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Bannière : Premier parmi ses pairs : Le premier ministre dans la vie et la politique au Canada
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Discours prononcé devant la Chambre des communes, le 15 février 1921


Le très hon. ARTHUR MEIGHEN: Monsieur l'Orateur, je désire faire ressortir aussi loyalement que possible, du discours prononcé par le chef de l'opposition (l'honorable M. Mackenzie King) ce en quoi consiste l'attaque que comporte ce discours contre l'attitude prise par le gouvernement actuel  --  le faire ressortir et le présenter à la Chambre de façon que celle-ci puisse comprendre la portée de cette attaque et se rendre compte des arguments offerts à l'appui. J'aurai à déblayer une masse d'hyperboles, mais il faut tenter l'effort. Je pourrais bien aspirer  --  mais je n'en ai certainement pas le talent  --  à rivalise, avec mon honorable ami dans l'art déclamatoire, art qu'il a exercé dans la plus grande partie de sa carrière et dans lequel il a acquis un certain degré de perfection. Tout ce que je vais tenter modestement de faire sera d'exposer en termes clairs à la Chambre et au pays, l'attitude que prend en toute honnêteté le Gouvernement, l'attitude qu'il croit avoir le droit de prendre, l'attitude qu'il croit être de son devoir de prendre dans l'intérêt du pays.

Mon honorable ami (M. Mackenzie King) présente à la Chambre un amendement à l'Adress, dans lequel il déclare que ce gouvernement ne jouit pas de la confiance de cette Chambre. Eh bien, si c'est là le seul objet de cet amendement, il n'a pas d'objet du tout. Si la motion sur l'Adresse échoue, cela voudra dire que le gouvernement ne possède pas la confiance de la Chambre. De sorte que première question qui se présente à l'esprit est celle de savoir pourquoi cet amendement est devant la Chambre, et dans quel but? II ne saurait y en avoir aucun du moins en ce qui regarde l'expression d'une opinion de la part de la Chambre touchant sa confiance dans le Gouvernement. Je crois que je ne serai pas long à démontrer à la Chambre ce que mon honorable ami avait réellement l'esprit en présentant à la discussion son vain amendement. Ce n'était pas tant de soumettre une question à la Chambre que de voir à ce qu'il ne se présentât pas de question du tout.

A la session dernière, nous avons eu le même amendement, ou plutôt, un amendement demandant la dissolution, que mon hnorable ami déclare être encore son persistant objet. Mais à la dernière session, il avait eu bonne grâce de mettre dans son amendement quelques raisons pour lesquelles la dissolution devait avoir lieu. Il nous disait pourquoi la Chambre devait

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être dissoute et un appel être fait au peuple :

L'absence regrettable et prolongée du premier ministre, l'impression largement répandue qu'il ne se propose pas de réintégrer ses fonctions, les expédients auxquels on a recouru pour gérer des ministères importants dont les chefs ne sont pas régulièrement nommés, la tentative d'administrer les affaires publiques quand les trois provinces maritimes ne comptent pas un seul représentant dans le cabinet; ces motifs ajoutés à d�autres...

Aucun des autres motifs n'était mentionné.

...créent une situation d'incertitude et d'instabilité dont on ne saurait attendre une efficace et vigoureuse administration des affaires publiques au Canada.

Ces raisons ne sont pas données dans le présent amendement. Pourquoi? Parce qu'elles ont toutes cessé d'exister. C'est justement le contraire qui est vrai aujourd'hui, et mon honorable ami, en quête de quelques raisons à donner à son amendement n'en a trouvé aucune. De sorte qu'il se présente aujourd'hui sans raison aucune et affirme que la Chambre devrait exprimer manque de confiance dans le Gouvernement.

Il veut savoir de quel droit ce Gouvernement est au pouvoir. C'est en raison du droit que tout gouvernement a de tenir le pouvoir au Canada aujourd'hui comme toujours  --  le droit qu'il tient de la confiance de la majorité du parlement élu par une majorité du peuple. Mon honorable ami croyait que nous n'avions pas le droit d'être au pouvoir à la dernière session, mais à chaque vote de la Chambre le Gouvernement s'est trouvé appuyé par une forte majorité, surtout lorsque mon honorable ami a voulu faire déclarer que la Chambre devait être dissoute.

"Oh!" dit-il, "vous pouvez avoir une majorité en Parlement, mais vous ne devriez pas y être, puisque voilà un nouveau premier ministre et un nouveau Gouvernement." Les membres de l'ancien gouvernement, selon lui, n'ont-ils pas tous abandonné leurs fonctions en même temps que le premier ministre? Oui, certes. Il en est ainsi à l'avènement de tout nouveau premier ministre dans l'histoire de tous les pays. Il en fut ainsi dans le cas que mon honorable ami la rappelé, de sir John Abbott et de sir John Thompson. Ce fait s'est reproduit lorsque l'actuel représentant de Queen-et-Shelburne (M. Fielding) démissionna du premier ministère de la Nouvelle-Ecosse pour être remplacé par M. Murray. Et encore quand M. Hardy devint premier ministre de l'Ontario; M. Martin, premier ministre de la Saskatchewan; M. Stewart, premier ministre de l'Alberta; M. Oliver, premier ministre de la Colombie-Anglaise. En chacun de ces cas, tous les membres de l'ancien gouvernement abandonnèrent leurs fonctions à l'avènement d'un nouveau gouvernement.

Mon honorable ami déclare : Je vous concèderais ce droit si seulement de caractère, de visées ou d'aspirations, vous vous rattachiez au gouvernement que vous avez remplacé. Eh! bien, je tiens à lui dire qu'à ces divers égards, nous sommes en plein accord, en entière harmonie, avec le gouvernement que nous avons remplacé, et jusque dans les moindres détails. C'est identiquement le même but, la même politique. A tous égards, nous sommes sa continuation  --  tout comme le gouvernement de M. Hardy a continué celui de sir Oliver Mowat; le gouvernement de M. Murray celui de l'honorable M. Fielding; le gouvernement de M. Martin, celui de M. Walter Scott. A tous ces égards nous descendons comme eux en ligne directe du gouvernement que nous avons remplacé. Mon honorable ami a-t-il parlé de ce Gouvernement à seule fin de montrer un écart de la ligne de conduite suivie par l'ancien gouvernement? Il n'a jamais soufflé mot de cette politique. On l'a publiée et elle est bien connue; elle n'innove à aucun point de vue; elle ne constitue pas une déviation; elle est l'héritière légitime et la continuation du gouvernement qu'elle a remplacé.

Et alors, qu'invoque mon honorable ami pour démontrer que nous n'avons aucun droit de gouverner, bien que nous possédons la confiance d'une majorité en ce Parlement, et que la durée de notre législature comporte encore deux années environ?

