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Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.
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Entrevue avec D.M. Marshall : 44e Bataillon
Extrait de transcription, 10 minutes, 23 secondes
Q. Pouvez-vous me raconter, le plus en détail possible, vos souvenirs de la bataille de Vimy?
R. Oui, bien sûr, je m'en rappelle avec précision. La crête de Vimy a été, bien sûr, l'une des principales batailles de l'armée canadienne, mais chaque unité avait quelque chose de spécial. Notre brigade tout entière attendait de sortir, au premier jour de la bataille de Vimy, le 9 avril. Nous avons quitté […] C'était le 8 avril, un beau dimanche de Pâques; nous sommes sortis de la ligne; nous sommes allés aux tranchées, la tranchée de Cobourg, si ma mémoire est bonne. Nous avons été stationnés là en attendant de connaître les résultats des combats de la première journée. Aujourd'hui, la crête de Vimy est un point de repère important dans cette région de France, mais à bien la regarder après y être retourné plusieurs fois, je ne la trouve pas une si grande colline. De toute façon, nous étions du côté de la pente raide, et la pente douce se trouvait de l'autre côté, vers la plaine de Douai. Mais le 9 avril, tout le corps canadien s'y est rendu, sauf la 12e Brigade et la 10e, à laquelle nous appartenions […] La raison pour laquelle ces deux n'y sont pas allées, c'est qu'il y avait sur la crête deux points très hauts, dont la butte 145, puis à l'extrême gauche de la crête, il y avait une élévation que nous appelions le « Bourgeon ». Même si nous avions pour objectif de nous rendre jusqu'au « Bourgeon », l'armée ne voulait pas nous y envoyer avant d'être certaine des hauteurs de la butte 145. Et finalement, elle n'a pas réussi, les hommes y sont arrivés en partie, ils ont grimpé en partie, mais c'était piteux. Enfin, le lendemain, donc le 10 avril, notre unité a été déplacée, la 50e était à notre gauche, et la 10e, c'était, tout au moins la 44e, nous-mêmes. Je ne sais pas qui était à notre droite, mais de toute façon, vers 3 h 00 de l'après-midi, un superbe barrage a été ouvert; nous avons regardé vers la gauche et nous avons vu le 50e Bataillon grimpant vers le sommet. C'était une très belle vue, tout comme dans le livre. Et nous, nous étions assis, profitant du moment, mais pas très longtemps, peut-être une demi-heure; le barrage a pris fin et mon commandant, M. Baker, est arrivé en courant et il a dit : « Nous devons aller au sommet, grimper cette colline ». J'ai demandé : « Quand partons-nous? » Et il a répondu : « Tout de suite ». Bon, tout de suite, mais les camarades sont assis le long de la tranchée, ici et là, en train de manger du bœuf salé en conserve, regardant le soleil, leurs fusils appuyés sur le parapet de la tranchée, tous affaissés bien sûr, et moi, plein d'énergie et de vigueur, j'attrape un pistolet et je crie : « Hourra les gars, on part! » Nous sommes finalement bel et bien partis. Les camarades ont laissé tomber tout ce qu'ils avaient en main, et ils ont empoigné leurs fusils -- je me rappelle d'eux me regardant, les yeux grands ouverts, se demandant ce qu'on allait faire ensuite -- nous avons donc grimpé la colline, passant d'un abri à l'autre, entrant, sortant, montant, descendant; finalement, nous sommes arrivés au pied de la crête sans avoir rencontré de résistance, mais nous nous sommes heurtés aux Allemands -- quand nous nous sommes rendus au pied de cette colline, les Allemands avaient creusé quantité d'abris sur ses flancs -- et nous, nous leur donnions toutes sortes de noms : Heinie, squareheads, Heinze; mais en tout cas, ils étaient tous là, ils pensaient sans doute que la bataille était finie parce qu'ils étaient tous assis en rond dans ces abris, à l'entrée de leurs tranchées. Alors, j'ai tiré quelques coups de feu, et bien sûr ça les a réveillés, et ils sont tous venus haut les mains; quelques marches nous séparaient de cette tranchée, tout au moins un petit sentier à flanc de colline. Ils sont venus vers moi et ont monté les marches. Et pendant ce temps, deux ou trois autres camarades m'ont rejoint, puis graduellement, toute ma section, avant que les Allemands arrivent jusque-là. Mais j'ai eu de la chance que mes autres camarades aient été là. Quoiqu'il en soit, nous avons dû en prendre quelques-uns, et ils étaient prêts à abandonner. Mais c'était la fin du jour, nous nous sommes installés, errant partout; et bientôt, les Allemands qui étaient montés jusqu'au plateau ont ouvert le feu sur nous, ils ont touché quelques-uns de nos camarades car nous n'avions aucun abri. Nous nous trouvions sur la partie basse de la colline, il n'y avait aucun abri sur ce sentier, alors nous nous collions le plus possible le nez à terre. Mais nous sommes restés là, et cette nuit ou la suivante, nous avons été relevés. Nous sommes descendus au pied du « Bourgeon » pour y attendre le combat suivant, et c'est ainsi qu'a pris fin la journée du 10 avril. Nous avions commencé le combat en pleine force, j'avais 50 hommes dans mon unité, et nous avons avancé, ce premier jour, presque soudés par les épaules. Le colonel a très bien dirigé cette attaque, qui était pratiquement une guerre en rase campagne; il a utilisé le terrain dont s'était emparée l'autre brigade, et nous avons atteint cette position sur la butte 145. Quoi qu'il en soit, j'avais au début 50 hommes dans ma section, mais au commencement de la seconde attaque sur le « Bourgeon », j'en avais 25. En dehors de moi, il restait un autre officier de la compagnie. Quand la bataille du « Bourgeon » a commencé, au matin du 11 -- oui, c'est bien ça, nous avons manqué le 10, nous sommes sortis et nous nous sommes reposés le 10 -- c'était tôt le matin, il faisait encore très noir, et nous étions sur notre territoire à cause du « Bourgeon », qui est la région où nous avions passé tout l'hiver à aller et venir.
