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Le premier ministre s'adresse à son peuple, le 2 janvier 1935


Le premier ministre s´┐Żadresse à son peuple

L´┐Żémission radiophonique de janvier du premier ministre publiée sous forme de livre

LE PREMIER DISCOURS
Prononcé à Ottawa le mercredi,
2 janvier, 1935, de
21 h à 21 h 30

Avec une préface de Stephen Leacock, B.A., Ph.D., LL.D.
Chef du Département d'économic politique de l'Université McGill

[ page ] 3

INTRODUCTION

Lorsque, le soir du 2 janvier dernier, le très honorable R. B. Bennett, C.P., K.C., député, premier ministre du Canada, s´┐Żest tenu devant le micro à la station radiophonique CRCO d´┐ŻOttawa, l´┐Żhistoire du Canada était en train de s´┐Żécrire. Pour la première fois depuis l´┐Żarrivée de Jacques Cartier dans le golfe du Saint-Laurent, un premier ministre canadien se tenait devant toute la nation canadienne au même moment et a laissé parlé son c´┐Żur par l´┐Żentremise de sa voix.

Seule la magie de la radio pouvait rendre possible un tel miracle moderne. Au total, trente-huit stations de radio étaient reliées par circuits de liaisons collectives à la grandeur du pays. De Vancouver, en C.-B., à l´┐Żouest, à Sydney, en N.-É., à l´┐Żest, en passant par Edmonton, en Alberta, au nord, et par Windsor, en Ontario, au sud, ainsi que par les centaines de milles entre ces points, des millions de Canadiens et de Canadiennes ont entendu le chef qu´┐Żils avaient élu leur faire part de ses réflexions sur les affaires nationales, sur ses projets de réforme des injustices sur le plan commercial, ainsi que sur l´┐Żinstauration d´┐Żune sécurité permanente et durable pour tous les citoyens de son pays grâce à d´┐Żautres réformes.

La série comptait au total cinq émissions. L´┐Żintérêt du public, attiré par les politiques du premier ministre qu´┐Żil avait énoncées dans son premier discours, n´┐Ża cessé de croître avec chaque discours subséquent. Les stations reliées par circuits de liaisons avaient une audience potentielle régulière de 3 000 000 d´┐Żauditeurs. On a estimé que plus de 8 000 000 de Canadiens ont écouté avec empressement le cinquième et dernier discours. Le premier ministre a personnellement assumé tous les coûts.

Les livrets, dont voici le premier, ont été préparés afin d´┐Żavoir un document permanent de ces cinq discours radiophoniques historiques. Comme point culminant approprié, nous avons reproduit le Discours du trône, publié dans le Hansard et prononcé devant le Parlement, et qui énonce le programme du gouvernement et met en ´┐Żuvre le programme de réforme de la sécurité du premier ministre.

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[ page ] 5

AVANT-PROPOS

Par
le professeur STEPHEN LEACOCK, B.A., Ph.D., LL.D.

Chef du Département d´┐Żéconomie politique de l´┐ŻUniversité McGill

IL est possible de dire, de façon littérale, que les discours prononcés à la radio plus tôt cette année par le très honorable R. B. Bennett, premier ministre du Canada, et qui ont été reproduits de façon extensive dans les médias, ont insufflé une nouvelle vie et une nouvelle énergie au pays. Il était grand temps. Pendant cinq ans, nous avions dû faire face de notre mieux aux désastres que nous n´┐Żavions pas causés mais que nous partagions avec tous les autres pays industrialisés du monde, et pour lesquels aucun remède n´┐Żavait encore été trouvé. Nous avons continué ce combat avec détermination, sans nous plaindre, ce qui est une caractéristique de notre peuple. Aucun d´┐Żentre nous n´┐Ża fait preuve de plus de courage dans cette lutte que les membres du gouvernement du Canada et, par dessus tout, que le premier ministre lui-même. Pendant cinq ans, il s´┐Żest attelé à la tâche avec une énergie et une force qui a suscité l´┐Żadmiration même de ses opposants politiques. Grâce à des économies rigides et croissantes, à la sage protection de notre crédit national,  --  qui n´┐Ża jamais été aussi élevé que maintenant,  --  et à l´┐Żélargissement des réseaux commerciaux de l´┐ŻEmpire, il a tenté de soulager la mauvaise fortune qu´┐Żil n´┐Żétait pas encore possible d´┐Żéliminer. Pendant tout ce temps, M. Bennett n´┐Ża jamais proféré de mots qui n´┐Żétaient pas empreints d´┐Żespoir et de confiance ultime en l´┐Żavenir.

