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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

La bataille de la Somme

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec Arthur Raley : Royal Newfoundland Regiment
Extrait de transcription, 15 minutes, 27 secondes

R. Le combat suivant, pour le régiment, le vrai combat, a été le Beaumont Hamel. Cette bataille a été la plus importante et sans doute la plus connue que nous ayons menée, mais de fait, nous ne nous sommes pas battus. Nous avons commencé déjà trop loin. Nous avons été balayés peu après avoir traversé notre propre ligne de front, mais c'est là que le régiment est devenu célèbre. C'était un combat des plus impressionnants. Je crois que nous avons envoyé 800 hommes valides, et moins de 100 en sont revenus. On les a simplement déplacés. Ils n'ont pas aperçu la ligne de front des Allemands. On nous a dit d'avancer. C'était une ligne arrière en bas d'une pente, une belle pente régulière se découpant sur l'horizon. On pouvait voir tout le monde, partout, et j'ai téléphoné au poste de commandement de la brigade pour demander si nous devions avancer par nous-mêmes ou avec les hommes à notre droite. On nous a d'abord répondu que les deux régiments avanceraient et, dans mon compte rendu de la bataille, j'ai noté cette conversation téléphonique. On m'a clairement dit d'avancer dès que nous serions prêts, aussi nous sommes-nous mis en marche. Les autres se trouvaient dans la ligne de front, et nous étions dans la troisième ligne. Notre champ de tir, qui semblait être l'avancée, n'était que la pente régulière au bas de la colline. Les hommes transportaient des ponts de tranchées, des rouleaux de barbelés, des torpilles et autres choses semblables. Ils n'étaient pas en mesure de tirer. Il aurait fallu qu'ils aient leur matériel. Les autres se trouvaient sur la ligne de front, et ne commençaient pas. C'est pour cela que nous avons été fauchés de façon si pénible. J'ai dit qu'ils ne commençaient pas, mais en fait, un homme ou deux avaient escaladé la pente. Cependant, il n'y avait pas d'avancée sur la droite. C'était épouvantable; je ne devrais pas le dire, mais j'ai pensé à ce moment-là que nous avions reçu un très mauvais ordre. Nous aurions pu descendre dans les tranchées et entrer dans la ligne de front, ou même dans la seconde ligne, mais là, les roues des chariots se trouvaient à l'horizontale des mitrailleuses allemandes montées sur roues et qui se déplaçaient en rond, ça faisait comme une ceinture de feu sur cette colline, en descendant vers Beaumont Hamel, que nous n'avons jamais vu. La prise a eu lieu en novembre, et nous étions le 1er juillet.

Q. De quelle sorte de tir d'appui disposiez-vous?

R. Notre tir d'appui était assez bon dans les airs, en tir d'artillerie, mais il était minime, presque inexistant, en tir d'infanterie.

Q. Aviez-vous des mitrailleuses?

R. Très peu. Nous avions le nombre voulu de mitrailleuses, mais elles ne tiraient pas. Nous nous contentions d'avancer. C'était longtemps après que l'unité avait commencé d'avancer, des heures après. Une autre brigade était là avant nous, mais elle ne s'est pas rendue jusqu'à la ligne de front.

Q. Pouvez-vous décrire les caractéristiques physiques du champ de bataille, le climat, et la lumière qu'il faisait ce jour-là?

R. Nous avancions sur une pente douce, juste à droite de la ligne allemande. Nous étions entièrement à découvert. L'herbe, à ce moment de l'année, était assez longue. Quelqu'un qui se serait allongé n'aurait pas été vu, mais cela ne nous faisait pas avancer. C'est grâce à cela que le commandant et moi-même sommes demeurés en vie. Nous avons marché les premiers, d'abord sur le sommet, mais l'ennemi ne nous a pas remarqués; arrivés à mi-chemin de la ligne de front, nous nous sommes allongés, et nous pouvions voir tout ce qui se passait autour de nous. En face de nous poussaient de petites touffes d'herbes, rien d'autre. Les hommes portaient au dos de petits triangles de fer-blanc; lorsqu'ils s'allongeaient, le soleil se reflétait sur ces petits carrés ou triangles luisants, et on pouvait ainsi aisément les voir.

Q. À quoi servaient ces petits triangles de fer-blanc?

R. Grâce à eux, l'artillerie pouvait nous voir de dos, savoir où nous nous trouvions, évaluer jusqu'où nous nous étions rendus. Bien sûr, ils ne sont pas préoccupés de ça, ils n'ont jamais vu, nous ne nous sommes jamais heurtés à notre propre artillerie. Ce n'était pas une bonne chose à vrai dire.

Q. Quelles étaient les positions allemandes?

R. Elles remontaient le long de l'autre colline, elles étaient très fortes. Je l'ai dit, les Allemands disposaient de mitrailleuses montées sur des chariots. Ils dirigeaient leur jet de feu dans toutes les directions. Ils étaient prêts à nous accueillir, c'est certain. Bien sûr, quelques places ont cédé. Une ligne est remontée sur notre gauche, nous l'avons suivie quelque temps, puis nous l'avons perdue. Évidemment, que nous ne soyons pas partis a été remarqué. Thiepval, plus au sud, a été capturé cette journée-là je crois. En un ou deux endroits de la bataille de la Somme, le 1er juillet, la ligne s'est dirigée vers le sud. C'était un virage à 90 degrés, juste un mille ou deux au sud de notre unité; et là où nous étions, une autre bataille a été gagnée en novembre. Lorsque nous avons remonté le virage à 90 degrés, à Guerdecourt, nous nous sommes retrouvés dans la bataille.

