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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Guerre des tranchées

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec M. Wiseman : 7e Bataillon
Extrait de transcription, 9 minutes, 59 secondes

Q. Comment vous sentiez-vous, la première fois?

R. La première fois que nous y sommes allés, nous sommes restés dans la tranchée et nous avons gardé l'œil ouvert. Bien sûr, nous restions la tête sous le parapet. Et au coucher du soleil, on nous mettait en état d'alerte. Le sergent ou le caporal arrivait et nous apportait une gorgée de rhum. Mais à l'époque je ne buvais pas, et mon voisin, qui était Hollandais, me faisait une scène lorsque je refusais mon rhum en disant : « Tu es fou, garde-le dans ta gourde. » Et je répondais : « À quoi bon, je ne bois pas? ». « Eh bien, donne-le moi. » Alors j'ai cru bon de lui offrir à boire. Nous sommes restés à Ploegsteert jusque vers la fin septembre. Les nuits commençaient à être fraîches. Je donnais de temps en temps une gorgée de rhum à mon voisin, et comme il commençait à faire froid, j'ai décidé d'y goûter, et c'était bon, vous savez. Après cela, je n'en ai plus refusé. Je restais en état d'alerte après avoir reçu mon rhum, et au petit matin, on pouvait voir jusqu'à la zone neutre. J'étais encore debout sur la plate-forme de tir, la tête dépassant du parapet. Un camarade est venu, m'a donné un coup de coude et m'a dit : « Descend de là! » C'est un miracle qu'un Allemand n'ait pas tiré sur moi. Nous n'étions pas, je crois, à plus de 30 verges de la ligne allemande dans la zone neutre, vous savez. Je suis descendu, cette fois, bien sûr, et j'allais bien. Quelques jours plus tard, je suis encore monté la nuit sur le parapet, et bien sûr, j'ai installé mon fusil en position de tir, en travers du parapet. J'ai regardé les fusées éclairantes lancées par les Allemands. Il y avait quelqu'un qui lançait une fusée aux trois ou quatre minutes. La fusée éclairait bien sûr toute la zone neutre. J'ai alors pris mon fusil et j'ai visé en direction du point d'où venait les fusées. J'étais un nouveau soldat, vous savez. J'ai attendu que l'Allemand ait lancé trois ou quatre fusées, je l'ai laissé faire, puis j'ai tiré, et bien sûr tout le monde a entendu le coup. Cela a suscité tout un branle-bas. Le caporal est arrivé, le sergent aussi. « Qui a tiré? » a-t-il demandé. Je n'ai pas voulu qu'on accuse quelqu'un à ma place, et j'ai dit : « c'est moi ». « Qui t'en a donné l'ordre? » a-t-il demandé, et j'ai rétorqué : « Quelle sorte de guerre faisons-nous? Nous devons bien tuer quelques Boches. » De toute façon, il n'y avait plus de fusée éclairante. Alors j'ai ajouté : « je crois que je l'ai eu ». Le caporal a dit : « Sais-tu ce qui pourrait arriver? Ces salauds, là-bas, ils ont à peu près 20 pièces d'artillerie contre une seule pour nous. Ils peuvent nous balayer. » J'ai compris ma gaffe, et je n'ai plus recommencé. Quand on est dans les tranchées, on va à tour de rôle dans la zone neutre. On rampe par-dessus le parapet et on se trouve un endroit où on peut s'installer au-dessous du niveau du sol; de temps à autre, on regarde dehors pour voir si les Allemands envoient une patrouille. J'en ai fait l'expérience un certain temps, et j'ai eu la chance de m'en sortir. Il y avait un camarade, un homme bien connu de Vancouver, qui s'est fait tuer au cours d'une patrouille en zone neutre. Vous savez, le révérend Orr de Vancouver, qui est mort voilà quelques années, eh bien c'était son fils qui a été tué à Ploegsteert au cours d'une patrouille en zone neutre.

Q. M. Wiseman, votre première bataille importante a eu lieu dans la Somme, dans l'affaire de la tranchée Regina. Vous en souvenez-vous?