Voici maintenant une tentative encore plus importante et plus complète pour faire face à notre mauvaise fortune et y mettre fin. Il est devenu de plus en plus évident aux biens pensants de tous les pays industrialisés que ce qu´┐Żil fallait pour restaurer l´┐Żéquilibre industriel, c´┐Żest pratiquement d´┐Żapporter des changements à notre système social, non pas au niveau de l´┐Żinstitution du socialisme ou du communisme, ou de toute impossibilité révolutionnaire, mais une modification du milieu où évoluent le travail et le capital, les efforts individuels et le gain individuel.

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Il y a un siècle, la doctrine qui primait en ce qui avait trait au contrôle public de l´┐Żindustrie était la doctrine négative de laisser faire les choses, de permettre le libre jeu d´┐Żintérêts privés et la concurrence ouverte afin de réglementer par elle-même la forme et le volume de production, la forme et les conditions de la main-d´┐Ż´┐Żuvre, le montant et la distribution des salaires, des intérêts et des profits. On accordait simplement l´┐Żinstitution de biens, l´┐Żexécution de contrats et la prévention de la violence et de la fraude; la tâche du gouvernement s´┐Żarrêtait là. Le monde tournait tout seul.

Sous des appellations telles que le laissez-faire, le libre-échange, l´┐Żécole de Manchester, le Cobdenisme, et ainsi de suite, cette politique a guidé plus ou moins la vie industrielle de l´┐ŻAngleterre du XIXe siècle. Elle n´┐Ża jamais été tout à fait complète. Même à son apogée, elle a dû céder sa place pour des questions telles que le travail des enfants et des femmes, l´┐Żhygiène publique, ainsi que plusieurs autres, aux allégations d´┐Żinterférence de l´┐ŻÉtat avec la prétendue liberté.

À mesure que le XIXe siècle s´┐Żécoulait, la doctrine de liberté industrielle et de libre concurrence a laissé voir de plus en plus ses défauts et ses désillusions. Il était manifeste qu´┐Żelle n´┐Żétait pas une panacée pour l´┐Żinjustice sociale, l´┐Żinégalité sociale, les crises industrielles, les faibles salaires, l´┐Żinanition des pauvres submergés et l´┐Żopulence intolérable des très riches.

Dans toutes les directions, la politique nationale de laissez faire les choses a été passée au peigne fin avec quelques exceptions, et a subi d´┐Żautres influences. Avec l´┐Żarrivée du XXe siècle et du monde de l´┐Żaprès-guerre, nous avons atteint une époque au cours de laquelle les salaires étaient fixés en grande partie sur une base collective, les profits, du moins au niveau des intentions, étaient étroitement supervisés et l´┐Żindigent recevait directement une aide du gouvernement. En bref, on avait déjà formulé les grandes lignes d´┐Żune nouvelle vision d´┐Żune société réglementée conçue pour satisfaire cette nouvelle ère dans laquelle la production, dans le sens mécanique du terme, avait devancé nos besoins et dans laquelle la libre production individuelle contribuait seulement à briser la machine.

Très naturellement, la solution plus qu´┐Żévidente de la doctrine du socialisme  -  selon laquelle tout le monde travaille pour tout le monde  -  est très défendue. Mais le socialisme signifierait simplement changer la poêle à frire pour le feu. Dans un monde parfait, ce serait une solution idéale. Cependant, dans la réalité,

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cette solution nous mettrait tous sous l´┐Żemprise de la tyrannie d´┐Żun groupe de patrons élus  --  comme un conseil de ville qui s´┐Żest élargi  --  elle nous mettrait à la merci du pillage par les malhonnêtes, de la paresse des bons à rien, de la déception du politicien intéressé.

À défaut du socialisme  --  du moins de cet aspect du socialisme  --  on retrouve l´┐ŻÉtat réglementé, qui continue de donner des récompenses individuelles, mais selon un ensemble de règles plus équitables pour ce faire. Jusqu´┐Żà maintenant, cet état est uniquement un objet de notre quête; mais, il ne fait pas de doute que nous allons y parvenir. Si l´┐Żon continuait avec le système qui convenait très bien au monde industrialisé d´┐Żil y a un siècle, cela voudrait dire, dans le monde d´┐Żaujourd´┐Żhui, un bon en avant vers un effondrement inévitable.

