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ARCHIVÉE - « Sans craindre ni favoriser qui que ce soit » : les hommes de la Police à cheval du Nord-Ouest

Combattre le crime

Une affaire à suivre !

Photographie de membres de la PCN-O sur la scène du meurtre impliquant Labelle et Fournier, 1902.

Source

« Découverte de la balle utilisée comme pièce à conviction », photographie provenant du dossier de l'enquête sur le meurtre impliquant Labelle et Fournier, 1902.

En juin 1902, trois Canadiens français se rendent au Yukon à la recherche de deux choses : la gloire et la fortune. La fortune leur glissera des mains, mais ils parviendront à devenir célèbres, au prix de leurs vies cependant. Léon Bouthillette, Guy Beaudoin et Alphonse Constantine se rencontrent pour la première fois à Vancouver. Ils voyagent ensemble jusqu'au Yukon, où ils croisent le chemin de deux autres Canadiens français. Les cinq hommes quittent Whitehorse à la mi-juin, à destination de Dawson. En route, les trois compagnons sont victimes d'un triple meurtre brutal qui sera considéré comme étant l'un des crimes les plus violents jamais commis dans les Territoires. Ken Coates et William Baker racontent l'histoire de cet événement tragique dans leur excellent ouvrage Strange Things Done: Murder in Yukon History (2004). Voici un survol des documents rédigés au cours de l'enquête, ainsi que des méthodes utilisées par la Police à cheval et ses collaborateurs pour traquer, arrêter et condamner l'un des hommes responsables de ces meurtres.

Un mystérieux indice

Un corps est repêché dans la rivière Yukon, près d'Ogilvie, et on retrouve dans ses poches un porte-clés sur lequel on peut lire un nom de personne, « Couthiller », et le nom d'une localité, « East Broughton ». Le surintendant Zachary Taylor Wood envoie un télégramme à Frederick White, contrôleur, l'informant de l'horrible découverte. À l'époque, les messages que s'échangent les membres de la Police à cheval dans le cadre d'enquêtes sont souvent codés, surtout lorsqu'il s'agit de télégrammes.

1. Télégramme codé du surintendant Wood au contrôleur White, le 16 juillet 1902. [ source ]

2. Télégramme décodé. [ source ]

Lorsque Fred White découvre qu'East Broughton est situé dans la province de Québec, il envoie un télégramme à l'abbé de la localité en question, J.O.D. Naud, et lui demande s'il possède des renseignements sur un dénommé « Couthiller », et s'il croit que ce dernier pourrait se trouver au Yukon.

3. Transcription du télégramme de contrôleur White à l'abbé Naud, le 17 juillet 1902. [ source ]

Le jour suivant, l'abbé Naud envoie à Fred White un télégramme l'informant que le nom de la personne en question est en fait Léon Bouthillette, et que le curé de Saint-François-de-Beauce pourrait lui fournir de plus amples renseignements.

4. Télégramme de l'abbé Naud à Fred White, le 18 juillet 1902. [ source ]

Le contrôleur White envoie un télégramme au père Charles-Ovide Godbout, à Saint-François-de-Beauce. Le prêtre lui répond le 19 avec une description complète de Léon Bouthillette.

5. Télégramme du père Charles-Ovide Godbout au contrôleur White (Page 1, 2), le 19 juillet 1902. [ source ]

6. Traduction du télégramme. [ source ]

Le contrôleur White envoie ensuite un télégramme au surintendant Wood à Dawson contenant les renseignements que lui a fournis le père Godbout à propos de Bouthillette. Encore une fois, les deux hommes communiquent ensemble par message codé.

7. Télégramme codé du contrôleur White au surintendant Wood, le 19 juillet 1902. [ source ]

Qui a tué les trois Québécois ?

À l'époque de la ruée vers l'or du Klondike, la PCN-O tient un registre des noms de toutes les personnes, hommes et femmes, qui entrent dans les Territoires en bateau par la rivière Yukon. Ce registre révèle que cinq hommes se sont embarqués sur le bateau numéro 3744 : Léon Bouthillette, Alphonse Constantine, Guy Beaudoin, Louis Ladouceur et Peter Forest. Bouthillette, Constantine et Beaudoin sont des amis originaires du Québec, et on commence à croire que tous trois auraient pu être assassinés. Des doutes se mettent immédiatement à peser sur les deux autres hommes, Ladouceur et Forest.

9. Morceau de papier sur lequel sont inscrits les noms des passagers présumés du bateau no 3744, sans datation. [ source ]

Le 22 juillet, le surintendant Wood demande au contrôleur White de lui procurer des photographies des victimes. White écrit aux familles au Québec et reçoit rapidement des réponses. Les photographies sont donc en route pour le Yukon dès le 26 juillet.

