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ARCHIVÉE - La bataille de Passchendaele: Les ressources à Bibliothèque et Archives Canada

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W.E. Curtis

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Q. Eh bien, Monsieur, lorsque vous êtes allés à Passchendaele, le 10e Bataillon était, je crois, la toute dernière unité à participer à cette campagne. Les 7e et 8e Bataillons ont avancé ce matin-là. La route départementale de Macilly se trouve dans la région.

R. Il y avait un point où nous sommes allés.

Q. La route Vindictive, est-ce bien cela?

R. Non, pas Saint-Pol. Il y avait à la droite un point où nous nous sommes tous rassemblés, toute la brigade, et le commandant de corps, le général Currie, nous a passés en revue. Était-ce Saint-Pol?

Q. Oui, il me semble.

R. Donc le général Currie nous a passés en revue. Il a fait des compliments sur le corps que nous formions. Il s'était porté volontaire pour prendre Passchendaele pour ses supérieurs. Si la vérité était seulement connue, car c'est cela, l'ordre qu'il a reçu. De là, nous sommes allés au camp de Wilshire qui n'était fait que de tentes. C'était sur notre chemin, en montant. Nous sommes restés là deux ou trois jours, puis, pendant la nuit, nous avons directement traversé la ville d'Ypres jusqu'à Saint-Julien je crois. Mais il ne s'y trouvait rien d'autre que des trous d'obus. Nous avons passé la nuit là. On m'a enterré jusqu'au cou pour la nuit, j'étais enfoui dans la boue, le sable et la terre calcaire. Pour seule tâche, nous devions rester hors de vue et nous protéger. Aussi avons-nous nettoyé les cratères ou trous d'obus de ce qu'ils contenaient, et nous avons construit un petit rebord tout autour afin de nous y asseoir. Nous avons trouvé quelques vieilles feuilles de fer galvanisé dont nous nous sommes servis pour faire un toit, puis nous nous sommes installés pour la nuit. Nous sommes restés là tout le jour et nous avons pris la route pour Passchendaele la seconde nuit. J'ai eu de la chance d'en revenir, car l'ennemi a lancé un obus dans le cratère derrière nous, ou devant nous; mais l'obus, au lieu d'exploser, a secoué la terre entre les deux cratères, et nous avons été inondés par l'eau de l'autre cratère, qui s'est déversée dans le nôtre et a enseveli deux ou trois d'entre nous jusqu'au cou. Nous avons fait des efforts gigantesques pour sortir de là, et nous y avons réussi. Nous sommes montés sur la vieille passerelle. Nous pouvions voir une route construite uniquement de planches, qui mesuraient je pense environ 3 pieds sur 12, ou 4 sur 12. Les mitrailleuses, les munitions particulières et tout le reste avançaient, et nous n'avions rien d'autre à faire que de longer la petite passerelle qui ressemblait à un trottoir de bois monté en sections de deux pieds de largeur et environ de huit pieds de longueur. De temps à autre, une section venait à manquer, et nous devions descendre. C'est ce qui m'est arrivé. Je portais une mitrailleuse Lewis sur le dos. On nous avait dit de nous tenir à une distance de deux pas durant la marche. Si cela convenait, bien sûr, nous le faisions, compte tenu des bombardements que vous connaissez. Je suis tombé avec ma mitrailleuse. Un jeune officier se trouvait derrière moi, et il a essayé de me tirer de là. Il s'est produit alors un incident que jamais je n'oublierai. Le jeune officier tentait de m'aider. Il s'est produit un encombrement, et les hommes se sont regroupés autour de moi. Un camarade trop aimable, à l'arrière, a crié (mais je n'utiliserai pas ses mots) : « laissez tomber ce fils de rien ». C'est en tout cas ce qu'il aurait dit s'il avait été poli. Il valait mieux perdre un homme qu'une douzaine. Les hommes ont quand même réussi à me sortir de là, et nous avons continué jusqu'à Passchendaele. Autre incident malheureux, nous sommes partis de là assez tard dans la soirée, et nous devions creuser. Dans ce cas, c'est chacun pour soi, car les tirs sont très nourris. Je crois que le poste de commandement se trouvait dans un grand bloc bétonné allemand, une de ces constructions de béton, et si ma mémoire est fidèle, mais je me trompe peut-être, nous avons perdu cette nuit-là notre sergent régimentaire car un obus a explosé presque en face de la porte du poste de commandement. Je crois qu'il s'appelait Thatcher. Les Allemands nous ont bombardés toute la nuit de lumières éclatantes. Nous tentions de creuser et, aussitôt que nous avions sorti une pelletée de boue, deux autres glissaient en dedans, mais nous avons finalement réussi à nous installer, et au petit matin, on nous a dit : « Vous n'êtes pas au bon endroit. Avancez de 200 verges. » Nous avons avancé de 200 verges, et nous avons perdu plusieurs hommes en chemin. Nous sommes entrés dans une belle tranchée en gravier, et nous n'avons pas eu de boue pour un certain temps. C'était un peu plus haut, je pense.

Q. Je suppose que vous étiez au sommet de la crête.

R. Oui, nous étions plus haut. De là, nous dominions, nous avions au petit matin une vue complète sur l'ensemble. Nous pouvions voir nos propres avions, ces petits papillons de nuit, comme nous les appelions à l'époque, qui allaient et venaient. L'ennemi faisait pareil, bien sûr, et nous tirait dessus au mieux de ses capacités. Je me rappelle un autre incident survenu là. En regardant au travers, on voyait un détachement de brancardiers qui traversaient devant nous les lignes allemandes, portant le signal de détresse, le drapeau de la Croix rouge, vous savez, qui indique un détachement de brancardiers. Par décence, ou selon l'usage, peu importe la raison choisie, on respecte ces convois, on les laisse partir avec leurs blessés. Nos hommes ont naturellement sortis la tête pour voir ce qui se passait, et certains sont revenus à la course. Une mitrailleuse était pointée sur le détachement, vous savez donc ce qui a eu lieu.

Q. Oui, cela se passait de temps à autre.

R. Bien sûr, nos hommes ont vite réagi, et le détachement est tombé à terre. Je ne suis resté que 24 heures dans cette tranchée. On nous a dit que nous avions pris la relève des Australiens, mais nous n'avons jamais vu d'Australiens, nous n'avons vu personne. Lorsque nous sommes arrivés, la tranchée était vide, et elle l'était aussi lorsque nous sommes partis. Nous nous sommes arrêtés à l'arrière de la tranchée, et nous avons rebroussé chemin.

Q. Vous avez avancé ce matin du 10, n'est-ce pas?

R. Non, pas notre section.

Q. Certaines parties du bataillon alors?

R. Certaines parties ont peut-être avancé, oui. L'armée a peut-être ajouté une compagnie, ou pris tout autre initiative.

Q. La plupart des gens disent que le 10, vous avez croisé les 7e et 8e Bataillons, jusqu'à un certain point, et que vous avez pris la relève.

R. Il est possible que certains l'aient fait.

Q. Vous avez été durement bombardés durant le processus.

R. Oui, très durement, avant que nous nous établissions dans cette tranchée. Nous avons tenté de creuser autant que nous le pouvions. On nous disait : « Chacun pour soi. » Les officiers aussi creusaient tous. C'est la première nuit que nous y sommes allés, la nuit que je suis allé avec eux. Nous pouvions les voir tomber comme des mouches tout autour de nous. Cependant, nous avons été là 24 heures, puis on a retiré notre compagnie. C'est tout ce que je sais.

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