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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Guerre des tranchées

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec G.N. Francoeur : 22e Bataillon
Extrait de transcription, 4 minutes, 39 secondes

Q. C'est ce que j'ai demandé à plusieurs. Qu'est-ce qu'un officier chevronné enseigne à une recrue pour lui apprendre la vie et le combat dans les tranchées? Vous-même, qu'est-ce que vous leur avez enseigné?

R. Je ne peux dire le mot juste, mais le principal, c'est d'apprendre à vivre et à survivre dans les tranchées. Pour vous en donner une idée, les accidents arrivaient toujours aux nouvelles recrues. Les nouveaux venus se faisaient tuer la première semaine de leur arrivée, et nous avions l'habitude de dire que s'ils survivaient une dizaine de jours, ils n'auraient pas de problèmes. La plupart se faisaient tuer à leur arrivée dans les tranchées.

Q. Pourquoi un nouveau venu se fait-il tuer?

R. Il est nerveux, il ne sait pas où il va, ni comment marcher, ni attraper les choses. Dès qu'il entend un bruit, la moindre chose, il veut voir ce que c'est. Mais c'est le contraire qu'il faut faire, baisser la tête en premier et attendre; c'est cela qui causait le plus grand nombre d'accidents. Nous devions donc prévenir ce risque, et c'est dans cette perspective que nous entraînions nos soldats.

Q. Étiez-vous nerveux lorsque vous étiez soldat?

R. Non, je ne dirai pas que j'étais nerveux. J'étais comme tous les autres. Nous n'avions pas peur de nous faire tuer, mais nous cherchions à bien faire notre service, à bien remplir notre fonction. Somme toute, en dehors de ça, chacun faisait un bon travail, mais nous avions un entraînement spécial à transmettre à d'autres. Nous connaissions mieux le travail que les nouveaux venus, et ils pouvaient mieux le poursuivre.

Q. Bref, au lieu de leur enseigner comment vaincre l'ennemi, vous leur appreniez à survivre?

R. Non, en faisant leur travail, les hommes restaient en vie. Personne ne pouvait affirmer avec certitude que vous iriez là et que vous en reviendriez. C'était une mauvaise approche. Quiconque disait aller là pour se faire décorer était retiré sur-le-champ, car il n'était pas un bon combattant, ni un homme de valeur. Nous allions là pour faire de notre mieux, c'est-à-dire organiser nos vies, c'était cela le plus important.

Q. C'était une vie difficile.

R. Une vie très difficile. Un soldat doit d'abord être heureux, et pour être heureux, il doit être bien nourri. Mais nous ne pouvions nous attendre à être bien nourris dans les tranchées. Nous n'avions pas la nourriture nécessaire, et nous ne pouvions même pas cuisiner celle que nous avions pour en tirer le meilleur parti. Mais nous devions quand même y réussir. En rendant les hommes heureux, nous pouvions voir ce qui se passait et traverser cette expérience, non en essayant de survivre, mais en survivant parce que nous étions prudents, car un homme mort n'est d'aucune utilité à l'armée. Nous devions accomplir nos tâches, et le faire de la bonne manière.