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« Sans craindre ni favoriser qui que ce soit » : les hommes de la Police à cheval du Nord-Ouest

Au travail

De l'aube au crépuscule

Photographie de recrues en selle à Regina, Saskatchewan, sous la direction du maître écuyer et le sergent d'état-major William D. Bruce, 1894.

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Recrues à Regina, Saskatchewan, sous la direction du maître écuyer et le sergent d'état-major William D. Bruce, 1894.

Durant les premières années qui suivent la création de la Police à cheval du Nord-Ouest (PCN-O), les nouvelles recrues, après leur enrôlement, après les serments d'allégeance et d'office, et après avoir reçu leur équipement et leur uniforme, sont affectées à différentes divisions dans le but d'y être formées. À la suite de la création, en 1885, de la Division dépôt, destinée à la formation des membres de la PCN-O, la presque totalité des nouvelles recrues reçoivent ensemble leur formation à Regina. L'enseignement qu'on y donne porte sur les pratiques de la Police à cheval, le droit, l'équitation et les exercices militaires avec arme légère et fusil. Le temps nécessaire pour la formation varie selon les besoins en main-d'œuvre des différentes divisions. Dans les années 1880, quelques semaines suffisent, mais à partir des années 1890, les nouvelles recrues peuvent rester trois mois ou plus à la Division dépôt avant de recevoir leur première affectation.

Néanmoins, toute cette formation et ces exercices militaires ne peuvent réellement préparer les jeunes gendarmes aux réalités quotidiennes de la vie policière qui les attend dans les Prairies ou au Yukon.

Photographie de membres de la PCN-O devant un poste de la PCN-O, Banff, Alberta, 1888.

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Devant un poste de la PCN-O, Banff, Alberta, 1888.

Du moment de leur réveil, qui se situe entre 5 h 50 et 6 h 00 du matin, jusqu'au crépuscule, les policiers à cheval sont en service. Ils doivent prendre soin des chevaux, de leur équipement, de leurs uniformes et de leurs quartiers, en plus de s'adonner régulièrement à des exercices militaires et de répondre aux ordres, d'accomplir les corvées quotidiennes, de remplir des rapports et de réaliser diverses autres tâches administratives, ainsi que de mener des enquêtes pour chaque crime ou acte répréhensible rapporté. De plus, les patrouilles quotidiennes ou hebdomadaires deviennent chose commune après1886. Ces patrouilles exigent une importante préparation, car elles représentent des voyages dont la distance varie de quelques kilomètres à plusieurs centaines de kilomètres.

Les emplacements de la PCN-O

Jusqu'à la Rébellion de 1885, les activités de la Police à cheval se concentrent autour d'un certain nombre de forts, dont le Fort Walsh, en Saskatchewan, ainsi que les Fort Macleod, et Fort Calgary, en Alberta. Toutefois, vers la fin des années 1880, les forts ont été abandonnés ou sont devenus des villes ou des cités abritant les quartiers généraux des différentes divisions de la PCN-O. En 1889, par exemple, les divisions de la Police à cheval, identifiées par des lettres distinctes, sont établies dans les endroits suivants :

  • Maple Creek (A)
  • Wood Mountain (B)
  • Battleford (C)
  • Fort Macleod et Fort Steele(D)
  • Calgary (E)
  • Prince Albert (F)
  • Fort Saskatchewan (G)
  • Lethbridge (K)
  • Regina (Dépot)
Photographie de membres du détachement de Moosomin en uniforme des Prairies, à Moosomin, Saskatchewan, 1889.

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Membres du détachement de Moosomin en uniforme des Prairies, à Moosomin, Saskatchewan, 1889.

Chaque division constitue le quartier général de nombreux détachements, dont certains sont en activité durant toute l'année et d'autres durant l'été uniquement. On procède de temps à autre au remaniement des divisions, et des détachements sont mis sur pied ou inactifs selon les types de colonies de peuplement et les besoins en matière de présence policière propres à chaque région. La liste des divisions et des détachements figure dans les rapports annuels de la PCN-O, ainsi que le nombre d'hommes affectés à chacun.

