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ARCHIVÉE - Le Canada et la Première Guerre mondiale

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Nous y étions

Claudius Corneloup

La bataille de courcelette

À l'instar de nombreux Québécois et autres Canadiens français, Claudius Corneloup s'enrôla dès 1915 comme volontaire au sein du Corps expéditionnaire canadien. Il joignit directement les rangs de la seule unité d'infanterie francophone, le 22e Bataillon, où il connut la routine éreintante de la vie de tranchées et l'horreur indescriptible des combats. Son expérience militaire antérieure contribua fort probablement à son avancement et facilita sans doute sa survie.

D'origine française, comme un nombre appréciable de ses confrères, Corneloup connut une carrière peu conventionnelle. Déjà, son expérience antérieure (une période de cinq années de campagne en Tunisie) suffisait à le placer à part, mais en plus il fut traduit en cour martiale et condamné, ce qui ne l'empêcha pas de progresser en grade et d'être deux fois décoré. Il encaissa également trois légères blessures.

Corneloup se démarque singulièrement de ses collègues en ce qu'il laissa la trace écrite de ses mémoires. On compte sur les doigts d'une main les vétérans du 22e qui ont rendu publics leurs souvenirs de la Première Guerre mondiale et fort peu de journaux manuscrits sont connus. Corneloup publia en 1919 la chronique du bataillon et, quinze ans plus tard, un roman dont l'action se situe dans la Somme en 1916. Les deux œuvres ont sans contredit bénéficié du journal personnel que l'auteur a tenu et dont le sort est à ce jour inconnu.

Le Chroniqueur

Corneloup fut longtemps l'ordonnance des commandants de l'unité dont il avait obtenu la permission de tenir un journal personnel, en vue sans doute de préparer l'épopée du bataillon. Publiée en 1919, la chronique offre un tableau saisissant de l'opération contre Courcelette, tel que ne peuvent le rendre les rapports officiels. Cette opération et celle, quelques semaines plus tard, contre la tranchée Régina sont des épisodes de la sanglante bataille de la Somme. Ce carnage fit au total près d'un million de tués, blessés ou disparus, dont quelque 24 000 Canadiens. L'ampleur des pertes et les dérisoires gains en territoire atténuèrent sérieusement la victoire des troupes franco-britanniques. De plus, le moral des soldats, qui s'estimaient inutilement sacrifiés, s'effrita sérieusement. Au Canada, la question des renforts prit l'ampleur d'une urgence majeure.

Le Romancier

Outre sa chronique, Corneloup a laissé un roman où il laisse au patriotisme une place de choix mais où il décrit également des comportements de soldats qu'il a côtoyés dans les tranchées. L'essentiel de l'intrigue se déroule durant l'été 1916 et le dénouement se joue lors de la bataille de Courcelette, en septembre 1916, lorsque les soldats s'élancent dans le « no man's land » et montent à l'assaut des positions ennemies. La mort et la désolation prennent alors la place dominante.

Le Rebelle

Après la Somme, la question des renforts devint préoccupante. Perdues dans les méandres de l'administration établie par le ministre de la Milice Sam Hughes, les troupes n'arrivaient pas à quitter l'Angleterre. Au Canada, le bassin des enrôlements volontaires s'était tari et les derniers bataillons quittaient le pays souvent sans avoir atteint leur effectif réglementaire. Une réforme était devenue inévitable et la seule issue qu'envisagèrent les responsables politiques et militaires était celle du service militaire obligatoire, une alternative improbable tant que Hughes était en poste. Toutefois, la démission du ministre, en novembre 1916, facilita la volte-face du premier ministre Borden. Ce dernier, qui avait affirmé que le service obligatoire ne serait jamais imposé, revint sur sa promesse, heurtant de front l'immense majorité de l'opinion publique québécoise opposée à toute mesure favorable au service obligatoire. Le 25 juillet 1917, la Loi sur le service militaire était adoptée et la contestation allait s'amplifier.

Afin de gagner l'appui du gouvernement à l'égard des soldats, il fut décidé que les parents de ces derniers seraient exemptés du service obligatoire. Malgré cette décision et en dépit du besoin criant de renforts, nombre de soldats s'opposaient aux mesures. Corneloup en fut et, profitant d'une période de repos après la bataille de la Somme, il rédigea une lettre de protestation à l'intention d'Henri Bourassa du journal Le Devoir. La lettre accusait également d'incompétence nombre d'officiers. Égarée par l'auteur, cette lettre fut retrouvée par un officier du bataillon. Corneloup fut traduit en cour martiale et condamné à une peine humiliante, légèrement réduite par la suite. Corneloup n'en termina pas moins la guerre sur une note plus honorable : promu sous-officier breveté et décoré de la Médaille de conduite distinguée et de la Médaille militaire.

Dossier du procès en cour martiale de Claudius Corneloup

Bibliothèque et Archives Canada possède près de 12 000 dossiers de cours martiales entendues au front ou en Angleterre. Les documents originaux ont disparu : il n'en subsiste que la copie sur microfilm, une copie négative malheureusement de piètre qualité.

Le présent dossier est assez typique et se compose de l'ordre de convocation de la cour, d'un ordre de commutation de peine, de la confirmation de la sentence par le commandant de corps, de celle du commandant de division, de celle du commandant de brigade, du procès-verbal proprement dit, d'une pièce à conviction et d'une feuille de conduite.