Servir son pays
Le Chemin de fer Canadien Pacifique
Au début des années 1880, la Police à cheval est chargée de la protection du Chemin de fer Canadien Pacifique, alors que la pose des rails d'acier progresse à travers les Prairies et dans les montagnes de la Colombie-Britannique. Les actes criminels graves se font rares le long des rails grâce, principalement, à la présence de la force policière.
Plus le chemin de fer avance à l'ouest du Manitoba, et plus la participation de la Police à cheval augmente. En 1881, quelque 4 000 hommes travaillent à la construction de la voie ferrée, « certains étant exceptionnellement méchants », aux dires de l'un des officiers de la PCN-O. Le corps policier déploie d'énormes efforts pour empêcher que les terrassiers puissent se procurer de l'alcool de contrebande.
Lorsque la construction reprend en avril 1883 (les travaux s'arrêtent durant les mois d'hiver), la Police à cheval reprend également son travail de surveillance. De la mi-avril jusqu'à la fin de novembre 1883, on pose quelque 376 milles (605 km) de voie ferrée. Selon le commissaire Irvine, cette tâche « exige énormément de vigilance et affaiblit les ressources » de la force policière.
Les policiers suivent les trieurs et les poseurs de voie ferrée qui cheminent pouce après pouce vers l'ouest. Leur rôle est de maintenir l'ordre parmi les travailleurs, d'empêcher l'importation d'alcool et de décourager le vol de chevaux. À certaines reprises, les membres de la PCN-O doivent prêter main-forte au Chemin de fer Canadien Pacifique afin de renverser de petits mouvements de grève ou de protéger les biens de la compagnie de l'action des travailleurs en grève. La PCN-O doit également apaiser les esprits agités lorsque, à Calgary, les plaintes de travailleurs impayés risquent de provoquer une violente manifestation. La PCN-O intervient en s'assurant que les hommes reçoivent leur salaire.
Le chemin de fer entraîne également une augmentation de la population, ce qui signifie davantage de travail pour les membres de la Police à cheval. En 1884, la Loi pour le maintien de la paix prévoit de chaque côté du chemin de fer une zone tampon de 20 milles (32 km). Les terrassiers représentent cependant à eux seuls un défi de taille.
La Police à cheval supervise la construction du chemin de fer jusqu'en Colombie-Britannique où, au dernier rail, éclate en avril 1885 une terrible confrontation entre des travailleurs en révolte et la force policière. Toujours sans salaire, les travailleurs lancent un ordre de grève. Lorsque le gendarme J. Kerr tente d'arrêter le meneur, « un desperado bien connu » du nom de Behan, les grévistes s'en prennent au policier. Après un retrait à la caserne, le sergent William Fury et trois de ses hommes sortent pour confronter les grévistes, qui sont au moins 200. L'affrontement ne prend fin que lorsque Sam Steele ordonne à William Fury de tirer sur un gréviste pour le blesser. La PCN-O mène par la suite une enquête afin de déterminer si les accusations de non-paiement sont véridiques, et les paiements sont effectués au cours de la semaine afin d'éviter toute autre altercation.
L'achèvement du chemin de fer est un événement important pour le Canada, ainsi que pour la mise en œuvre dans le pays du plan Sir John A Macdonald. Sa construction rapide est assurée par la présence de la Police à cheval, et il facilite la venue dans l'Ouest des nouvelles recrues. Avant l'achèvement du chemin de fer, toutes les nouvelles recrues doivent passer par les États-Unis pour se rendre dans l'Ouest. Elles doivent suivre un long périple parfois dangereux en se déplaçant par bateau, par train, par navire à vapeur (sur la rivière Missouri) pour enfin emprunter une piste à Benton, au Montana, les menant à Fort Walsh. Ce voyage extrêmement long imposé aux nouvelles recrues devient ainsi chose du passé grâce au chemin de fer.

