Servir son pays
Les « responsabilités supplémentaires »
En 1870, le Canada élargit ses frontières en faisant l'acquisition de la Terre de Rupert, qui s'étend sur l'ensemble du bassin hydrographique de la baie d'Hudson, ancienne propriété de la Compagnie de la baie d'Hudson. Le gouvernement fédéral doit désormais exercer son autorité sur ce vaste territoire. Aussi la création de la Police à cheval du Nord-Ouest (PCN-O) est-elle en partie motivée par un vaste plan visant à préparer les Prairies à la colonisation et au développement de l'agriculture afin d'étendre la souveraineté canadienne d'un océan à l'autre.
Il est certes prioritaire pour la PCN-O de faire respecter la loi et de maintenir l'ordre, mais durant les 10 à 15 premières années de son existence, elle constitue l'unique autorité fédérale dans les territoires où elle est établie. Ses membres doivent donc assumer diverses responsabilités qui incombent habituellement à d'autres représentants du gouvernement. Ces responsabilités supplémentaires leur permettent cependant de jouer un rôle déterminant dans le développement de l'Ouest canadien. Ces annales relatent ce que sont ces « responsabilités supplémentaires ».
Des fonctionnaires vêtus de serge rouge
Les services postaux
Avant l'achèvement du Chemin de fer Canadien Pacifique, la livraison postale dans les Territoires du Nord-Ouest est irrégulière. Le courrier destiné à la Police à cheval est transporté par les États-Unis jusqu'à Fort Benton, au Montana, puis par voie terrestre vers Fort Walsh. De là, le courrier est distribué aux nombreux forts et détachements de la région. Tout le courrier destiné aux civils emprunte la même route. Il n'est pas rare que les policiers à cheval acheminent eux-mêmes le courrier dès son entrée au Canada, surtout pendant les années précédant la Rébellion du Nord-Ouest de 1885.
L'arrivée du chemin de fer permet d'améliorer la livraison du courrier en provenance de l'Est du Canada vers les Prairies, mais les policiers à cheval continuent d'exercer leur rôle de facteur durant les années 1890, surtout dans les régions isolées. En raison de leur service de patrouille, ils savent où se trouvent les demeures des colons et possèdent une extraordinaire connaissance des collectivités qui, dans les Prairies et au Yukon, s'étendent sur des centaines de milliers de kilomètres.
Dès 1884, les membres de la PCN-O sont assermentés à titre d'employés du Service postal et assument la tâche de commis au courrier dans les trains voyageant vers l'ouest de Moose Jaw jusqu'aux montagnes. Leur rôle est de veiller à la protection du courrier, mais également d'agir à titre d'employés des services postaux. Cette pratique inhabituelle (y compris la présence d'un commis au courrier dans les trains) se poursuit jusqu'à ce que le réseau des bureaux de poste s'étende à l'Ouest du Canada en 1885 et en 1886. La même situation se répète au Yukon.
Le recensement
En raison de leurs liens étroits avec les collectivités, les membres de la PCN-O sont les plus aptes à réaliser les recensements. Ils effectuent un premier recensement pour le gouvernement dès 1879, une tâche qu'ils assument à nouveau pour les recensements décennaux de 1881 et de 1891. En 1885 et en 1895, le corps policier prépare un rapport sur les populations des Premières nations, des non-Autochtones et des Métis, ainsi que sur les territoires cultivés et le nombre de têtes de bétail. Les membres de la Police à cheval connaissent bien les populations locales dans les réserves et hors de celles-ci, et c'est pourquoi il apparaît naturel de leur confier la responsabilité des recensements. Le fait d'être recenseur leur donne l'occasion d'obtenir un revenu supplémentaire. Au Yukon, la Police à cheval prête main-forte aux recenseurs fédéraux lors du recensement de 1901, durant lequel deux agents du détachement de Dalton doivent effectuer un voyage aller-retour de 964 kilomètres pour recenser un petit groupe d'Autochtones.
Les douanes
En raison de leur connaissance approfondie de la région, les membres de la PCN-O sont les plus aptes à réaliser le travail d'agents de douanes pour le gouvernement. Ainsi, peu après l'établissement du corps policier en 1875-1876, les membres de la PCN-O commencent à percevoir les droits de douane sur les marchandises transportées au Canada, et Fort Walsh, en Saskatchewan, est déclaré point d'entrée. Durant l'année 1880, la Police à cheval perçoit plus de 17 000 dollars en droits de douane, et les agents en « tunique rouge » des douanes canadiennes enregistrent, à Fort Macleod, en Alberta, des recettes dépassant les 15 000 dollars.
