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Allocution adressée au Club Confederation, Kitchener (Ontario), le 16 août 1993

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J'ai passé des mois à parcourir le pays pour en apprendre davantage sur les préoccupations et les espoirs de mes concitoyennes et concitoyens  --  pour eux-mêmes, pour leurs familles, pour le Canada. Nous vivons dans un pays varié, aux points de vue et aux besoins variés, mais une chose nous unit tous : le désir profond que les gouvernements reviennent à l'essentiel et s'en tiennent aux choses fondamentales. Les gens veulent que les gouvernements concentrent leur attention sur les sujets qui leur tiennent à coeur. Non pas sur l'accessoire, mais sur l'essentiel. Non pas sur les belles promesses, mais sur les progrès réels.

Les gens veulent être traités avec respect, qu'il s'agisse de leurs dollars, de leurs priorités ou de leur avenir. D'après les Nations Unies, le Canada est l'un des meilleurs endroits où vivre. Mais cette vérité était connue du reste du monde bien avant que l'ONU n'entreprenne de mesurer la qualité de vie dans les différents pays. Les centaines de milliers d'immigrants venus de contrées lointaines le savaient; ils savaient que notre pays était spécial, que notre prospérité, la paix qui régnait chez nous et notre compassion nous classaient dans une catégorie à part.

Bien avant que l'expression ait eu cours, le Canada était de classe internationale. Et c'est alors que le rêve canadien a pris forme. Nous avons pu nous doter de l'un des niveaux de vie les plus élevés au monde. Nous avons mis en place un réseau de programmes sociaux, convaincus que nous pouvions aspirer aux soins de santé, à l'éducation et à la dignité non pas parce que nous étions riches mais parce que nous étions Canadiens. Nous avons bâti une communauté fondée sur le droit et sur un profond respect des droits et des responsabilités de chacun. Et nous avons édifié une fédération libre, une démocratie libre, dans un monde où la liberté est inconnue d'un trop grand nombre.

Voilà ce que nous avons réalisé. Mais les Canadiens craignent aujourd'hui que ces réalisations ne soient compromises. Que ce qui nous a définis comme pays soit en train de nous échapper. Que ce qui a fait du Canada un grand pays soit sérieusement menacé.

Lorsque vous déménagez à Ottawa, vous vous habituez à entendre toutes sortes de mots. Des grands mots; des mots aseptisés, des mots émanant du monde des notes de service, un monde étranger à celui dans lequel vivent la plupart des gens. Vous les avez sans doute entendus vous-mêmes : compétitivité mondiale, ajustement structurel. Je ne sais pas ce que ces termes signifient pour un banquier. Mais je sais ce qu'ils signifient pour les citoyens. Pour eux, c'est ce jeune de Kitchener qui quitte l'école sans qualifications particulières et qui ne peut se trouver d'emploi dans une industrie où des qualifications sont essentielles. C'est la jeune mère célibataire de Fredericton qui veut apprendre, mais qui n'en a ni le temps ni les moyens parce qu'elle doit travailler. C'est le travailleur d'âge moyen d'une industrie en déclin de Montréal qui est mis à pied et a peu de chances d'être réembauché, et qui n'a par ailleurs ni les compétences ni la formation pour faire autre chose. C'est enfin le triste sort de beaucoup trop de jeunes qui font bien davantage dans le rap que dans Rimbaud, qui sont bien plus familiers avec MusiquePlus qu'avec les maths. Cette réalité est dure à supporter. Elle fait mal aux gens, elle détruit l'espoir et elle mine les familles.

Le gouvernement ne peut rester inactif ou blâmer le marché, et demander à ses citoyens de se résigner à la cruauté du capitalisme sauvage, ou du destin. Ça reviendrait ni plus ni moins à blâmer la victime. Les défis auxquels nous nous mesurons sont fondamentaux. Manifestement, notre génération doit les attaquer de front. Aucune autre ne peut le faire à notre place. Et c'est maintenant ou jamais. Aucune autre chance ne nous sera donnée de réussir.