Le premier ministre a offert de se mettre lui-même à la tête d´┐Żun mouvement national prônant la prise de mesures énergiques par l´┐ŻÉtat pour assurer notre bien-être commun. Comme les lecteurs pourront le constater dans les pages qui suivent, le premier ministre propose d´┐Żorienter le premier objectif de ses efforts sociaux vers le bien-être de la classe ouvrière. Une législation nationale élargie, calculée pour faire en sorte que tous les travailleurs qui le peuvent atteignent un niveau de vie approprié, devrait aisément s´┐Żavérer une première étape vers la reprise à la hausse. Le pouvoir d´┐Żachat ainsi élargi à cause de l´┐Żaugmentation du salaire de millions de travailleurs contribuera à stimuler l´┐Żindustrie elle-même. Comme la dépression a été causée par ce qui la nourrissait, et que l´┐Żeffondrement de chaque industrie a entraîné dans sa suite d´┐Żautres industries, le même processus sera renversé. Chaque gain vers la reprise réalisé par n´┐Żimporte quelle industrie apportera un gain similaire aux autres industries. Ce que fait M. Bennett devrait être perçu au Canada non comme une politique de parti, mais comme une préoccupation nationale. Il doit s´┐Żéloigner du simple jeu du gouvernement et de l´┐Żopposition, des entrées et sorties, et voter et poser des gestes conformes à la foi et à la conscience. Si la Canada accepte la proposition de M. Bennett sous cet angle, il ne fera donc pas de doute quant au résultat.

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[La page 8 est blanche.]

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LE PREMIERS DISCOURS
Prononcé à Ottawa le mercredi,
2 janvier 1935, de
21 h à 21 h 30

Le temps est venu pour moi de vous parler avec la plus grande franchise des affaires du pays, car il est important pour votre bien-être que vous les compreniez. Nous vivons un moment important de l´┐Żhistoire de notre pays. Des questions capitales attendent votre décision. Nous devons maintenant planifier la route que nous suivrons. Il existe une route qui nous mènera vers la sécurité, et j´┐Ży crois de tout c´┐Żur. Mais c´┐Żest à vous qu´┐Żil revient de décider si nous allons la suivre ou non. J´┐Żai confiance que la décision que vous prendrez sera la bonne une fois que vous aurez étudié les faits attentivement et avec assiduité. Vous appuierez alors la décision que vous aurez jugé comme étant pressante; vous vous efforcerez d´┐Żatteindre le succès, car c´┐Żest le succès qui déterminera l´┐Żavenir du Canada.

Au cours des cinq dernières années, de grands changements sont survenus dans le monde. L´┐Żancien état des choses est maintenant révolu. Il ne reviendra plus. Nous vivons des conditions qui sont nouvelles et étranges pour nous. Votre prospérité exige des conditions de l´┐Żancien système, de sorte que, selon ces nouvelles conditions, ce vieux système peut vous servir adéquatement. Le moment est maintenant venu d´┐Żapporter ces changements. Sans ces derniers, il est improbable que d´┐Żautres progrès puissent se réaliser. Pour comprendre les changements et les modifications qui doivent être apportés, vous devez tout d´┐Żabord comprendre les faits qui entourent la situation actuelle. Pour ce faire, vous devriez manifestement avoir présent à l´┐Żesprit ce qui s´┐Żest produit au cours des cinq dernières années, les façons dont nous avons fait des progrès, et les façons dont nous n´┐Żen avons fait aucun. Pour ce faire, pour décider avec discernement, vous devez être en mesure de juger les actes du gouvernement pour pallier à vos difficultés, qui ont laissé intacte la structure industrielle et financière et qui ont préparé la voie pour les réformes qui doivent maintenant être apportées.

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Les Canadiens ne sont pas ceux à qui l´┐Żon devrait cacher des faits déplaisants. Les gens de ce pays sont de nature optimiste, mais ils sont également réalistes. Ils exigent la vérité, même si elle est troublante. Et la vérité EST troublante. Le monde vit une situation tragique. Les signes de la reprise sont peu nombreux et douteux. Les signes de difficultés sont nombreux et ne vont pas en diminuant. Les gens recherchent pitoyablement la sécurité et la prospérité. Ils les trouveront uniquement lorsque chaque nation, qui aura décidé de réaliser sa propre régénération, se réunira avec les autres, tout en ayant à l´┐Żesprit que même les nations présentes les plus puissantes ne sont pas réellement indépendantes sur le plan économique des autres nations.

Ce temps n´┐Żest pas encore venu. En attendant, le danger nous guette.

Nous allons nous battre

Cette discussion de nos affaires nationales prendra du temps. Elle doit être exhaustive. Nous traiterons de toutes les phases de la situation, car il est primordial que vous soyez en pleine connaissance des faits. Pour ce faire, j´┐Żai décidé de préparer une série de discussions d´┐Żune durée d´┐Żune demi-heure qui seront radiodiffusées. Je vous demande de me prêter la plus grande attention. J´┐Żaurais aimé de tout c´┐Żur n´┐Żavoir que de bonnes nouvelles à vous annoncer. Quand une personne est à la tête du gouvernement de ce pays depuis quatre ans, qu´┐Żelle a fait de son mieux et qu´┐Żelle a travaillé de toutes ses forces pour vous apporter la sécurité, c´┐Żest avec un regret inexprimable qu´┐Żelle doit maintenant vous parler comme je dois le faire. Mais les faits, bien qu´┐Żils soient graves, ne me découragent pas. Ils ne vous décourageront pas non plus. Je suis profondément inquiet, mais je ne peux jamais douter du triomphe à venir de ce pays si vous vous rangez du côté du progrès et de la réforme. Car, alors, nous allons nous battre, vous et moi, et nous gagnerons.