Les corvées quotidiennes

Tous les membres de la PCN-O ne participent pas à la lutte contre le crime; certains ont plutôt pour rôle de faciliter l'existence de ceux qui le font. Les membres de la Police à cheval sont autosuffisants durant de nombreuses années, surtout au cours des années 1870 et au début des années 1880. Ils accomplissent toutes les tâches rattachées à leur subsistance, que ce soit la culture des aliments, la construction de leurs quartiers ou tout autre travail. Les corvées quotidiennes peuvent comprendre la récolte du foin, la fente du bois de chauffage et la cueillette des fruits et des légumes. Les patrouilles demandent en outre une planification et une préparation importantes.

Avant le tournant du siècle, la PCN-O n'emploie que très peu de civils, pratiquement toutes les tâches étant accomplies par les policiers à cheval en tunique rouge. En d'autres mots, certains membres de la Police à cheval ne sont durant leur carrière jamais appelés à participer à une enquête sur un crime, à prendre part à une patrouille ou encore à faire face aux risques inhérents à ce métier, contrairement à leurs collèques d'autres forces qui doivent souvent le faire.

Vers le milieu des années 1890, les quartiers généraux les plus importants emploient quelques civils pour travailler à titre de cuisiniers, et des femmes sont fréquemment engagées pour servir de surveillantes ou d'accompagnatrices pour les prisonnières. Les travaux quotidiens dans les détachements sont quant à eux réalisés par des agents de police qu'on appelle le plus souvent les « artisans ». Ce sont des charpentiers, des tailleurs, des forgerons, des maréchaux-ferrants, des barbiers, des ferblantiers, des selliers, des peintres, des pompiers ou même des conducteurs d'attelage.

Équipe de rugby de l'Association de la PCN-O, 1896.

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Équipe de rugby de l'Association de la PCN-O, 1896.

Alexander Alexander entre au service de la PCN-O à Chatham, en Ontario, le 4 mai 1885 et il y reste jusqu'à sa retraite en août 1922. Il est maréchal-ferrant durant toute sa carrière, ce qui l'amène à prendre soin des chevaux de la PCN-O à Medicine Hat, à Maple Creek, à Regina et à Fort Macleod. Durant la ruée vers l'or, il se rend au Yukon pour y exercer ce métier.

Lorsque la Police à cheval s'établit dans les Prairies au milieu des années 1870, les membres de la force policière comprennent que leurs seules rations ne constituent pas un régime alimentaire assez varié pour être sain. On entreprend donc dans différents forts et quartiers généraux divisionnaires de petits travaux agricoles afin de cultiver les légumes frais dont on a tant besoin, ainsi que pour faire pousser de l'avoine et du foin pour les chevaux. Dans la majorité des cas, les cultures donnent les résultats escomptés, bien qu'à l'été de 1876 les récoltes de Swan River aient été totalement dévorées par les sauterelles.

À la ferme de Battleford, les pommes de terre, les betteraves, le chou, la laitue, les haricots et divers autres légumes poussent sous l'œil attentif du gendarme Ridout, qui travaille avec tant de soin. Après son départ, en 1879, le potager ne retrouvera plus jamais la même abondance. Les officiers reconnaissent la valeur du travail des agents qui s'occupent de travaux agricoles, mais à Wood Mountain, où le corps policier possède un petit cheptel bovin, certains se demandent en 1880 si un sous-officier et trois hommes seraient nécessaires pour prendre soin des bêtes.

L'approvisionnement en nourriture fraîche reste un problème d'importance jusqu'à la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique, jusqu'à l'apparition de villes et de villages dans les Prairies et jusqu'au développement dans la région de l'agriculture et d'un système de distribution des denrées et des services. De nombreux quartiers généraux divisionnaires et détachements permanents gardent néanmoins leur potager jusqu'à tard durant le XXe siècle. Les membres de la Police à cheval plantent également des arbres dans les Prairies afin d'y rendre la vie plus plaisante et plus confortable.