Pour cela, il faut entre autres se faire à l'idée que la réalité canadienne s'est profondément transformée. Comme pays, comme économie, nous avions coutume de tenir pour acquis que les forêts, les poissons et les ressources tirées du sous-sol et de la terre assureraient notre avenir et celui des générations futures. Eh bien, si ce fut déjà le cas, ce ne l'est plus maintenant. D'autres sont capables de produire des ressources naturelles de façon aussi économique que nous, sinon à moindre coût. Et même lorsque nous connaissons du succès dans le secteur des ressources, les emplois y diminuent en raison des moyens de production plus avancés.

La tendance est aux industries à valeur ajoutée, à la prestation de services plutôt qu'à la production de biens. La tendance n'est plus à la récolte de denrées, mais plutôt à la récolte d'idées. Voilà bien plus qu'un constat sur l'économie. Ce réalignement a des repercussions sur l'éducation, sur l'apprentissage, sur nos jeunes, sur notre avenir. La question fondamentale que nous devons nous poser ne fait pas de doute : avons-nous ce qu'il faut pour faire face à la musique? La réponse, malheureusement, ne fait elle aussi pas de doute : nous n'avons pas tout ce qu'il faut. Nous n'apprenons pas assez pour faire face au présent et sûrement pas assez pour faire face à l'avenir.

Le Canada est le seul pays industrialisé au monde qui n'ait pas de ministère national de l'Éducation. Je sais que l'éducation relève des provinces. C'est en toutes lettres écrit dans la Constitution et je n'ai aucunement l'intention de contester ou de changer cette réalité. Et je ne suis vraiment pas intéressée  --  pas plus que le pays d'ailleurs  --  à engager de nouveaux combats constitutionnels. Dieu sait que chaque gouvernement au Canada a déjà assez de pain sur sa planche! Nous n'avons pas besoin d'en rajouter. Nous devons plutôt faire mieux avec ce que nous avons. Nous devons aussi être de bons partenaires au service d'une bonne cause. Les provinces et les communautés d'un bout à l'autre du pays font un excellent travail en cherchant à améliorer notre bilan en matière d'éducation et de formation. Je suis particulièrement heureuse du travail effectué par le Conseil des ministres de l'Éducation au sujet du testage et de l'évaluation de la performance des étudiants.

À mon avis, toutefois, le gouvernement national a aussi un rôle a jouer dans ce domaine. Non pas pour dicter, mais pour faciliter. Non pas pour agir isolément, mais pour travailler de concert avec d'autres. Cette question, cependant, n'intéresse sûrement pas que les gouvemements; les écoles, les parents, le secteur privé, les syndicats sont aussi concernés. Nous ne relèverons pas le défi en agissant isolément comme gouvernements, ou comme société. Mais nous réussirons si nous agissons de concert.

C'est effectivement ce que nous commençons à faire à beaucoup d'endroits, de diverses façons. La réputation de l'Université de Waterloo tient à la fois à la qualité de l'enseignement qui y est dispensé et à la qualité du partenariat entre cette institution et le secteur privé. Dans la région de Kitchener-Waterloo, un centre d'emploi novateur, qui forme des sans-emploi et leur cherche du travail, a atteint un taux de réussite de 70 %. Au Nouveau-Brunswick, un nouveau partenariat fédéral-provincial très prometteur qui fait appel à tous les secteurs de la société aide les gens à mieux apprendre, à obtenir un emploi et à le garder. Le chômage est en baisse, le nombre d'analphabètes aussi. La formation, elle, est en hausse. Ottawa et Québec ont réalisé un consensus sur les grands principes d'une stratégie plus rationnelle, plus coopérative et plus efficace en vue d'aider les travailleurs à trouver un emploi et à le garder.