Pour commencer, je vais parler des conditions qui régnaient en 1930 et de leur évolution depuis ce temps-là. Je vous parlerai ensuite des politiques que le gouvernement a adoptées durant cette triste période. Puis, je discuterai de la nature des mesures prises par le gouvernement. Vous vous rendrez compte qu´┐Żil s´┐Żagissait des seules mesures que les circonstances nous permettaient de prendre. Vous direz, je pense, qu´┐Żil s´┐Żagissait des seules mesures qui étaient sages. Puis, je vais vous montrer que le temps est venu d´┐Żapporter des changements importants

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aux politiques du gouvernement. Je sais que vous serez d´┐Żaccord sur la nécessité de ces changements et que vous approuverez le moment de les mettre en ´┐Żuvre. Je vous expliquerai exactement en quoi consiste cette politique et je dévoilerai mes plans pour la mettre en ´┐Żuvre. Une fois que vous serez pleinement informé de se qui s´┐Żest passé ainsi que des conditions qui prévalent aujourd´┐Żhui, je crois que vous appuierez cette politique avec enthousiasme. Sans votre appui, je suis incapable de la réaliser. Par conséquent, lorsque vous aurez examiné attentivement l´┐Żensemble de la situation, je vous demanderai de prendre une décision. Je ne vous presserai pas. Vous aurez amplement le temps d´┐Żessayer le programme de réformes et de vous faire une idée de sa valeur. Je vous inviterai ensuite à me faire part de votre opinion arrêtée pour savoir si nous devons en fait apporter des réformes et si mon programme de réformes est sage. Si vous dites oui, alors je n´┐Żaurai de repos que lorsque ce programme sera mis en vigueur. Mais si vous dites non, si vous êtes satisfaits de l´┐Żétat actuel des choses, si vous croyez qu´┐Żil n´┐Żest pas nécessaire d´┐Żapporter de réformes, si vous estimez que le gouvernement ne devrait rien faire de plus, alors je ne serai plus disposé à occuper mon poste. Car, si vous croyez que nous devrions laisser les choses telles qu´┐Żelles le sont, alors vous et moi avons un point de vue irréconciliable. Je suis en faveur de la réforme.

La fin du laissez-faire

Et, selon moi, la réforme signifie l´┐Żintervention du gouvernement. Elle signifie le contrôle et la réglementation par le gouvernement. Elle signifie la fin du laissez-faire. La réforme annonce une certaine reprise. La reprise ne peut être permanente s´┐Żil n´┐Ży a pas de réforme. Doit-on alors apporter des réformes ou non? Je vous pose carrément la question. J´┐Żaccrocherai le drapeau du progrès au mat. Je somme le pouvoir de l´┐ŻÉtat de lui accorder son appui.

Qui s´┐Żopposera à notre plan de progrès? Il serait très intéressant et instructif de le savoir. Il me semble que le parti qui est en faveur du laissez-faire, qui exige que le gouvernement n´┐Żinterfère pas avec les affaires, qui dit que l´┐ŻÉtat n´┐Ża aucun rôle à jouer en cette période importante, il me semble qu´┐Żun tel parti changera d´┐Żavis lorsqu´┐Żil se rendra compte de ce que le reste des gens pensent sur ce sujet. Il pourra alors décider de vous suivre, vous et moi. Et bien, si ce geste permet de dénoncer ces chefs héréditaires, qui est la réaction, pour qu´┐Żils abandonnent leurs principes d´┐Żinaction, et promettent l´┐Żallégeance à l´┐Żaction, au progrès et à la réforme, ce geste sera bienvenue s´┐Żil est vraiment sincère. Car je travaille et ce, avec acharnement, à une seule fin :

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obtenir des résultats. J´┐Żespère que tous les hommes et que toutes les femmes de bonne volonté, de tous les partis, de toute race et de toute croyance m´┐Żapporteront leur appui, et je les invite sincèrement à le faire.

Nous devons être unis pour un but. Sans cela, nous ne pouvons réussir. Je vous supplie, n´┐Żayez aucun doute sur ce point. Je n´┐Żen ai pas. Si je ne peux recevoir votre appui inconditionnel, je serais mal conseillé d´┐Żaccepter l´┐Żénorme responsabilité d´┐Żassumer le leadership à notre époque.

