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Notes pour une allocution à l'occasion des Cérémonies d'ouverture du Sommet de la Francophonie, Cotonou, Bénin, Le 2 décembre 1995


Monsieur le Président de la République béninoise,
Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un immense honneur et un plaisir de participer en Afrique à mon premier Sommet de la Francophonie en qualité de Premier ministre du Canada.

Monsieur le Président Soglo, permettez-moi de remercier votre peuple et votre gouvernement pour leur chaleureux accueil. Nous savons qu'aucun effort n'a été ménagé pour faire honneur à la riche tradition d'hospitalité de votre pays.

Au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, je vous en remercie.

Je voudrais également vous dire toute l'importance que mon gouvernement attache à la Francophonie, à son développement et à son renforcement. Il existe au Canada un consensus plus large que jamais, sur l'importance d'une action soutenue et dynamique de notre pays au sein de la Francophonie.

Vous connaissez bien la vitalité des francophones du Canada. Vous connaissez l'acharnement que nous mettons à préserver notre langue et notre culture sur un continent ou une personne seulement sur 40 parle le français.

La force et la vigueur de la participation canadienne au développement de la Francophonie dépendent aussi de l'action interne de nos gouvernements. Et je suis fier à ce titre d'avoir été membre du gouvernement qui a donné au français, il y a déjà longtemps, son statut de langue officielle à l'échelle de tout le Canada, en ce qui concerne les institutions fédérales.

Aujourd'hui, plus que jamais dans l'histoire de notre pays, un nombre grandissant de Canadiens le parlent, qu'il s'agisse de leur langue maternelle ou non.

Pendant l'année scolaire en cours, 305 000 élèves non francophones participent à des cours d'immersion en français -- un chiffre record -- et plus de 2 millions d'autres étudient le français comme langue seconde.

Dix années seulement se sont écoulées depuis le premier Sommet de la Francophonie et on peut dire que chacun des Sommets suivants a su répondre avec réalisme aux enjeux du moment. Le Sommet de Paris en 1986 a matérialisé le rêve, en créant avec imagination les premières fondations de la francophonie politique. Celui de Québec en 1987, a donné lieu à un effort marqué de solidarité avec le Sud.

En 1989, le Sommet de Dakar a procédé à un premier véritable élargissement des thèmes abordés, comme par exemple les inégalités économiques et sociales et la protection de l'environnement.

Deux ans plus tard à Paris les thèmes de la démocratie, des droits de la personne et de la bonne gouvernance, jusque là abordés avec une certaine timidité, ont occupé une place centrale.

Quant au Sommet de l'Île Maurice il y a à peine deux ans, il aura été celui de l'appui de la Francophonie à l'exception culturelle ­ un concept étendu au GATT après sa reconnaissance dans les accords de libre échange nord-américains à l'initiative du Canada. Rappelons aussi que le thème central du Sommet de l'Île Maurice était "L'unité dans la diversité", une notion qui se voulait garante du respect des minorités.

Monsieur le Président, on le voit, patiemment, de Sommet en Sommet, la Francophonie élargit sa vision du monde et de sa propre Communauté, tout en se donnant à chaque fois une cohérence accrue et une action de plus en plus pertinente.

J'entrevois l'avenir avec optimisme parce que j'ai la conviction que, forts de ces acquis précieux, nous saurons continuer à progresser pour assurer la croissance et la vigueur de la Francophonie. Tout comme nous avons su répondre aux exigences des années passées, nous saurons trouver aujourd'hui les réponses aux défis à venir.

Dans l'immédiat, trois de ces défis m'apparaissent interpeler, de façon particulièrement pressante, tant la Communauté internationale que celle qui nous rassemble ici à Cotonou.

Le premier correspond à la nécessité urgente de procéder à la réforme des systèmes et institutions multilatérales internationales. Il y va de la stabilité économique, et donc politique, de la planète entière. J'ai eu l'occasion en tant que Président du Sommet du G-7 à Halifax en juin dernier, d'animer un débat approfondi et sérieux sur cette question.

