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On a du mal à imaginer que, à une certaine époque au Canada, il n'y avait pas d'école dans les collectivités. Et pourtant, il n'y a pas si longtemps de cela, les enfants s'instruisaient dans leur propre maison, chez un voisin ou à l'église de la localité. Néanmoins il arrivait alors aussi que des enfants ne reçoivent aucune véritable instruction, et que l'on se limite à leur inculquer les compétences et connaissances dont ils auraient besoin pour se débrouiller dans la vie.
Lorsqu'une collectivité en venait à compter un nombre suffisant de familles avec des enfants, on se réunissait entre voisins pour convenir de l'endroit où une école à classe unique serait construite pour assurer l'instruction des jeunes. Comme les fenêtres étaient très coûteuses, les premières écoles n'en comptaient souvent qu'une ou deux pour laisser entrer un peu de lumière. Mais ce manque d'éclairage rendait encore plus difficile l'apprentissage de la lecture et de l'écriture !

La plupart des premiers enseignants étaient des hommes, qui n'avaient toutefois souvent aucune formation en pédagogie. Plus étonnant encore, certains ne savaient qu'à peine lire et écrire. Dans bien des cas, ils se recrutaient parmi les soldats à la retraite, ou encore parmi les hommes qui n'étaient pas faits pour le travail physique. Errant d'un endroit à l'autre à la recherche d'un emploi, ils se faisaient engager comme enseignants même s'ils n'avaient souvent que très peu de compétences en enseignement. On les embauchait souvent parce qu'ils étaient les seules personnes disponibles et qu'ils étaient prêts à accepter un très modeste salaire. Une fois en poste, ils vivaient habituellement en pension dans la famille d'un de leurs élèves. Dans certains cas, les familles des élèves les accueillaient à tour de rôle. Ils pouvaient tout aussi bien être payés en argent qu'en biens de toutes sortes, qu'ils devaient par la suite vendre ou échanger au magasin général pour obtenir ce dont ils avaient besoin. Par ailleurs, il arrivait aussi parfois qu'une femme de la collectivité décide de faire la classe chez elle, en intégrant à ses propres enfants ceux du voisinage.

À l'époque, aucune loi n'obligeait les enfants à fréquenter l'école. Le nombre d'élèves dans la classe variait en fonction de la présence d'enfants dans la collectivité, et du nombre de ces enfants qui avaient eu la permission de leurs parents d'aller à l'école. Certains enfants devaient rester à la maison pour venir en aide à leur famille. D'autres n'avaient tout simplement pas de manteaux chauds ou de bottes pour marcher jusqu'à l'école et en revenir durant les mois d'hiver. Quoi qu'il en soit, l'enseignant se retrouvait alors devant des élèves de tous âges et de plusieurs niveaux scolaires rassemblés dans une seule et même classe.
Je me souviens...
Letitia Youmans, Campaign Echoes: the Autobiography of Mrs. Letitia Youmans, the Pioneer of the White Ribbon Movement in Canada (Toronto : William Briggs, 1893), p. 28.

Il n'y avait pas de toilettes intérieures dans les premières écoles. Les enseignants et les élèves devaient se servir d'une toilette extérieure. Lorsqu'un élève demandait la permission d'aller à la toilette en plein hiver, l'enseignant pouvait être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un simple prétexte pour s'offrir une pause !
« Il valait mieux demander, chaque semaine ou chaque mois, à deux ou trois des garçons figurant parmi les plus âgés et les plus fiables de s'occuper de ces toilettes extérieures, en leur confiant la responsabilité [de les nettoyer]. »
Alexander Forrester, The Teacher's Text Book (Halifax : A. & W. MacKinlay, 1867), p. 503.