Je suis disposé à continuer si vous faites en sorte qu´┐Żil m´┐Żest encore possible de vous servir. Mais s´┐Żil y a une personne plus apte à le faire, je serai heureux de lui céder la place. Et ce sera de votre devoir de l´┐Żappuyer, et non de m´┐Żappuyer. L´┐Żavenir de votre pays est en jeu. Ce n´┐Żest pas le moment de laisser la place à vos préjudices ou à vos caprices personnels. Étudiez bien la situation, attentivement et calmement. Puis, choisissez l´┐Żhomme et les politiques qui conviendront le mieux pour y faire face. Soutenez cet homme et ces politiques avec détermination. La nation devrait se ranger derrière lui. Pendant la guerre, vous avez combattu en ne formant qu´┐Żun. Battez-vous maintenant encore en ne formant qu´┐Żun. Car la tâche qui nous attend exige les résolutions et l´┐Żunité du temps de la guerre.

Lorsque mon gouvernement est arrivé au pouvoir en 1930, le système économique du monde tremblait sur ses assises. Un désastre économique, sans précédent dans l´┐Żhistoire de notre civilisation, s´┐Żest abattu sur nous. Nous étions sous l´┐Żemprise de quelque chose d´┐Żencore plus important qu´┐Żune grave maladie. Sa fin fatale a été évitée uniquement par des moyens qui n´┐Żavaient jamais été invoqués auparavant. Nous avons été malades presque à en mourir, mais nous avons survécu. Si nous recevons le bon traitement, nous nous rétablirons complètement.

Mettre fin au chômage

En 1930, le chômage était une question très grave. Il a pris de plus en plus d´┐Żampleur au cours des deux années qui ont suivi. Au cours de la dernière année, nous avons pu faire travailler un grand nombre d´┐Żhommes. Ce fut une vraie réalisation. C´┐Żest un bon départ, mais ce n´┐Żest qu´┐Żun début. En 1930, je vous ai dit que je mettrais fin au chômage. Je m´┐Ży étais engagé. Je maintiens ma position. Le chômage qui sévit au Canada aujourd´┐Żhui est une des conséquences de cette terrible dépression mondiale

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sans précédent. Le mauvais fonctionnement continu de la machine économique internationale a fait du réemploi une chose impossible. Je ne dis pas cela comme une excuse. Je ne fais que citer les faits. Par conséquent, maintenant que le temps est venu, je suis déterminé à essayer de toutes mes forces de corriger le fonctionnement du système au Canada de manière à mettre fin au problème actuel du chômage. Lorsque je dis que je vais corriger le système, je veux dire que je vais le réformer. Et lorsque le système sera réformé et fonctionnera à nouveau à plein rendement, il y aura du travail pour chacun d´┐Żentre vous. Nous pourrons alors nous débarrasser des mesures de redressement. Nous pourrons alors laisser derrière nous les dangers des allocations de chômage. Je suis contre ces allocations. Elles ridiculisent notre revendication pour le progrès. Le Canada recevant des allocations de chômage, c´┐Żest comme un jeune homme vigoureux dans un asile de pauvres. L´┐Żallocation est une condamnation, finale et complète, de notre système économique. Si nous ne pouvons pas abolir l´┐Żallocation, nous devrions abolir le système.

Dans mon prochain discours, je parlerai plus particulièrement de la question du chômage.

Le Canada est plus prospère

Lors que mon gouvernement a pris le pouvoir, le commerce avait déjà diminué. Au fur et à mesure que la dépression s´┐Żest aggravée, notre commerce a diminué davantage. En 1932, il était indubitablement dans un très piteux état. Il ne sert pas à grand chose de prolonger le récit mélancolique des conditions qui régnaient durant ces premières années de la dépression. En 1930, les conditions étaient loin d´┐Żêtre satisfaisantes. En 1932, elles étaient pires encore. Le courage de nos citoyens, la robustesse de notre structure économique, l´┐Żefficacité de votre gouvernement sont attestés d´┐Żune manière accablante par le fait que, bien qu´┐Żen 1932, notre situation ait été très critique, nous n´┐Żavons pas péri. Au contraire, nous nous sommes battus avec acharnement. Je rends hommage par ma profonde admiration à la galanterie et à la patience des citoyens du Canada à cette époque terrible.

D´┐Żautres nations se sont également battues bravement et ont bien réussi. Mais aucune des personnes qui portaient un fardeau comparable au vôtre ont fait mieux. Vous avez raison d´┐Żêtre fiers du passé. Vous avez raison d´┐Żavoir confiance en l´┐Żavenir.

