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![]() ![]() Allocution prononcée devant le Sénat du Canada, le 1er mars 1892Hon. M. ABBOTT: C�est selon l�habitude dans le débat sur le discours que les honorables messieurs expriment leur avis et que, généralement, le président de la Chambre fait les remarques de clôture. Si aucun honorable député ne désire rien ajouter sur le sujet du discours, j�aimerais faire quelques commentaires de manière très superficielle en vue de clore le débat. Je crois que je devrais me rallier à l�avis de mes honorables confrères de l�Opposition, et j�ai pour cela d�excellentes raisons, pour les compliments qu�ils ont faits aux nouveaux députés relativement à la compétence dont ils ont fait preuve en proposant et en appuyant le discours. Je crois qu�outre ce que nous savions d�eux auparavant, nous pouvons à juste titre conclure des efforts qu�ils ont déployés dans cette affaire des plus difficiles, d�autant plus qu�elle n�est pas très intéressante pour eux, j�en suis sûr, qu�ils seront de précieux collaborateurs de cette Chambre; je tiens à ajouter mes compliments à ceux de mes honorables confrères de l�Opposition sur la manière dont ils se sont acquittés de leur tâche. Il me semble que je dois quelques mots de reconnaissance, aussi, au chef de l�Opposition pour la courtoisie et la générosité avec lesquelles il s�est acquitté de ses fonctions habituelles de critiquer le discours. J�ai trouvé ce qu�il a dit absolument exempt de rudesse ou de rancoeur, mais en fait tout le contraire, et je suis heureux de constater que nous pouvons tenir nos discussions sans colère et sans blesser les autres d�aucune façon. La critique de mon honorable confrère relativement au discours était en même temps tranchante, dans une certaine mesure, sur plusieurs points; c�est sur ces points que je me propose de dire quelques mots. Je dois admettre, comme je l�ai déjà dit, que cette critique était amicale et franche et, nonobstant une certaine partie de sa substance, je n�ai rien à y redire. Mon honorable confrère s�est lancé dans cette critique en se rapportant à l�allocution de l�honorable monsieur qui a appuyé le discours, sur le sujet des droits perçus sur le porc et le boeuf et autres produits naturels du pays, et mon honorable confrère a semblé trouver à redire à ces droits. Je dirai seulement que cette position me semble incompatible avec les affirmations qu�ont déjà pu nous faire les honorables messieurs de l�Opposition, que les cultivateurs sont négligés, que les cultivateurs ne sont pas protégés, qu�ils n�ont aucun avantage, que toute la protection allait aux manufacturiers. Maintenant, il semble d�après ce qu�a dit mon honorable confrère dans sa critique de l�allocution du commotionnaire qu�il souhaite opprimer encore plus les cultivateurs, leur enlever la protection que le gouvernement leur a si prudemment offerte de temps en temps ces dernières années, chaque fois que cela a semblé approprié, et de telle manière à ne pas augmenter de façon importante le coût de la vie. Je me risquerai à signaler à mon honorable confrère que l�Opposition manque quelque peu de cohérence en ce qui concerne son opinion sur le traitement des cultivateurs, que l�honorable monsieur et ses amis ont défendu avec tant de conviction à toutes les occasions possibles, pertinentes ou non, allant même jusqu�à faire des affirmations selon lesquelles nous opposions le cultivateur au manufacturier, que nous opposions une classe de notre population à une autre. Il est arrivé, lorsque nous en avons eu l�occasion, que nous protégions nos cultivateurs sur des points pour lesquels ils apprécient notre protection. J�ose dire que la politique du gouvernement, qui consiste à n�attribuer qu�une protection modérée aux produits de la ferme, lorsque cela peut être avantageux, est une politique qu�approuvent généralement les gens du pays. Mon honorable confrère dit ensuite, tout en admettant que le pays est prospère dans un sens, que ce n�est pas à nous que le pays doit cette prospérité, que nous n�avons aucun orgueil à tirer d�elle. C�est là la vieille théorie de la mouche sur la roue, que nous ne pouvons rien faire pour la prospérité du pays, ni rien faire pour l�empêcher d�être prospère. J�ose avancer que le gouvernement a quelque chose à voir avec l�énorme