada négociait un accord avec les États-Unis sur les pêcheries de flétan, King a insisté pour qu'un seul ministre canadien puisse signer au nom de tout le Canada, sans la participation de l'ambassadeur britannique. Par conséquent, Ernest Lapointe, ministre de la Marine et des Pêcheries, signait ce traité pour le Canada le 2 mars 1923. Ce soir-là, King était invité à dîner à Rideau Hall. « Son Excellence [le gouverneur général] a parlé du Traité, précisant qu'il était très heureux de le voir se concrétiser [...]. J'ai dit à Son Excellence que j'étais convaincu du bien-fondé de supprimer tout signe distinctif de colonialisme », a écrit King. [Traduction] (Journal, 2 mars 1923)

Délégués canadiens à la Conférence impériale, Londres, Angleterre, 1926

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Délégués canadiens à la Conférence impériale, Londres, Angleterre, 1926

Sur la photo, on retrouve (de gauche à droite) : Ernest Lapointe, Mackenzie King, Vincent Massey et Peter Larkin.

En 1925, King nomme O.D. Skelton sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures. Professeur et doyen des Arts à l'Université Queen's, Skelton était un ami et conseiller de King, et un biographe de sir Wilfrid Laurier. « Un autre événement aujourd'hui a été l'entrée en fonction de Skelton au poste de sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures. Sir Wilfrid aurait été vraiment heureux de ce rapport entre Skelton et moi dans nos fonctions actuelles », a écrit King. [Traduction] (Journal, 1er avril 1925) Sous la direction de Skelton, le ministère a rapidement pris de la vigueur et de l'importance. Parmi les nouvelles nominations se trouvaient celles de Hume Wrong, de Hugh Keenleyside, de Lester B. Pearson et de Norman Robertson.

En sa qualité de premier ministre et de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, King a participé à un grand nombre de conférences impériales et internationales. La Conférence impériale de 1926 a été particulièrement marquante dans la définition du rôle plus autonome des Dominions dans l'évolution du Commonwealth britannique. « Hertzog [premier ministre de l'Union de l'Afrique du Sud] a insisté très fortement sur l'importance d'une déclaration de l'indépendance de plusieurs Dominions. Je lui ai dit que je n'aimais pas le terme « indépendant », et que tout ce qui s'apparentait à une déclaration d'indépendance ne serait pas comprise au Canada dans le sens qu'il entrevoyait; un parallèle serait rapidement tracé avec la déclaration américaine de 1776. J'ai plutôt suggéré de mettre l'accent sur l'égalité de statut et de souscrire à cette notion tout au long du document à titre de principe fondamental », a noté King. [Traduction] (Journal, 27 octobre 1926) La formulation de King a été acceptée par les autres Dominions.

Mackenzie King signant le Pacte général de renonciation à la guerre, Paris, France, 1928

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Mackenzie King signant le Pacte général de renonciation à la guerre, Paris, France, 1928

Également connu sous l'appellation « pacte Briand-Kellogg », ce traité affirme l'intention de renoncer à la guerre comme moyen politique. Au cours d'une impressionnante cérémonie tenue à Paris, France, le 27 août 1928, quinze pays signent l'accord. Malheureusement, malgré les espoirs élevés entourant ce document officiel, le traité se révèle infructueux.

En 1927, lorsque le Canada a été élu au siège non permanent du Conseil de la Société des Nations, King était sur ses gardes, craignant que cela puisse mener à des engagements indus, mais son lieutenant québécois Ernest Lapointe l'a persuadé d'accepter. « Je crois que c'est une erreur, puisque cela exerce des pressions inutiles, indues sur notre statut individuel en tant que nation, et invite aux différences; mais un différend avec Lapointe sur une question à laquelle il attache une profonde importance serait plus néfaste à long terme », a écrit King. [Traduction] (Journal, 4 septembre 1927) Plus tard, il se sentit plus heureux de cet incident, citant l'élection du Canada au Conseil de la Société des Nations comme l'une des réalisations remarquables de 1927. (Journal, 31 décembre 1927)

En 1928, un événement international d'envergure fut la signature du Pacte général de renonciation à la guerre comme moyen politique. Également connu sous le nom de Pacte Briand-Kellogg, en l'honneur du ministre des Affaires étrangères français (Aristide Briand) et du secrétaire d'État américain (F.B. Kellogg), ce traité a été signé lors d'une cérémonie tenue à Paris. King a apposé sa signature sur le document au nom du Canada. « [...] Lorsque j'ai commencé à écrire et que je suis parvenu à Mackenzie, l'esprit de chère Mère a semblé s'interposer entre moi et la feuille, l'illuminant presque. Je n'ai pensé qu'à elle à mesure que j'écrivais, puis lorsque j'ai signé King j'ai presque ressenti la même intensité à propos de Père, mais pas aussi fortement », a consigné King. (Journal, 27 août 1928)

Depuis Paris, il s'est rendu à Genève, où il a été élu l'un des vice-présidents de la Société des Nations. « Cela traduit la position que s'est taillée le Canada dans les affaires de la Société », a-t-il commenté. [Traduction] (Journal, 3 septembre 1928)

La conférence des premiers ministres du Commonwealth, à Londres, Angleterre, 1944

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La conférence des premiers ministres du Commonwealth, à Londres, Angleterre, 1944

(De gauche à droite) : Les premiers ministres Mackenzie King (Canada), Jan Smuts, général (Union de l'Afrique du Sud), Winston Churchill (Grande-Bretagne), Peter Fraser (Nouvelle-Zélande) et John Curtin (Australie).

