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ARCHIVÉE - « Sans craindre ni favoriser qui que ce soit » : les hommes de la Police à cheval du Nord-Ouest

Servir son pays

Les Premières nations et la protection et le maintien de l'ordre

Photographie d'un campement métis et de chariots sur la prairie, Manitoba, 1874.

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Campement métis et chariots sur la prairie, Manitoba, 1874.

Des efforts considérables sont déployés pour protéger les Premières nations, particulièrement des effets dévastateurs de l'alcool sur leurs populations. De plus, bien que la grande majorité des populations des Premières nations soit respectueuse de la loi, divers crimes comme le vol de chevaux et le détournement de bétail sont commis régulièrement. La présence de la PCN-O est ainsi nécessaire pour dissuader les criminels. Dans de nombreuses régions des Prairies, les réserves ne sont pas viables en raison principalement de l'inefficacité de la politique agricole fédérale concernant les Premières nations, qui n'ont pas de quoi se nourrir. Généralement compatissante à l'égard des souffrances des Premières nations, la Police à cheval distribue des rations de secours aux plus affamés.

Les membres de la Police à cheval sont en même temps chargés de faire appliquer les lois du pays et la réglementation du ministère des Affaires indiennes. L'application de cette dernière s'avère plutôt ardue. Dès 1884, Ottawa décourage ou interdit les pratiques rituelles comme la danse du soleil et le potlatch. Les dispositions de la Loi sur les Indiens sont particulièrement oppressives. Elles stipulent par exemple que les habitants d'une réserve ne peuvent la quitter à moins d'un permis. Ce « système de laissez-passer » est pour l'essentiel une véritable politique d'apartheid que les membres de la PCN-O doivent faire respecter et pour laquelle ils éprouvent une aversion marquée.

Photographie de Letitia Bird, Cri-Métis, 1885.

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Letitia Bird, Cri-Métis, 1885.

Diverses mesures sont prises afin d'améliorer la situation. Bien qu'aucun membre des Premières nations n'ait encore été engagé à titre de membre régulier, le commissaire Irvine recommande en 1884 la création d'un groupe spécial d'Autochtones chargé de faire respecter la loi dans les réserves. Sa proposition fait cependant chou blanc. En 1887, le commissaire Herchmer réussit à faire assermenter des Autochtones à titre de gendarmes spéciaux. Depuis la « Marche vers l'Ouest », les Autochtones et les Métis ont souvent agi comme guides, interprètes et éclaireurs. Or, en les enrôlant comme agents spéciaux, la PCN-O leur confère un certain prestige et leur assure une rémunération correspondant à leur participation aux activités du corps policier. Ainsi, dès 1896, la PCN-O compte près de 50 éclaireurs des Premières nations parmi ses salariés.

Nul doute que Jerry Potts soit l'éclaireur le plus notoire; toutefois, l'histoire de Star Child, chef indien pied-noir engagé comme éclaireur, est pour le moins surprenante. En 1879, Star Child est accusé du meurtre du gendarme Marmaduke Graburn, le premier policier à cheval à mourir dans l'exercice de ses fonctions. Le présumé meurtrier subit un procès pour meurtre en 1881 et est acquitté par un jury d'anciens policiers qui coupable, bien que le croyant conviennent qu'il y a insuffisance de preuve.

Deux ans plus tard, Star Child est condamné à quatre ans de prison pour vol de cheval et, à Stony Mountain, il apprend l'anglais. Une fois libéré, il est engagé par la Police à cheval à titre d'éclaireur. Dans son rapport annuel de 1889, le surintendant R. Burton Deane le décrit dans ces mots : « Parmi les nombreux éclaireurs indiens qui ont travaillé pour moi, aucun ne s'est montré aussi à la hauteur que Star Child, et je suis peiné d'apprendre qu'il se meurt de consomption. Il a accompli du bon travail dans nos rangs et je ne pense pas pouvoir le remplacer. C'était un fin renard et les Indiens le craignaient. »

La PCN-O dans les vallées du Kootenay

À compter de 1886, la criminalité augmentant au même rythme que la population, le bien-être des Premières nations devient une des préoccupations principales de la Police à cheval. C'est pourquoi Sam Steele et un contingent de 75 hommes de la Division D sont envoyés en 1887 dans les vallées du Kootenay, en Colombie-Britannique, afin de désamorcer une situation qui risque de prendre une mauvaise tournure.

