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ARCHIVÉE - Le Canada et la Première Guerre mondiale

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Saviez vous que…

Si certaines choses ne changent jamais, quand ont-elles commencé?

Lorsqu'une chose est devenue monnaie courante, il est facile d'oublier comment et pourquoi elle a commencé. À la longue, même les idées les plus radicales peuvent devenir courantes et cesser d'évoquer la controverse qu'elles ont peut-être soulevée lors de leur introduction. Le nombre de réalités de notre vie quotidienne qui remontent à la Première Guerre mondiale est étonnamment élevé. Les questions soulevées par le passé, tout comme nos dossiers actuels, ne sont pas apparues soudainement. De nombreux événements qui se sont produits lors de la Première Guerre mondiale se préparaient déjà depuis plusieurs dizaines d'années. Cependant, le grand bouleversement causé par la guerre dans la société canadienne a facilité la mise à exécution d'idées nouvelles et souvent controversées.

Certaines choses maintenant indiscutables, telles que le droit de vote chez les femmes, étaient considérées comme révolutionnaires lors de la Première Guerre mondiale. D'autres mesures, telles que l'adoption de la Loi concernant l'utilisation de la lumière du jour et le changement du nom Berlin (Ontario) pour Kitchener, étaient très controversées durant la guerre, mais sont devenues graduellement plus acceptables. L'introduction de l'impôt sur le revenu par le gouvernement du Dominion en guise de mesure de guerre provisoire est peut-être la seule mesure qui soit aussi détestée maintenant qu'elle l'était il y a 80 ans.

Si vous voulez savoir quand certaines réalités intéressantes et courantes ont vu le jour, cliquez sur les liens ci-dessous et explorez quelques-uns des fonds que Bibliothèque et Archives Canada a à offrir.

Le droit des femmes de s'exprimer par le vote

Avant l'éclatement de la Première Guerre mondiale, des femmes menaient déjà une lutte acharnée pour l'égalité dans des pays tels que le Canada, la Grande-Bretagne et les États-Unis d'Amérique. Bien que tenues de respecter les lois de leurs pays, ces femmes n'avaient pas directement voix au chapitre en matière de lois. Les partisans du suffrage universel, soit le droit de vote pour les deux sexes, formaient le mouvement dit suffragiste. À cette époque-là, les femmes qui faisaient partie de ce mouvement et que l'on appelait suffragettes étaient mieux organisées, plus bruyantes et, par moments, plus dérangeantes que jamais lorsqu'elles protestaient contre l'inégalité dont elles étaient victimes.

Les grandes manifestations et les défilés pour le suffrage universel qui avaient caractérisé la première décennie du vingtième siècle se sont raréfiés à cause des perturbations causées par la Grande Guerre. Des femmes telles que l'Albertaine Nellie McClung qui étaient des chefs de file dans la lutte pour le suffrage universel ont pris la tête d'organisations féminines de secours et de bienfaisance. À mesure que les hommes partaient pour les champs de bataille, les femmes les remplaçaient efficacement dans tous les types d'emplois. L'écart entre les obligations des femmes et leurs droits est vite devenu évident.

Au début de 1916, le Manitoba a ouvert la voie au Canada en accordant le droit de vote aux femmes. Cette province a été imitée par la Saskatchewan, puis par l'Alberta et la Colombie-Britannique. Cependant, il s'agissait là d'une victoire limitée pour les Canadiennes de l'Ouest, car leur droit de vote ne s'appliquait qu'aux élections provinciales. L'exemple des provinces de l'Ouest n'a pas été suivi avec enthousiasme par les autres provinces. Le droit des femmes de voter aux élections provinciales a mis du temps à se répandre dans tout le Canada; beaucoup de provinces n'ont passé de loi sur l'admission des femmes au suffrage qu'après la Grande Guerre. La dernière province à le faire a été le Québec, en 1940.

D'autre part, les femmes ont obtenu le droit de voter aux élections fédérales vers la fin de la Grande Guerre. La première étape du processus législatif visant à accorder aux femmes le droit de voter aux élections fédérales a été franchie en septembre 1917, lorsque la Loi des électeurs militaires et la Loi des élections en temps de guerre ont reçu la sanction royale. La Loi des électeurs militaires donnait aux femmes, telles que les infirmières militaires (Nursing Sisters), en activité de service dans les forces armées, le droit de voter aux élections fédérales. La Loi des élections en temps de guerre étendait ce droit à toutes les femmes qui étaient des sujets britanniques de plus de 21 ans et qui étaient l'épouse, la veuve, la mère, la sœur ou la fille de toute personne morte ou vivante, de sexe masculin ou féminin, qui servait ou avait servi dans les forces armées. Bien que cette loi ait donné le droit de vote à un nombre sans précédent de Canadiennes, certains croyaient que le gouvernement unioniste de Robert Borden n'avait étendu le droit de suffrage que pour accroître le nombre de personnes qui pourraient voter pour lui. Le 1er janvier 1919, le droit de suffrage a été accordé à toutes les Canadiennes non autochtones de plus de 21 ans qui étaient des sujets britanniques.