Il ne s'agit pas de changement constitutionnel déguisé, mais d'un effort délibéré pour mieux servir les Canadiens et les Canadiennes. Nous voulons réunir sous un seul toit les moyens qui servent à aider les travailleurs. Nous voulons mettre un terme à la pratique insensée et inhumaine qui consiste à forcer des gens dans le besoin à courir aux quatre coins de la ville, d'un bureau à l'autre, à téléphoner à gauche et à droite, à être mis en attente alors qu'ils ont besoin d'aide. Nous voulons amener les gouvernements, le milieu des affaires, les syndicats, les associations éducatives et d'autres groupes à s'asseoir autour d'une table et à prendre des décisions plutôt que de s'affronter et se disputer. Et nous reconnaissons par là que les résidants de Trois-Rivières  --  ou de Truro ou de Toronto  --  sont bien plus susceptibles de savoir ce dont ils ont besoin qu'une bande de bureaucrates à Ottawa. Je pense que cette nouvelle approche peut donner des résultats. Elle est offerte à toutes les autres provinces. En fait, des discussions se poursuivent actuellement avec d'autres provinces, dont le Nouveau-Brunswick et l'Alberta. C'est, à mon avis, une façon de mettre la sagesse du fédéralisme au service du bien-être des Canadiens et des Canadiennes.

Il y a certainement beaucoup à faire. Jugez-en par vous-mêmes. L'Organisation de coopération et de développement économiques  --  l'OCDE --, qui étudie et évalue de façon objective les économies industrialisées, juge que la performance du Canada dans le domaine de l'éducation se situe dans la moyenne. Qui dit moyen dit médiocre. Au Canada, le taux d'abandon au secondaire est d'au moins 20 %. Au Japon, il est de 2 %. Les universités sont obligées de se transformer en écoles secondaires et d'enseigner à des étudiants de 20 ans des rudiments qu'on aurait dû leur inculquer à 12 ans. Trois Canadiens sur dix ont des problèmes de lecture et quatre sur dix ont de la difficulté à compter.

Il s'écoule nettement trop de temps entre la fin des études et le debut de la formation en cours d'emploi; souvent, on ne parle pas de mois mais bien d'années. Nous formons les gens à des emplois qui n'existent pas, et nous ne les formons pas à des emplois qui existent. Nous devrions initier les mécaniciens au fonctionnement des moteurs à injection, et non des carburateurs.

La solution à ces problèmes ne réside pas dans une nouvelle mise de fonds, du moins certainement pas de la part des gouvernements. Comme gouvernements, nous consacrons plus de crédits, par habitant, à l'éducation et à la formation que presque tout autre pays industrialisé  --  environ 55 milliards de dollars par année. La solution n'est pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux. C'est de savoir pourquoi et comment nous devons améliorer notre performance.

Quand les gens de ma génération étaient jeunes, ils tenaient pour acquis qu'ils avaient un vrai choix : ils pouvaient soit poursuivre leurs études, soit travailler. Il y a dix jours, j'étais à Prince George, dans ma province natale de la Colombie-Britannique. Du temps de ma jeunesse, les jeunes pouvaient choisir : ils pouvaient soit aller à l'université à Vancouver soit travailler dans une des scieries de la ville ou dans l'industrie forestière. Ce choix existe-t-il encore? L'industrie forestière fait de bonnes affaires, mais l'effectif est plus réduit. Les habitants de Prince George savent ce que signifie ce changement. En fait, on y crée une université, car on se rend compte qu'une bonne éducation n'est plus un luxe aujourd'hui, mais bien une nécessité.