productivité du Nord-Ouest, dont mon honorable confrère a parlé pour dire que nous n�avons aucun orgueil à en tirer. Où serait la productivité du Nord-Ouest s�il n�y avait pas le Chemin de fer du Pacifique? Combien de millions de boisseaux, combien de milliers de boisseaux, ou combien de boisseaux auraient été produits dans le Nord-Ouest ou exportés du Nord-Ouest cette saison-ci si ça n�avait été de la persévérance du présent gouvernement à vouloir construire le Chemin de fer du Pacifique? L�hon. M. PERLEY: Environ 2 boisseaux et demi. L�hon. M. ABBOTT: Je crains que mon honorable confrère exagère en disant cela. Je doute qu�un seul boisseau aurait pu être exporté. L�hon. M. POWER: Les deux partis ont appuyé la construction du chemin de fer. L�hon. M. ABBOTT: Mon honorable confrère dit que les deux partis ont appuyé la construction du chemin de fer. C�est sûrement vrai, mais je dois dire aussi que le parti de mon honorable confrère s�est soustrait à cette obligation, nous a parlé de cours d�eau et autres choses du même genre, et que de tous les efforts déployés pendant les quatre ou cinq années qu�il a été au pouvoir, très peu de ses activités, il me semble, ont favorisé la construction d�un chemin de fer dans le Nord-Ouest; et quelles qu�aient été les intentions de ces honorables messieurs - et je ne doute pas qu�ils aient souhaité que soit établie la communication ferroviaire avec le Nord-Ouest, bien qu�ils n�aient pas eu le courage ou la force d�en prendre les moyens - ils le souhaitaient néanmoins. Pourtant, quelles qu�aient été leurs intentions, on sait ce que valent des intentions et elles n�auront pas été bien utiles au Nord-Ouest. J�insiste, par conséquent, et ce faisant, je m�inscris en faux contre mon honorable confrère, que le présent gouvernement a joué un rôle dans l�énorme production du Nord-Ouest et dans la grande prospérité du pays, puisque cette prospérité a été soutenue par l�amélioration de nos moyens de transport. Les remarques qu�a faites mon honorable confrère sur notre position relativement à la mer de Béring étaient quelque peu légères, bien qu�il me semble que ses propos se voulaient plus substantiels sur la question. Il a dit accueillir avec plaisir le changement de ton du présent gouvernement en ce qui a trait à la mer de Béring et était tenté de taquiner le gouvernement pour avoir durci le ton à ce sujet. J�aimerais que mon honorable confrère comprenne, et j�essaierai de l�en convaincre, que ce gouvernement n�a pas le moindrement changé d�avis en ce qui concerne la mer de Béring. C�était certainement un lapsus de sa part lorsqu�il a dit que nous voulions obtenir juridiction sur la mer de Béring. Mon honorable confrère ne voulait sûrement pas donner cette impression, j�en suis sûr. Nous n�avons jamais voulu avoir juridiction sur la mer de Béring. L�hon. M. SCOTT: Ce que j�ai dit est que le gouvernement conteste la souveraineté des États-Unis sur la mer de Béring. L�hon. M. ABBOTT: Nous avons effectivement contesté la souveraineté des États-Unis sur la mer de Béring et nous la contestons encore; la question de la souveraineté sur la mer de Béring ne sera pas soumise à l�arbitrage international. M. Blaine a formellement, il y a peu, abandonné toute prétention à la juridiction exclusive sur la mer de Béring. Ce qui est revendiqué et qu�a demandé le gouvernement américain est que les phoques qui fréquentent les îles de la mer de Béring appartenant aux Américains fréquentent cette mer aux fins de reproduction et le gouvernement des États-Unis défend quelque droit acquis sur ces animaux puisque ceux-ci utilisent ses îles aux fins de reproduction; ils ont d�autres revendications que je m�aventurerai, sans vouloir vexer quiconque, à qualifier de quelque peu plus louches. Cependant, la véritable revendication - la prétention substantielle des États-Unis s�est atténuée à ce point, est qu�ils cherchent à protéger les phoques contre l�extinction. Il est possible que certaines mesures seraient appropriées et devraient être prises pour prévenir l�extinction complète de l�espèce. C�est d�ailleurs là l�un des sujets que les commissaires désignés par les deux gouvernements discutent à Washington, et dont devront à un moment donné traiter les arbitres. Par conséquent, nous sommes aujourd�hui au même point que nous étions