L'impôt sur le revenu, une mesure de guerre provisoire?

À cause de la Première Guerre mondiale, les coffres du Dominion du Canada se vidaient à une vitesse sans précédent. Afin de mieux utiliser les ressources limitées du Canada, le gouvernement du Dominion a contrôlé tout le processus d'approvisionnement. Les articles courants, tels que les matériaux de construction, la nourriture et l'essence, ont été rationnés. Le gouvernement, qui avait peu de moyens d'augmenter ses recettes, a aussi émis des obligations d'épargne de guerre, haussé le tarif d'importation et levé de nouveaux impôts de guerre.

Une taxe de luxe sur le tabac et l'alcool a été la première de toute une série de taxes introduites durant la Grande Guerre. Dès 1915, une taxe du Dominion a aussi été imposée sur les billets de transport, les télégrammes, les mandats de poste, les chèques et les médicaments brevetés. À la fin de la guerre, même les articles de consommation courante, tels que le thé et le café, étaient imposés. Après avoir introduit ses premières taxes sur les produits et services, le gouvernement du Dominion s'est mis à imposer le revenu des entreprises. La Loi taxant les profits d'affaires pour la guerre de 1916 obligeait toutes les sociétés canadiennes dotées de capitaux de 50 000 $ et plus de produire une déclaration de revenus tous les ans.

L'impôt sur le revenu des particuliers, introduit en vertu de la Loi de l'impôt de guerre sur le revenu de 1917, était censé être -- comme les autres impôts de guerre -- une mesure provisoire. Cette loi a élargi la portée de la Loi taxant les profits d'affaires pour la guerre et introduit, pour la plupart des Canadiens, un impôt fondé sur leur revenu annuel. Parmi les gens exonérés d'impôt, il y avait le Gouverneur général, les consuls étrangers et les personnes en activité de service outre-mer. Les Canadiens mariés et les célibataires dont le revenu était inférieur à 2 000 $ et à 1 000 $ respectivement n'avaient pas, non plus, à produire de déclaration de revenus. En vertu de la Loi de l'impôt de guerre sur le revenu, les contribuables assujettis à l'impôt qui ne présentaient pas de déclaration de revenus étaient passibles d'une amende de 100 $ par jour jusqu'à concurrence de 10 000 $. Il s'agissait là d'un montant incroyablement élevé, vu que, par exemple, une personne mariée ayant un revenu annuel de 3 000 $ n'était censée payer que 20 $ en impôt!

Pas assez d'heures de clarté : la Loi sur l'utilisation de la lumière du jour

On avance l'horloge d'une heure au printemps et on la recule d'une heure à l'automne : voilà la formule selon laquelle la plupart des écoliers canadiens apprennent le principe du changement d'heure de nos jours. Bien que certains s'opposent à ce rituel semestriel, pour la plupart des Canadiens l'heure de clarté supplémentaire gagnée durant l'été compense largement le léger inconvénient que représente la nécessité d'avancer ou de reculer l'horloge d'une heure. Il y a plus de 80 ans, cependant, l'adoption d'une loi fédérale sur l'utilisation de la lumière du jour a provoqué une tempête dans tout le pays.

L'ajout d'une heure de clarté durant les mois d'été n'était pas une idée nouvelle au Canada. Durant la décennie qui a précédé la Grande Guerre et au cours des premières années de ce conflit, plusieurs provinces canadiennes ont fait des expériences de ce type. De façon générale, les citadins qui travaillaient dans des usines et des bureaux étaient heureux d'avoir une heure de clarté de plus pour faire des corvées ou se détendre. Par contre, ce changement dérangeait les campagnards, car il perturbait les habitudes des travailleurs agricoles et de leurs animaux. Les cadres des compagnies de chemin de fer, qui vantaient l'efficacité d'un système qui fonctionnait bien avec l'heure normale, n'étaient pas très enthousiastes à l'idée de changer l'heure deux fois l'an.

