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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Crête de Vimy

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec E.S. Russenholt : 44e Bataillon
Extrait de transcription, 16 minutes, 26 secondes

R. Oh mon Dieu! À Vimy, rien n'aurait pu nous arrêter, mais rappelez-vous, il ne s'agissait pas seulement d'instruction sur les bandes, ni de morale; nous avions acquis la maîtrise de notre travail.

Q. Il faut un certain temps pour qu'une armée d'amateurs devienne professionnelle.

R. Oui, c'est certain.

Q. Croyez-vous que ce soit le fondement?

R. Oui, c'est la base de tout. Car c'est un travail (oh oui), et avant d'obtenir des travailleurs spécialisés, on doit les former longtemps. J'ai parlé du colonel Davis, et cela, il le savait bien, ce qu'on appréciait d'ailleurs. Il nous martelait tout le temps ces idées dans la tête. Instruction, instruction, instruction et instruction. Maintenant, pas de tour à droite, ni à gauche, ni de bouton luisant etc., bien qu'il soit fermé à cela aussi, mais instruction, instruction, maîtrisez ce canon, maîtrisez ce canon. Je me rappelle chaque fois que nous étions hors de la ligne, comme j'étais le sergent de pièce, je donnais continuellement des cours sur ces pièces d'artillerie, même à certains des anciens. Nous avions l'habitude de dire que nos artilleurs étaient devenus si habiles qu'ils auraient pu démonter un canon, le placer dans une pelle creuse, et le lancer dans les airs. Le canon serait retombé assemblé et ils auraient tiré.

Q. Mais tout cela en valait la peine, n'est-ce pas, pour ce qui est de la crête de Vimy?

R. Vimy, c'est une tout autre histoire. Nous étions une armée complètement [différente] de celle de la Somme. Je suppose que nous avons retenu quelque chose de certaines des horreurs de la bataille de la Somme, en devenant le type d'armée que nous avons eue à Vimy. Oh, oui, oui, Vimy, c'était les beaux jours du Corps canadien, et je ne tiens pas compte des 100 jours non plus. […] a été accompli à ce moment-là, mais c'était la première grande victoire.

Q. Et qui plus est, c'est la première fois qu'on fonctionnait tous comme un corps… [les deux parlent en même temps].

R. Je disais cela voilà quelque temps, à propos de l'instruction de notre unité, et de son moral. Vous savez, à Vimy, nous devions aller de l'extrême gauche du front, depuis l'élévation appelée le « Bourgeon », jusqu'à la droite. Mais au matin du 9, au sud, une ou deux unités s'étaient heurtées à une forte résistance. Je crois que mes dates sont exactes. Ainsi avons-nous été retirés de notre front. Nous sommes retournés, nous sommes descendus à ce front, nous avons sauté le matin suivant et nous avons grimpé la butte 145. L'instruction s'était tellement améliorée que nous avons pu monter sur ce sol étrange, et je suis certain que le commandant avait donné un court briefing, parfois la nuit. Je me souviens de lui, c'était un vrai soldat. Nous sommes sortis des tranchées et nous avons grimpé un quelconque champ encore en chaume, loin après la crête de Vimy, en formation d'artillerie. Nous pouvions voir à notre gauche un autre uniforme, et le commandant marchait en avant avec sa canne, la tête haute, les épaules rejetées en arrière. Ensuite, nous avons grimpé la colline et nous avons exécuté les ordres; c'était tout comme sur un terrain de parade. L'entraînement était juste parfait, nous sommes montés et avons pris la butte 145; puis nous sommes descendus sur l'autre versant et là, nous avons été relevés. Ensuite, nous sommes revenus réorganisés. Nous n'avons eu que quelques victimes, grâce à notre excellent entraînement. Nous n'avons pas été aussi touchés que dans la Somme par exemple. Nous nous sommes réorganisés, et le lendemain matin, nous avons été sur notre front original en pleine tempête de neige. Pour cela, nous avions dépassé les bandes, nous les connaissions par cœur. Mais ce à quoi je veux arriver, c'est qu'avec une instruction aussi efficace, nous avons pu aller à cet étrange front, faire le travail requis, puis revenir et nous rendre également sur notre propre front. C'est la vérité. Maintenant, je voudrais mentionner une chose. J'ai parlé de l'instruction car c'est l'assise même du succès de la guerre. Il faut d'abord apprécier le travail, puis s'entraîner à le faire. Mais à Vimy, voyez-vous, les préparations, auxquelles nous avions attaché un soin inouï, ont duré très longtemps. Je me rappelle un jour de printemps ensoleillé, on devait être à la fin mars ou le 1er ou le 2 avril, je ne m'en souviens plus; nous avions interrompu ce que nous faisions cet après-midi là, et nous avons grimpé au-dessus d'une petite vallée, sur la crête de Nordian. Le soleil était assez chaud; un coin de clôture de pierre tenait encore debout. Je me suis assis en m'adossant à la pierre que le soleil réchauffait et dont la chaleur m'envahissait. En regardant le tir d'artillerie au sud, je comptais le nombre de secondes qu'un obus mettait à partir. Le canon a grondé, et j'ai vu voir l'obus atterrir sur la crête. Puis c'est devenu un processus continu. Les gars de la 10e Compagnie de mitrailleuses -- à cette époque, nous étions des compagnies de mitrailleuses, les derniers bataillons -- m'ont dit qu'ils tiraient jusqu'à cent mille par nuit par canon, (des tours) utilisant deux ou trois tubes dans un seul canon, une mitrailleuse Maxim. Ils tiraient avec un système à dépression […] couvrant toutes les routes, les embranchements, etc., 24 heures sur 24, non pas sans interruption mais à intervalles rapprochés. Les prisonniers capturés au « Bourgeon » ont dit qu'ils n'avaient pas reçu de nourriture depuis deux jours. C'était des gardes prussiens, la crème de l'armée allemande. On a toujours attribué ce succès à l'efficacité de notre artillerie à nous couvrir […] l'artillerie a fait feu sur la première pente de la crête. C'était à la fois une préparation et un entraînement.

