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Allocution prononcée devant le Sénat du Canada, le 1er mars 1892


Hon. M. ABBOTT: C´┐Żest selon l´┐Żhabitude dans le débat sur le discours que les honorables messieurs expriment leur avis et que, généralement, le président de la Chambre fait les remarques de clôture. Si aucun honorable député ne désire rien ajouter sur le sujet du discours, j´┐Żaimerais faire quelques commentaires de manière très superficielle en vue de clore le débat. Je crois que je devrais me rallier à l´┐Żavis de mes honorables confrères de l´┐ŻOpposition, et j´┐Żai pour cela d´┐Żexcellentes raisons, pour les compliments qu´┐Żils ont faits aux nouveaux députés relativement à la compétence dont ils ont fait preuve en proposant et en appuyant le discours. Je crois qu´┐Żoutre ce que nous savions d´┐Żeux auparavant, nous pouvons à juste titre conclure des efforts qu´┐Żils ont déployés dans cette affaire des plus difficiles, d´┐Żautant plus qu´┐Żelle n´┐Żest pas très intéressante pour eux, j´┐Żen suis sûr, qu´┐Żils seront de précieux collaborateurs de cette Chambre; je tiens à ajouter mes compliments à ceux de mes honorables confrères de l´┐ŻOpposition sur la manière dont ils se sont acquittés de leur tâche. Il me semble que je dois quelques mots de reconnaissance, aussi, au chef de l´┐ŻOpposition pour la courtoisie et la générosité avec lesquelles il s´┐Żest acquitté de ses fonctions habituelles de critiquer le discours. J´┐Żai trouvé ce qu´┐Żil a dit absolument exempt de rudesse ou de rancoeur, mais en fait tout le contraire, et je suis heureux de constater que nous pouvons tenir nos discussions sans colère et sans blesser les autres d´┐Żaucune façon. La critique de mon honorable confrère relativement au discours était en même temps tranchante, dans une certaine mesure, sur plusieurs points; c´┐Żest sur ces points que je me propose de dire quelques mots. Je dois admettre, comme je l´┐Żai déjà dit, que cette critique était amicale et franche et, nonobstant une certaine partie de sa substance, je n´┐Żai rien à y redire. Mon honorable confrère s´┐Żest lancé dans cette critique en se rapportant à l´┐Żallocution de l´┐Żhonorable monsieur qui a appuyé le discours, sur le sujet des droits perçus sur le porc et le boeuf et autres produits naturels du pays, et mon honorable confrère a semblé trouver à redire à ces droits. Je dirai seulement que cette position me semble incompatible avec les affirmations qu´┐Żont déjà pu nous faire les honorables messieurs de l´┐ŻOpposition, que les cultivateurs sont négligés, que les cultivateurs ne sont pas protégés, qu´┐Żils n´┐Żont aucun avantage, que toute la protection allait aux manufacturiers. Maintenant, il semble d´┐Żaprès ce qu´┐Ża dit mon honorable confrère dans sa critique de l´┐Żallocution du commotionnaire qu´┐Żil souhaite opprimer encore plus les cultivateurs, leur enlever la protection que le gouvernement leur a si prudemment offerte de temps en temps ces dernières années, chaque fois que cela a semblé approprié, et de telle manière à ne pas augmenter de façon importante le coût de la vie. Je me risquerai à signaler à mon honorable confrère que l´┐ŻOpposition manque quelque peu de cohérence en ce qui concerne son opinion sur le traitement des cultivateurs, que l´┐Żhonorable monsieur et ses amis ont défendu avec tant de conviction à toutes les occasions possibles, pertinentes ou non, allant même jusqu´┐Żà faire des affirmations selon lesquelles nous opposions le cultivateur au manufacturier, que nous opposions une classe de notre population à une autre. Il est arrivé, lorsque nous en avons eu l´┐Żoccasion, que nous protégions nos cultivateurs sur des points pour lesquels ils apprécient notre protection. J´┐Żose dire que la politique du gouvernement, qui consiste à n´┐Żattribuer qu´┐Żune protection modérée aux produits de la ferme, lorsque cela peut être avantageux, est une politique qu´┐Żapprouvent généralement les gens du pays. Mon honorable confrère dit ensuite, tout en admettant que le pays est prospère dans un sens, que ce n´┐Żest pas à nous que le pays doit cette prospérité, que nous n´┐Żavons aucun orgueil à tirer d´┐Żelle. C´┐Żest là la vieille théorie de la mouche sur la roue, que nous ne pouvons rien faire pour la prospérité du pays, ni rien faire pour l´┐Żempêcher d´┐Żêtre prospère. J´┐Żose avancer que le gouvernement a quelque chose à voir avec l´┐Żénorme productivité du Nord-Ouest, dont mon honorable confrère a parlé pour dire que nous n´┐Żavons aucun orgueil à en tirer. Où serait la productivité du Nord-Ouest s´┐Żil n´┐Ży avait pas le Chemin de fer du Pacifique? Combien de millions de boisseaux, combien de milliers de boisseaux, ou combien de boisseaux auraient été produits dans le Nord-Ouest ou exportés du Nord-Ouest cette saison-ci si ça n´┐Żavait été de la persévérance du présent gouvernement à vouloir construire le Chemin de fer du Pacifique?