La loi intitulée Act to Provide for the Time in Canada Being in Advance of the Accepted Standard Time During the Summer Months, adoptée au printemps 1918, était une tentative en vue d'uniformiser les mesures isolées d'économie de lumière à l'échelle du pays. Cette loi touchait toutes les provinces, les bureaux du gouvernement du Dominion et la procédure parlementaire du Dominion. Qui plus est, elle conférait à la Commission des chemins de fer le pouvoir de faire avancer l'heure normale d'une heure pour les chemins de fer privés et gouvernementaux du pays. Les fonds de Bibliothèque et Archives Canada renferment de nombreuses lettres captivantes pour ou contre cette loi du gouvernement du Dominion; elles nous donnent un aperçu des activités et des préoccupations variées des Canadiens durant la Grande Guerre.

De l'importance d'un nom : Berlin devient Kitchener

Ceux qui vivent à Kitchener (Ontario) ou qui ont eu la chance de visiter cette ville connaîtront la richesse de la culture et du patrimoine allemands de cette région. Les premiers colons qui s'y sont installés étaient des fermiers mennonites partisans du pacifisme. À la veille de la Première Guerre mondiale, Berlin (Ontario) -- surnommée la capitale allemande du Canada -- comptait un grand nombre de sociétés de langue allemande, des écoles où l'on enseignait l'allemand et un journal en allemand. Après le début de la Grande Guerre, on s'est mis à douter de plus en plus de la loyauté des Germano-canadiens. En août 1914, quelqu'un a enlevé le buste en bronze de l'empereur Guillaume (Kaiser Wilhelm) qui trônait dans le parc Victoria et l'a jeté dans le lac. La méfiance manifeste que suscitaient les étrangers ennemis dans la ville a entraîné la suspension des cours d'allemand dans les écoles.

En 1916, la chambre de commerce de Berlin a fait une suggestion qui a polarisé les citoyens de la ville. La chambre de commerce soutenait que le nom Berlin était mauvais pour les affaires et donnait l'impression que les citoyens étaient favorables à la cause ennemie en Europe. Elle laissait entendre que le fait de changer le nom de la ville serait une manifestation tangible du patriotisme de ses citoyens et accroîtrait la visibilité de la ville dans tout le Dominion. De nombreux Berlinois voulaient que leur ville conserve son nom, car celui-ci était associé à une longue période de croissance et de prospérité tant pour les Germano-canadiens que pour les autres citoyens. Les personnes en faveur du statu quo étaient immédiatement considérées par les partisans du changement comme des gens qui manquaient de patriotisme et sympathisaient avec l'ennemi. Les actes de violence, les émeutes et les tentatives d'intimidation, dont les responsables étaient, dans beaucoup de cas, des impérialistes membres du 118e Bataillon, n'ont pas été rares durant les mois qui ont précédé le référendum de mai 1916 sur cette question.

Une majorité de Berlinois ont opté pour le changement de nom et, dès le début de l'été, on s'est mis à la recherche d'un nouveau nom. Le conseil municipal a mis sur pied un comité spécial chargé uniquement de proposer des noms. Le 1er septembre 1916, on a adopté officiellement pour la ville le nom de Kitchener, en l'honneur de feu lord Kitchener.

Au début de la Grande Guerre, Horatio Kitchener avait été nommé ministre de la Guerre par le premier ministre de Grande-Bretagne, Herbert Asquith. Une image de lui, invitant les gens, de son regard direct et de son doigt pointé, à s'enrôler, a été immortalisée par Alfred Leete dans son affiche saisissante « Britons Want You! ». Lord Kitchener s'était noyé un peu plus tôt en 1916, lorsque le navire dans lequel il se trouvait a heurté une mine près des Orcades. Il serait presque impossible pour les citoyens de la nouvelle ville de Kitchener d'être considérés comme dépourvus de patriotisme.

Néanmoins, quelques Canadiens n'ont pas accepté de bonne grâce la rebaptisation de Berlin. Le bureau de poste a dû envoyer des avis à ses clients pour leur rappeler qu'aucune ville ontarienne ne portait le nom de Berlin. La question était si litigieuse que plusieurs municipalités canadiennes ont adressé une pétition au gouvernement du Dominion afin qu'il force à utiliser le nom de Kitchener les personnes qui refusaient de le faire. Bien que toute cette affaire puisse sembler ridicule de nos jours, elle met en évidence les effets que la peur, la haine et le nationalisme peuvent avoir sur une société en temps de guerre.