"Oh!" dit-il, "vous êtes entrés en fonctions, en 1917, sous l'étiquette unioniste, et vous avez perdu ce caractère." Je vais essayer d'exprimer cette idée de façon intelligible. En somme il a argué: Du point de vue de la constitution de votre gouvernement vous n'êtes pas en communion d'idées avec le gouvernement que vous avez remplacé. Eh! bien, comment en différons-nous? Il dit les noms des membres disparus du ministère que dirigea l'honorable député de King (N.-E.) (sir Robert Borden) ; il montre que certains d'entre eux ont abandonné leur fonction; et il se demande pourquoi nous nous arrogeons les mérites des démissionnaires. En vérité, je ne puis réussir à donner une forme intelligible à tout cela. Il est vrai que quelques-uns ont abandonné leur fonction; il y en eut, je pense, six, sept ou huit. Mais de tous ceux-là un seul, d'après ce qui est

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établi jusqu'à présent, démissionna à cause d'une divergence de principe ou d'opinion avec le Gouvernement dont il s'est séparé-oui, un seul qui, après sa démission, n'a pas voulu appuyer le Gouvernement dont il aurait fait partie, et qui n'a pas continué de le soutenir dans cette Chambre. De ce que certains abandonnent des fonctions, sentant que pour des raisons personnelles ils ne peuvent continuer à fournir la somme de travail que le service de l'Etat exige, s'ensuit-il une modification de la nature ou de la composition du Gouvernement? S'ensuit-il que le Gouvernement ne possède pas la confiance du peuple? Mais on pourrait aussi bien arguer que si un ministre meurt, c'est une preuve que le cabinet n'a plus la confiance du public. Jamais, dans l'histoire du Canada aucun gouvernement n'a compté autant d'anciens ministres de la couronne pour l'appuyer, et mieux approuver sa politique et ses principes. Et, pourtant, c'est le Gouvernement dont mon honorable ami dit, en termes outrés, qu'il se compose uniquement de quémandeurs d'emplois, de hauts fonctionnaires avides de retirer leurs traitements, entièrement livrés aux vices dont parle l'Ecriture, aux excès et aux rapines de toutes sortes.

Plutôt que de profiter des avantagés de leur poste et de continuer à supporter la responsabilité et les labeurs incessants, qu'entraîne une position publique on a vu, l'un après l'autre, des hommes quitter le Gouvernement alors que, non seulement ils approuvaient complètement sa ligne de conduite et celle des membres du Gouvernement, mais aussi quand ils croyaient et exprimaient la croyance que le devoir du Gouvernement était de continuer à diriger les affaires.

Mon honorable ami nous dit qu'en 1917, lorsque le gouvernement unioniste a été élu, la question était de continuer la guerre et il a raison en cela. C'était la grande question de l'élection de 1917, question non seulement grande, mais écrasante, car elle faisait disparaître toutes les autres et, au fond, ce fut la raison de l'énorme majorité populaire remportée par le Gouvernement. Mais cela veut-il dire que ce gouvernement n'a pas d'autres devoirs que de continuer la guerre? S'il n'a pas d'autres devoirs que celui que mon honorable ami veut bien lui concéder, c'est-à-dire celui de traiter des problèmes de la guerre et de ceux qui ont été suscités par la guerre, le devoir de ce ministère n'est pas encore terminé. Est-il ici un député qui dira que nous avons résolu, même essentiellement, tous les problèmes de la guerre? Il n'est aujourd'hui pas un problème auquel nous devons faire face, pas une difficulté que nous ne devions surmonter, pas une montagne que nous ne devions escalader dont la position comme l'importance ne soient pas causées par la guerre et qui ne soient pas directement, au point de vue du caractère comme de l'origine, an résultat des problèmes de la guerre ou des problèmes découlant de la guerre. La restauration des soldats est-elle terminée? Je conviens que beaucoup a été accompli, je crois même qu'on a fait plus dans notre pays que partout ailleurs. Mais aller dire que tous les problèmes de la restauration des soldats ont été résolus, c'est faire voir un manque de connaissance de l'état de choses qui existe en Canada aujourd'hui. Cependant, bien que la guerre et les problèmes de la guerre aient été le premier devoir du Gouvernement; bien que la poursuite de la guerre ait été la question dominante dans les élections qui ont porté ce Gouvernement au pouvoir; les devoirs du Gouvernement ont été aussi étendus et aussi vastes et ont compris tout ce qui ressort du gouvernement au Canada comme pour tout gouvernement à qui le pouvoir a été confié autrefois.

Dans le programme que nous avons présenté aux électeurs en 1917, bien qu'il y fut dit clairement que la conduite de la guerre était le plus grand but de la campagne; il n'existait pas moins de treize devoirs distincts, ou plus, que le Gouvernement voulait s'appliquer à accomplir; d'aucuns intimement liés à la guerre, d'autres ne se rapportant que de loin à la guerre et beaucoup touchant moins la guerre que ceux auxquels nous devons aujourd'hui faire face.

Le Gouvernement s'est tracé la tâche de les accomplir. Et on nous dira que le Gouvernement est exempt du devoir, que dis-je, de la nécessité de traiter toutes les questions qui sont ordinairement du ressort des gouvernements? Si nous étions aussi restreints, aussi limités qui ferait le travail? Qui prendrait la responsabilité? N'y a-t-il personne pour s'en occuper? N'avons-nous pas dû nous en occuper? "Ah", dit mon honorable ami, "vous ne devez pas toucher du tout au tarif ; vous ne devriez vous occuper de rien, sauf de ce qui se rapporte à la guerre". Sait-il que dans la première année où le ministère a été choisi et alors que l'honorable député de Marquette (l'honorable M. Crerar) en faisait partie et que tous les membres élus du Gouvernement se trouvaient ici le tarif a été modifié, de fait, le tarif a été réduit? Sait-il que cela s'est renouvelée l'année suivante?

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Pendant toutes les années de l'existence du Gouvernement il a fallu s'occuper des besoins du tarif. On n'en a pas fait la révision générale et cela parce que le moment n'était pas arrivé où une révision générale du tarif pouvait être avantageuse au pays, où les renseignements nécessaires pouvaient être obtenus et où nous serions en mesure de présenter au Parlement les termes d'une révision suffisamment étudiée. Cependant, en ce qui touche non seulement le tarif, mais tous les autres sujets le Gouvernement a agi vis-à-vis de ces problèmes de la même manière qu'il s'est occupé de la guerre ou de tout problème découlant de la guerre. Il est vrai que dans le concert de principes sur lequel les membres du Gouvernement se sont entendus en 1917 nous n'étions pas tous d'accord sur les questions d'une ligne de conduite de tarif permanent en Canada et les paroles du ministre de l'Immigration et de la Colonisation (l'honorable M. Calder) que mon honorable ami a citées cet après-midi sont parfaitement vraies et ne disaient que ce qui était vrai. Mais, parce que l'accord sur ces questions n'était pas nécessaire à cette époque pour les fins de l'union, cela a-t-il empêché le Gouvernement de décider en aucun temps de ce que devraient être les grandes lignes de la politique tarifaire du pays durant la durée constitutionnelle du Gouvernement? Le ministre de l'Immigration et de la Colonisation ne l'a pas dit. Mon honorable ami lui-même ne l'a pas pensé jusqu'à tout récemment. Pourquoi, quand, lui a-t-il semblé que le Parlement n'avait pas le droit de s'occuper du tarif?