Du plus profond de cette dépression, vous avez lutté. Malgré le test économique que vous utilisez, vous pouvez constater que le Canada est plus

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prospère aujourd´┐Żhui qu´┐Żil ne l´┐Żétait il y a deux ans. Comme je l´┐Żai déjà dit, l´┐Żemploi augmente. Prenons nos données sur le commerce. Elles se sont améliorées de façon phénoménale. Prenons la condition de l´┐Żindustrie. Cette dernière marque une amélioration importante. L´┐Żagriculture, qui est une double victime des conditions économiques et climatiques, connaît maintenant des jours plus prometteurs. J´┐Żai tous les droits lorsque je déclare une avance précise. Je n´┐Żai pas le droit de prétendre que nos problèmes sont terminés et que tout ce que nous avons à faire c´┐Żest de nous croiser les bras d´┐Żêtre patients et de s´┐Żattendre au mieux. Parce que ce n´┐Żest pas le cas. Nous avons fait une partie du chemin. Le reste du voyage est difficile. Il nous reste encore à surmonter les plus grands obstacles. Prenons le fardeau de la dette. Il n´┐Ża pas diminué. Prenons la pauvreté que connaissent bon nombre de nos compatriotes. Elle est très réelle. Prenons le problème de nos chemins de fer. Sa solution est une condition qui précède, je l´┐Żespère avec conviction, la prospérité.

Nos impôts sont élevés. Notre revenu national n´┐Żest pas ce qu´┐Żil devrait être. Notre commerce, national et international, bien qu´┐Żil se soit grandement amélioré, doit être plus important encore. Nous avons travaillé avec acharnement pour garantir des marchés pour nos produits naturels. Nos efforts ont donné des résultats remarquables, mais nous devons continuer de travailler, car nous devons trouver d´┐Żautres marchés.

Le moment de la réforme, c´┐Żest maintenant

Au début du mandat du gouvernement, les politiques de ce dernier étaient déterminées par la nature critique des temps. Le système économique était détérioré. La consternation et l´┐Żincertitude régnaient. Nous étions ballottés par la tempête dans des mers turbulentes. Des mesures rapides et décisives étaient nécessaires pour éviter le naufrage. L´┐Żurgence exigeait des mesures d´┐Żurgence. Ce n´┐Żétait pas le moment de changer ni de réformer le système économique. La seule chose sensée qu´┐Żil fallait faire c´┐Żétait de se mettre derrière le système et de tirer le meilleur parti possible de la situation, jusqu´┐Żà ce que la fureur de la tempête se soit apaisée.

C´┐Żest ce qu´┐Ża fait le gouvernement. Nous avons accordé un soutien inébranlable aux finances. Nous avons appuyé l´┐Żindustrie. Nous avons aidé l´┐Żagriculture de toutes les façons que nous le pouvions. Vous savez ce que nous avons fait. Cela a porté fruit de façon singulière. Regardez les conditions qui ont régné dans votre pays au plus fort de la dépression, et comparez-les aux conditions vécues dans les autres pays. Je pense que vous conviendrez

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que notre situation relativement favorable est la preuve la plus sûre que votre gouvernement a apporté un soutien loyal à ses citoyens lors de cette lutte magnifique contre la dépression.

Le gouvernement venait tout juste de débuter son mandat quand on a exigé de lui qu´┐Żil apporte des réformes. Il était naturel de formuler de telles demandes. Mais, dans votre intérêt, le gouvernement ne pouvait pas en tenir compte. Le bateau était battu dans des mers déchaînées. Ce n´┐Żétait pas le moment d´┐Żessayer de le remettre à neuf. Il fallait d´┐Żabord empêcher le bateau de sombrer pour ensuite le guider vers une mer plus calme. Je ne crois pas que même mon adversaire le plus irrationnel ergotera sur la logique de cette voie.

Aucune mesure impulsive

Nous étions déterminés à résister à l´┐Żimpulsion d´┐Żapporter des changements jusqu´┐Żà ce que nous soyons convaincus que ces changements seraient bénéfiques : jusqu´┐Żà ce que nous soyons satisfaits que les changements seraient sécuritaires. Nous n´┐Żétions pas préparés à apporter des changements à notre système avant de savoir si ces changements pourraient l´┐Żaméliorer. À cette époque, les conditions étaient très défavorables. Mais, il ne fait pas de doute que ces conditions auraient été empirées par toute mesure excessive et présomptueuse que nous aurions pu prendre.