Q. Revenons à Beaumont Hamel. Pouvez-vous me dire comment cela s'est fini pour le régiment de Terre-Neuve?

R. Pour ce qui est du régiment de Terre-Neuve, je crois que étions 68 à revenir, et nous sommes allés dans un village en retrait des lignes. Je ne vous ennuierai pas avec les noms, mais les quelques hommes qui étaient restés se sont effondrés. Puis les réservistes sont arrivés, 200 ou 300 peut-être, et on nous a envoyés nous reposer au saillant d'Ypres.

Q. Qu'est-ce qui, selon vous, a fait le plus de victimes? Pensez-vous que c'était le feu des mitrailleuses?

R. Oui, sûrement. À l'époque, différents facteurs devenaient déterminants, selon les batailles. Cela pouvait être le gaz, ou une ligne de front violemment bombardée. Mais là où nous étions et du temps de Beaumont Hamel, et avec des assauts aussi violents que celui d'Arras, c'est sûrement les mitrailleuses, et un certain nombre de canonnades sur des cibles données, qui ont fait le plus de victimes. Mais lorsque les hommes avançaient en colonne, ils pouvaient marcher une heure ou deux avant d'être repérés. C'est d'abord l'infanterie qui s'en occupait avant qu'ils se fassent mitrailler par les artilleurs.

Q. Quel était le véritable plan d'attaque? Quels étaient les objectifs?

R. Cela ne concernait pas le régiment car, depuis le point le plus au nord, à 20 milles de nous et à 10 milles au sud, puis en revenant à droite, à 90 degrés, on se rendait à Thiepval et au bois de Burnisay. Cela ne représentait que 50 milles environ dans une bataille aussi importante.

Q. Ce que j'essaie de comprendre, c'est ce qu'on attendait de vous, selon vous, comme soldat d'infanterie ayant participé à cette bataille; et je voudrais savoir quels dangers vous deviez affronter?

R. Eh bien, comme soldat d'infanterie ordinaire, je repense à la Somme, qui a eu lieu voilà bien des années. Nous avons beaucoup appris, mais, comme je l'ai dit, les soldats devaient d'abord se rendre et transporter une charge Bangalore, ou un pont, ou un rouleau de barbelés, ou tout autre effet dont avaient besoin dans les tranchées ceux qui avaient déjà capturé la ligne. Les autres devaient simplement marcher, monter, descendre, jusqu'à ce qu'ils trouvent les Boches; alors, s'ils restaient, il fallait les combattre; sinon, il fallait les poursuivre ou leur tirer dessus, mais il n'y avait pas grand-chose à faire dans une bataille. L'infanterie combattait dans un type de bataille qu'on appelait un raid. Le nombre de soldats pouvait varier, mais en général, on était environ 50, visages noircis et sans uniforme, armés seulement d'un gourdin ou d'une bombe. On se précipitait, on attrapait un ou deux prisonniers et on revenait. Les grandes batailles consistaient, littéralement, en promenades à travers le pays, jusqu'à ce qu'on rencontre un Boche et qu'on lui livre combat, ou, si on était dépourvu de bon sens, qu'on lui tire dessus.

Q. Alors, Beaumont Hamel -- je m'en tiens encore à Beaumont Hamel --, était-ce une de ces promenades en descendant la colline?

R. Oui. Il n'y a pas eu, ou si peu, de ces courses et ces charges comme on le voit dans les illustrations. Il fallait se précipiter dans les tranchées, et en sortir bien sûr. Il y en avait à portée. Puis il fallait courir environ 20 verges, se coucher à terre, courir de nouveau 20 verges et se coucher encore, ou, si nous étions sur un terrain dégagé où on ne s'attendait pas à nous trouver, nous le longions en marchant à la manière de soldats d'infanterie qui traversent la campagne avec leurs fusils.

Q. Mais les hommes s'attendaient certainement, à Beaumont Hamel, à tomber sur un tir de mitrailleuses?

R. Oh oui, tout à fait! Mais nous ignorions ce qui s'était passé. Nous ne savions pas que les premières lignes n'avaient pas été capturées, ni que nous nous trouvions cinq milles en avant. Toutes sortes de rumeurs et de signaux nous parvenaient, mais il nous fallait avancer seulement quand nous en recevions l'ordre; et nous étions, je pense, la troisième ligne de détachement, mais nous ne nous étions pas rendus aussi loin que la première.

Q. Les Terre-Neuviens se sont-ils suffisamment approchés des Allemands pour tirer?

R. Vous savez, il ne faut pas oublier que les Terre-Neuviens arrivaient de tranchées où se trouvaient des réservistes à même d'ouvrir le feu sur les tranchées allemandes, quand ils arrivaient à mi-chemin, s'il s'en trouvait encore en vie. Je me rappelle un homme qui rassemblait quelques soldats et ensemble, ils ouvraient le feu. Arrivés à mi-chemin, près des lignes des Boches, ils leur tiraient dessus. Ils n'étaient qu'une demi-douzaine d'hommes, armés d'une demi-douzaine de balles chacun, mais ils agissaient ainsi par désœuvrement. Ils disaient qu'ils tireraient sur n'importe quel Boche qu'ils verraient, mais ils ne pouvaient y réussir. On leur tirait dessus là où ils étaient, car on pouvait les voir à cause de ces lumières dans leur dos. J'ai vu de mes propres yeux un transmetteur descendre la colline en courant, se diriger vers la ligne des Boches en envoyant un signal, en faisant un signe au-dessus de sa tête. Ce n'était pas une bonne idée, il ne pouvait aller nulle part ainsi, il ne pouvait tuer personne, juste courir jusqu'à ce qu'il s'effondre. C'est tout ce qu'il pouvait faire. D'autres hommes se débattaient avec les ponts. Lorsqu'un homme tombait, un autre ramassait le pont, traînait des hommes jusqu'au pont, et les autres continuaient de le tirer.