L´┐Żhon. M. PERLEY: Environ 2 boisseaux et demi.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Je crains que mon honorable confrère exagère en disant cela. Je doute qu´┐Żun seul boisseau aurait pu être exporté.

L´┐Żhon. M. POWER: Les deux partis ont appuyé la construction du chemin de fer.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Mon honorable confrère dit que les deux partis ont appuyé la construction du chemin de fer. C´┐Żest sûrement vrai, mais je dois dire aussi que le parti de mon honorable confrère s´┐Żest soustrait à cette obligation, nous a parlé de cours d´┐Żeau et autres choses du même genre, et que de tous les efforts déployés pendant les quatre ou cinq années qu´┐Żil a été au pouvoir, très peu de ses activités, il me semble, ont favorisé la construction d´┐Żun chemin de fer dans le Nord-Ouest; et quelles qu´┐Żaient été les intentions de ces honorables messieurs  -  et je ne doute pas qu´┐Żils aient souhaité que soit établie la communication ferroviaire avec le Nord-Ouest, bien qu´┐Żils n´┐Żaient pas eu le courage ou la force d´┐Żen prendre les moyens  -  ils le souhaitaient néanmoins. Pourtant, quelles qu´┐Żaient été leurs intentions, on sait ce que valent des intentions et elles n´┐Żauront pas été bien utiles au Nord-Ouest. J´┐Żinsiste, par conséquent, et ce faisant, je m´┐Żinscris en faux contre mon honorable confrère, que le présent gouvernement a joué un rôle dans l´┐Żénorme production du Nord-Ouest et dans la grande prospérité du pays, puisque cette prospérité a été soutenue par l´┐Żamélioration de nos moyens de transport. Les remarques qu´┐Ża faites mon honorable confrère sur notre position relativement à la mer de Béring étaient quelque peu légères, bien qu´┐Żil me semble que ses propos se voulaient plus substantiels sur la question. Il a dit accueillir avec plaisir le changement de ton du présent gouvernement en ce qui a trait à la mer de Béring et était tenté de taquiner le gouvernement pour avoir durci le ton à ce sujet. J´┐Żaimerais que mon honorable confrère comprenne, et j´┐Żessaierai de l´┐Żen convaincre, que ce gouvernement n´┐Ża pas le moindrement changé d´┐Żavis en ce qui concerne la mer de Béring. C´┐Żétait certainement un lapsus de sa part lorsqu´┐Żil a dit que nous voulions obtenir juridiction sur la mer de Béring. Mon honorable confrère ne voulait sûrement pas donner cette impression, j´┐Żen suis sûr. Nous n´┐Żavons jamais voulu avoir juridiction sur la mer de Béring.