Dans le passé, qu'on ait voulu l'admettre ou non, l'éducation supérieure était souvent réservée à l'élite. Elle était ouverte à tous, mais certains n'en n'avaient pas besoin, d'autres n'en voulaient pas et d'autres encore n'en avaient tout simplement pas les moyens. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons nous permettre un système d'éducation qui tient à l'écart des dizaines de milliers de gens, soit parce qu'ils sont handicapés ou démunis, qu'ils ont des obligations familiales ou qu'ils sont du mauvais sexe. C'est beaucoup plus qu'une question de justice. Il s'agit de tirer le maximum de notre potentiel en tant que peuple. Dans le passe, on croyait qu'on finissait d'apprendre avec la fin de la jeunesse. Que l'école était, comme l'adolescence, une étape parmi tant d'autres. Aujourd'hui, nos jeunes peuvent s'attendre à changer d'emploi cinq ou six fois durant leur vie active. Et même s'ils conservent le même emploi, il se transformera sous l'effet de nouvelles technologies et techniques, et d'exigences nouvelles. L'éducation permanente n'est pas un slogan; elle est en voie de devenir un produit de première nécessité. Aujourd'hui, plus que jamais, pour gagner il faut apprendre.

Comme gouvernement, nous avons adopté des mesures en vue d'aider les travailleurs à acquérir une meilleure formation, à s'adapter. Aujourd'hui, le gouvernement fédéral consacre 3,8 milliards $ par année aux programmes de formation et de réembauchage. Cette année, nous avons alloué 300 millions $ sous forme d'aide spéciale aux travailleurs qui ont été mis à pied après plusieurs années dans leur emploi. Et nous négocions des partenariats avec l'industrie, les syndicats et les provinces pour améliorer la formation, donner aux travailleurs les compétences dont ils ont besoin pour réussir, et répondre aux impératifs économiques des années 1990.

J'estime cependant que le milieu des affaires doit faire mieux. Les travailleurs sont l'actif le plus précieux de nos entreprises. Bien plus importants que les usines et la technologie, ils représentent la plus grande ressource naturelle du pays. Il serait ridicule, imprévoyant et injuste de vouloir moderniser la technologie tout en dévalorisant nos travailleurs.

Mais voyez ce qui se fait. Les gouvernements au pays consacrent à la formation des travailleurs deux fois et demie ce que dépensent les gouvernements américains. Mais il a été estimé dans le passé que les sociétés canadiennes n'affectent que la moitié du montant investi par les firmes américaines, le cinquième de celui investi par les entreprises japonaises et le huitième des fonds que les entreprises allemandes destinent à cette activité. Des études montrent qu'à peine 31 % des sociétés canadiennes forment leurs employés et, dans la plupart des cas, il s'agit de formation de base dans les domaines de l'hygiène et de la sécurité. Une telle situation, au jour d'aujourd'hui, est totalement inacceptable.

Nos lacunes au chapitre de l'éducation et de la formation sont très coûteuses. On parle de milliards de dollars. Pensez-y. On estime que l'analphabétisme coûte plus de 14 milliards $ par année à l'économie canadienne. Ce n'est pas une coïncidence si le taux d'analphabétisme est plus élevé dans nos prisons que partout ailleurs dans notre société. Ce n'est pas une coïncidence si les prestataires de bien-être social et d'assurance-chômage à long terme n'ont souvent pas les compétences nécessaires pour obtenir, et garder, un emploi. Si nous parvenons à mieux apprendre, nous allons épargner des milliards. Et nous pouvons aussi gagner des milliards grâce à des échanges accrus, en ayant de meilleurs produits et de meilleurs services à offrir. Mais il ne s'agit pas que de dollars. C'est aussi une question de dignité et de liberté. L'analphabétisme est une prison. Décrocher de l'école aujourd'hui, c'est décrocher de la vie. Une formation insuffisante constitue une menace pour la sécurité personnelle. L'éducation donne du pouvoir. La connaissance affranchit, et le savoir permet à l'esprit humain de prendre son envol.

Je veux aujourd'hui vous parler d'une série d'initiatives que nous prenons, de concert avec nos partenaires, pour aider le Canada à mieux apprendre et à gagner davantage. Par le passé, nous avons eu tendance à avoir une vue très restreinte de l'acquisition de connaissances, à le concevoir en termes d'écoles, de salles de classe et de manuels. Mais il ne s'agit là que d'enseignement; ce n'est pas le point de départ d'une éducation efficace.