Je ne nierai pas que la tentation n´┐Ża pas été grande. Nous faisions face tous les jours aux tragédies de la dépression : les personnes au chômage, les pauvres indigents, les périls qui accablaient les entreprises de toute sorte, la situation critique de l´┐Żagriculture. Je peux vous assurer que nous n´┐Żavons pas trouvé facile de dire non. J´┐Żai dû endurcir mon coeur. C´┐Żest ce que j´┐Żai fait, et je n´┐Żai jamais ressenti une telle douleur et une telle tristesse auparavant dans ma vie. Je peux vous assurer qu´┐Żil est tout aussi vrai que, si nous avions dit oui à ces supplications parfois frénétiques, le Canada ne serait pas où il est aujourd´┐Żhui. Nous devions remettre à plus tard les réformes jusqu´┐Żà ce que le moment soit venu. Nos obligations et votre bien-être ne nous ont pas laissé d´┐Żautre choix. Imaginez qu´┐Żelles auraient été les conséquences si nous avions commis une bévue à cette période critique. Déterminez le coût d´┐Żexpériences non fondées. Vous constaterez qu´┐Żun mauvais pas aurait pu nous conduire au désastre. Je vous demande de porter un jugement en tenant compte de ces points. Je vous demande de dire si les mesures d´┐Żurgence prises par le gouvernement étaient saines. Lorsque vous l´┐Żaurez fait, vous devrez alors déterminer si

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la nouvelle politique de réformes du gouvernement est également correcte et si nous avons choisi le bon moment pour l´┐Żimplanter.

Maintenant, vous comprendrez pourquoi, lorsque je parle de mesures de reprise, je veux dire des mesures qui n´┐Żapportent aucun changement au système économique. Il s´┐Żagit de mesures d´┐Żurgence conçues pour appuyer le système durant la dépression mais qui n´┐Żinterfèrent pas avec son fonctionnement et qui, bien entendu, n´┐Żenvisagent d´┐Ży apporter aucune modification ou correction. Les bonnes mesures de reprise minimisent les dangers et améliorent les incidents difficiles liés à la dépression. Elles stimulent également le mouvement vers la reprise. Cette forme d´┐Żaide est parfois appelée «amorcer la pompe».

Pour changer le système

Par contre, les mesures de réformes sont conçues pour apporter un changement au niveau du système actuel. Ces mesures doivent être prises lorsque l´┐Żon décide que le système actuel est défectueux à certains niveaux mineurs et majeurs, et cette défectuosité doit être corrigée avant que le système ne puisse fonctionner à nouveau de façon satisfaisante. Ces réformes peuvent être, comme vous pouvez l´┐Żimaginer, de nature très diverse et d´┐Żimportance variable. Mais, quelles que soient leur importance ou leur caractère, les réformes réfutent toutes l´┐Żidée dépassée que le gouvernement ne devrait pas s´┐Żoccuper des affaires. Cette vieille doctrine est connue par certaines personnes comme la doctrine du laissez-faire et provient d´┐Żune époque au cours de laquelle le monde des affaires comme nous le percevons aujourd´┐Żhui était très jeune et, probablement, très innocent.

Des mesures de réforme devraient habituellement, bien entendu, être instaurées et réalisées non pas en période de dépression mais plutôt en période de prospérité comparative. Cela est évident. En fait, je suppose que des mesures de réforme idéales et opportunes peuvent prévenir la dépression en en éliminant les causes. Mais nous n´┐Żavons jamais travaillé dans un monde parfait et nous ne le ferons probablement jamais. Alors, si le manque de réforme entraîne une dépression, la meilleure chose à faire est d´┐Żinstaurer des réformes dès que les conditions de la dépression le permettent. Je n´┐Żai pas eu la possibilité d´┐Żapporter des réformes avant le début de la dépression. Je serai parfaitement candide en vous disant que, à cette époque, je doute que quiconque ait pleinement réalisé la nécessité d´┐Żapporter des réformes. J´┐Żaurais souhaité que, dans ce pays ou dans le monde, il y ait un homme de vision qui aurait pu voir le gouffre vers lequel nous nous précipitions et qui aurait possédé

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un pouvoir d´┐Żaction pour arrêter le mouvement. J´┐Żai dit que je n´┐Żai pas eu la possibilité de le faire avant la dépression. Il s´┐Żagit de ma première possibilité, et je suis déterminé à la saisir. En fait, je l´┐Żai déjà saisie, et je vous la ferai bientôt connaître.

Mesures prises vers la reprise

Je vais maintenant glisser un mot sur les mesures que le gouvernement a adoptées durant la dépression afin d´┐Żaider les gens et tous les organismes d´┐Żaffaires qui étaient désignés pour vous aider. Et je tiens à admettre que je me sens quelque peu coupable de ne pas vous en avoir parlé auparavant. Cela peut ne pas avoir été très juste pour tous nos loyaux partisans. Il est peut-être injuste pour vous que je sois resté silencieux pendant si longtemps. Ma seule excuse est que j´┐Żai été tellement occupé que je n´┐Żai pas eu le temps de parler des mesures prises par le passé. Dans tous les cas, elles ne peuvent qu´┐Żêtre éloquentes.