C'est une nouvelle idée qui lui est venue à l'esprit au cours de l'élection de Peterborough. La Chambre croira-t-elle qu'il n'y a pas encore un an le chef de l'opposition a appuyé une motion dans cette Chambre pour demander que le Gouvernement s'occupe immédiatement du tarif? Mais laissez-moi reprendre l'argument que je n'ai pas traité complètement, c'est-à-dire que la composition du Gouvernement est différente en ce que ceux qui proviennent du parti libéral ne sont pas aussi nombreux qu'ils l'étaient auparavant. Mon honorable ami en cite six ou sept et il prétend qu'il y en avait huit. Il y en a cinq aujourd'hui et il y en a un qui est mort seulement depuis quelques jours, de sorte qu'il me semble que c'est exagérer un peu trop de dire qu'une réduction de huit à six est une telle rupture de toute la constitution du pays que nous sommes plongés maintenant dans le chaos.

Quand mon honorable ami s'est laissé entraîner par sa propre éloquence, particulièrement dans ces dernières cinquantes terribles phrases, la pensée a dû certainement venir à son esprit  --  et dans le cas contraire elle a dû venir à l'esprit d'un grand nombre de ceux qui l'entourent  --  qu'il chargeait le tableau; que même si tout ce qu'il avait dit était exact, que même si les petits arguments qu'il avait avancés l'avaient mené à la conclusion qu'il cherchait, il avait si complètement exagéré les conséquences qu'il était arrivé très près de l'absurde. Est-ce que tout l'édifice moral de ce pays va s'écrouler parce qu'un Gouvernement demeure en fonction quand le Parlement n'est nullement arrivé à son terme, mais lorsqu'en somme la grande question à propos de laquelle il a été élu a été résolue? Même s'il a raison dans sa prétention s'ensuit-il nécessairement qu'il s'est produit quelque action trouble, vicieuse, méprisable et à jamais destructive contre la population de ce pays?

Avant tout, quand est née pour le première fois la doctrine qu'après que la grande, disons la seule question sur laquelle s'est faite une élection, a été décidée, qu'un gouvernement doit cesser de fonctionner? Quand est-ce que cela a été admis par un auteur de droit constitutionnel ou d'histoire quelconque? Quand est-ce que cela a été admis même par les honorables membres de l'opposition? Dans l'histoire de ce pays, il y a eu un grand nombre d'élections dans lesquelles il n'y a eu nullement qu'une question et une seule sur quoi on , a obtenu le verdict du peuple. Ce fut le cas en 1891. Cela s'est vu en 1878. Il en fut ainsi en 1904, quand le défunt chef du parti libéral de ce pays, aidé par mon honorable ami sans aucun doute s'est adressé aux électeurs du Canada sur la question de la construction du malheureux chemin de fer Transcontinental dans ce pays. Quand il est revenu au pouvoir avec l'aide de mon honorable ami sur cette question et quand en conformité du mandat qu'ils disaient avoir obtenu, ils ont commencé la construction de ce chemin de fer, le fait qu'ils avaient agi ainsi signifiait-il que leurs fonctions étaient finies? Croyaient-ils alors qu'ils n'avaient pas de mandat du peuple pour faire autre chose que la construction du chemin de fer Transcontinental? Et en 1911 quand les honorables députés de l'opposition ont été défaits sur la question de la réciprocité, quand il y avait réellement un nouveau et vaste changement proposé dans cette Chambre par les honorables membres de l'opposition et quand le peuple

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était consulté sur cette question et qu'il décidait le rejet de la réciprocité, s'en zzuivit-il que le Gouvernement ne devait pas continuer  --  qu'il n'avait pas le pouvoir par exemple de traiter d'autres problèmes importants qui se présentaient devant le pays. Et même si le premier ministre par suite de la gravité des circonstances était forcé de démissionner et qu'un nouveau premier ministre devait le remplacer, cela voudrait-il dire que le nouveau premier ministre était un usurpateur coupable de tous les crimes qui me sont reprochés par l'honorable député de Prince (M. Mackenzie King).

Il nous a dit ensuite que nous étions le seul Gouvernement dans le monde civilisé qui avait refusé au peuple le droit d'élire un nouveau Parlement après l'armistice. Je ne sache pas que nous ayons lieu d'être très troublés par des précédents qui ont pu s'établir en Chine, ou même en Allemagne, en Autriche et en Russie, mais s'il y a dans la prétention de mon honorable ami quelque chose qui puisse s'appuyer Sur des précédents établis dans un des Dominions ou dans la Métropole, il y aurait quelque chose qui donnerait de la force à sa prétention. Mais en est-il ainsi? On aurait pu croire par son allusion à l'Australie que sa position était absolument analogue à la nôtre, et par sa mention de la Nouvelle-Zélande que le cas était le même là-bas. Sait-il qu'en Nouvelle-Zélande le gouvernement y a été élu en 1914 et que par la constitution de ce Dominion l'assemblée n'a qu'une durée de trois ans, lorsqu'en réalité, en prolongeant la vie du parlement, il a duré plus de six ans jusqu'en décembre 1919 et qu'alors il a fait appel au pays.

Or, parce que après plus de six ans  --  lorsque la constitution fixe à trois ans la durée d'une législature le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a ordonné des élections générales, mon honorable ami soutient qu'ici après trois ans  --  il émettait la même théorie l'année dernière après deux ans  --  lorsque la Constitution fixe à cinq ans la durée des pouvoirs parlementaires, et que nous avons eu des élections générales au mois de décembre 1917, nous devrions suivre l'exemple de la Nouvelle-Zélande et décider une élection générale. Dans le cas de l'Australie, les faits sont assez les mêmes, bien que les pouvoirs du parlement n'aient pas été prolongés dans cette colonie. Quant à la situation en Grande-Bretagne, le gouvernement de Lloyd George, qui a succédé au ministère Asquith  --  mais qui n'a pas cru devoir en appeler incessamment au verdict populaire parce que M. Asquith abandonnait la direction des affaires a continué à détenir les rênes du pouvoir pendant quelques années.

Le ministère Lloyd George a fait des élections générales vers la fin de l'hiver de 1918, si j'ai bonne mémoire, mais après avoir détenu les rênes du pouvoir pendant sept ou huit ans tandis que la coutume constitutionnelle fixe à cinq ans la durée d'une législature en Grande-Bretagne. Le cas du Royaume-Uni ne constitue donc pas un précédent.