En vertu de la loi, la PCN-O est à l'époque confinée au territoire de l'Alberta et de la Saskatchewan d'aujourd'hui, mais, au printemps de 1887, se produisent en Colombie-Britannique certains événements qui nécessitent une intervention ferme de la justice. Ces événements sont liés à un conflit territorial entre une bande d'Indiens Shuswap, menée par le chef Isadore, et un petit groupe de colons blancs. Le gouvernement provincial déploie peu d'efforts pour résoudre le problème, qui dès lors dégénère et devient incontrôlable. La Colombie-Britannique fait appel par la suite à Ottawa et demande son aide, prétextant qu'il s'agit d'une question de compétence fédérale.

Après des mois d'inaction, le gouvernement fédéral décide d'envoyer la Police à cheval afin de tenter de mettre fin à la querelle. Aux dires de Steele, l'arrivée d'une force réduite « a permis de rétablir la confiance et de mettre fin à l'état d'alerte ». Steele rencontre le chef Isadore et les autres parties en conflit et leur promet un traitement égal.

Photographie de membres de la PCN-O, détachement de Fort Steele, Colombie-Britannique, le 4 août 1888.

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Quelques membres de la PCN-O, détachement de Fort Steele, Colombie-Britannique, le 4 août 1888.

La Police à cheval demeure dans les vallées du Kootenay pendant toute une année et y construit pour héberger ses hommes Fort Steele, qui comporte sept bâtiments. Bien que le terrain accidenté rende les patrouilles difficiles, on constitue les patrouilles habituelles. Avant son départ, Steele organise un événement sportif d'une durée de deux jours auquel participent des Autochtones et des colons. Il semble que cet événement ait connu un grand succès.

Le cas de Almighty Voice

En 1894, la situation des Premières nations dans la presque totalité de la région des Prairies se détériore encore davantage. Une fois de plus, la PCN-O est appelée en renfort pour apporter toute l'aide possible. Les rations supplémentaires fournies par le ministère des Affaires indiennes sont insuffisantes et la police craint une flambée de violence. Une frustration latente accumulée au cours des vingt dernières années est la cause profonde de la crise. Les peuples des Premières nations sont passés d'un mode de vie semi-nomade axé sur la chasse à une vie sédentaire confinée aux réserves, une transformation importante qu'ils vivent difficilement, particulièrement les hommes plus jeunes qui, parfois, laissent libre cours à leur colère. À quelques reprises, des représentants du ministère des Affaires indiennes sont la cible d'agressions pendant qu'ils distribuent des rations. L'un d'entre eux est tué durant une de ces agressions, et un autre, blessé.

L'histoire de Almighty Voice est pour le moins singulière. En octobre 1895, le jeune membre des Premières nations est accusé d'avoir volé une vache, puis arrêté et emprisonné au lac aux Canards. Profitant du fait que l'agent de garde, le gendarme Robert C. Dickson, s'est endormi, Almighty Voice s'enfuit et, dans la poursuite qui s'ensuit, tire un coup de feu qui atteint mortellement le sergent Colin Colebrook. Cette triste histoire ne connaît son dénouement qu'au mois de mai 1897, alors que Almighty Voice et un complice sont tués à bout portant par canon de neuf livres, non sans avoir auparavant blessé l'inspecteur John B. Allan et le sergent Charles C. Raven. Almighty Voice est un symbole important du dernier soulèvement des Premières nations contre l'humiliation que leur infligent à l'époque le système des laissez-passer et l'assimilation forcée dans les réserves.

Tout au long de son histoire, la PCN-O a toujours veillé à ce que les Autochtones comprennent clairement les lois et à faire appliquer ces dernières de manière juste et équitable. Bien que cette tâche ne soit pas de tout repos, les relations entre les Premières nations des Prairies et la population blanche n'ont jamais atteint le niveau de violence qui existe aux États-Unis à la même époque, et ce, malgré de sérieux problèmes de compatibilité culturelle. La PCN-O arrive à préserver la stabilité de la situation, même à l'époque où les Autochtones sont soumis à de cruelles souffrances en raison des changements qui perturbent leur mode de vie traditionnel au cours des années 1870 et 1880.

Il y a quelques années, l'historien Rod Macleod observait que les relations entre la Police à cheval et les Premières nations ont évolué au fil des ans. D'abord protecteurs et gardiens de l'ordre, les policiers à cheval sont devenus une source de secours, de soins médicaux et même d'emplois pour les membres des Premières nations. Lorsqu'on consulte les dossiers de la PCN-O de l'époque, on découvre que l'approche adoptée par le corps policier à l'égard des réserves est judicieuse et essentiellement pragmatique. Quel autre type de démarche leur aurait-il permis de bâtir un pont entre les cultures et de minimiser les risques de violence et de désordre ? Les historiens sont encore partagés quant à l'étendue du succès de ces efforts et la nature des intérêts qu'ils servaient véritablement.