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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

Contenu archivé

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Points de vue sur la guerre

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec H.S. Cooper : 3e Bataillon
Extrait de transcription, 5 minutes, 47 secondes

R. Nous avons eu une chance incroyable, c'était drôle.

Q. Je dirai que vous avez fait un excellent travail professionnel.

R. Oui, mais comme je le disais, nous avons eu de la chance, et comment!

Q. C'est sûr. Avez-vous reçu d'autres choses, vous a-t-on offert beaucoup d'autres choses? Je suppose que cela a été le don le plus important.

R. Dans une certaine mesure, ce colis a été notre plus gros cadeau, mais vous savez, à l'armée, ça fonctionne d'une façon particulière, bien particulière. Je ne sais pas si je peux donner des noms, mais de toute façon, il nous a quitté maintenant, personne ne peut plus rien dire là-dessus. Quoi qu'il en soit, notre camarade, le colonel Matthews, de la division G2, supervisait l'instruction. Il était en quelque sorte mon supérieur dans la division. Un jour, il est venu me voir et a dit : « le général veut que tu apprennes à tous tes hommes à manier la mitrailleuse Lewis ». À quoi j'ai répondu que pour mes quelque 2 400 hommes, je ne disposais que de deux Lewis, tous deux réservés aux interrogatoires. Mais il n'a pas porté attention à cet argument, et a juste répété que le général voulait que j'entraîne mes hommes aux mitrailleuses Lewis. Je ne pouvais que dire « d'accord mon commandant », car on ne désobéit pas aux ordres du général, vous savez. La façon d'avoir des mitrailleuses Lewis, c'était d'abord de trouver un moyen de transport, et ce n'était pas une mince affaire. J'ai réussi à obtenir un petit camion de 750 livres à deux ou trois reprises, puis il fallait monter à la ligne où se trouvait un dépôt temporaire et indiquer son grade. Et le pauvre diable responsable du dépôt -- il n'avait pas de compte à rendre, de toute façon -- déposait 3 ou 4 ou 5 ou 6 ou 8 ou 10 mitrailleuses Lewis dans le camion. Dans une certaine mesure, ces mitrailleuses étaient toutes endommagées, mais on pouvait obtenir des pièces de rechange neuves pour réparer les mitrailleuses endommagées. C'était l'usage, d'après les règlements. Je les ramassais donc dans mon camion, puis je les rapportais. En tous cas, j'en ramassais en nombre suffisant pour instruire mon groupe adéquatement. Mes hommes restaient là pendant deux semaines environ, peut-être un peu plus. Un jour, le caporal m'a fait parvenir un message me demandant combien j'avais de mitrailleuses Lewis. Le règlement général autorisait 12 mitrailleuses Lewis par camp sous l'autorité d'un caporal. Il y avait six unités au camp canadien. Ainsi, si j'avais attendu que le caporal autorise ces prêts de mitrailleuses, j'en aurai eu deux. Mais c'était clairement insuffisant pour moi. En tous cas, j'ai fait venir mon quartier-maître et je lui ai demandé d'aller retirer les 12 mitrailleuses. Il a rétorqué qu'elles étaient destinées à tout le camp dirigé par le caporal, mais je lui ai dit que je ne lui demandais pas son avis, et qu'il devait faire ce que je lui ordonnais. Nous avons ainsi obtenu les 12 mitrailleuses et nous les avons apportées dans notre escadre, ce qui nous en faisait 14. Donc, quand j'ai reçu ce message du caporal qui me demandait combien de mitrailleuses j'avais exactement, j'ai répondu que j'en disposais de 14, 12 obtenues par l'intermédiaire du règlement général untel (et je me suis assuré de donner un faux numéro), une prêtée par le 5e Bataillon, et une, par le 7e. Il me semble que ni la division ni le caporal n'avaient reçu ce message qu'une autre bonne affaire, plus anticipée même, m'arriva. « On veut savoir exactement combien vous avez de mitrailleuses Lewis » me demanda-t-on. Je me suis dit que cela cachait quelque chose. J'ai donc envoyé une lettre qui ne devait parvenir que deux jours plus tard. Eh bien, je crois que la lettre venait à peine d'arriver que je reçus un nouveau message. On me demandait, dans l'essentiel, de dire sans faire l'imbécile de combien de mitrailleuses Lewis je disposais. C'est une de ces situations où la chance vous sourit. C'est le général MacDonald lui-même qui est venu inspecter l'escadre ce jour-là. Il m'a demandé de lui montrer seulement ce que je voulais lui faire voir. J'ai répondu qu'il verrait tout de toute façon. Il avait parlé d'yeux de lynx, mais c'était plus encore, il aurait tout vu.

Q. Vous l'aviez déjà rencontré auparavant?

R. Qui, le général MacDonald? Bien sûr, il était le commandant de notre division. C'était un homme extraordinaire, oui, vraiment. En tous cas, pendant que nous faisions la visite, j'ai essayé de détourner son attention de la cabane où se trouvaient les mitrailleuses Lewis. Mais bien sûr, c'est là qu'il est allé. Nous avons fait 5 ou 10 pas dans cette direction, et j'ai commencé à lui expliquer l'affaire des mitrailleuses Lewis. Il m'a fait taire sur-le-champ. Quand nous nous sommes trouvés à environ 10 verges de la cabane, j'étais un peu nerveux, parce que je ne voulais pas, en un sens, qu'il voit ce qui se trouvait là. J'ai dit que j'avais 14 Lewis, mais il m'a encore fait taire. Quand il est entré dans la cabane, il s'est mis à compter les mitrailleuses : « 1, 2, 3 » et ainsi de suite jusqu'à 14, puis il s'est tourné vers moi et m'a dit : « Vous avez 14 mitrailleuses Lewis, Cooper. » J'ai répondu : « Oui Monsieur ». Oh, vous parlez de blesser des innocents, vous savez. J'ai mentionné que le caporal mettait ma parole en doute, que j'avais envoyé deux, non trois dépêches dans lesquelles je disais avoir 14 mitrailleuses Lewis, mais qu'on ne me croyait pas. Il s'est tourné et a demandé d'en prendre note; il a indiqué qu'il le mentionnerait à son retour au caporal, qui ne devait pas supplanter notre autorité. Et c'est tout, vous savez, il y avait là 14 Lewis. Enfin, nous nous sommes arrêtés à 14; car en réalité, il y en avait 56.