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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Deuxième bataille d'Ypres

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec Lester Stevens : 8e Bataillon
Extrait de transcription, 8 minutes, 12 secondes

Q. Vous voyez l'endroit où ils ont fait une percée chez les Français, ils ont envoyé tous les réservistes canadiens dans la nuit du 22, ils les ont jetés dans ce trou et les ont gardés jusqu'au 23. Et le 24, ils ont de nouveau lancé les gaz, cette fois sur les Canadiens. Étiez-vous dans cette région quand il y a eu les gaz?

R. Oh oui. J'ai vu les Allemands escalader leurs tranchées et placer ces cannettes devant leurs tranchées.

Q. Vous pouviez littéralement les voir faire?

R. Ils n'étaient qu'à quelques centaines de verges, je dirais environ à 400 verges peut-être. J'ai vu ces Allemands et j'ai pensé qu'ils étaient… je me suis demandé ce qu'ils faisaient, disséminés ici et là. On aurait dit qu'ils avaient placé des boîtes de conserve en fer-blanc, mais la fumée ne se soulevait pas, l'air la gardait bas, et le vent la soufflait dans notre direction. Comme j'ai cru que c'était de la fumée et qu'ils allaient venir derrière cet écran, nous avons commencé à tirer pour les empêcher de suivre cette fumée. Mais lorsque le nuage est arrivé jusqu'à nous, il a viré au vert, un jaune verdâtre. C'était du chlore gazeux. La fumée est arrivée par-dessus les tranchées et est demeurée là, moins haute qu'une personne, mais répandue partout. Deux camarades, un à ma droite et l'autre à ma gauche, sont tombés. On a fini par les emmener à l'hôpital, mais ils sont morts tous les deux. C'était deux bûcherons de Fort Francis, et moi qui travaillais dans un bureau -- mais j'étais athlétique en ce temps-là, et j'étais un bon nageur -- j'ai pu retenir ma respiration. Sous l'eau, je pouvais rester jusqu'à deux minutes, ce qui est très long. Essayez de plonger la tête dans un bol d'eau pendant deux minutes, vous verrez que c'est long. Bref, j'étais un bon nageur et aussitôt que j'ai vu arriver les gaz, j'ai attaché un mouchoir sur mon nez et ma bouche. Je croyais que c'était de la fumée, vous savez. Ce geste m'a sauvé la vie, mais j'ai quand même dû aller à l'hôpital. Mon état a empiré, j'avais respiré de ce gaz, et j'ai vu le médecin militaire. Puis je suis retourné dans les tranchées. Où était-ce déjà…?

Q. À Festubert?

A, Oui, à Festubert. Je suis allé voir le médecin et je lui ai dit : « Je me demande ce qui ne va pas, je n'arrive pas à respirer. Je me sens nerveux comme si j'étais un morceau de broche à foin au temps où on attachait les bottes de foin avec du fil de fer. C'est comme si quelqu'un m'attachait un peu plus serré chaque matin. J'ai cru que l'air frais me ferait du bien, mais ça n'a fait qu'empirer. » Alors, il a répondu : « Tu ferais mieux de te rendre au poste de secours. » C'est ce que j'ai fait. Là, on m'a envoyé à l'hôpital et le médecin a dit que j'avais inhalé du gaz, et que les nerfs de mon intestin étaient paralysés, c'est comme cela que j'avais été affecté. Lorsque j'étais à l'hôpital, je me rappelle avoir demandé à un camarade comment le gaz l'avait atteint. « Mon estomac est entièrement noué » a-t-il répondu; alors j'ai dit : « Eh bien, c'est quelque chose comme ça qui m'affecte. Je ne vais aux toilettes qu'un jour sur quatre. » Et il a répondu : « Ah oui, alors tu as la diarrhée, parce que moi, je n'y vais même pas une fois par semaine. »

Q. Vous vous êtes levé, n'est-ce pas Monsieur, de façon à avoir la tête au-dessus du nuage de fumée. Cette réaction a-t-elle été celle de la majorité?

R. Oui, je suppose. J'ai respiré moins de gaz que beaucoup d'autres.

Q. Plusieurs m'ont dit que le général Oldlum a essayé de mettre tout le monde sur pieds, car le pire, c'est de se coucher.

R. C'est certain. Il ne fallait pas se coucher. Un de mes camarades s'est évanoui, et je l'ai mis dans un abri. Je lui ai dit : « Tu restes couché ici. » Je pensais qu'il irait mieux, mais un de mes compagnons est venu me dire : « Il veut de l'eau, mais personne n'en a. » Il n'a rien eu à boire ni à manger pendant trois jours je crois. Je n'aime pas l'eau, et je n'en bois jamais pendant les marches, les longues randonnées ou autres activités. Je n'en prends que très rarement, mais j'avais l'équivalent d'un verre à vin d'eau dans ma gourde. J'étais le seul à en avoir. Les copains demandaient qui est-ce qui avait de l'eau. « J'en ai un petite goutte » ai-je répondu. J'ai donc été, et je lui ai donné le peu d'eau que j'avais, et ça l'a tué. Je l'ai par la suite expliqué au médecin. « Il serait mort de toute façon, a-t-il répondu, mais un peu d'eau, c'était la pire chose à lui donner. »

Q. Comment avez-vous fait pour survivre à cela, Monsieur? Je suppose que les Allemands ont attaqué après avoir lancé les gaz. Qu'avez-vous fait, comment avez-vous pu tenir le coup?

R. Eh bien, ceux qui ont pu continuer ont ouvert le feu sur les Allemands.

Q. C'est lorsque vous avez vidé quatre fusils Ross, non?

R. Oui.

Q. On m'a raconté qu'ils s'attendaient si peu à se heurter à une résistance qu'ils se sont arrêtés et se sont mis à creuser.

R. Les Allemands n'ont pas eu connaissance du succès de l'attaque au gaz. S'ils l'avaient su, ils seraient allés jusqu'à Calais.

Q. Oui, mais il semble qu'ils ne l'aient pas su à cause de la résistance à laquelle ils se sont heurtés.

R. Oui, nous étions nombreux à avoir tenu le coup et à pouvoir tirer, et c'est ce qui les a arrêtés. Currie a dit à Lipsett de battre en retraite, mais Lipsett a téléphoné à Currie et lui a dit qu'il ne partirait pas, qu'il pouvait tenir le coup.

Q. Lipsett était-il votre commandant de bataillon?

R. Oui. Nous nous sommes accrochés. Puis des renforts sont arrivés par la gauche, et ont établi le lien entre nous et la gauche. C'était en angle, voyez-vous, la ligne était comme ceci. Ils l'ont renforcée et ils l'ont arrangée comme cela.

Q. Vous deviez vous pencher en arrière, autrement dit.

R. Ceux qui se trouvaient sur la gauche, oui, mais pas nous. Nous sommes restés dans les tranchées où nous nous trouvions à l'origine.

Q. Vous êtes restés dans ces mêmes tranchées tout ce temps?

R. Nous n'avons pas bougé. Nous avons reçu les ordres de battre en retraite, puis il y a eu un contre-ordre lorsque Lipsett a décidé de tenir le coup.

Q. C'est vraiment remarquable!

R. Il a dit : « Au diable la retraite, on ne bat pas en retraite, on reste ici. » Et c'est ce que nous avons fait.