auparavant. La controverse est née de la saisie de nos navires en haute mer par les autorités américaines. Nous avons contesté cela et, finalement, sur un ton si ferme que la question a été abandonnée et qu�ont commencé les négociations pour cet arbitrage. Elles ont été très fastidieuses - je ne sais pas si elles auraient pu être écourtées. Je peux dire que tout au long de ces négociations, nous avons été traités avec la plus haute considération et la plus grande courtoisie par le gouvernement hôte. Nous avons été tenus au courant de l�avancement de chaque étape - on nous a demandé notre opinion et nos conseils sur la plupart, sinon sur tous les points qui ont été soulevés et, bien que ces opinions et conseils n�aient peut-être pas toujours été écoutés, je crois, comme je viens de le dire, que nous avons été traités avec beaucoup d�égards et de courtoisie par le gouvernement hôte et que, dans la suite naturelle des événements, au cours desquels ni nous, ni le gouvernement britannique n�avons modifié notre point de vue d�un iota, il existe une solution qui, j�en suis persuadé, saura être satisfaisante et, je l�espère, ne se fera pas trop attendre. Je ne fais que suivre le cours des idées exprimées par mon honorable confrère et je compte les aborder dans le même esprit avec lequel elles ont été discutées. La mission à Washington, dont mon honorable confrère a parlé, n�a pas d�après lui été prolifique en résultats. Eh bien, les conclusions de ces négociations seront exposées sous peu devant cette Chambre et, honorables messieurs, nous saurons exactement ce qui s�est passé là. Nous avons eu une discussion cordiale avec le gouvernement des États-Unis relativement à bon nombre de questions sur lesquelles nous avons souvent été opposés à eux ou n�étions pas tout à fait d�accord avec eux, et nous avons réussi a régler certaines d�entre elles. Mon honorable confrère dit que nous n�avions nul besoin d�aller là pour régler la question de la frontière de l�Alaska - que la frontière est clairement délimitée dans le traité et que le seul problème est le coût de l�arpentage. Si mon honorable confrère devait diriger les dispositions à prendre visant la délimitation de la frontière, il aurait une opinion tout à fait différente sur le sujet. Les participants à la conclusion de ce traité connaissaient en fait très peu l�Alaska. Ils décrivent la frontière, qui doit être tracée de la pointe d�une île, longer la Passe Portland jusqu�à son extrémité, au coeur des montagnes et, je crois, de là à un parallèle de latitude; la ligne suit ensuite une chaîne de montagnes, à une distance n�excédant pas dix lieues de la mer, jusqu�à ce qu�elle atteigne un autre parallèle de latitude, ce qui constitue la frontière nord. Maintenant, au lieu d�aller vers le nord, comme l�avaient supposé les auteurs du traité, la Passe Portland est en fait orientée au nord-est. Il y a deux passages, divisés par une grande île assez importante; la première question est la suivante : lequel de ces deux passages est-ce que la ligne suit? Le nord ou le sud? C�est la première difficulté, pour laquelle le traité n�offre aucune solution. L�hon. M. SCOTT: D�après le traité, «la ligne monte la Passe Portland». L�hon. M. ABBOTT: Les gens qui ont fait ce traité ne savaient pas qu�il y avait en fait deux passages, divisés par une île; la détermination de celui de ces deux passages qui constituera la frontière est la première difficulté, en ce qui concerne la définition de la frontière. À l�extrémité de ce chenal, la ligne suit une chaîne de montagnes à dix lieues marines tout au plus de l�océan. Pour atteindre cette chaîne, la ligne recule vers l�ouest sur une distance considérable. Il semblerait, lorsque cette ligne est tracée sur une carte géographique, qu�elle peut très peu correspondre aux intentions des auteurs du traité. On peut comprendre qu�ils croyaient que la passe Portland allait vers le nord jusqu�à un point se trouvant à une distance de dix lieues de la mer et qu�ils souhaitaient conserver la même distance depuis l�océan jusqu�à la frontière nord; mais il semble impossible de se conformer littéralement à une telle description. C�est là la deuxième difficulté rencontrée. Et puis il n�existe pas de chaîne de montagnes parfaitement continue longeant l�océan. Troisième difficulté. Et puis on