10. Télégramme du surintendant Wood au contrôleur White, le 22 juillet 1902. [ source ]

11. Télégramme du contrôleur White au surintendant Wood, le 26 juillet 1902. [ source ]

Le 5 août, un deuxième corps, celui de Guy Beaudoin, est trouvé dans la rivière Yukon.

12. Télégramme du surintendant Wood au contrôleur White (Page 1, 2), le 5 août 1902. [ source ]

Le Yukon est un endroit où il est souvent difficile de faire appliquer les lois, mais le meurtre de sang-froid de deux, peut-être même de trois hommes est très troublant. La Police à cheval est déterminée à traîner les meurtriers en justice.

Aux trousses des meurtriers

Il n'est pas rare que la Police à cheval demande l'aide de détectives privés, ce qu'elle fait dans la présente affaire. William H. Welsh, un Américain d'origine résidant au Yukon, est engagé pour diriger l'enquête. Le 16 août, Welsh envoie de Seattle, dans l'État de Washington, une lettre au contrôleur White dans laquelle il résume les progrès de l'enquête et annonce qu'Edward Labelle est possiblement impliqué dans l'affaire.

13. Lettre de Welsh au contrôleur White (Page 1, 2), le 16 août 1902. [ source ]

Le 26 août, Welsh dispose déjà de plusieurs pistes sur les allées et venues de Labelle. Il tient Fred White informé dans une série de télégrammes et dans une lettre. Il lui signale que Labelle se trouvait à Seattle trois semaines plus tôt, mais qu'il est possiblement retourné à Sainte-Rose, près de Montréal. Il communique avec les autorités policières du Montana, qui l'informent que « Lebelle » [sic], alias Letournaux, a traversé leur État récemment. Welsh écrit à Fred White afin de lui faire un résumé de la situation. Il l'informe que le complice de Labelle, Pete Fournier (alias Peter Forest) a été arrêté à Dawson.

14. Télégramme de Welsh au contrôleur White, le 26 août 1902 (Welsh est à Seattle). [ source ]

15. Télégramme de Welsh au contrôleur White, le 26 août 1902 (Welsh est en communication avec les forces de l'ordre au Montana). [ source ]

16. Lettre de Welsh au contrôleur White, le 26 août 1902. [ source ]

Le même jour, le 26 août, le surintendant Wood envoie un télégramme au contrôleur White pour lui livrer un bref compte rendu des progrès du détective Welsh et pour l'informer de l'arrestation de Fournier à Dawson.

17. Télégramme du surintendant Wood au contrôleur White, le 26 août 1902. [ source ]

17b. « Photo d'identité judiciaire » de Fournier. [ source ]

Dès le lendemain, Welsh envoie un télégramme au contrôleur White l'informant qu'il part sur-le-champ pour Chicago, en Illinois, à la poursuite de Labelle. Mais à peine quelques jours plus tard, l'enquête prend une nouvelle tournure et Welsh se dirige vers le Nevada.

18. Télégramme de Welsh au contrôleur White, le 27 août 1902. [ source ]

19. Télégramme de Welsh au contrôleur White, le 31 août 1902. [ source ]

La capture !

Welsh appréhende Labelle dans le campement d'un chantier de construction de la voie ferrée à Wadsworth, au Nevada, et fait part immédiatement de son succès au contrôleur White, à Ottawa.

20. Welsh au contrôleur White, le 1er septembre 1902. [ source ]

Labelle avoue. Le surintendant Wood informe le contrôleur White que Welsh et Labelle sont en route vers le Yukon, en passant par Seattle, dans l'État de Washington.

21. Télégramme codé du surintendant Wood au contrôleur White, le 2 septembre 1902. [ source ]

22. Télégramme décodé. [ source ]

22b. « Photo d'identité judiciaire » de Labelle. [ source ]

Le 3 septembre, le Vancouver Daily World résume le travail de William Welsh dans sa poursuite de Labelle aux États-Unis. Le titre de l'article comporte un seul mot : « Ended » (Dénouement), auquel s'ajoute une allitération comme on en retrouve souvent dans les journaux : « Welch's [sic] Wary Work » (Le travail vigilant de Welsh).

23. Extrait du Vancouver Daily World, le 3 septembre 1902. [ source ]

Le procès et l'exécution

Bien que l'affaire impliquant Labelle et Fournier soit élucidée, le surintendant Wood ne prend aucun risque. La Police fédérale apporte sa contribution en fournissant les noms de proches parents de deux des victimes qui sont prêts à se rendre au Yukon afin de témoigner. Le même jour, White informe Wood que les deux témoins, la sœur de Beaudoin et la belle-sœur de Bouthillette, sont prêts à partir pour le Nord.