L´┐Żhon. M. SCOTT: Ce que j´┐Żai dit est que le gouvernement conteste la souveraineté des États-Unis sur la mer de Béring.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Nous avons effectivement contesté la souveraineté des États-Unis sur la mer de Béring et nous la contestons encore; la question de la souveraineté sur la mer de Béring ne sera pas soumise à l´┐Żarbitrage international. M. Blaine a formellement, il y a peu, abandonné toute prétention à la juridiction exclusive sur la mer de Béring. Ce qui est revendiqué et qu´┐Ża demandé le gouvernement américain est que les phoques qui fréquentent les îles de la mer de Béring appartenant aux Américains fréquentent cette mer aux fins de reproduction et le gouvernement des États-Unis défend quelque droit acquis sur ces animaux puisque ceux-ci utilisent ses îles aux fins de reproduction; ils ont d´┐Żautres revendications que je m´┐Żaventurerai, sans vouloir vexer quiconque, à qualifier de quelque peu plus louches. Cependant, la véritable revendication  -  la prétention substantielle des États-Unis s´┐Żest atténuée à ce point, est qu´┐Żils cherchent à protéger les phoques contre l´┐Żextinction. Il est possible que certaines mesures seraient appropriées et devraient être prises pour prévenir l´┐Żextinction complète de l´┐Żespèce. C´┐Żest d´┐Żailleurs là l´┐Żun des sujets que les commissaires désignés par les deux gouvernements discutent à Washington, et dont devront à un moment donné traiter les arbitres. Par conséquent, nous sommes aujourd´┐Żhui au même point que nous étions auparavant. La controverse est née de la saisie de nos navires en haute mer par les autorités américaines. Nous avons contesté cela et, finalement, sur un ton si ferme que la question a été abandonnée et qu´┐Żont commencé les négociations pour cet arbitrage. Elles ont été très fastidieuses  -  je ne sais pas si elles auraient pu être écourtées. Je peux dire que tout au long de ces négociations, nous avons été traités avec la plus haute considération et la plus grande courtoisie par le gouvernement hôte. Nous avons été tenus au courant de l´┐Żavancement de chaque étape  -  on nous a demandé notre opinion et nos conseils sur la plupart, sinon sur tous les points qui ont été soulevés et, bien que ces opinions et conseils n´┐Żaient peut-être pas toujours été écoutés, je crois, comme je viens de le dire, que nous avons été traités avec beaucoup d´┐Żégards et de courtoisie par le gouvernement hôte et que, dans la suite naturelle des événements, au cours desquels ni nous, ni le gouvernement britannique n´┐Żavons modifié notre point de vue d´┐Żun iota, il existe une solution qui, j´┐Żen suis persuadé, saura être satisfaisante et, je l´┐Żespère, ne se fera pas trop attendre. Je ne fais que suivre le cours des idées exprimées par mon honorable confrère et je compte les aborder dans le même esprit avec lequel elles ont été discutées. La mission à Washington, dont mon honorable confrère a parlé, n´┐Ża pas d´┐Żaprès lui été prolifique en résultats. Eh bien, les conclusions de ces négociations seront exposées sous peu devant cette Chambre et, honorables messieurs, nous saurons exactement ce qui s´┐Żest passé là. Nous avons eu une discussion cordiale avec le gouvernement des États-Unis relativement à bon nombre de questions sur lesquelles nous avons souvent été opposés à eux ou n´┐Żétions pas tout à fait d´┐Żaccord avec eux, et nous avons réussi a régler certaines d´┐Żentre elles. Mon honorable confrère dit que nous n´┐Żavions nul besoin d´┐Żaller là pour régler la question de la frontière de l´┐ŻAlaska  -  que la frontière est clairement délimitée dans le traité et que le seul problème est le coût de l´┐Żarpentage. Si mon honorable confrère devait diriger les dispositions à prendre visant la délimitation de la frontière, il aurait une opinion tout à fait différente sur le sujet. Les participants à la conclusion de ce traité connaissaient en fait très peu l´┐ŻAlaska. Ils décrivent la frontière, qui doit être tracée de la pointe d´┐Żune île, longer la Passe Portland jusqu´┐Żà son extrémité, au coeur des montagnes et, je crois, de là à un parallèle de latitude; la ligne suit ensuite une chaîne de montagnes, à une distance n´┐Żexcédant pas dix lieues de la mer, jusqu´┐Żà ce qu´┐Żelle atteigne un autre parallèle de latitude, ce qui constitue la frontière nord. Maintenant, au lieu d´┐Żaller vers le nord, comme l´┐Żavaient supposé les auteurs du traité, la Passe Portland est en fait orientée au nord-est. Il y a deux passages, divisés par une grande île assez importante; la première question est la suivante : lequel de ces deux passages est-ce que la ligne suit? Le nord ou le sud? C´┐Żest la première difficulté, pour laquelle le traité n´┐Żoffre aucune solution.