se pose la question suivante : où est l�océan? Nous arrivons à la plus grande des difficultés. Qu�est-ce qui peut être considéré comme la côte, point de départ du calcul des dix lieues? La côte de cette partie de l�Alaska est l�une des plus extraordinaires qui soient. Il y a plein de chenaux tout le long de la côte, ponctués d�îles, et ce genre de littoral s�étend sur une distance considérable vers l�océan. Nos amis de l�autre côté, qui ne manquent jamais de revendiquer tout ce qu�il est possible d�obtenir, prétendent que le bout de celui de ces passages s�enfonçant le plus dans les terres constitue la limite de l�océan et que la frontière doit être tracée à une distance de dix lieues en reliant les bouts de chaque chenal, ce qui fait qu�elle se trouve parfois, dans les montagnes, à 30 ou 40 lieues de l�océan. Arpenter un tel tracé et en faire le plan coûterait très certainement l�énorme somme qu�a indiquée mon honorable confrère et qui est en principe le coût estimatif de la délimitation. Je ne connais pas de litige, entre les États-Unis et nous-mêmes, qui présente le dixième de la difficulté que pourra constituer la délimitation de la frontière de l�Alaska. Il me semble que nos droits sont clairs, et quand vient le moment de les affirmer, nous devons indubitablement nous employer à l�emporter sur nos opposants, mais y parvenir sans difficulté, comme le dit mon honorable confrère, est tout simplement absolument impossible, comme nous avons pu le constater dans le cadre du règlement d�autres questions de même nature avec les États-Unis qui ne présentaient pas un dixième de la complexité de celle-ci. Il y a eu les principales critiques, je crois, dont a parlé mon honorable confrère dans son intervention sur le discours, relativement aux sujets dont je viens de traiter. Mon honorable confrère a quelque peu digressé vers le sujet de la politique et a parlé de la promesse formulée dans l�allocution qu�il devra y avoir un projet de loi relatif à la redistribution des sièges. Il a aussi exprimé l�espoir que ce projet de loi sera plus équitable que le précédent. Je ne sais pas quel était le dernier - celui de M. Mowat ou celui du présent gouvernement. Je sais que j�ai reçu hier une lettre d�un politicien distingué de l�Ontario, dans laquelle il déclare que les intentions de ces deux lois lui semblaient les mêmes, mais que celle que proposait M. Mowat était, scientifiquement, parfaite pour réaliser cette intention. J�ignore donc si mon honorable confrère voulait dire que notre projet de loi devrait être plus équitable que celui de M. Mowat ou que celui de Sir John Macdonald. L�hon. M. SCOTT: Nous ne traitons pas ici de politique locale. L�hon. M. ABBOTT: Eh bien, la politique, malheureusement, ou heureusement peut-être, est plus ou moins locale et aussi générale et nous savons que les deux partis adhèrent aux mêmes principes dans les deux législatures. Lorsque nous parlons des Libéraux et des Conservateurs, nous désignons probablement les gens défendant les mêmes idées que le Parti libéral et que le Parti conservateur, non seulement en ce Parlement mais aussi au sein des corps législatifs locaux. Si j�assume que mon honorable confrère parlait du projet de loi de M. Mowat, je me risquerai à affirmer que le projet de loi visant la redistribution sera plus équitable et n�aura plus besoin d�être soutenu scientifiquement, car je crois pouvoir dire qu�il sera de nature extrêmement simple. De plus, avant de finir, mon honorable confrère s�est quelque peu consolé des insignes désagréments que lui et ses amis ont pu subir depuis un mois ou deux. Il a énoncé un grand nombre de raisons pour lesquelles les élections devraient être défavorables au Parti libéral. Il croit que les listes électorales peuvent avoir été manipulées à Ottawa, et il croit que les juges se sont rendus coupables de cette manipulation. L�hon. M. SCOTT: Ce n�est pas ce que j�ai dit. L�hon. M. ABBOTT: Je crois que ce qu�a dit l�honorable monsieur est que les réviseurs étaient tous des agents du gouvernement fédéral et que l�on pourrait présumer que ces messieurs n�ont pas négligé les intérêts du gouvernement en établissant les listes. Et comme l�impression des listes était assumée par le gouvernement fédéral, on pourrait aussi présumer que les imprimeurs pouvaient y ajouter des noms qui permettraient de donner un nombre suffisamment élevé de votes en faveur du Parti conservateur. Je ne crois pas que je doive m�attarder sur ces deux objections parce qu�il ne me semble pas que mon honorable confrère pourrait les faire avec sérieux. Les réviseurs sont, en grande partie, des juges de comté et, dans presque tous les cas et j�irais même jusqu�à dire dans tous les cas mais je n�en suis pas absolument sûr, ce sont des hommes ayant de bonnes situations, des hommes exerçant notre propre profession, qui ont la singulière particularité de pouvoir oublier tout préjugé lorsqu�ils assument une fonction juridique. Ça a été l�opinion universellement exprimée, non seulement par des avocats, mais aussi par le public, et je ne crois pas que mon honorable confrère la contredira; je ne crois donc pas que ses insinuations pouvaient être sérieuses. L�intégralité de la critique a été formulée avec humour et je crois qu�il plaisantait en faisant ces remarques et qu�il n�accusait pas réellement les réviseurs du gouvernement fédéral de manipuler les listes dans le but de favoriser le gouvernement. Je ne crois pas moi-même qu�ils aient pu le faire et je ne crois pas que le pays le croie et c�est avec une ferme assurance que je fais cette affirmation. Il a cependant dit que nous tenions les élections quand cela nous plaisait; que nous désignons les directeurs du scrutin et il se plaint que nous n�ayons pas tenu toutes les élections partielles en une seule journée. Il me semble que, peut-être, mon honorable confrère pourra constater que les directeurs du scrutin sont, dans l�ensemble, les mêmes qui ont occupé les mêmes fonctions à des élections générales antérieures. S�ils s�étaient rendus coupables de quelque acte irrégulier, beaucoup d�yeux sont fixés sur eux et nous en aurions certainement eu vent. Je crois qu�on ne peut, sans aucune forme de preuve ou toute autre information probante, accuser aucun des directeurs du scrutin d�avoir de quelque façon que ce soit abusé de sa fonction. Je ne parle pas des articles édités dans nos documents d�un parti quelconque après une défaite électorale. C�est un peu comme les 24 heures que l�on accorde, dans le Bas-Canada, aux clients qui perdent leur cause, pour s�en prendre à leurs juges. Je ne donne pas plus de poids à ces insinuations qu�aux objurgations de ces malheureux clients. Au-delà de cela je dirai, sans craindre de me contredire, que les directeurs du scrutin, en tant que classe, se sont remarquablement abstenus de toute inconduite et inconvenance et certainement de toute accusation formelle de telles manipulations, et je ne peux en cet instant me rappeler aucune personne, ces dernières années, qui ait été trouvée coupable d�une irrégularité sérieuse dans l�exercice de ses fonctions. En ce qui concerne la tenue des élections le même jour, je ne comprends pas moi-même pourquoi cette règle a été adoptée. Je ne vois aucune bonne raison à cela, autre que la crainte de la discussion. S�il existe au pays un parti qui craint les débats sur des sujets d�ordre public, je peux comprendre que ce parti souhaite tenir le même jour toutes les élections afin que les hommes qui doivent expliquer leur position sur certains sujets, dans les affaires publiques, soient si mandés de tous les côtés qu�ils n�aient aucune chance d�expliquer cette position au peuple ou de le renseigner sur elle. À part cela, l�idée de tenir les élections en une seule journée a été bien accueillie dans le pays et a été adoptée dans le cas des élections générales. Dans ce cas-ci, cependant, il était impossible d�avoir les élections en un seul jour à moins que nous ayons tout reporté après la mi-février, soit tout près de l�époque où s�est réunie la Chambre parce que, ces honorables messieurs s�en souviendront, le 31 décembre était la date limite à laquelle les réviseurs devaient remettre leurs listes. Bien que telle soit la règle, un grand nombre d�entre eux n�ont envoyé leurs listes que bien après cette date. Après que ces listes ont été reçues, elles doivent être préparées pour l�impression et nous renvoyons généralement les épreuves aux réviseurs aux fins de correction et de comparaison avec les doubles ou les aide-mémoire qu�ils détiennent. L�hon. M. MILLER: C�est la loi. L�hon. M. ABBOTT: Je ne suis pas sûr qu�ils sont obligés par