Ici en Canada, bien que la Chambre actuelle ait été élue sur un programme de guerre, les élections générales ont réellement eu lieu en pleine guerre. Or, le gouvernement de la Grande-Bretagne n'a rien fait de la sorte. Il a attendu que la guerre fût terminée avant d'en appeler au verdict du peuple. Après que la paix eût été conclue, le ministère Lloyd George a fait des élections générales tandis que le gouvernement canadien a consulté le peuple un peu avant la fin des hostilités. Voilà la différence entre notre attitude et celle qu'a tenue le gouvernement du Royaume-Uni.

Mon honorable ami s'écrie: Vous avez pris les rênes du pouvoir en tant que cabinet de guerre; or maintenant que la paix est conclue, votre devoir consiste à vous en aller. S'il en est ainsi, un gouvernement de paix élu en temps de paix devrait abandonner la direction des affaires dès que survient une guerre. Mon honorable ami se rappelle-t-il du cri de protestation que son chef, ses collègues du parti libéral et lui-même ont poussé lorsque au début de la guerre, en 1914, le gouvernement du jour, un gouvernement, de paix élu en temps de paix fut blâmé pour avoir eu l'audace de songer à faire des élections à une pareille époque? Nos honorables amis ont remué ciel et terre pour que le gouvernement du jour, un gouvernement de paix, qui se trouvait face à face avec les difficultés inhérentes à un conflit mondial, ne décidât d'en appeler au verdict populaire. Le raisonnement de mon honorable ami, s'il était valable, se retournerait contre lui. De fait, on peut définir comme suit l'esprit et la lettre de la constitution canadienne la durée des fonctions de la Chambre est fixée à cinq ans; la coutume usuellement suivie veut qu'elle soit de quatre ans. Or, le Gouvernement a le droit de détenir les rênes du pouvoir pendant la durée de la législature en cours, s'il possède la confiance des représentants du peuple qui reflètent l'opinion publique dans le Parlement. Dans les annales parlementaires du Canada et des autres pays, à ma connaissance, les seules circonstances où cette coutume n'a pas prévalu, ce fut lorsqu'une question

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publique essentiellement importante a été soulevée, lorsqu'un changement de programme d'une portée considérable a été proposé par le Gouvernement et qu'il est désirable en conséquence que la volonté du peuple se manifeste à ce sujet. Des circonstances de cette nature se sont produites en Grande-Bretagne et en Australie. Mon honorable ami est-il prêt à soutenir que des circonstances de cette nature ont surgi en Canada? Existe-t-il à cette heure une grande question d'intérêt public de nature à diviser nettement les représentants du peuple? Y en a-t-il une seule, monsieur l'Orateur? Le discours qu'a prononcé tout à l'heure mon honorable ami le laisse-t-il soupçonner?

Je serais heureux qu'une question de cette nature surgît. Cependant, en premier lieu le Gouvernement ne se propose nullement de modifier d'une façon radicale le programme politique suivi jusqu'à aujourd'hui. Nous n'avons nullement l'intention de mettre en vigueur un autre programme que celui qui a été approuvé à maintes reprises par le peuple canadien. Où se trouve donc la grave question constitutionnelle qui a surgi? Mon honorable ami se contente de répondre : La seule question, c'est que vous ne devriez pas être là, je devrais occuper les banquettes ministérielles à votre place. Dans ce cas, quelle serait la question à soumettre au verdict du peuple canadien, si nous réclamions la dissolution des Chambres? La question que soulève mon honorable ami serait résolue dès que la dissolution du Parlement serait un fait accompli. Il prétend que le Gouvernement devrait faire des élections générales pour le simple plaisir de la chose. Très bien! Vous avez des élections générales dès que le Parlement est dissout, mais sur quelle question le peuple sera-t-il appelé à se prononcer dans le cas actuel?

Quand surgit une grande question, qui touche aux principes fondamentaux de l'intérêt public, un gouvernement est justifiable d'abandonner la direction des affaires que le peuple a remise entre ses mains, avant même l'expiration de son mandat. Or, jusqu'à ce qu'il surgisse une question de cette nature et sous cette forme, un Gouvernement qui possède la confiance du Parlement, marquerait à son devoir s'il abandonnait les rênes du pouvoir et le dépôt à lui confié, en se laissant affoler par les clameurs des journaux de parti ou la voix d'un chef de parti quel qu'il soit.

L'honorable chef de l'opposition (M. Mackenzie King) cite des paroles que j'ai prononcées à Winnipeg en 1917. Je m'en tiens à chaque mot de ce discours, à chaque mot de cet appel. J'invite mon honorable ami à citer encore d'autres passages de ce discours. Je suis convaincu qu'il peut se comparer avec les siens. Il a cité également des extraits des discours qu'a prononcés l'honorable ministre de l'Immigration et de la Colonisation (M. Calder) dont je suis prêt à assumer aussi la responsabilité. Certes, si trois, quatre ou cinq ministres dans un cabinet donnaient leur démission en même temps, et pour les raisons qu'a alléguées l'honorable député de Marquette (M. Crerar) ce serait un coup dont nul ministère peut-être ne serait en état de se relever. C'est là un aspect de la question.

Qu'un ministre sorte du cabinet seulement parce qu'il est en désaccord avec ses collègues sur un point de politique  --  non pas, remarquez-le bien, parce qu'il juge inopportun de toucher au tarif, mais parce qu'il juge que nous n'y avons pas suffisamment touché, car c'est là le motif de sa démission  --  cela est bien différent du cas où plusieurs se démettraient en même temps à cause d'une divergence de vues sur une importante question d'intérêt public. Que tantôt un ministre se démettre et tantôt un autre, par cela seulement qu'il leur est impossible de donner une plus large part de leurs loisirs au service public, cette circonstance est bien différente de celle où, dans une scission, tous se retireraient du ministère à cause d'un principe ou d'un point de politique. Cette différence, j'espère que mon honorable ami saura l'apprécier; au cas contraire, je me ferais un plaisir de tenter au moins une meilleure élucidation.

J'ai voulu tantôt montrer à la Chambre que mon honorable ami avait une raison de lui soumettre cet amendement dans la forme toute simple qu'elle semble revêtir. J'ai dit que, selon moi, cet amendement ne vise point à mettre devant l'électorat de ce pays une claire question à débattre et à en décider; mais plutôt à bien s'assurer que nulle et telle claire question ne sera posée aux électeurs. Tout ce qu'il est opportun de discuter pour le moment, dit-il, est de savoir si le ministère doit ne pas maintenir son existence. Il nous a dit l'année dernière que la Chambre elle-même devait se dissoudre. Cette année, il nous dit qu'il ne faut point discuter le tarif, et cependant, il s'est plaint l'année dernière de ce que le discours du trône ne contenait aucune mention du tarif. Il déplorait l'année dernière l'absence dans ce discours de toute déclaration de principes sur la politique du Gouvernement. Permettez-moi de

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vous lire ce que disait l'honorable député. Voici comment il s'est exprimé au cours des nombreuses plaintes qu'il a faites dans la circonstance :

Mais, monsieur l'Orateur, il y a dans ce discours du trône une autre restriction qui sert à manifester l'esprit du Gouvernement quand à un autre point. Le discours trahit une absence complète de toute politique de la part de l'administration en ce qui regarde les problèmes économiques,. sociaux ou politiques dont la solution, à l'heure actuelle, est le plus impérieusement demandée dans ce pays.

Après s'être plaint de ce que le Gouvernement n'avait pas fait connaître dans le discours du trône l'attitude qu'il entendait prendre à l'égard des grandes questions économiques qui, à son dire, divisaient alors le pays, il se plaint, dans le paragraphe suivant, de ce que, au lieu de proposer un abaissement des droits sur les denrées alimentaires, nous avons eu l'audace d'insérer dans ce discours la mention d'une solution au problème de l'opium. Voici comment il s'exprime:

La population de ce pays s'intéresse beau coup plus dans le moment, je pense, à la question des vivres qu`à celle des drogues, et il aurait beaucoup mieux valu que, dans ses avis à Son Excellence sur ce qu'il convenait de soumettre au-x délibérations du Parlement, le ministère eüt proposé quelque politique tendant à abaisser les prix, au lieu de contourner cette grave question et de traiter d'affaires aussi futiles que celles de règlementer la vente des drogues.

L'honorable député ne semble pas avoir eu alors à l'esprit que le Gouvernement élu en 1917 n'avait pas l'autorité voulue pour toucher au tarif. Il ne semble pas que l'honorable député ait eu alors à l'esprit que le Gouvernement ainsi élu eut rien à faire avec les questions autres que celle de la guerre. Ce dont il s'est plaint c'est de l'absence d'une déclaration explicite de principes dans le discours du trône. Plus tard, au cours de la session, dans le débat sur le budget, au lieu de prétendre que le Parlement n'avait pas alors le droit de réviser le tarif des douanes, il s'est plaint de ce que cette révision promise n'était pas présentée à la Chambre, et invita cette dernière, en attendant que fut achevé le travail de la commission qui avait à faire une enquête sur les choses du tarif, en attendant la révision qui devait s'ensuivre, à réviser le tarif en la manière demandée dans sa résolution, couchée en des termes quelque peu vagues, il est vrai, mais dont l'intention était de faire croire au peuple qu'une révision devait avoir lieu sur-le-champ en vue de réduire le prix des denrées alimentaires, des instruments de production et de quelques autres choses vaguement comprises dans la résolution qu'il soumettait à la Chambre. L'honorable député veut-il bien me dire comment il se fait que si, à la dernière session, il était trop tard pour réviser le tarif, il soit trop tôt pour le réviser à la présente session? Me dira-t-il pourquoi un parlement élu en 1917 aurait eu à la dernière session le droit de réviser le tarif et que ce droit il ne l'a pas maintenant? M'expliquera-t-il le principe constitutionnel qui autorise la distinction qu'il établit entre l'une et l'autre circonstance? Me dira-til comment il se fait que si le parlement à la dernière session avait révisé le tarif si le même parlement de l'heure présente avait agi de la manière qu'il aurait dû agir, ayant le droit d'agir ainsi, suivant que le déclare l'honorable député, la constitution serait demeurée intacte, alors que, si nous osions toucher au tarif aujourd'hui, même dans un seul de ses articles, tout l'édifice croulerait? Je pense pouvoir expliquer le changement survenu dans les rêves de mon honorable ami.

A la fin de son discours il a parlé de certaines élections partielles. Quelques-unes ont eu lieu il y a un an, d'autres il y a un an et demi, et d'autres encore plus récemment. Il avait prétendu durant longtemps que nous ne pouvions avoir aucun titre à nous proclamer les dignes continuateurs de l'administration de l'honorable député de King, Nouvelle-Écosse; et après avoir posé cette proposition et l'avoir établie, comme il pensait, jusqu'au point de perfection, il entreprit ensuite de nous charger de tous les malheurs qui s'étaient abattus sur cette administration. Il serait certes intéressant que mon honorable ami pût nous dire par quel procédé de raisonnement il nous dépouille ainsi de tout crédit pour ce que cette administration a accompli, puis ensuite nous attribue tous les malheurs qu'il affirme s'être abattus sur cette administration. En réalité, ce Gouvernement ne s'est préoccupé que fort peu des élections partielles, ou de toutes autres élections, après qu'il se fut assuré qu'il y avait en cette Chambre une majorité bien déterminée à mener à bonne fin le programme vital qui avait été soumis au peuple en 1917. Le présent Gouvernement est arrivé au pouvoir avec l'appui d'une majorité de près de soixante-dix en ce Parlement, et sa première, je pourrais dire sa fonction exclusive, fut de remplir les devoirs de sa charge, et c'était pour lui chose négligeable, même si c'eût été un devoir, de chercher à s'assurer de l'appui dans de petites élections partielles. Dans la suite, les conditions se modifièrent graduellement,

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ainsi que cela devait naturellement arriver, et nous avons pu sur ces derniers mois donner un peu plus d'attention à ces élections. Depuis que le présent Gouvernement est arrivé au pouvoir, il y a eu cinq élections partielles, et dans chacune de ces élections le Gouvernement a été représenté par un candidat qui sollicitait les suffrages des électeurs en faveur du programme du Gouvernement. Dans les élections partielles de Saint-Jean et Colchester, nous avions de pareils candidats. Nous avons pensé qu'il était pour le moins important que les électeurs de ces comtés pussent savoir au juste ce que nous voulions, et qu'ils pussent voter en faveur de quelqu'un qui représentait ces principes. Je crois voir sourire l'honorable député de Québec-Est, et cela me rappelle que sa figure fut aussi illuminée d'un même sourire, il y a environ un an, quand il fit observer que, sauf le premier ministre, il n'y avait aucun représentant des Provinces maritimes dans le cabinet, et quand i1 a déclaré en cette Chambre que la raison pour laquelle il n'y en avait pas était que nous n'osions pas déclarer ouverte une circonscription en ces provinces. C'est la dernière fois que je puis me rappeler avoir vu la figure de mon honorable ami illuminée d'un sourire ausi large.

M. BUREAU: Alors, voilà depuis longtemps que le premier ministre est aveugle.

Le très hon. M. MEIGHEN: Eh bien, nous avons ouvert la lutte dans ces deux comtés, et le leader de l'opposition proclame en cette Chambre le manque total de confiance en la présente adminisration dans la ville de Saint-Jean parce que le ministre n'y fut élu que par une majorité d'un peu plus de quatre mille. Eh mais, dit-il, nous n'avons mis un candidat en ligne qu'au dernier moment. Pourquoi au dernier moment? Pourquoi pas au premier moment?" Je me rappelle bien quand ce siège a été déclaré ouvert. Je me rappelle aussi parfaitement quand le défi du représentant de Québec-Est a été accepté. Je me rappelle quand le leader de l'opposition a annoncé dans la presse de ce pays qu'il n'y aurait pas là d'élection par acclamation, et qu'il allait voir à ce que le gouvernement se vît en face d'un vrai candidat dans ce comté. Cependant, d'une façon ou d'une autre, il ne put mettre sa menace à exécution qu'alors que nous touchions à la fin de la lutte. Il ne lui fut pas possible de mettre en ligne un candidat dans le comté de Saint-Jean pour défendre son programme. Mais enfin il s'en présenta un, et celui-là espéra bien pouvoir remplir son rôle et au moins faire montre d'un peu de succès en proclamant que plutôt que de porter le nom de libéral, il se présentait comme libéral indépendant et c'est sur ce terrain que se fit la lutte. Dans le comté de Colchester mon honorable ami M. Mackenzie King et son parti n'avaient aucun représentant. Personne dans le comté de Colchester ne représentait son parti. Peut-être n'y avait-il personne qui sût en quoi consistait sa politique. Il y avait un candidat de mon honorable ami M. Crerar, qui est représenté aujourd'hui par le distingué député de RedDeer. Il y avait un candidat de ce parti dans le comté de Colchester, et l'appui qu'ils reçurent fut plutôt d'une nature douteuse, c'est-à-dire que cet appui provenait d'hommes qui énonçaient des doctrines très étranges, à ce point même que ces doctrines n'ont été jusqu'ici mises en pratique que dans un seul pays de l'univers, autant que je puis voir. Mais ce parti avait un candidat, et ce candidat fut enseveli sous une majorité de quelque quinze cents voix.

Il y eut aussi le même jour une élection dans le comté de Yale et le comté d'Elgin. Mon honorable ami avait-il un candidat dans le comté de Yale? Il ne répond ni oui ni non. Mais il a appuyé un candidat dans le comté de Yale.

Je dirai pourquoi cet amendement  --  nu et vide  --  est soumis à la députation. Un honorable ami a, il est vrai, prêté son appui à un candidat dans le comté d'Yale, mais il a appuyé un candidat dont les opinions différaient autant des siennes que le sang d'un nègre du Sud-africain diffère du mien. Les sentiments de ce candidat à l'égard du tarif étaient d'accord avec ceux de mon honorable ami? Leur ressemblaient-ils le moindrement? La seule opinion qu'il entretenait ou qu'il ait jamais entretenue au sujet du tarif, c'était la ferme volonté de faire en sorte que les fruits fussent suffisamment protégés. Il ne se souciait guère d'autre chose, d'après ce que j'ai appris et j'ai écouté plusieurs de ses harangues, et j'ai lu son programme. I1 avait décidé qu'il devait y avoir, en tout ces, assez de protection pour les fruits, et c'est à cause de cela, j'imagine, qu'il a été appuyé par le chef de l'opposition. Le représentant de Red-Deer, ou son parti avait-il un candidat dans la circonscription d'Yale?

M. CLARK (Red-Deer ): Je n'étais pas là.

Le très hon. M. MEIGHEN: Le seul lien que j'ai pu découvrir entre le candidat et le

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représentant de Red-Deer, c'est qu'il se disait cultivateur. Quant au programme, au raisonnement, à la doctrine, il était aussi éloigné du parti dirigé par mon honorable ami que le pôle Sud est éloigné du pôle Nord.

M. CLARK (Red-Deer): Je suis d'avis que les fruits doivent être d'un prix modique.

Le très hon. M. MEIGHEN: J'en conviens, mais ce n'est pas ce que désirait avant tout le candidat du parti agraire dans la division d'Yale. Or, par bonheur pour le pays et pour la circonscription d'Yale et à l'honneur des électeurs, mon honorable ami M. MacKelvie, qui, cet après-midi, a si éloquemment appuyé l'Adresse, a été élu.

Dans la division d'Elgin, il y a eu un candidat dont les opinions  --  bien qu'il ne les ait pas exprimées très nettement  --  se rapprochaient quelque peu du programme libéral de 1919, cependant, lui aussi a voulu se soustraire à l'odieux ou autre inconvénient de ce programme, en se disant libéral indépendant. Quoi qu'il en soit, il se rapprochait tellement de mon honorable ami, du moins, par le nom, qu'il a réussi à tenir la queue, ayant reçu un millier ou plus de suffrages de moins que le candidat occupant le deuxième rang. Les électeurs qui, dans cette division, approuvent d'ordinaire la politique que le ministère professe ouvertement se sont partagés dans la ville d'Aylmer et dans toute la circonscription entre le soi-disant candidat libéral indépendant et le candidat favorable au ministère, de sorte que l'adepte du représentant de Red-Deer a réussi à se faire élire à une faible majorité. Si cela est une fiche de consolation pour le chef de l'opposition, c'est une preuve frappante que, dans certaines circonstances, il est assez facile de se consoler.

Nous passerons maintenant à l'élection de Peterborough. J'ai vivement désiré en parler brièvement, à cause surtout de l'enseignement que peuvent en tirer mes honorables amis qui sont en biais de l'autre côté  --  ceux auxquels le représentant de Shelburne-et-Queen (M. Fielding) a conté fleurettes, ceux dont le chef de l'opposition a voulu gagner le coeur en vue d'une union qui a été l'objet de ses longues pérégrinations à travers les prairies de l'Ouest et les montagnes Rocheuses.

Je tiens à leur signaler ce qui s'est passé dans la division de Peterborough, l'attitude de mon honorable ami et de son candidat dans Peterborough, les tactiques employées par celui qu'appuyait les honorables députés qui luttaient dans cette division. Quelqu'un en cette enceinte sait-il aujourd'hui quel parti avait embrassé le candidat victorieux à l'égard de ce grand problème, problème d'une importance vitale pour les électeurs canadiens, à ce que déclarait mon honorable ami il y a un an? A entendre le discours du chef de l'opposition, on croirait que la population du pays n'avait pas à se préoccuper de la ligne de conduite à suivre; que peu importait le programme du ministère; que ce qu'il avait accompli pendant une crise aiguë et prolongée ne comptait pour rien  --  que les questions industrielles, sociales et économiques n'intéressaient en rien la population  --  que celle-ci devait uniquement se demander si le pouvoir devait appartenir à nous ou à lui.

C'est sur ce principe qu'il a entrepris la lutte dans Peterborough-Ouest, et il s'est mis dans une situation d'où il aura beaucoup de peine à se tirer tant qu'il sera dans la vie publique au Canada.

Il appuyait, je le répète, un candidat oui défendait la doctrine du libre échange des substances alimentaires et de la protection pour tout le reste. Et mon honorable ami s'est dit ravi  --  ravissement vraiment inexplicable  --  de l'élection dans la division d'Elgin d'un candidat qui ne voulait pas de la protection à l'égard de rien.

Mon honorable ami cherche aussi une alliance effective avec l'honorable député de Red-Deer (M. Michael Clark) et espère beaucoup l'obtenir; il désire de ces messieurs dont les opinions lui sont diamétralement opposées simplement les votes qui le porteront au pouvoir; il est prêt à accepter un candidat quelconque  --  même l'un d'eux  --  du moment que ce candidat l'appuiera, car il ne s'agit pas de ses principes ou de sa politique, toutes ces choses ne comptent pour rien; la seule chose qui compte, c'est de savoir si le candidat votera avec l'honorable député de Prince (M. Mackenzie King), chef de l'opposition. Voici donc le candidat appuyé dans Peterborough-Ouest, et c'est là son programme, celui qu'il a présenté avec l'appui de ce chef qui déclara pendant toute sa campagne de discours dans l'Ouest canadien que sa politique était pour ainsi dire identique à celle du parti agraire  --  pour ainsi dire identique  --  que ces deux mouvements étaient des mouvements libéraux et tous les deux en accord avec  --  les principes historiques du libéralisme. Je vais vous lire quelques-uns des "principes historiques du libéralisme" :

Je ne suis pas et je n'ai jamais été libre échangiste et je n'appuie pas le libre-échange.

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"Mais", dit mon honorable ami, "peutêtre désire-t-il simplement un tarif fiscal." C'est le camouflage dont on se sert habituellement. Voyez comme il l'exprime; tout ce qu'il veut c'est un tarif de revenu. Il déclare qu'il soutiendra l'industrie et le travail canadiens jusqu'au bout et ceci pour se distinguer des libre-échangistes. C'est là l'un des "principes historiques du libéralisme" pour lequel on a lutté dans le comté de Peterborough et qui a eu l'appui de l'honorable député de Queen-et-Shelburne (M. Fielding) et du chef de l'opposition. Il dit ensuite :

Vous connaissez mon oeuvre durant les quinze dernières années et ma politique a été Peterborough tout d'abord.

Ce n'est pas tout, peut-être y a-t-il quelque chose de plus direct. Tout ceci provient de sa propre annonce publiée, signée par le comité libéral de Peterborough et tout cela doit être en parfaite harmonie avec les "principes du libéralisme". Voici quelques autres échantillons de libéralisme:

Je suis en faveur de la protection des industries...

C'est assez clair.

...et de la protection du travail. Je suis pour qu'on favorise le progrÈs de Peterborough. Quelqu'un peut-il douter de cette profession de foi quand elle est formulée par un homme dont l'existence mème dépend du progrès de l'industrie et des résultats qui en découlent? M. Gordon sera l'un des premiers à souffrir des effets d'une dépression industrielle causée par un abaissement du tarif.

Je sais que ce n'est pas tout et je suis certain que mes honorables amis de la gauche n'auront pas de peine à voir comment la "question qui divise les électeurs du Canada" est frappante en ce qui touche la révision du tarif. Voici un autre échantillon:

Je suis en faveur de la protection de l'industrie et, en ceci, je veux dire aussi la protection du travail. Le niveau de la vie et la nature des logis ouvriers sont le critérium par excellence de la civilisation.

Tels sont les "principes historiques du libéralisme" pour lesquels on a fait la lutte dans ce comté. Mais, cela n'est pas suffisant. J'attire l'attention du député de Red-Deer (M. Clark) et celle de ceux qui siègent à ses côtés sur ces questions; ceux dont les politesses sont si recherchées par l'honorable député de la gauche et qui savent parfaitement bien qu'ils n'existent dans son esprit que pour un but et un seul : celui de captiver les votes en faveur de l'abaissement des droits tandis qu'il prendra les votes des protectionistes dans les autres parties du pays et que par l'addition numérique des deux il cherchera à se faire porter au pouvoir.

Le candidat libéral à l'élection de Peterborough a déclaré que j'étais coupable d'une conduite indigne d'un homme public; que le tarif n'était pas une question, qu'il était en faveur de là protection et que je méritais tous ce qui pouvait m'arriver pour oser faire intervenir la question du tarif.

Or, je demande aujourd'hui à la Chambre : Le chef de l'opposition va-t-il nous inviter à dissoudre le Parlement et à aller devant le peuple sur cette question  --  car il nous a dit à la dernière session que c'était une importante question et je ne sais pas ce qui s'est produit depuis  --  quand personne dans tout le Dominion ne sait quelle est l'attitude de l'autre parti sur cette question et quand i1 est bien décidé à ce que personne n'en sache rien?

Dans le discours, du trône que nous discutons en ce moment il y a un paragraphe qui définit clairement et exactement la position du Gouvernement; un paragraphe qui énonce le principe en termes que personne ne saurait mal interpréter; un paragraphe qui, en disant cela, donne exactement la position prise dans le programme du parti. J'aimerais à savoir comment nous allons présenter la question au peuple tant que mon honorable ami n'en fera pas autant. II en a maintenant l'occasion. A-t-il profité de cette occasion?

Est-il un seul honorable député de l'autre côté ou de ce côté-ci de la Chambre, ou partout ailleurs  --  surtout parmi ceux à qui je m'adresse maintenant, aux côtés de l'honorable député de Red-Deer (M. Clark) est-il un seul honorable député ici qui ne croit pas que le leader de l'opposition, au lieu d'accepter la question en jeu dans le discours du trône, commencera maintenant à se servir de faux-fuyants, comme il l'a fait depuis des mois dans le pays. Est-il un seul honorable député de la Chambre qui ait même le moindre soupçon que le programme libéral de 1919 soit jamais mis en vigueur si les libéraux reprennent les rênes du pouvoir? L'honorable député de Queen-et-Shelburne (M. Fielding) a-t-il donné aucune raison de cet espoir dans le discours qu'il a fait en faveur de l'élection de M. Gordon, à Peterborough? En résumé, voici quel était son discours: Je ne cite pas le programme libéral, a-t-il dit aux électeurs; je n'en ai pas un mot à dire, mais vous vous rappelez ce que l'on a fait en 1896; nous le ferons encore. Ils feraient la même chose qui a été faite en 1896 par le parti dont le leader a déclaré dans l'Ouest que ses principes étaient iden-

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tiques à ceux des honorables collègues de l'honorable représentant de Red-Deer.

Maintenant, nos honorables amis tireront-ils une leçon de cela? Je n'ai jamais contesté la sincérité des intentions de mon honorable collègue de Red Deer  --  je ne l'ai jamais contesté un seul instant. Touchant cette question de tarif, préférerait-il appuyer un parti dont il connaît l'attitude, attitude qu'il sait invariable, ou bien aimerait-il mieux appuyer un autre parti dont il ignore l'attitude d'une semaine à l'autre, et qui, il le sait dans son for intérieur, mettrait en vigueur les principes et le programme de ce ministère concernant le tarif s'il était porté au pouvoir. Je lui demande de me dire, en conscience, lequel des deux partis il appuierait? Pense-t-il que dans l'état de confusion qui règne aujourd'hui dans le pays, alors que cette question est écartée et évitée à tout propos  --  comme elle le sera, si je ne me trompe, même dans ce débat pense-t-il qu'il soit possible que les électeurs canadiens se prononcent sur cette question?

Nous ne demandons pas que l'on abandonne la politique historique de ce pays suivie par ce ministère, par l'ancien gouvernement, par le gouvernement dont faisait lui-même partie le leader de l'opposition. Si nous le proposions, nous n'aurions pas l'appuie du ministre de l'Immigration et de la Colonisation (M. Calder), le seul homme qui entre lui-même, le chef de l'opposition et les membres qui siègent à ses côtés a été conséquent sur cette question de tarif. Son attitude présente est la même qu'il avait assumée lorsque le parti libéral était au pouvoir; sa position est la même que celle de l'honorable député de Queen-et-Shelburne (M. Fielding) se propose de prendre et a dit à Peterborough qu'il prendra si les libéraux arrivent au pouvoir.

La différence entre lui et eux est qu'en attendant il ne prétend pas prendre une autre attitude, au caprice des circonscriptions; qu'en attendant il ne cherche pas à s'allier avec des hommes dont les principes sont diamétralement opposés aux siens, en camouflant ceux qui lui sont propres. Telle est la différence entre le ministre de l'Immigration et les honorables députés de la gauche.

Ils ont maintenant l'occasion de montrer au peuple quelle est leur attitude au sujet de cette politique. Sont-ils prêts à s'en tenir au programme de 1919? Si oui, que cette session, que ce débat n'aillent pas plus loin, afin que les honorables membres s'en tiennent carrément au discours du trône et disent au peuple canadien ce qu'ils pensent du tarif. Telle peut être la seule question en jeu, s'il doit y avoir dissolution du Parlement.

Mon honorable ami nous traite d'usurpateurs, et le reste, parce que nous gardons le pouvoir. Savez-vous ce qu'il a déjà fait dans l'Ouest? Connaissez-vous les tactiques de sa presse, presse des plus serviles? Eh bien! elle déclare dans ces provinces, aujourd'hui, que si le Parlement est dissout en ce moment, ce sera un "fier truc" de la part du premier ministre. Mon honorable ami savait-il cela? Si la Chambre est dissoute, disent ces feuilles, avant que les électeurs de l'Ouest puissent, par un bill de remaniement, exprimer leur opinion sur la politique du pays, si nous décidons de dissoudre le Parlement, ce sera un fier truc de la part du premier ministre. Voilà ce que disent les organes de l'Ouest, des organes qui appuient mon honorable collègue. Eh bien! s'ils tiennent ce langage avant que nous dissolvions les Chambres, que ne diront-ils pas après? Pensez-vous que "fier truc" serait aucunement comparable avec le langage qu'ils tiendraient alors? Allons donc! d'un bout à l'autre du pays la presse libérale pousserait des rugissements de protestations  --  et je ne doute pas que le chef de l'opposition en serait  --  sous prétexte que nous aurions dépouillé le corps électoral des voix auxquelle il a droit au Parlement; que nous aurions étouffé ces voix durant cinq ans uniquement pour escamoter un verdict favorable du peuple.

Que le chef de l'opposition jette un coup d'oeil sur les colonnes du Calgary Albertan, un journal qui lui est absolument dévoué et qu'il y voie si un défi m'est adressé de dissoudre le parlement et de refuser à l'Ouest ses droits. J'invite l'attention des députés qui siègent dans l'angle opposé, sur ces faits. Veulent-ils que l'Ouest soit représenté par une fraction de sa représentation juste et régulière dans un parlement qui peut durer cinq ans? Pensentils qu'il est préférable d'agir ainsi pour obtenir un verdict sur la question du tarif dans l'état où se trouve cette question aujourd'hui par suite des manipulations des honorables députés d'en face? Mon honorable ami de Red-Deer pense-t-il que cela en vaille la peine? Je voudrais bien qu'il se prononce.

L'Ouest aura indubitablement le droit en raison du recensement à dix ou vingt-cinq sièges dans le Parlement  --  personne ne peut le dire exactement. Si la Chambre

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est dissoute avant la nouvelle répartition, cette représentation lui est refusée. Si cette Chambre est dissoute on ne peut y gagner qu'un verdict confus et d'une interprétation absolument impossible sur la question du tarif, que ne peut mener un gouvernement à rien et qui ne peut pas être pour lui un mandat. On ne peut vraiment s'attendre à aucun résultat, sauf l'élection d'un groupe compact de cette Chambre, nombreux ou faible, avec la déception pour les deux ailes de l'autre groupe. C'est le seul verdict que l'on puisse obtenir dans les conditions qui existent aujourd'hui. En conséquence, je vous déclare, monsieur l'Orateur, que dans les circonstances actuelles, que dans l'état de la politique, après la discussion des principes publics qui ressortent des déclarations et des discours des hommes publics, la tâche claire du Gouvernement, pour le moment du moins, est de continuer et de persister dans sa politique aussi longtemps qu'une majorité des membres de cette Chambre fera confiance au Gouvernement.

Nous avons l'intention d'accomplir cette tâche. Nous avons essayé de nous en acquitter depuis trois ans et demi. Je ne crois pas qu'on trouve dans l'histoire du Canada un autre gouvernement qui se soit appliqué avec plus de zèle à remplir son programme, qui ait songé d'une manière plus claire, plus définie et plus résolue à remplir tous les devoirs d'un gouvernement, et en agissant ainsi, par quelques-unes de ses méthodes qui étaient pourtant dans l'intérêt public, il a brisé son organisation de parti d'un bout à l'autre du pays. Tels sont les états de service de ce Gouvernement. A partir d'aujourd'hui jusqu'à la dissolution de la Chambre nous avons l'intention de continuer à remplir la tâche que nous avons accomplie jusqu'à ce jour. La méthode que nous suivons sera soumise à ce Parlement élu par le peuple, et tant que nous jouirons de la confiance de la population du pays nous ne nous laisserons pas dévier de notre course ni effrayer par les déclamations du chef de l'opposition.

Voici mon dernier mot. Dans les derniers mois qui viennent de s'écouler, depuis que j'ai eu l'honneur de m'acquitter du mieux que j'ai pu de la responsabilité qui m'est dévolue actuellement, je n'ai négligé aucune occasion d'obtenir des leaders des honorables députés de l'opposition des déclarations claires et précises de leur position sur la question qui devrait, suivant eux, être soumise à la décision du pays. Je regrette de dire que je n'ai pas réussi. Le discours du trône renferme cette grande question importante ainsi que d'autres qui sont, soumises à la discussion de cette Chambre. La position du Gouvernement sur cette grande question est absolument claire et l'occasion est donnée aux honorables députés de l'opposition de toutes les nuances d'opinion et de toutes les parties du pays d'exposer en toute franchise leur opinion. Qu'ils remplissent d'abord ce devoir et jusque-là qu'ils ne disent pas que le pays a quelque chose à décider.

(La séance est levée à neuf heures et vingt minutes.)


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Source : Canada. Parlement. Chambre des communes. Débats de la Chambre des communes. 13e législature, 5e session (14 février 1921-6 mars 1921). Ottawa : F.A. Acland, 1921. Pages 3-40.


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