Mais je ne serais pas juste envers mon gouvernement ni envers ceux qui l´┐Żont appuyé si je ne disais pas de façon définie, et sans crainte de contradiction honnête, que, durant cette période noire, nous avons servi vos intérêts de la même manière que n´┐Żimporte quel gouvernement du monde a servi les intérêts envers lequel il s´┐Żétait engagé. Nos mesures de reprise ont été un vrai rempart contre la furie de la dépression. Afin d´┐Żévaluer leur valeur de façon spectaculaire, vous pouvez vous demander qu´┐Żelles auraient été les conditions dans ce pays aujourd´┐Żhui sans les conseils, l´┐Żorientation et le soutien approprié de l´┐ŻÉtat. Si vous tenez compte de la situation de certains des autres pays, vous pourrez facilement répondre à cette question. Comme je l´┐Żai dit, le programme d´┐Żurgence du gouvernement n´┐Ża pas été égalé par aucun autre dans le monde. Pour moi, cela représente une preuve manifeste que l´┐Żefficacité de nos mesures de reprise repose sur le fait qu´┐Żelles nous ont soutenus durant la dépression et, qu´┐Żaujourd´┐Żhui, elles ont amélioré quelque peu les conditions, qui à elles seules, rendent possible l´┐Żintroduction de notre programme de réformes.

Je vais profiter d´┐Żune première occasion pour vous informer pleinement et de façon précise, par des discours et la publication de documents, de

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tout ce que le gouvernement a fait. Nous allons faire un récit des plus exact de notre administration. Nous serons vraiment fiers de le faire. Ce soir, et dans mes prochains discours, je veux vous parler de façon plus précise du présent et de l´┐Żavenir.

La tragédie de la jeunesse

La plupart d´┐Żentre nous n´┐Żavons jamais vraiment pris le temps de nous arrêter pour penser à notre système économique. Avant la guerre, nous n´┐Żavons pas eu beaucoup d´┐Żoccasions de le faire. Après la guerre, lorsque le système se dirigeait de façon incontrôlable vers le gouffre que nous avons eu en 1929, j´┐Żimagine qu´┐Żil n´┐Ży avait pas beaucoup de personnes qui s´┐Żen préoccupaient. Maintenant, hélas, nous avons suffisamment de raisons de nous inquiéter. Nous avons encore plus de raisons, par conséquent, de faire de notre mieux pour mettre fin à la cause de toute cette inquiétude et de tout ce trouble, et de libérer nos esprits afin de penser à des choses plus agréables. C´┐Żest une tragédie de notre époque que les hommes et les femmes, les garçons et les filles, dont les esprits devraient être occupés par des pensées constructives, se sentent handicapés et harcelés par les incertitudes de la vie, et qu´┐Żils soient empêchés à cause de l´┐Żanxiété apportée par la présente situation, de donner leur plein potentiel pour les choses qui en valent le plus la peine dans la vie.

Mais il est maintenant nécessaire que nous pensions davantage, et avec soin, à notre système économique, de sorte que nous puissions mieux apprécier sa capacité à nous servir dans des conditions dans lesquelles nous vivons aujourd´┐Żhui. Nos meilleurs intérêts ne nous laissent aucun autre choix. Nous allons étudier le système sans parti pris. Nous ne le détestons pas ni nous ne l´┐Żaimons pas. Il est là pour vous servir. C´┐Żest son seul but. S´┐Żil a échoué, nous devons le changer. De façon très convenable, nous avons une vision de ces choses avec lesquelles nous avons été associées de façon bénéfique, mais l´┐Żallégeance à un système n´┐Żexige pas que nous l´┐Żexcusions pour ses imperfections. Il est possible que certains d´┐Żentre vous soutiennent que, parce que le système nous a si bien servi par le passé, on peut supposer qu´┐Żil continuera de le faire dans l´┐Żavenir. Mais il est manifeste que rien ne peut prouver que ce sera le cas. En fait, la situation actuelle peut sûrement démontrer que ce ne sera pas le cas. Et, comme je l´┐Żai dit, s´┐Żil ne nous sert pas, nous devons le réformer. Nous n´┐Żavons aucune raison valable de maintenir dans sa vielle forme tout organisme conçu pour promouvoir le bonheur et le bien-être

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des gens quand, en le changeant, il nous permettra sûrement d´┐Żatteindre ce but essentiel.

Mais les temps ont changé

Je n´┐Żai pas l´┐Żintention de vous casser les oreilles à ce moment-ci avec l´┐Żhistoire du système capitaliste. Mais, je crois qu´┐Żil est important que vous réfléchissiez attentivement à l´┐Żorigine du capitalisme, à la place qu´┐Żil occupait à une époque lointaine, et à la théorie sur laquelle il était fondé. