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Le journal de William Lyon Mackenzie King

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Au cœur du journal

Politiques, thémes et événements marquants de la vie de King

La visite royale de 1939

La visite du roi George VI et de la reine Élisabeth (qui allait devenir la reine-mère) au Canada en 1939 a constitué un événement réellement historique. C'était la première fois qu'un monarque régnant visitait notre pays. Ce fut l'un des moments marquants de la vie de Mackenzie King. À titre de premier ministre, celui-ci a voyagé avec les visiteurs royaux d'un bout à l'autre du pays, pendant toute la durée de leur séjour au Canada, et partagé avec eux le devant de la scène et pris part à toutes les fêtes. Il leur a aussi servi de ministre accompagnateur lors de leur visite aux États-Unis.

En Europe, il était évident que la guerre allait éclater et l'un des principaux objectifs de cette visite royale consistait à renforcer l'affection des Canadiens pour la Grande-Bretagne, et à s'assurer leur appui en prévision du conflit imminent. Le président F.D. Roosevelt avait invité le roi et la reine à visiter aussi les États-Unis et, en particulier à cause de la situation internationale, les Britanniques ont volontiers saisi cette occasion de solidifier leurs liens d'amitié avec les Américains.

Mackenzie King était particulièrement enchanté d'avoir été choisi comme seul ministre présent pour l'étape américaine de la visite royale. Ordinairement, lorsque le souverain visitait un État non membre du Commonwealth, c'est un de ses ministres britanniques qui l'accompagnait, mais, cette fois-là, cet honneur a été dévolu à Mackenzie King. Dans son journal personnel, celui-ci s'est réjoui de cette justice immanente qui faisait qu'il allait accompagner l'arrière-petit-fils de la reine Victoria aux États-Unis, alors que son grand-père, William Lyon Mackenzie, avait été forcé de s'enfuir aux États-Unis après que la reine Victoria eut mis sa tête à prix pour 1 000 £. [Traduction] (Journal, 10 avril 1939)

Les préparatifs pour la visite royale ont nécessité une somme de travail énorme. Le roi et la reine allaient arriver au Canada par bateau et voyager en train d'un bout à l'autre du pays. Le Canadien Pacifique et le Canadien national ont offert leurs services et créé un train royal avec quelques-unes de leurs meilleures voitures. Deux Buicks McLaughlin décapotables, aménagées tout spécialement pour le couple royal, lui feraient faire le tour des villages et des villes.

Une question de protocole à régler concernait le rôle que le représentant du monarque au Canada, le gouverneur général, devait jouer lors de la visite royale. Celui-ci, lord Tweedsmuir, respectait les pouvoirs accrus que le Statut de Westminster de 1931 avait conférés aux Dominions et trouvait normal que les Canadiens prennent les choses en main pour la visite royale au Canada. Néanmoins, il estimait qu'il lui appartenait d'accueillir le roi et la reine à leur arrivée au Canada et de les escorter à Ottawa. Après cela, le premier ministre les accompagnerait jusqu'à la fin de leur voyage. Cependant, Mackenzie King voulait être celui qui accueillerait le couple royal lorsque leur navire arriverait à destination. Le personnel de la maison Laurier et de Rideau Hall a eu des discussions véhémentes sur ce point au cours des semaines qui ont précédé la visite royale. En fin de compte, le gouverneur général a joué un rôle encore plus réduit qu'il ne l'avait prévu. Il n'a salué le roi et la reine qu'à leur arrivée à Ottawa, où ils ont séjourné avec sa femme et lui, dans la résidence du gouverneur général, et il s'est joint à eux à Halifax pour leur dire adieu. Le reste du temps, le gouverneur général est resté dans l'ombre et Mackenzie King a été le principal hôte du couple royal.

Le premier ministre Mackenzie King et d'autres représentants officiels attendent l'arrivée du roi George VI et de la reine Élisabeth à Québec, 1939

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Le premier ministre Mackenzie King et d'autres représentants officiels attendent l'arrivée du roi George VI et de la reine Élisabeth à Québec, 1939

(De gauche à droite) : M. Arnold Heeney, premier secrétaire de M. King; le très honorable Mackenzie King, premier ministre; sir A.S. Redfern, secrétaire du gouverneur général; et E.H. Coleman, Ph.D., sous-secrétaire d'État.

La visite royale a débuté le 17 mai 1939, lorsque le roi et la reine sont arrivés à Québec à bord de l'Empress of Australia. MM. Mackenzie King et Ernest Lapointe s'y trouvaient pour les accueillir.