Nous devons adopter une conception qui privilégie davantage la prévention. Nous devons reconnaître le rôle que jouent la santé physique et mentale et la santé de la famille dans la création d'un milieu où les enfants commencent dès la maternelle avec les meilleures chances possibles de réussir. C'est pour cette raison que le gouvernement a mis en place Grandir ensemble, un programme destiné à aider les enfants à risque et leurs familles. Les interventions se font avec la collaboration des provinces, par l'intermédiaire de projets communautaires. Un Programme d'action communautaire a pour objectif d'aider des groupes au sein de communautés à risque élevé à organiser des projets de prévention et d'intervention dans le cas des enfants à risque. Des protocoles ont été signés avec trois provinces et territoires. J'ai demandé qu'on conclue et qu'on mette en application les protocoles avec les autres provinces le plus tôt possible afin que ce programme puisse aller de l'avant sans plus tarder.

Un deuxième défi. Je crois que les connaissances de base traditionnelles, la lecture, l'écriture et le calcul, n'ont jamais été plus importantes. Mais la liste des connaissances essentielles s'est allongée. Nous ne cessons de parler de l'arrivée de l'ère informatique. Mais partout au pays, et surtout dans les communautés moins prospères, les écoles manquent d'ordinateurs. Trop de nos écoles n'en n'ont pas assez et certaines n'en n'ont pas du tout. Nous risquons de nous retrouver aux prises avec une autre forme d'analphabétisme fonctionnel. Pour aider à corriger ce problème, j'ai donné l'ordre à tous les ministères fédéraux de faire don aux écoles des systèmes informatiques qu'ils doivent remplacer. Ce programme L'informatique à l'école permettra de donner aussi bien des logiciels que du matériel informatique. Les directeurs d'école, les enseignants, les parents et nos partenaires du secteur privé détermineront où les besoins sont les plus grands.

Nous collaborerons aussi avec les provinces et l'industrie pour élargir la portée du Réseau électronique scolaire, un projet devant permettre de relier les écoles par l'informatique et donner aux étudiants l'accès à des informations importantes en science et en mathématiques. Douze écoles participent au projet pilote en cours. Leur nombre passera à trois cents et, à terme, toutes les écoles du Canada seront reliées électroniquement.

Un troisième défi. Il est crucial, à mon avis, de savoir pourquoi certaines écoles ont un meilleur taux de réussite que d'autres. Nous voulons corriger ce qui ne marche pas, mais pour y arriver, il nous faut savoir ce qui marche. C'est pourquoi nous mettons en route un projet d'Écoles modè!es qui analysera le fonctionnement de vingt écoles qui connaissent du succès. Les résultats de ce projet devraient aider chaque école et chaque étudiant au pays.

Un quatrième défi. Je crois qu'il est important de se pencher sur les obstacles qui bloquent l'accès à l'éducation. Les règles que nous avons pour encourager l'acquisition du savoir n'atteignent parfois pas leur but. Elles dressent des obstacles plutôt que de les supprimer. Par exemple, l'actuel crédit d'impôt pour études ne donne pas tous les résultats escomptés, à mon avis. Il ne reflète pas la croissance des coûts associés aux études. Il défavorise les étudiants à temps partiel. Il ne tient pas compte des besoins particuliers des parents célibataires qui ont besoin de services de garde d'enfant pour pouvoir aller à l'école.

Selon moi, nous devons mettre en place un nouveau régime de crédit d'impôt pour études qui accroisse la déduction pour études à temps plein, reconnaisse pour la première fois les études à temps partiel, accorde aussi pour la première fois aux étudiants à temps partiel des déductions pour les frais de garde et réponde mieux aux besoins des parents célibataires. J'ai demandé au ministre des Finances d'examiner d'urgence cette question.