la loi d�envoyer les listes aux réviseurs aux fins de correction d�épreuve, mais ils le font. L�hon. M. MILLER: Oui, et pour qu�ils les signent. L�hon. M. ABBOTT: Alors pour commencer, les listes n�ont été reçues qu�après la date à laquelle elles auraient dû arriver et ensuite, lorsque les épreuves ont été envoyées aux réviseurs, ceux-ci ne les ont pas réexpédiées avec la promptitude souhaitée. Dans certains cas, les réviseurs ont recouru aux deux partis de leur circonscription pour la correction des épreuves. D�autres ont eux-mêmes minutieusement comparé les listes avec leurs aide-mémoire, toutes ces précautions visant à prévenir ce que mon honorable confrère dit en plaisantant qui pourrait avoir eu lieu relativement aux listes alors qu�elles se trouvaient entre les mains des réviseurs. La conséquence de tout ceci est que les listes sont arrivées à des intervalles d�une ou deux journées jusqu�environ au 15 février lorsqu�est arrivé, je crois la dernière d�entre elles. Il aurait donc été impossible, si nous avions décidé de tenir les élections en un seul jour, de le faire avant la date que j�ai indiquée parce qu�en vertu de la loi, un préavis doit être donné avant les nominations puis un intervalle doit s�écouler avant le vote. À une occasion, nous avons tenu sept élections en une seule journée parce que sept listes étaient prêtes. Les listes étaient prêtes et les élections ont par conséquent eu lieu. Mon honorable confrère remarquera que, dans certains cas, il y a eu appel. Pour quelques-uns d�entre eux, un jugement n�a été rendu que tard pendant les vacances, et les mandats n�ont pu être émis qu�après que l�avis de jugement eut été émis. Toutes ces circonstances ont fait qu�il a été absolument impossible d�observer le concept de tenue des élections en un seul jour. L�hon. M. POWER: Je ne doute pas que le gouvernement, ne pouvant gérer la situation, a été très perturbé et en détresse. L�hon. M. ABBOTT: Je dois avouer que, personnellement, je n�ai pas été très perturbé parce que d�après moi, plus on débat un sujet sur lequel j�ai raison, plus j�ai de chance d�obtenir l�appui du peuple. L�hon. M. POWER: L�honorable monsieur aurait donc dû attendre et permettre la tenue d�un débat exhaustif jusqu�à ce que la dernière des listes soit prête. Nous aurions ainsi eu un débat exhaustif et aurions pu avoir, par la suite, des élections équitables. L�hon. M. ABBOTT: Le débat a été exhaustif tel qu�il a été. Nous avons eu les débats les plus exhaustifs qui soient dans chaque comté où il y a eu élection et y ont participé un nombre amplement suffisant de messieurs des deux allégeances connaissant à fond les affaires publiques qui ont rendu visite aux comtés avant la tenue des élections aux fins de discussion sur ces questions, et je crois qu�un débat exhaustif s�est poursuivi tandis qu�un certain intérêt était manifesté dans le comté, conséquence de l�imminence des élections, qu�il tendait plus que les tièdes discussions habituelles qui ont eu lieu pendant assez longtemps, à informer les électeurs des enjeux réels auxquels faisait face le pays et à donner les résultats favorables produits, dont nous n�avons qu�à nous féliciter, que le système que propose mon honorable confrère d�adopter. Je regrette sincèrement de devoir commenter la perte qu�a subie la Chambre depuis notre dernière rencontre, dans les personnes de deux de nos plus précieux et plus anciens sénateurs. Je suis sûr que cette Chambre se joindra à moi dans l�expression de la plus grande sympathie pour leurs amis et leur famille pour leur perte, particulièrement dans le cas de l�un de ces honorables sénateurs, je peux certainement le dire, dont la carrière a été prématurément interrompue. Nous l�avons vu ici, jouissant apparemment de la meilleure des santés et d�une grande énergie et nous l�avons perdu au bout d�une maladie relativement brève. Inutile, je sais, d�en dire plus sur le sujet. Il nous suffit d�exprimer l�immense regret que nous avons tous ressenti devant la perte qu�a été pour nous le décès de ces deux messieurs. La proposition est approuvée. La séance du Sénat est levée à 18 h. Retour au haut de la page Source : Canada. Parlement. Sénat. Débats du Sénat du Canada. 7e Législature, 2ème Assemblée (25 février 1892-9 juillet 1892). Ottawa : Holland Bros., 1892. Pages 42-47. |