Le Président Chirac prendra bientôt la relève en vue du Sommet de Lyon dans quelques mois. Je me suis entendu avec lui à Halifax pour souligner qu'il est impératif que cette réforme comprenne aussi une revue des institutions responsables de l'aide internationale.

Nous avons tous intérêt, quelque soit notre situation économique et financière, à travailler à la mise en place du plus large consensus possible sur ces questions. Il y a là une occasion de rôle original pour notre Sommet. Nous discuterons de ce thème et j'ose espérer que nous pourrons, à notre mesure, contribuer à avancer vers ce consensus qui pourra seul assurer le succès de cette difficile entreprise.

Nous sommes également préoccupés par la réforme de l'Organisation des Nations unies qui est en crise. Comme vous le savez tous, après 50 ans d'existence, sa modernisation est maintenant pressante.

La crise financière profonde qu'elle traverse est devenu son problème le plus urgent. Il est plus que temps que les pays membres qui ne paient pas leur cotisation régularisent leur situation. J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'en discuter la semaine dernière avec le Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali.

Une certaine décentralisation des agences de l'ONU représente une des avenues de solution à ces problèmes. Le Canada est d'ailleurs prêt à accueillir l'une d'entre elles et à faire tout le nécessaire pour que cette opération soit un succès.

Notre deuxième défi a trait à une autre impérieuse nécessité: celle pour la Francophonie de faire entendre davantage sa voix et de faire sentir sa présence face à un environnement international où l'on assiste à la multiplication des conflits régionaux et nationaux.

Les événements tragiques qui ont secoué certains pays de notre Communauté depuis le Sommet de l'Île Maurice, il y a deux ans, interpellent la Francophonie et la mettent en demeure d'accentuer son action politique dans le monde et plus particulièrement auprès de ses États membres.

Je pense que la Francophonie peut jouer un rôle plus actif dans la prévention des crises et des conflits qui touchent ses États membres. Et il est temps, je crois, qu'elle se penche plus activement sur les moyens à déployer pour jouer un rôle utile en la matière.

Le Canada a pris l'initiative d'organiser en septembre dernier, à Ottawa, une réunion de hauts fonctionnaires et de spécialistes en diplomatie préventive des pays membres de la Francophonie, en vue de définir une approche commune. Dans la foulée de cette rencontre, mon pays a présenté cet automne aux Nations unies les résultats d'une étude canadienne sur la mise en place, au sein de l'ONU, d'une capacité de réaction rapide.

Je serais heureux de partager avec vous la réflexion canadienne sur ces questions, dans l'espoir de dégager ensemble un consensus. Je demeure persuadé que si nous arrivions à une base d'accord au cours de ce Sommet, nous pourrons jouer un rôle plus efficace pour promouvoir la paix et la sécurité, comme nous y a invité le Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali dans son "Agenda pour la paix".

Le tout se ferait bien entendu en complémentarité du travail des organisations déjà existantes telles l'ONU et l'OUA par exemple.

Monsieur le Président, pour prévenir les conflits qui frappent des populations civiles innocentes de nos États membres, je crois que nous pouvons faire beaucoup. En effet, la Francophonie se doit de continuer à s'investir dans les grandes questions sociales et économiques de notre temps.

Elle doit promouvoir l'ouverture des marchés, développer le secteur privé, alléger le fardeau de la dette des plus pauvres et appliquer des politiques novatrices en matière de promotion des femmes et des jeunes.

Monsieur le Président, le troisième et dernier défi de la Francophonie que je voudrais aborder ici transcende les deux premiers. Ceux-ci ne doivent en effet pas être traités de manière isolée, c'est-à-dire hors du cadre des grands objectifs essentiels à la survie de notre Communauté en tant que telle.

Je me réfère à la consolidation, à l'épanouissement, et au rayonnement de cette langue "que nous avons en partage". Et à travers elle à la promotion des grandes valeurs d'humanisme et de solidarité qu'elle véhicule.