Le Canada a également amorcé une représentation diplomatique dans plusieurs capitales du monde. La philosophie de King était que le Canada devait établir des missions diplomatiques de manière graduelle, à commencer par les pays où les intérêts canadiens étaient les plus présents. En 1926, King nomma Vincent Massey le premier des ministres représentant le Canada aux États-Unis. Le Canada a également ouvert des légations en France en 1928 et au Japon en 1929.

À compter d'août 1930, et ce, jusqu'en octobre 1935, R.B. Bennett a été premier ministre et secrétaire d'État aux Affaires extérieures. Lorsque King est revenu au pouvoir en 1935, la situation mondiale était très tendue, mais King, comme bien d'autres, continuait d'espérer que la guerre pourrait être évitée.

En 1937, King a fait un long séjour en Europe, représentant le Canada à des événements dans plusieurs pays. D'abord, il a assisté au couronnement du roi George VI et à la Conférence impériale à Londres (Angleterre). Puis, il a visité l'Écosse, la France, l'Allemagne et la Belgique. Pendant son passage en Allemagne, il a rencontré Hitler, qui l'a grandement impressionné. « Mon appréciation de l'homme lorsque je me suis assis devant lui et me suis entretenu avec lui était qu'il aimait vraiment ses compatriotes et son pays, et qu'il n'épargnerait aucun sacrifice pour leur bien », a écrit King. [Traduction] (Journal, 29 juin 1937)

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le lien entre King et le ministère des Affaires extérieures s'est resserré davantage. Après le décès soudain de son ami O.D. Skelton en janvier 1941, King nommait Norman Robertson nouveau sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures. King avait confiance en Robertson, les deux hommes travaillant en étroite collaboration, et Robertson s'occupant avec King des grandes conférences du temps de guerre.

Le secrétaire d'État Paul Martin et le premier ministre Mackenzie King à la séance inaugurale de l'Assemblée générale des Nations Unies, à Flushing Meadow, New York, 1946

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Le secrétaire d'État Paul Martin et le premier ministre Mackenzie King à la séance inaugurale de l'Assemblée générale des Nations Unies, à Flushing Meadow, New York, 1946

En 1945, Mackenzie King a dirigé la délégation canadienne à la conférence inaugurale des Nations Unies à San Francisco. Avec Louis St-Laurent, King signa la Charte des Nations Unies au nom du Canada. « J'ai utilisé le stylo à l'écusson d'Harvard avec mes initiales dessus  -  un cadeau reçu, il y a plusieurs années de cela, de Joan, quoique acheté par moi-même à sa demande au Harvard Club de New York. Ce lien avec Harvard m'a procuré un très grand plaisir », a noté King. [Traduction] (Journal, 26 juin 1945)

En septembre 1946, King a désigné Louis St-Laurent secrétaire d'État aux Affaires extérieures, séparant ainsi pour la première fois les Affaires extérieures du Cabinet du Premier ministre. Une fois St-Laurent élu chef du Parti libéral en 1948, King nomma Lester Pearson au plus haut rang des Affaires extérieures. « [...] je l'ai félicité de l'adoption du décret en vue de sa nomination, lui disant que j'étais très heureux [...], croyant qu'un jour il occuperait la charge que j'occupe en ce moment », inscrit King. [Traduction] (Journal, 10 septembre 1948)

Chacun des premiers ministres canadiens a participé aux affaires extérieures, mais pour Mackenzie King, le lien avec ce ministère est resté particulièrement serré. Bon nombre des personnes clés des Affaires extérieures ont été, ou sont devenues, ses amis intimes. Un grand nombre des membres de son équipe lui ont été confiés par suite de détachements en provenance des Affaires extérieures. Lorsqu'il remettra la responsabilité des Affaires extérieures à d'autres, il affirmera être soulagé d'être déchargé de cette fonction, mais tout au long de sa carrière, il aura certainement bien profité de cette partie de sa vie professionnelle. Même s'il affirmera souvent préférer la quiétude et la simplicité, il manifestera nettement un intérêt pour l'apparat et les privilèges de sa vie diplomatique, ainsi que pour le pouvoir de prendre des décisions sur la scène internationale.

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