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ARCHIVÉE - LIVRES D'ARTISTES
UNE LECTURE RÉINVENTÉE

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Galerie des artistes

Roland Giguère et les Éditions Erta

« Je m'inscrivis à l'école des arts graphiques en 1948. J'écrivais des poèmes, je lisais comme un forcené, je découvrais le surréalisme, Refus Global venait de paraître. Je me souviens qu'à la question du formulaire d'admission pourquoi les arts graphiques?, je répondis : pour l'amour du livre. Déjà le désir était défini et infini : je voulais faire de l'édition, imprimer. »

Énoncé de Roland Giguère

Ces mots résument bien, à eux seuls, l'engagement passionné de Roland Giguère envers le domaine de l'édition. Visionnaire, il s'imposera comme l'un des principaux agents de l'évolution du livre d'artiste au Québec. À l'École des arts graphiques, à Montréal, il collabore à la revue Impressions, qui, entièrement réalisée par les étudiants, servira de laboratoire d'idées et d'expériences sur les plans tant visuel que graphique. C'est pour lui l'occasion de rencontrer les relieurs Pierre Ouvrard et Jean Larivière, qui s'avéreront être des collaborateurs hors pair lorsque, plus tard, il réalisera ses projets d'édition.

Coffret rouge au dos gris avec, sur le plat recto, de la typographie noire en haut à droite et, au centre, une illustration en noir et blanc dans un cercle blanc. Sur le coffret, à droite, page blanche avec une illustration en noir et blanc et, à gauche, sur le coffet et sur cette page, une page noire aux bordures blanches  avec le titre et une signature manuscrites en blanc.

Faire naître

Source

En 1949, ayant fondé les Éditions Erta, il publie Faire naître, un recueil de 22 poèmes accompagné de quatre sérigraphies d'Albert Dumouchel. Il brise alors déjà les conventions du livre illustré puisque l'ouvrage, tiré à 100 exemplaires sur un banal papier offset et réalisé grâce au procédé commercial de la sérigraphie, rompt avec les traditions de « luxe » de ce genre d'ouvrage.

Volumen fait d'un rouleau de papier brun desserré en cercle, debout, laissant voir de la typographie brune et certaines illustrations, avec, aux extrémités, deux batonnets en bois brun foncé, l'un étant au centre et l'autre, à l'arrière-plan.

Abécédaire

Source

Ses projets les plus novateurs paraîtront entre 1950 et 1954, soit l'année de son départ pour Paris : ce sont 3 pas, Les nuits abat-jour, Midi perdu et Images apprivoisées. Ces ouvrages, qui, selon les dires mêmes de Giguère, relèvent de l'« édition confidentielle » puisqu'ils ont été tirés à une vingtaine d'exemplaires et offerts « aux amis et aux plus aimants », sont « faits de bouts de ficelle, de chutes de papier, de retailles, d'erreurs et de repentirs ». Chacune de ces plaquettes est le prélude d'une manière de faire qu'il reprendra dans ses projets ultérieurs. Le texte de 3 pas cohabite avec l'image gravée sur linoléum par Conrad Tremblay; pour Les nuits abat-jour, Dumouchel tire l'empreinte de rebus d'imprimerie; Midi perdu annonce la venue, en 1975, du volumen Abécédaire, où figurent, sur bleu d'architecte, des textes manuscrits et des dessins de Gérard Tremblay. Le livre Images apprivoisées marque, pour sa part, un tournant historique : les textes y sont « provoqués » par les images de clichés en photogravure qui ont été trouvés dans une boîte et dont il ignorait tout autant la provenance que la signification. Giguère assume donc la totalité de ce livre-concept, devenant ainsi un précurseur de la nouvelle approche du livre d'artiste.

Page bleue à bordures blanches avec du texte en bleu pâle, en rose et en nuances de blanc et deux illustrations en jaune foncé.

Paroles visibles

Source

Artiste multidisciplinaire, Giguère s'identifie au mouvement surréaliste. Durant son séjour à Paris, il rencontre le poète et ingénieur belge Théodore Kœnig, ami du peintre Pierre Alechinsky, et collabore à la revue Cobra — qui deviendra la Revue internationale de l'art expérimental— et au mouvement Phases, issu des membres du groupe Cobra établis à Paris. Vers 1957, il repart pour la France, où il fréquentera l'école Estienne et travaillera dans de nombreux ateliers parisiens, dont celui du graveur Johnny Friedlaender. Imprégnées de ce savoir-faire, les éditions de cette époque sont plus conformes au livre d'artiste de luxe de conception française. Le livre Adorable femme des neiges1 témoigne de cette influence et, avec l'ultime Paroles visibles, sorte de livre-affiche réalisé en 1983, Giguère renoue avec cette idée de faire cohabiter l'image et le texte, qu'il avait amorcée en 1950 avec 3 pas. C'est ainsi que l'aventure des Éditions Erta, née un soir de 1949 sous le néon à moitié grillé de l'hôtel Alberta, prend fin. Mais il n'en est guère de même pour l'œuvre de Giguère, dont les Éditions de l'Hexagone et les Éditions du Noroît publieront nombre de réalisations.

1 Le poème manuscrit et les sérigraphies du livre d'artiste Adorable femme des neiges ont été réalisés en 1959 à Châteaunoir, Aix-en-Provence.