À Québec et à Montréal, d'énormes foules ont acclamé le roi et la reine. Cela a été le cas partout où ils se sont rendus. À toutes les cérémonies, à tous les défilés en voitures, le nombre de spectateurs a été phénoménal. Mackenzie King, heureux d'être sous le feu des projecteurs, ne s'éloignait jamais des visiteurs royaux.

Mackenzie King a consigné bon nombre de conversations qu'il a eues avec le roi et la reine au cours de leur voyage. Les contraintes de la vie publique, la difficulté de traiter avec la presse et la guerre apparemment inévitable avec l'Allemagne comptent parmi les sujets abordés. En ce qui concerne la presse, le roi a parlé tout particulièrement de la prudence dont il fallait faire preuve à l'égard de cette nouvelle technologie de radiodiffusion qu'était la radio. Les sujets de conversation étaient parfois plus légers. Par exemple, un jour, à Montréal, Mackenzie King craignait que la reine n'ait froid. « J'ai dit à la reine que j'espérais qu'elle était vêtue assez chaudement. Elle n'avait pas l'intention d'apporter son châle, mais je lui ai conseillé de le faire. Elle a alors tiré un peu sur sa robe et m'a dit qu'elle avait des lainages en dessous. » [Traduction] (Journal, 18 mai 1939)

À Ottawa, le couple royal s'est rendu au Parlement, où le roi a donné la sanction royale à neuf projets de loi. Le roi et la reine ont aussi inauguré le nouveau Monument commémoratif de guerre. En outre, ils ont accepté l'invitation de Mackenzie King à un déjeuner privé à la maison Laurier. C'est avec beaucoup de fierté que Mackenzie King a joué son rôle d'hôte auprès du roi et de la reine et leur a fait visiter sa maison. Dans son journal personnel, il a raconté cette visite en détail, y compris l'incident suivant : « Le petit Pat s'est retrouvé en haut et est resté sous la table de la bibliothèque pendant que nous y étions. Durant le dîner, il était aux pieds de la reine. Elle a dit qu'elle aimait pouvoir mettre ses pieds sur lui. » [Traduction] (Journal, 20 mai 1939)

Après Ottawa, le roi et la reine sont allés à Toronto, où des foules immenses les ont accueillis avec enthousiasme. Ils ont aussi rencontré les enfants chéris du Canada à l'époque, les quintuplées Dionne. Mackenzie King écrit ce qui suit à ce sujet : « J'avoue que j'ai aimé cette partie du voyage autant, sinon plus, que les autres, à l'exception, bien sûr, des manifestations de grande importance. Les petites filles étaient vêtues de blanc et coiffées de petits bonnets et semblaient extrêmement intéressantes. Elles étaient naturelles et très intelligentes [...] Une à une, les fillettes ont été présentées au roi et à la reine. Elles leur ont fait une petite révérence. Je leur ai alors serré la main très gentiment. Je pouvais voir que le roi et la reine étaient tous les deux très impressionnés par elles. » [Traduction] (Journal, 22 mai 1939)

Joyce Evans, fille du greffier municipal de Port Arthur, remettant un bouquet à la reine Élisabeth, sous l'œil attentif du très honorable Mackenzie King, de l'honorable C.D. Howe (ministre des Transports et député de Port Arthur) et du maire C.W. Cox, 1939

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Joyce Evans, fille du greffier municipal de Port Arthur, remettant un bouquet à la reine Élisabeth, sous l'œil attentif du très honorable Mackenzie King, de l'honorable C.D. Howe (ministre des Transports et député de Port Arthur) et du maire C.W. Cox, 1939

Poursuivant leur voyage vers l'Ouest, le roi et la reine ont visité la plupart des grandes villes canadiennes et beaucoup de petites. À Winnipeg, il pleuvait très fort, mais le roi a insisté pour prendre part au défilé dans une voiture ouverte. [Traduction] (Journal, 24 mai 1939). King décrit dans les termes suivants une scène réconfortante qui s'est produite à Brandon (Manitoba) : « Des exclamations extraordinaires. Au-dessus de nos têtes, un long pont bondé de spectateurs. Il était 23 h. » [Traduction] (Journal, 24 mai 1939)

Cela a été la même chose partout dans les prairies. « À Regina, les gens sont venus en très grand nombre », écrit King. [Traduction] (Journal, 25 mai 1939). À Calgary, « Il a fait beau en fin de compte; les acclamations ont été fortes [...] Les chef indiens étaient [...] en grande tenue, très pittoresque. » [Traduction] (Journal, 26 mai 1939)