Concrètement, il s'agit pour la Francophonie de mieux se servir à ces fins d'outils qu'elle s'est déjà donnés. Comme notre télévision internationale, TV-5, qui projette partout l'image d'une Francophonie vivante et dynamique aux multiples visages. Comme l'Agence de coopération culturelle et technique, notre unique organisation de solidarité intergouvernementale dont nous fêtons les 25 ans, et qui nous propose une programmation plus solide et plus dense que jamais. Tout cela sans parler de nos instruments de coopération universitaire qui, en stimulant notre imagination et notre capacité d'innovation, ouvrent à notre communauté des horizons de modernité immédiate.

II nous faut rendre vraiment planétaire la diffusion de TV-5 et mieux s'en servir pour soutenir et répandre la langue française.

II nous faut apporter davantage d'attention à l'éducation de base et à l'enseignement technique et professionnel, et utiliser le mieux possible les méthodes de plus en plus efficaces d'éducation a distance.

II est évident qu'il nous faut également promouvoir, par des moyens modernes et adaptés, nos industries culturelles de langue française.

Voilà autant d'activités directement reliées à la consolidation de ce qui forme le tissu premier de la Francophonie. Au delà de ce que nous faisons déjà, le Canada proposera au cours de ce Sommet des idées et initiatives nouvelles visant à faire avancer les actions déjà bien amorcées dans chacun de ces domaines.

La langue française est un véhicule avec lequel de nombreux peuples, les nôtres, ont tracé le chemin de leur histoire. À l'heure de la mondialisation, ce chemin est devenu une autoroute, celle de l'information.

Une autoroute qui doit s'imbriquer dans un réseau routier extrêmement complexe, où cette langue que nous partageons doit faire sa place pour ne pas être marginalisée . La Francophonie doit prendre l'offensive.

L'expansion phénoménale des technologies informatisées des communications transforme littéralement les frontières physiques et géographiques de nos pays en frontières virtuelles. Le mot frontière lui-même devient caduque à partir du moment où il ne représente plus une ligne arrêtée dans le sable. La ligne bouge toujours à la recherche d'un nouveau mot pour la définir.

Monsieur le Président, je souhaite que l'on se souvienne du Sommet de Cotonou comme celui où la Francophonie aura affirmé sa détermination de prendre résolument l'autoroute de l'information.

Celui où, en conjugant nos efforts, nous aurons entrepris vraiment d'en faire bénéficier tous nos pays. Celui où nous aurons choisi de ne pas rater cette occasion unique pour nous rapprocher et nous enrichir les uns les autres en Francophonie.

Mais celui aussi où, par la même occasion, nous aurons multiplié notre potentiel d'interaction avec le reste de la planète en nous donnant meilleur accès à ce que d'autres peuvent avoir à nous offrir, et en leur offrant en retour ce que nous avons de mieux.

Ce faisant, nous nous doterons d'abord d'un moyen collectif pour faire ensemble un formidable saut dans la modernité. Puis nous rendrons service à tous ceux qui, comme nous, en s'affirmant, veulent préserver leurs propres spécifités culturelles.

Monsieur le Président, ces défis sont certes de taille. La tâche qui nous attend peut paraître énorme. Je crois néanmoins fermement que la Francophonie peut se donner les moyens de l'accomplir, pour le plus grand bénéfice des citoyens de tous nos pays.

Je me réjouis d'ailleurs que ce Sommet soit appelé à enfin entériner une idée chère au Canada: la nomination par le prochain Sommet d'un Secrétaire général de toute la Francophonie, dans le cadre de la Convention de Niamey et sur la base de la Charte de l'Agence de coopération culturelle et technique.

Forte d'une légimité interne incontestée et je l'espère d'un nouveau dynamisme, la Francophonie pourra ainsi bénéficier davantage de la reconnaissance internationale et surtout de la crédibilité que son développement ultérieur exige.

Merci.


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Source : Chrétien, Jean. Notes pour une allocution du premier ministre Jean Chrétien à l'occasion des Cérémonies d'ouverture du Sommet de la Francophonie Cotonou, Bénin, le 2 décembre 1995. Ottawa : Cabinet du Premier ministre, 1995


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