Un cinquième défi. Les personnes handicapées méritent certainement une aide spéciale, qu'il s'agisse d'éducation et de formation ou de chercher et de conserver un emploi. Ce n'est pas une question de charité. C'est vouloir les aider à réaliser leur potentiel de façon que le pays puisse également réaliser le sien. J'annonce aujourd'hui le renouvellement d'accords de partage des coûts avec toutes les provinces et les territoires afin que les personnes ayant des handicaps aient l'occasion d'enrichir leur vie et celle de leur pays. Ces accords permettront de consacrer plus de 500 millions de dollars à des services de counselling, à la formation et à l'achat de fauteuils roulants et de livres.

Un autre défi. Souvent, lorsque les nouveaux diplômés cherchent de l'emploi, ils n'ont pas les fonds, les capacités de gestion ou la formation pour se lancer en affaires. Les banques leur opposent fréquemment une fin de non-recevoir, et de jeunes entrepreneurs, aux bonnes idées, sont abandonnés à eux-mêmes. Nous mettrons en place un programme pour aider à répondre à ces besoins. Il comportera des activités de formation, permettra aux jeunes entrepreneurs d'obtenir des emprunts pour demarrer; il favorisera l'esprit d'indépendance et la prospérite et il créera des emplois.

Enfin, et peut-être est-ce le plus important, le moment me semble finalement venu de réformer le Programme canadien de prêts aux étudiants. Pour des centaines de milliers d'entre nous, ce programme a revêtu une importance cruciale. Pour ma part, je n'aurais pu fréquenter l'université sans un prêt étudiant. Mais aucun changement fondamental n'a été apporté au système actuel depuis 1964 et il est loin de fonctionner aussi bien qu'il le devrait. Nos étudiants en souffrent, et le contribuable paye.

Il y a plusieurs problèmes à corriger. Seulement au cours des cinq dernières années, les étudiants ont vu leur coût de la vie grimper de 30 % sans pour autant que le plafond des prêts soit modifié. Certains étudiants qui n'ont pas vraiment besoin de prêts les obtiennent alors que d'autres, qui en ont besoin, en sont prives ou reçoivent des montants insuffisants. L'aide offerte aux etudiants à temps partiel n'est pas suffisante, malgré que les études à temps partiel soient plus répandues, et plus nécessaires. À la fin de leurs études, certains sont très endettés et très peu en mesure de rembourser leurs prêts. Le régime actuel coûte des centaines de millions de dollars à cause d'inefficacités et du non-remboursement de prêts, et tout cet argent ne va pas dans les poches des étudiants. Les non-remboursements des prêts ont atteint des proportions alarmantes  --  plus de 33 000 l'an dernier seulement. Ils totalisent aujourd'hui plus d'un milliard de dollars et occasionnent des frais de 200 millions par année. De fait, des anciens étudiants en mesure de rembourser leurs prêts privent aujourd'hui des étudiants du soutien qu'ils méritent.

De concert avec les provinces, nous allons mettre en place des réformes qui s'attaquent à ces problèmes. Malgré l'augmentation des coûts que doivent supporter les étudiants, les prêts consentis en vertu du programme plafonnent à environ 3 500 $ par année. Nous allons porter ce plafond à 5 100 $. Nous relèverons de 2 500 à 4 000 $ l'aide qui peut être consentie aux étudiants à temps partiel. Nous fournirons des subventions différées et des exemptions d'intérêts à ceux qui sont le plus dans le besoin. Nous modifierons la structure financière du Programme afin d'en réduire substantiellement les coûts et de faciliter les poursuites contre ceux qui ne remboursent pas. Nous augmenterons l'aide offerte aux personnes handicapées. Nous fournirons des subventions spéciales aux groupes à risque, comme les parents célibataires, qui sont actuellement exclus du système. Enfin, nous prendrons des mesures afin de corriger le problème de l'importante sous-représentation chronique des femmes dans les programmes canadiens de doctorat, notamment en science, en mathématiques et en génie. Globalement, et grâce à une plus grande rigueur financière, ces mesures permettront de mettre chaque année des millions de dollars directement entre les mains de nos étudiants.