Q. Oui, bien préparé, je suppose, le barbelé était bien coupé.

R. Le barbelé était coupé. Nous avons grimpé sur la crête de la butte 145, et j'y ai vu quelque chose d'incroyable. Le tir d'artillerie avait été si long et si nourri que l'artillerie lourde a fait sauter un barbelé. Les obus ont pénétré dans la terre et ont arraché le barbelé qui est monté dans les airs puis est retombé au sol. J'ai vu des pièces aussi grosses que cette chaise et dures comme du fer qui roulaient, qui roulaient avec une artillerie comme celle-là. C'est incroyable, mais vrai. Je l'ai vu sur la butte 145. (C'est incroyable!) Le tir a duré longtemps, et c'était fait consciencieusement.

Q. Vous souvenez-vous des hommes que vous avez fait prisonniers ce jour-là? Je suppose que vous en aviez quelques-uns.

R. J'en ai oublié le nombre, mais il était assez important, oui. Je me rappelle être allé jeter un coup d'œil à mes canons lorsque le calme est revenu après le combat. J'ai longé la ligne et rencontré un camarade du nom de Marrow, on l'appelait Frowsy Marrow, c'était un bon gars. Il avait sous sa supervision un grand nombre de ces prisonniers qui revenaient, l'air bien sûr abattus, mais de bonnes troupes cependant, oui, de bonnes troupes. C'était vrai surtout pour la seconde attaque. Ces hommes étaient de bons soldats. Mais nos camarades… [les deux parlent en même temps].

Q. Êtes-vous restés cette nuit-là, ou êtes-vous sortis?

R. Au second jour de l'attaque, nous sommes descendus sur le flanc de la crête, et nous sommes partis la nuit même. Une division britannique est arrivée et nous a relayés. Elle a attaqué le lendemain matin je crois. Elle s'est heurtée à une forte résistance sur terrain plat, plus bas, juste devant; nous n'avons pas tenu le terrain longtemps après cela. Mais nous avons été relevés cette nuit-là, et nous sommes revenus, c'est singulier, à la cabane Winnipeg, sur la crête de Rhonelle, à Notre-Dame-de-Lorette -- excusez-moi. Nous étions là le lendemain matin. Et, chose étonnante, je dormais -- nous étions tous fatigués et nous nous sommes laissés tomber dans un grand hangar qui se trouvait là -- lorsque […] notre capitaine-adjudant est venu vers moi et m'a dit : « Bonjour, monsieur Russenholt ». J'ai répondu : « Merci beaucoup ». Il a alors dit : « Prend tes affaires et vient au mess. » Cela m'indiquait que je venais d'être promu […]

Q. Oh, c'est très bien! On vous a donc nommé officier sur le champ de bataille. Quels souvenirs avez-vous gardés de la véritable attaque du « Bourgeon ».

