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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Deuxième bataille d'Ypres

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec John Uprichard : 8e Bataillon
Extrait de transcription, 7 minutes, 48 secondes

R. Oui, nous sommes demeurés sains et saufs. Le 8e Bataillon était à l'apogée de l'attaque. Dans ce bataillon, plusieurs d'entre nous avons pris notre […] de là. Seulement deux hommes de mon groupe de combat le savaient déjà : un camarade du nom de Bill Cox et moi-même. Pour ma part, je l'avais appris durant mes années d'apprentissage en plomberie; je l'avais déjà porté avant, vous savez, dans la vie civile, lorsque les gaz devenaient puissants. Je ne sais pas si l'urine a un effet neutralisant, mais nous n'avions plus d'eau. Vous savez, ils ne pouvaient pas nous ravitailler, mais nous ne pouvions pas être difficiles, et nous devions prendre l'eau de la bouteille d'autres camarades, s'ils en avaient, nous n'avions pas le choix. La plupart du temps, nous devions nous pelotonner pour nous protéger, et je crois que cela nous aidait. Bill Cox et moi, je ne sais combien d'entre nous l'ont fait. Il paraît que le capitaine Bell -- un homme admirable, a été fait prisonnier; il est mort ici voilà plusieurs années -- il paraît qu'il a soutenu certains hommes pour qu'ils le fassent, et ils l'ont fait, et lui aussi semble-t-il. On dit qu'il a été le premier à les avoir entraînés à cela.

Q. Ce nuage, arrivait-il juste au-dessus de la position où vous vous trouviez?

R. Oh oui. Je crois que presque tout le monde l'a eu, à divers degré, mais tous ceux qui se trouvaient près du front l'ont senti.

Q. Qu'avez-vous fait, Monsieur, lorsque le nuage s'est dirigé vers vous? Quelques-uns d'entre vous ont-ils été terrassés?

R. Après 10, 15, 20 minutes, les camarades toussaient et suffoquaient. Certains ont perdu connaissance et d'autres ont tenté de couvrir leur bouche ou de faire autre chose. Je crois que les quelques-uns qui se sont couvert la bouche avec leurs bandages de premiers soins y ont plus ou moins échappé, mais pas complètement.

Q. Lorsque vous avez ouvert le feu sur les Allemands, venaient-ils dans votre direction?

R. Oh, oui. Ils ont eu de lourdes pertes. En fait, c'est documenté. Je crois que le sergent Bill Aldred, sergent de pièce des Winnipeg Rifles, prenait des prisonniers, et qu'il devait les empiler si haut qu'il était obligé de lever sa grosse mitrailleuse -- c'était une de ces lourdes Vickers. Ils n'étaient que deux à ce moment-là dans le bataillon. Il a dû soulever l'un d'eux pour mettre le feu aux corps.

Q. Des Allemands?

R. Oui, la pile était très haute.

Q. Comment vous ont-ils poursuivis? Par vagues importantes?

R. En formation concentrée, oui. Ils ne se livraient pas à des escarmouches, comme les troupes britanniques, mais ils venaient en vagues importantes.

Q. Vous rappelez-vous si les renforts sont arrivés ce soir-là?

R. Ah oui, mais je pensais que les Durhams arriveraient aussi.

Q. Ils sont arrivés, le lendemain.

R. Les Durhams ne sont jamais arrivés. Il y avait un tel dégagement qu'ils ont été pratiquement fauchés avant de parvenir à la ligne.

Q. Comment cela s'est-il produit, Monsieur?

R. J'ignore ce qui s'est réellement passé, sinon qu'ils devaient traverser à découvert. Il n'y avait ni tranchée, ni rien d'autre. Et nous étions pris dans un tir d'enfilade en avant et sur les côtés. Vous voyez, le fait d'être ainsi au sommet…

Q. Je suppose qu'il y a eu confusion totale.

R. Oui, c'est exact. D'après ce que j'ai appris par la suite, et d'après les discussions que j'ai entendues, je crois que s'ils avaient eu un homme de moindre envergure que Lipsett, nous aurions probablement tous été pris. Mais il a tenu ferme. Il était un soldat fantastique et un homme merveilleux. C'était en avril, et en mai, nous nous sommes déplacés vers un front appelé Festubert. Je devais livrer un message au général Currie, au major Harbord plus précisément, le major de brigade. Currie était alors brigadier. Ce message, j'ignore ce qu'il contenait, mais je suis descendu à l'abri. C'était grand comme de ce mur là-bas jusqu'au lit; il y avait une table et deux couchettes. Currie était allongé sur un lit. Il partageait cet espace avec le major de brigade. C'était leurs quartiers. Currie se reposait, allongé, et j'ai remis le message à Harbord qui en a discuté avec lui. Pendant ce temps, le général Alderson, alors commandant de l'armée canadienne, est arrivé avec un aide de camp; Currie lui a dit : « J'ai un message de Lipsett. Il pense qu'on devrait ou bien retirer le bataillon, ou lui envoyer des renforts, parce que le 5e et le 8e ne forment plus qu'un seul bataillon. » Et il a ajouté : « Ils ont subi de lourdes pertes, et je voudrais les sortir de là. » J'ai entendu Alderson dire que la tranchée K-5 devrait être maintenue à tout prix. C'est la dernière chose que j'ai entendue, car ce subalterne, cet aide de camp m'a vu et il a voulu savoir ce que je faisais là. Je lui ai expliqué que j'avais un message pour le major Harbord. On m'a dit qu'on s'en occuperait, et comme on m'a renvoyé, je n'ai plus rien entendu. Mais même en sachant cela, et en tenant mon information de première main, je ne pouvais prouver à personne ce que je savais. Lorsque, plusieurs années plus tard, on a dit que Currie avait sacrifié des hommes et tout un tas de choses, j'ai trouvé cela difficile à croire.

Q. C'était complètement faux.

R. Je lui ai donné le bénéfice du doute, considérant qu'il était encore un soldat, de même que moi. De la même façon que je devais faire ce qu'on m'ordonnait, il était subordonné à d'autres, et il a dû faire, comme brigadier, ce qu'on lui a demandé.