L´┐Żhon. M. SCOTT: D´┐Żaprès le traité, «la ligne monte la Passe Portland».

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Les gens qui ont fait ce traité ne savaient pas qu´┐Żil y avait en fait deux passages, divisés par une île; la détermination de celui de ces deux passages qui constituera la frontière est la première difficulté, en ce qui concerne la définition de la frontière. À l´┐Żextrémité de ce chenal, la ligne suit une chaîne de montagnes à dix lieues marines tout au plus de l´┐Żocéan. Pour atteindre cette chaîne, la ligne recule vers l´┐Żouest sur une distance considérable. Il semblerait, lorsque cette ligne est tracée sur une carte géographique, qu´┐Żelle peut très peu correspondre aux intentions des auteurs du traité. On peut comprendre qu´┐Żils croyaient que la passe Portland allait vers le nord jusqu´┐Żà un point se trouvant à une distance de dix lieues de la mer et qu´┐Żils souhaitaient conserver la même distance depuis l´┐Żocéan jusqu´┐Żà la frontière nord; mais il semble impossible de se conformer littéralement à une telle description. C´┐Żest là la deuxième difficulté rencontrée. Et puis il n´┐Żexiste pas de chaîne de montagnes parfaitement continue longeant l´┐Żocéan. Troisième difficulté. Et puis on se pose la question suivante : où est l´┐Żocéan? Nous arrivons à la plus grande des difficultés. Qu´┐Żest-ce qui peut être considéré comme la côte, point de départ du calcul des dix lieues? La côte de cette partie de l´┐ŻAlaska est l´┐Żune des plus extraordinaires qui soient. Il y a plein de chenaux tout le long de la côte, ponctués d´┐Żîles, et ce genre de littoral s´┐Żétend sur une distance considérable vers l´┐Żocéan. Nos amis de l´┐Żautre côté, qui ne manquent jamais de revendiquer tout ce qu´┐Żil est possible d´┐Żobtenir, prétendent que le bout de celui de ces passages s´┐Żenfonçant le plus dans les terres constitue la limite de l´┐Żocéan et que la frontière doit être tracée à une distance de dix lieues en reliant les bouts de chaque chenal, ce qui fait qu´┐Żelle se trouve parfois, dans les montagnes, à 30 ou 40 lieues de l´┐Żocéan. Arpenter un tel tracé et en faire le plan coûterait très certainement l´┐Żénorme somme qu´┐Ża indiquée mon honorable confrère et qui est en principe le coût estimatif de la délimitation. Je ne connais pas de litige, entre les États-Unis et nous-mêmes, qui présente le dixième de la difficulté que pourra constituer la délimitation de la frontière de l´┐ŻAlaska. Il me semble que nos droits sont clairs, et quand vient le moment de les affirmer, nous devons indubitablement nous employer à l´┐Żemporter sur nos opposants, mais y parvenir sans difficulté, comme le dit mon honorable confrère, est tout simplement absolument impossible, comme nous avons pu le constater dans le cadre du règlement d´┐Żautres questions de même nature avec les États-Unis qui ne présentaient pas un dixième de la complexité de celle-ci. Il y a eu les principales critiques, je crois, dont a parlé mon honorable confrère dans son intervention sur le discours, relativement aux sujets dont je viens de traiter. Mon honorable confrère a quelque peu digressé vers le sujet de la politique et a parlé de la promesse formulée dans l´┐Żallocution qu´┐Żil devra y avoir un projet de loi relatif à la redistribution des sièges. Il a aussi exprimé l´┐Żespoir que ce projet de loi sera plus équitable que le précédent. Je ne sais pas quel était le dernier  -  celui de M. Mowat ou celui du présent gouvernement. Je sais que j´┐Żai reçu hier une lettre d´┐Żun politicien distingué de l´┐ŻOntario, dans laquelle il déclare que les intentions de ces deux lois lui semblaient les mêmes, mais que celle que proposait M. Mowat était, scientifiquement, parfaite pour réaliser cette intention. J´┐Żignore donc si mon honorable confrère voulait dire que notre projet de loi devrait être plus équitable que celui de M. Mowat ou que celui de Sir John Macdonald.