R. C'était une attaque en bon ordre. Encore une fois, la préparation avait été excellente. Juste derrière nous, un bataillon tout entier, le 152e je crois, servait d'équipe de transport et d'équipe de travail. Après avoir cherché mes mitrailleuses, je suis revenu, à la recherche du poste de commandement d'une compagnie. Juste derrière, on avait installé un dépôt. Les mitrailleuses Lewis et les grenades Mills se trouvaient juste derrière nous. Encore une fois, les préparatifs avaient été minutieux. Et nous jouissions d'un excellent soutien. Quant à l'attaque même, je me rappelle -- oh oui, le matin du 9 d'abord -- je me rappelle que nous étions dans des abris de notre côté de la crête, et le matin, nous regardions toujours l'heure, avant que le barrage ne commence, nous sortions pour regarder le barrage, mais nous-mêmes n'y participions pas; c'était comme un rideau continu d'éclairs, juste derrière nous. Il faisait alors encore nuit noire, et nous entendions cet extraordinaire passage d'obus sur nos têtes, puis l'explosion en avant. Il y avait un fracas continu le long de la ligne, et c'est le feu d'artifice le plus spectaculaire que j'aie jamais vu ou que je puisse espérer voir, si je vais un jour au paradis. Je ne verrai plus jamais rien de semblable. Ça, c'était au matin du 9. Nous avions une position avantageuse car nous nous trouvions à une certaine distance en haut, sur la pente de la crête, et nous pouvions regarder en arrière la vallée des Zouaves. Ensuite, nous avons monté les canons sur un terrain plus élevé, toujours vers l'arrière. Alors, quand ces obus ont commencé à se fracasser en ligne sur les positions ennemies, c'était comme des feux d'artifice, avec bien sûr un puissant bruit à l'arrière de la Somme. Cette fois-là, nous avons grimpé sur le « Bourgeon », qui se trouvait juste au-dessus du terrain, tout à gauche de nos positions, sur la crête de Vimy… [les deux parlent en même temps]. Il y avait à ce moment-là un bataillon plus loin à gauche, tout à fait à gauche de notre position, sur la crête de Vimy. C'était à gauche d'un long chapelet de cratères de mines qui avaient explosé au fil des ans. D'où nous étions, nous le regardions attentivement; nous avions toujours une couple de canons, des mitrailleuses Lewis. Nous nous y étions exercés lorsque nous étions sur la première ligne. Et de temps à autre, un groupe de camarades s'emballaient un peu, vous savez, ils traversaient en rampant les barbelés et descendaient jusqu'à l'arête d'un trou assez profond, je suppose que c'était un vieux cratère de mine. Le « Bourgeon » était juste là, à gauche en face de nous. De temps en temps, des groupes d'Allemands se trouvaient là. Deux ou trois fois au moins, peut-être plus, mes camarades ont rampé par-dessus en emportant avec eux une mitrailleuse Lewis. Ils attendaient, et dès qu'ils voyaient quelqu'un, ils tiraient. Alors bien sûr, ils reculaient jusqu'à la ligne de front car immédiatement, les mortiers de tranchée arrivaient. Enfin, le « Bourgeon » était cette élévation, et c'est sur ce terrain surélevé qu'on a érigé la Croix canadienne du sacrifice, à l'extrémité nord de la crête de Vimy.

Q. C'est aussi l'extrémité de la crête.

R. [les deux parlent en même temps]… oui, tout à fait, le versant le plus au nord.

Q. Pouviez-vous voir Givenchy par-dessus la crête, ou bien était-ce de l'autre côté… [les deux parlent en même temps]

R. Pas de notre position de défense, non; vous savez, les Allemands ont toujours occupé la partie supérieure de la pente. C'est là qu'ils ont choisi d'installer leurs positions de défense. Pour notre part, nous étions sur notre pente, mais un peu plus bas, et ce n'est pas avant le matin du 12 que nous avons pu voir Givenchy au loin, et Lens à bonne distance. C'était bien la première fois que nous l'avons vu. Et au moment où nos camarades partaient, nous avons aperçu les routes menant hors de La Culloute […] et ces villes. Nous avons vu les avant-trains allemands dévalant ces routes vers l'arrière, l'attaque, et je crois qu'ils ne s'attendaient pas à ce que nous nous tirions d'affaire ce jour-là, car ils ont été pris par surprise, ils n'y étaient pas préparés. Nous les avons vus, c'était superbe bien sûr, et ça nous a remonté le moral. J'ai déjà mentionné Frowsy Marrow qui ramenait les prisonniers; quand je lui ai parlé, je lui ai demandé comment elle allait, la Frowsy, et il a répondu : « Oh, ils nous ont donné 20 degrés de gel et un bon barrage, nous allons tout droit à Berlin. »

Q. Les 20 degrés de gel aidaient à durcir le sol, je suppose.

R. Oui, à durcir la boue. L'aller a été plutôt lent remarquez, à l'attaque, sur la crête, mais c'était prévu. Nous ne nous battions pas contre la montre, vous savez. (Oui) Je pense que nous faisions environ 100 verges aux trois minutes, ou aux cinq, enfin à peu près. Nous avions tout le temps nécessaire.

Q. L'appui de l'artillerie, contrairement à ce qui s'est passé dans la Somme, était excellent.

R. Oui, excellent. Et je crois que nous avions la division Lahore derrière nous, et d'autres aussi à ce moment-là. Durant l'hiver, notre confiance envers la division d'artillerie Lahore a grandi, et nous nous sommes beaucoup appuyés sur elle, car les hommes nous soutenaient lors des raids, vous savez, et cela améliorait notre moral. Depuis, nous avons une préférence pour cette division.