24. Lettre d'André Marcoux, de la Police fédérale, au colonel A.P. Sherwood, commissaire de la Police fédérale, le 11 septembre 1902. [ source ]

25. Télégramme codé de White à Wood, le 11 septembre 1902. [ source ]

26. Télégramme décodé. [ source ]

Les deux femmes sont cependant peu enclines à faire le voyage jusqu'au Yukon à la mi-septembre. Fred White informe le surintendant Wood qu'elles refusent d'aller plus loin qu'à Ottawa.

27. Télégramme codé de White à Wood, le 22 septembre 1902. [ source ]

28. Télégramme décodé. [ source ]

Quatre jours plus tard, le surintendant Wood informe Fred White que seul le témoignage de Mme Denis est nécessaire pour le procès.

29. De Wood à White, le 26 septembre 1902. [ source ]

D'autres complications surviennent. André Marcoux, membre de la Police fédérale chargé d'accompagner les témoins au Yukon, informe White que Mme Denis et sa compagne, une certaine Mme Joseph Gilbert, ne veulent pas faire le voyage si on ne leur donne pas l'assurance que leurs dépenses seront remboursées par le gouvernement. White leur assure qu'elles seront indemnisées.

30. Télégramme de Marcoux à White, le 30 septembre 1902. [ source ]

31. Télégramme de White à Marcoux, le 30 septembre 1902. [ source ]

Mme Denis exprime toujours des réserves, mais finit par se résigner à entreprendre le voyage quand elle apprend qu'un refus l'exposerait à une assignation à comparaître.

32. Télégramme de White à Wood, le 3 octobre 1902. [ source ]

La traversée du pays se fait sans embûches. Marcoux écrit de Vancouver que les deux femmes sont satisfaites du déroulement des choses.

33. De Marcoux à White, le 7 octobre 1902. [ source ]

Finalement, le procès se déroule rapidement, sans autre anicroche. Labelle est déclaré coupable et condamné à mort.

34. Télégramme de Wood à White, le 31 octobre 1902. [ source ]

Le procès du second accusé, Pierre Fournier, commence le 4 novembre, et il est accusé de meurtre le même jour.

35. De Wood à White, le 4 novembre 1902. [ source ]

Fred White, contrôleur de la PCN-O à Ottawa, est ravi que l'affaire ait été résolue si rapidement. La Police à cheval au Yukon et dans les Prairies, les autorités de police au Canada et aux États-Unis, ainsi que le détective privé Welsh ont tous contribué à résoudre le mystère qui entourait les meurtres de Léon Bouthillette, de Guy Beaudoin et d'Alphonse Constantine. White fait parvenir ses félicitations au surintendant Wood.

36. Télégramme de White à Wood, le 7 novembre 1902. [ source ]

Labelle et Fournier sont pendus pour leur crime, mais il faut attendre jusqu'en septembre 1904 pour que soit découvert le corps d'Alphonse Constantine dans la rivière Yukon.

36a. Invitation officielle à l'exécution de Fournier et de Labelle [ source ]

37. Extrait du Daily Morning Yukon, le 28 mai 1904. [ source ]

Le mot de la fin

Entre l'instant où un premier corps a été découvert et signalé le 16 juillet, et le moment où le détective Welsh est arrivé à mettre le grappin sur Edward Labelle à Wadsworth, au Nevada, à des milliers de kilomètres de la scène du crime, seulement quarante-sept jours se sont écoulés. À cette époque où les appels interurbains sont impossibles, surtout dans les régions reculées, la Police à cheval et ses collaborateurs ont dû recourir au télégramme pour communiquer entre eux et avec leurs correspondants au Canada et aux États-Unis, ce qui leur a permis d'établir rapidement l'identité des meurtriers. La capture d'Edward Labelle a été un fantastique coup de filet. Ces documents illustrent à la fois les méthodes employées par l'équipe chargée de l'enquête et la vitesse à laquelle il est possible à l'époque d'acheminer de l'information d'un territoire à un autre, ainsi que d'en prendre connaissance et d'y donner suite.

Le 20 septembre 1902, Welsh rédige un long rapport sur l'affaire et sur la poursuite de Labelle. Son rapport constitue un fascinant compte rendu de l'exercice de la justice en région éloignée, ainsi que des moyens utilisés pour s'assurer que les criminels paient pour leurs crimes.

La peine de mort, maintenant considérée par la plupart des Canadiens comme une forme brutale de sanction, finira par être abolie.

38. Lettre de Welsh au surintendant Wood (Page 1234, 567891011 1213141516), le 20 septembre 1902. [ source ]