L´┐Żhon. M. SCOTT: Nous ne traitons pas ici de politique locale.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Eh bien, la politique, malheureusement, ou heureusement peut-être, est plus ou moins locale et aussi générale et nous savons que les deux partis adhèrent aux mêmes principes dans les deux législatures. Lorsque nous parlons des Libéraux et des Conservateurs, nous désignons probablement les gens défendant les mêmes idées que le Parti libéral et que le Parti conservateur, non seulement en ce Parlement mais aussi au sein des corps législatifs locaux. Si j´┐Żassume que mon honorable confrère parlait du projet de loi de M. Mowat, je me risquerai à affirmer que le projet de loi visant la redistribution sera plus équitable et n´┐Żaura plus besoin d´┐Żêtre soutenu scientifiquement, car je crois pouvoir dire qu´┐Żil sera de nature extrêmement simple. De plus, avant de finir, mon honorable confrère s´┐Żest quelque peu consolé des insignes désagréments que lui et ses amis ont pu subir depuis un mois ou deux. Il a énoncé un grand nombre de raisons pour lesquelles les élections devraient être défavorables au Parti libéral. Il croit que les listes électorales peuvent avoir été manipulées à Ottawa, et il croit que les juges se sont rendus coupables de cette manipulation.

L´┐Żhon. M. SCOTT: Ce n´┐Żest pas ce que j´┐Żai dit.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Je crois que ce qu´┐Ża dit l´┐Żhonorable monsieur est que les réviseurs étaient tous des agents du gouvernement fédéral et que l´┐Żon pourrait présumer que ces messieurs n´┐Żont pas négligé les intérêts du gouvernement en établissant les listes. Et comme l´┐Żimpression des listes était assumée par le gouvernement fédéral, on pourrait aussi présumer que les imprimeurs pouvaient y ajouter des noms qui permettraient de donner un nombre suffisamment élevé de votes en faveur du Parti conservateur. Je ne crois pas que je doive m´┐Żattarder sur ces deux objections parce qu´┐Żil ne me semble pas que mon honorable confrère pourrait les faire avec sérieux. Les réviseurs sont, en grande partie, des juges de comté et, dans presque tous les cas et j´┐Żirais même jusqu´┐Żà dire dans tous les cas mais je n´┐Żen suis pas absolument sûr, ce sont des hommes ayant de bonnes situations, des hommes exerçant notre propre profession, qui ont la singulière particularité de pouvoir oublier tout préjugé lorsqu´┐Żils assument une fonction juridique.

Ça a été l´┐Żopinion universellement exprimée, non seulement par des avocats, mais aussi par le public, et je ne crois pas que mon honorable confrère la contredira; je ne crois donc pas que ses insinuations pouvaient être sérieuses. L´┐Żintégralité de la critique a été formulée avec humour et je crois qu´┐Żil plaisantait en faisant ces remarques et qu´┐Żil n´┐Żaccusait pas réellement les réviseurs du gouvernement fédéral de manipuler les listes dans le but de favoriser le gouvernement. Je ne crois pas moi-même qu´┐Żils aient pu le faire et je ne crois pas que le pays le croie et c´┐Żest avec une ferme assurance que je fais cette affirmation. Il a cependant dit que nous tenions les élections quand cela nous plaisait; que nous désignons les directeurs du scrutin et il se plaint que nous n´┐Żayons pas tenu toutes les élections partielles en une seule journée. Il me semble que, peut-être, mon honorable confrère pourra constater que les directeurs du scrutin sont, dans l´┐Żensemble, les mêmes qui ont occupé les mêmes fonctions à des élections générales antérieures. S´┐Żils s´┐Żétaient rendus coupables de quelque acte irrégulier, beaucoup d´┐Żyeux sont fixés sur eux et nous en aurions certainement eu vent. Je crois qu´┐Żon ne peut, sans aucune forme de preuve ou toute autre information probante, accuser aucun des directeurs du scrutin d´┐Żavoir de quelque façon que ce soit abusé de sa fonction. Je ne parle pas des articles édités dans nos documents d´┐Żun parti quelconque après une défaite électorale. C´┐Żest un peu comme les 24 heures que l´┐Żon accorde, dans le Bas-Canada, aux clients qui perdent leur cause, pour s´┐Żen prendre à leurs juges. Je ne donne pas plus de poids à ces insinuations qu´┐Żaux objurgations de ces malheureux clients. Au-delà de cela je dirai, sans craindre de me contredire, que les directeurs du scrutin, en tant que classe, se sont remarquablement abstenus de toute inconduite et inconvenance et certainement de toute accusation formelle de telles manipulations, et je ne peux en cet instant me rappeler aucune personne, ces dernières années, qui ait été trouvée coupable d´┐Żune irrégularité sérieuse dans l´┐Żexercice de ses fonctions. En ce qui concerne la tenue des élections le même jour, je ne comprends pas moi-même pourquoi cette règle a été adoptée. Je ne vois aucune bonne raison à cela, autre que la crainte de la discussion. S´┐Żil existe au pays un parti qui craint les débats sur des sujets d´┐Żordre public, je peux comprendre que ce parti souhaite tenir le même jour toutes les élections afin que les hommes qui doivent expliquer leur position sur certains sujets, dans les affaires publiques, soient si mandés de tous les côtés qu´┐Żils n´┐Żaient aucune chance d´┐Żexpliquer cette position au peuple ou de le renseigner sur elle. À part cela, l´┐Żidée de tenir les élections en une seule journée a été bien accueillie dans le pays et a été adoptée dans le cas des élections générales. Dans ce cas-ci, cependant, il était impossible d´┐Żavoir les élections en un seul jour à moins que nous ayons tout reporté après la mi-février, soit tout près de l´┐Żépoque où s´┐Żest réunie la Chambre parce que, ces honorables messieurs s´┐Żen souviendront, le 31 décembre était la date limite à laquelle les réviseurs devaient remettre leurs listes. Bien que telle soit la règle, un grand nombre d´┐Żentre eux n´┐Żont envoyé leurs listes que bien après cette date. Après que ces listes ont été reçues, elles doivent être préparées pour l´┐Żimpression et nous renvoyons généralement les épreuves aux réviseurs aux fins de correction et de comparaison avec les doubles ou les aide-mémoire qu´┐Żils détiennent.

L´┐Żhon. M. MILLER: C´┐Żest la loi.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Je ne suis pas sûr qu´┐Żils sont obligés par la loi d´┐Żenvoyer les listes aux réviseurs aux fins de correction d´┐Żépreuve, mais ils le font.

L´┐Żhon. M. MILLER: Oui, et pour qu´┐Żils les signent.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Alors pour commencer, les listes n´┐Żont été reçues qu´┐Żaprès la date à laquelle elles auraient dû arriver et ensuite, lorsque les épreuves ont été envoyées aux réviseurs, ceux-ci ne les ont pas réexpédiées avec la promptitude souhaitée. Dans certains cas, les réviseurs ont recouru aux deux partis de leur circonscription pour la correction des épreuves. D´┐Żautres ont eux-mêmes minutieusement comparé les listes avec leurs aide-mémoire, toutes ces précautions visant à prévenir ce que mon honorable confrère dit en plaisantant qui pourrait avoir eu lieu relativement aux listes alors qu´┐Żelles se trouvaient entre les mains des réviseurs. La conséquence de tout ceci est que les listes sont arrivées à des intervalles d´┐Żune ou deux journées jusqu´┐Żenviron au 15 février lorsqu´┐Żest arrivé, je crois la dernière d´┐Żentre elles. Il aurait donc été impossible, si nous avions décidé de tenir les élections en un seul jour, de le faire avant la date que j´┐Żai indiquée parce qu´┐Żen vertu de la loi, un préavis doit être donné avant les nominations puis un intervalle doit s´┐Żécouler avant le vote. À une occasion, nous avons tenu sept élections en une seule journée parce que sept listes étaient prêtes. Les listes étaient prêtes et les élections ont par conséquent eu lieu.

Mon honorable confrère remarquera que, dans certains cas, il y a eu appel. Pour quelques-uns d´┐Żentre eux, un jugement n´┐Ża été rendu que tard pendant les vacances, et les mandats n´┐Żont pu être émis qu´┐Żaprès que l´┐Żavis de jugement eut été émis. Toutes ces circonstances ont fait qu´┐Żil a été absolument impossible d´┐Żobserver le concept de tenue des élections en un seul jour.

L´┐Żhon. M. POWER: Je ne doute pas que le gouvernement, ne pouvant gérer la situation, a été très perturbé et en détresse.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Je dois avouer que, personnellement, je n´┐Żai pas été très perturbé parce que d´┐Żaprès moi, plus on débat un sujet sur lequel j´┐Żai raison, plus j´┐Żai de chance d´┐Żobtenir l´┐Żappui du peuple.

L´┐Żhon. M. POWER: L´┐Żhonorable monsieur aurait donc dû attendre et permettre la tenue d´┐Żun débat exhaustif jusqu´┐Żà ce que la dernière des listes soit prête. Nous aurions ainsi eu un débat exhaustif et aurions pu avoir, par la suite, des élections équitables.

L´┐Żhon. M. ABBOTT: Le débat a été exhaustif tel qu´┐Żil a été. Nous avons eu les débats les plus exhaustifs qui soient dans chaque comté où il y a eu élection et y ont participé un nombre amplement suffisant de messieurs des deux allégeances connaissant à fond les affaires publiques qui ont rendu visite aux comtés avant la tenue des élections aux fins de discussion sur ces questions, et je crois qu´┐Żun débat exhaustif s´┐Żest poursuivi tandis qu´┐Żun certain intérêt était manifesté dans le comté, conséquence de l´┐Żimminence des élections, qu´┐Żil tendait plus que les tièdes discussions habituelles qui ont eu lieu pendant assez longtemps, à informer les électeurs des enjeux réels auxquels faisait face le pays et à donner les résultats favorables produits, dont nous n´┐Żavons qu´┐Żà nous féliciter, que le système que propose mon honorable confrère d´┐Żadopter. Je regrette sincèrement de devoir commenter la perte qu´┐Ża subie la Chambre depuis notre dernière rencontre, dans les personnes de deux de nos plus précieux et plus anciens sénateurs. Je suis sûr que cette Chambre se joindra à moi dans l´┐Żexpression de la plus grande sympathie pour leurs amis et leur famille pour leur perte, particulièrement dans le cas de l´┐Żun de ces honorables sénateurs, je peux certainement le dire, dont la carrière a été prématurément interrompue. Nous l´┐Żavons vu ici, jouissant apparemment de la meilleure des santés et d´┐Żune grande énergie et nous l´┐Żavons perdu au bout d´┐Żune maladie relativement brève. Inutile, je sais, d´┐Żen dire plus sur le sujet. Il nous suffit d´┐Żexprimer l´┐Żimmense regret que nous avons tous ressenti devant la perte qu´┐Ża été pour nous le décès de ces deux messieurs.

La proposition est approuvée.

La séance du Sénat est levée à 18 h.


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Source : Canada. Parlement. Sénat. Débats du Sénat du Canada. 7e Législature, 2ème Assemblée (25 février 1892-9 juillet 1892). Ottawa : Holland Bros., 1892. Pages 42-47.


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