Q. Et c'était ce que vous vous étiez exercés à faire sur les bandes, n'est-ce pas?
R. Oui, c'est cela. Mais lorsque nous sommes arrivés là, il n'y avait rien. Rien de ce qui avait été là n'était reconnaissable, nous nous trouvions dans un bourbier transformé en saloperie. Nous avons néanmoins commencé, et il s'est mis à neiger, une tempête de neige ordinaire qui tombe comme on se prépare à sortir; nous ne pouvions donc pas rester en ligne, il nous fallait prendre des détours. L'endroit regorgeait de crevasses qu'il nous fallait contourner -- une partie de mon unité se trouvait à gauche des crevasses, et l'autre, de la même compagnie, pas la suivante, se trouvait à droite. On nous a dit de contourner ces crevasses et de nous retrouver de l'autre côté. Nous l'avons donc fait, mais nous ne pouvions pas rester en ligne, nous passions en file indienne, et chacun remontait ou tirait un camarade hors de la boue pour que le groupe conserve son rythme. Nous avons été vraiment coincés dans la boue, mais nous nous en sommes sortis. Et là, nous n'avons pas rencontré beaucoup de résistance. Je crois que ce qui nous a sauvés, c'est la boue, car nous sommes arrivés en bas de la tranchée Regina -- je sais que j'ai dépassé l'objectif d'environ 100 verges parce qu'il était impossible de distinguer quoi que ce soit. On m'a porté disparu, mais je suis retourné, vers 3 h 00 de l'après-midi, à l'endroit où se trouvait la ligne; mais pendant ce temps, à cause de la boue, il était impossible de rester où que ce soit, il fallait se déplacer pour ne pas risquer quasiment de s'enliser. Pendant ce temps, les Allemands nous bombardaient assez violemment, et les obus rebondissaient tout autour sans causer aucun dommage, car ils pénétraient dans la boue et explosaient en l'air, de sorte que personne n'était gravement blessé. Malgré cela, lorsque l'attaque a été finie, que nous sommes retournés, et que nous avons commencé à nous organiser, je n'avais plus que 13 hommes, et le seul officier restant de la compagnie. Nous avons alors commencé à passer au travers de ce genre d'expérience sans essuyer de pertes, à partir de Givenchy, qui était la ville suivante. Nous nous sommes rendus jusqu'à cette tranchée allemande là-bas, une vieille tranchée de soutien haute et sèche, par un beau jour ensoleillé. Personne n'avait de cigarettes, mais j'avais une pipe et un peu de tabac. Nous nous sommes assis en rond et avons fait circuler la pipe, chacun tirant quelques bouffées. Cette nuit-là, une unité anglaise, britannique, nous a relevés. Nous étions si fatigués que nous titubions, et nos pieds nous faisaient mal. Nous sommes retournés dans la zone où nous avions traversé, sur des caillebotis, la rivière Souchez, très loin, là où nous devions nous rencontrer. Nous avons ramassé l'étrange mitrailleuse Lewis; je me rappelle Les Moffat, un officier d'une autre compagnie, et moi-même, nous étions si fatigué que nous n'arrivions pas très bien à marcher sur les caillebotis, et nous portions chacun une mitrailleuse Lewis; alors, nous avons décidé de partager, chacun porterait à son tour les deux pièces d'artillerie, et l'autre serait le guide […] À deux, nous pouvions y réussir. C'est ainsi que nous nous en sommes sortis, mais après cela, nos pieds faisaient terriblement mal. Voilà, c'est l'histoire de Vimy. Nous avons eu de nombreuses victimes là-bas, mais nous avons fait du bon travail.
Q. Et de là, vous avez continué. Avez-vous participé au combat du 9 mai, et à celui du 10?
R. Oui.
Q. sur le --
R. On l'appelait le triangle. Il y avait plusieurs petits combats à cet endroit-là. Vous savez, l'histoire de la guerre est pleine de grandes batailles, mais les petits combats que déclenche le général de brigade -- vous savez, ces batailles secondaires qui se tiennent un peu ici, un peu là, ce sont elles les plus difficiles.