Certes, aucune des initiatives que j'ai décrites aujourd'hui ne fera de miracles. Aucune n'aura d'effet instantané. Et aucune mesure ne sera efficace si nous ne travaillons pas ensemble. Nous progressons à grands pas. Mais il nous reste beaucoup de chemin à faire. Nous avons mis fin à l'étude isolée des problèmes. Nous devons tenir compte du fait que le milieu familial influe sur la réussite scolaire. Qu'il ne suffit pas que les étudiants fassent des études s'ils n'apprennent pas les bonnes choses. Que la formation est essentielle pour qu'on puisse bien apprendre à l'école et par la suite. Que, pour les entreprises et les travailleurs, l'éducation et la formation ne devrait pas s'arrêter à la fin des études. Et, tout comme nous ne devons plus isoler les problèmes liés à l'acquisition des connaissances, nous ne devons pas non plus fonctionner de façon isolée. Peut-être suffisait-il par le passé de s'en remettre à l'école. Peut-être était-il acceptable que les entreprises et les gouvernements se tiennent à l'écart, que les parents, les collectivités, les gouvernements et les entreprises travaillent isolément.

Au bout du compte, le leadership commande d'agir seul si on est persuadé d'avoir raison. Mais le leadership avisé commande aussi la concertation, car rien n'est plus fort qu'un véritable consensus. Je crois qu'il faut bâtir au pays un consensus sur la question de l'apprentissage. Je parle de ce que veut la population canadienne.

Nous nous entendons assurément sur le fait que notre performance sur l'essentiel laisse à désirer, que nous ne réussissons pas suffisamment à garder nos enfants à l'école. Nous nous entendons assurément sur la nécessité de mieux faire dans les écoles, au travail, et dans l'intervalle, afin de préparer nos jeunes, de leur donner les capacités et la flexibilité nécessaires pour occuper de bons emplois et poursuivre des carrières enrichissantes. Nous convenons assurément que personne ne devrait être empêché d'apprendre parce qu'il est handicapé ou désavantagé. Et nous reconnaissons assurément que nous pouvons mieux travailler ensemble.

Selon moi, les Canadiens et Canadiennes souhaitent d'abord et avant tout que leurs enfants aient au moins les mêmes possibilités, les mêmes chances qu'ils ont eues et ils craignent que ce ne soit pas le cas. Nous devons faire en sorte que leurs souhaits puissent se réaliser. Apprendre n'est pas la seule solution, mais c'est l'une des solutions essentielles.

Je ne prétends certes pas à une sagesse particulière. Mais j'ai été étudiante et enseignante. J'ai été commissaire d'école et j'ai fait partie de gouvernements au niveau provincial et fédéral. J'ai pu constater toute la douleur qui accompagne l'insuccès, mais aussi tout le plaisir que peut procurer la joie d'apprendre. J'étais là lorsque nous nous sommes battus les uns contre les autres plutôt que de nous battre pour nos étudiants, pour notre jeunesse, pour leur réussite. Et j'ai été à même de constater les progrès qui peuvent venir du partenariat, des gens eux-mêmes.

Je veux simplement vous promettre aujourd'hui  --  sans perdre de vue les droits et les rôles d'autres intervenants, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du gouvernement  --  que le gouvernement du Canada agira lorsque cela s'imposera, qu'il prendra l'initiative là où il le pourra et qu'il aidera à établir des consensus lorsqu'il sera indiqué de le faire. Après tout, rien n'est plus important que de s'assurer que la prochaine génération ne sera pas la génération perdue mais qu'elle se réalisera pleinement, qu'elle sera plus prospère et plus instruite et qu'elle pourra de nouveau rêver.


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Source : Campbell, A. Kim. Notes pour une allocution de la première ministre Kim Campbell devant la Confederation Club, Kitchener. Ottawa : Cabinet du Premier ministre, 1993. 9 p.


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