R. J'y étais le messager du capitaine Fielding. Nous sommes allés d'Ypres jusque dans la Somme. C'était après la bataille du mont Sorrel.

Q. Pouvez-vous me raconter Sorrel en premier alors?

R. Au mont Sorrel, je revenais d'Angleterre où j'étais en permission. C'était après la bataille et je crois qu'il ne restait environ que le tiers du bataillon.

Q. Vous n'avez pas participé à la bataille du mont Sorrel?

R. Non. On voulait me nommer soldat de première classe; mais je voulais au moins deux galons, à défaut de quoi, je n'en voulais pas du tout. J'ai été envoyé au poste de commandement du bataillon à titre de messager ou d'éclaireur. Je suis resté un certain temps avec les éclaireurs, puis je me suis retrouvé quelque temps comme signaleur dans le bataillon. Toutes ces unités étaient attachées en même temps au bataillon. Plus tard, on les a séparées et on en a fait des unités distinctes.

Q. Parlez-moi de la tranchée Regina, d'accord?

R. Je n'y ai pas été. Comme je l'ai dit à l'instant, j'étais le messager du capitaine Fielding.

Q. En tout cas, de quoi vous souvenez-vous?

R. Nous nous sommes rendus droit à la bataille. Les obus tombaient dru et vite. J'étais là, debout, et mon officier m'a demandé : « Wiseman, occupe-toi de ceci. » Il m'a donné un pichet de rhum et il est parti en disant : « Je vais voir comment les gars s'en sortent au front. » J'étais assis sur une butte, je crois que c'est un obus qui l'a fait sauter. Il éclatait des obus un peu partout. Les Allemands voulaient nous empêcher d'avoir la tranchée Regina. J'ai bu une ou deux lampées du pichet. Les renforts sont arrivés, et je leur ai indiqué où aller. Quand je me suis réveillé le lendemain, j'étais dans le cagibi de la tranchée, mais je ne sais pas comment j'y ai abouti. Lorsque j'ai voulu me lever, j'ai posé ma main sur quelque chose. J'ai regardé autour de moi, et il y avait un Allemand mort dans le cagibi. Vous savez, on construisait ces cagibis dans les tranchées pour éviter d'être touché. C'était une sorte de protection contre les tirs d'obus. Je me suis alors levé et j'ai regardé où j'étais. Je n'ai trouvé personne, je n'ai vu personne. Une belle journée succédait à celle de la bataille. Finalement, j'ai vu un camarade, et je lui ai demandé où se trouvait le poste de commandement. J'ai pensé que je devais retourner là, puisque j'étais messager. J'y suis donc retourné et je me suis retrouvé dans les tranchées, juste en face d'une tranchée allemande, le long de la ligne allemande. J'attendais de recevoir des ordres lorsque j'ai entendu un obus tiré du camp allemand qui venait directement sur cette tranchée, droit comme le tir d'une flèche. Alors tout le monde s'est baissé, et je me suis baissé aussi. Nous devions être au moins quatre ou cinq, nous étions certainement sept ou huit dans cette tranchée, et le médecin se trouvait parmi nous. J'ai essayé d'aider deux ou trois personnes quand j'ai senti que j'avais été touché à l'épaule, mais j'ignorais par quoi. J'ai pensé que c'était un galet ou quelque chose du genre. Quoi qu'il en soit, j'ai essayé d'étendre la main pour aider un autre blessé, mais mon bras était terriblement engourdi. J'ai enlevé mon uniforme et j'ai demandé : « Est-ce que je suis touché? » Un camarade a dit : « Il y a un trou juste ici. » « C'était simple », ai-je remarqué. Cette sacrée balle avait dû passer près de mon casque d'acier et m'avait atteint à l'épaule. Elle avait explosé, j'avais presque pu la voir exploser au-dessus de ma tête, et elle m'avait touché à l'épaule et assommé raide. Comme je ne pouvais plus utiliser mon bras, on m'a renvoyé en Grande-Bretagne. Je crois que ma convalescence a duré quatre à cinq mois. J'avais eu une infection, et je suis resté à l'hôpital, en Angleterre, environ trois mois.