À Banff, le roi et la reine ont été enchantés par le paysage spectaculaire. Lorsqu'ils se sont fait photographier devant les montagnes, Mackenzie King a été inclus. [Traduction] (Journal, 27 mai 1939)

Parfois, la participation de Mackenzie King à la visite royale le mettait mal à l'aise, mais il rationalisait cela comme une affirmation de l'importance du Canada. « J'ai [...] dit [à la reine] que je me sentais un peu gêné de faire tout le voyage avec Leurs Majestés, que j'avais l'air de me mettre en évidence; cependant, j'estimais que, à moins de montrer d'une manière quelconque la préséance du Dominion, une des principales raisons d'être de ce voyage disparaîtrait. La reine m'a répondu que le roi et elle avaient toujours pensé que je devais les accompagner. » [Traduction] (Journal, 27 mai 1939)

Mackenzie King a été très enthousiasmé par la Colombie-Britannique. « La journée passée à Vancouver a été l'une des plus agréables de tout le voyage », écrit-il. [Traduction] (Journal, 29 mai 1939) Au sujet de Victoria, il écrit ce qui suit : « Indubitablement, c'est Victoria qui nous a laissé les impressions les plus agréables. Cela a été un point culminant [...]. » [Traduction] (Journal, 30 mai 1939)

Les visiteurs sont alors repartis vers l'Est. À Jasper, King a noté que le couple royal « avait beaucoup marché sur les versants montagneux. » (Journal, 1er juin 1939). À Edmonton, il y a eu une grande réception et des acclamations continuelles. [Traduction] (Journal, 2 juin 1939) À Saskatoon, « Il y avait de grande foules le long du parcours [...]. » [Traduction] (Journal, 3 juin 1939) À Sudbury, « la reine a rencontré un soldat dénommé Bennett qui se trouvait avec son frère au moment où celui-ci a été tué à la guerre. » [Traduction] (Journal, 5 juin 1939)

Les voyageurs se sont ensuite dirigés vers le sud et les États-Unis, où ils ont visité Washington, New York et le domicile du président Roosevelt à Hyde Park. Lors de la réception donnée à l'Ambassade britannique à Washington, Mackenzie King s'est fait un plaisir de présenter au roi plusieurs de ses amis de longue date, Julia Grant, M. et Mme John D. Rockefeller fils et Peter Gerry. [Traduction] (Journal, 8 juin 1939)

À leur retour au Canada, les voyageurs se sont rendus dans l'Est du Québec et les Maritimes. On leur a fait un accueil chaleureux partout. « Fredericton [...] était beau à voir », écrit King; [Traduction] (Journal, 13 juin 1939) c'est là une des nombreuses observations qui montrent sa satisfaction à l'égard de cette partie du voyage. À Charlottetown, King a indiqué que « La cérémonie [...] s'est déroulée dans la salle où les Pères de la Confédération s'étaient réunis en 1864. » [Traduction] (Journal, 14 juin 1939)

Au déjeuner d'adieu à Halifax, le roi et la reine ont prononcé tous les deux un discours de remerciement. Ce soir-là, ils sont montés à bord de l'Empress of Britain pour rentrer chez eux. Voici ce que Mackenzie King a écrit à ce sujet : « L'Empress of Britain s'est dirigé rapidement vers une extrémité du port, où une remorque lui a fait faire un virage complet, puis il a rebroussé chemin pour sortir du port. Il était accompagné par des navires de guerre britanniques et nos propres destroyers. Le Bluenose et d'autres navires présents également dans le port formaient une sorte d'escorte [...]. Il faisait un soleil éclatant [...]. Le roi et la reine se trouvaient tout en haut du bateau et ne cessaient d'agiter la main [...]. Il n'aurait pas pu y avoir de plus bel adieu [...]. » [Traduction] (Journal, 15 juin 1939)

Le roi et la reine ont fait une arrêt à Terre-Neuve, puis sont rentrés en Grande-Bretagne, mettant ainsi fin à un voyage très réussi. En renforçant l'appui et l'affection des Canadiens pour la monarchie, cette visite a remporté un succès qui dépassait les attentes les plus optimistes des organisateurs. Pour le roi et la reine, il était très satisfaisant que leur première visite importante se soit si bien déroulée. Pour les milliers de Canadiens qui ont pu apercevoir le roi et la reine pour la première fois, cela allait être un souvenir inoubliable. Pour Mackenzie King, ravi de pouvoir passer autant de temps avec le couple royal et de partager l'attention et le luxe dont celui-ci était entouré, cette visite représentait un triomphe tant politique que personnel.

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