Après 1886, il devient nécessaire d'intensifier le système de patrouilles, en partie à cause de l'augmentation de la contrebande le long de la frontière. La Police à cheval est préoccupée par les quantités d'alcool qui entrent en contrebande dans les territoires, mais elle l'est encore plus par les grandes quantités de marchandises légitimes qui sont importées sans que les droits de douane soient perçus. Prenant le taureau par les cornes, on dépêche en 1888-1889 une escouade de policiers à cheval au Manitoba pour assurer la surveillance de la frontière américaine.
En septembre 1889, Mackenzie Bowell, ministre des Douanes, longe la totalité du tracé de la frontière internationale afin de voir par lui-même ce que représente la tâche des policiers à cheval responsables de faire respecter la réglementation des douanes. Il se dit très impressionné, mais rapidement le ministère nomme ses propres agents et relève la PCN-O de ses fonctions de perception douanière. Le corps policier peut dès lors concentrer ses efforts à résoudre les problèmes de non-respect de la loi liés à la contrebande.
Les membres de la PCN-O servent également à titre d'agents des douanes au Yukon. Premiers membres de la force à s'installer au Yukon en 1894, l'inspecteur Charles Constantine et le sergent Charles Brown y agissent en tant qu'agents officiels du ministère des Douanes. Brown est responsable de percevoir les droits de douane à Dawson pendant l'hiver 1894-1895. Au début de la ruée vers l'or, quelques années plus tard, les membres de la PCN-O exercent les fonctions d'agents de douanes au sommet du col de Chilkoot et ailleurs jusqu'à ce que les représentants du ministère arrivent sur place. Durant cette période, la Police à cheval doit assurer une surveillance partout où les mineurs travaillent et contrôler tous les déplacements par le col de Chilkoot et, par bateau, de Whitehorse à Dawson.
Escorte de la Police à cheval à l'occasion de la visite du duc et de la duchesse de Cornwall et York (le duc est devenu le roi George V), Vancouver, Colombie-Britannique, 1901.
L'escorte des dignitaires
En plus du transport du courrier, de la réalisation du recensement et de leur rôle d'agents de douanes, les policiers à cheval servent également d'escorte au vice-roi et à d'autres dignitaires venant visiter les territoires. En 1881, le Gouverneur général, Lord Lorne, décide de venir voir l'Ouest de ses propres yeux. Au début de juillet, le sergent-major Lake et 21 sous-officiers et policiers quittent Fort Walsh en direction de Qu'Appelle et vont à la rencontre du groupe du vice-roi, qu'ils escortent jusqu'à Battleford et Fort Macleod. Ils arrivent le 17 septembre et sont reçus par une garde d'honneur commandée par l'inspecteur Francis Dickens. La PCN-O escorte ensuite le Gouverneur général jusqu'à Fort Shaw, aux États-Unis. Pendant les dix-sept jours que dure la tournée, le groupe parcourt près de 2 000 kilomètres. Non seulement les membres de la PCN-O assurent l'escorte, mais ils montent les tentes, ramassent le bois et chassent pour leurs invités, ce qui ne manque pas d'impressionner Lord Lorne. Lorsque le commissaire Irvine demande l'appui du Gouverneur général afin de faire augmenter le nombre de policiers à cheval, ce dernier accepte de bon gré et défend sa requête auprès de Sir John A. Macdonald dès son retour à Ottawa. Au printemps de 1882, les effectifs autorisés de la PCN-O sont accrus de 200 hommes.
D'autres visiteurs sont escortés durant les années qui suivent. Le Gouverneur général Lord Lansdowne fait une tournée des Prairies en septembre 1886. En 1887, c'est au tour de Sir John A. Macdonald et de Lady Macdonald de traverser les Prairies en route vers la Colombie-Britannique. En 1889, on voit Lord et Lady Stanley se promener dans l'ensemble du territoire sous l'œil averti de leur escorte de policiers à cheval. Ils visitent la Division dépôt à Regina, Lethbridge, la réserve indienne des Blood et divers ranchs dans le secteur de Fort Macleod, ainsi que Calgary et Edmonton. Les membres de la PCN-O prennent toutes les dispositions nécessaires pour assurer le confort des visiteurs, qu'il s'agisse de monter le camp pour la nuit ou de trouver un orchestre pour une soirée de gala à Banff.
Il devient ainsi habituel pour les Gouverneurs généraux de visiter les Prairies. Lord et Lady Aberdeen en font la visite en 1894, et Lord Minto arpente en 1901 l'ancien champ de bataille de la Rébellion à Batoche, en Saskatchewan, en compagnie du sergent William Armer (1874), qui reçoit la même année la responsabilité de l'escorte du duc et de la duchesse de Cornwall et York jusqu'à Banff. C'est sur l'insistance de Lord Minto que le roi Édouard VII ordonne, en juin 1904, que le nom de la Police à cheval soit changé pour inclure le titre de « Royale ». Fidèle partisan de la Police à cheval, Lord Minto est nommé le premier commissaire honoraire du corps policier en décembre 1904.



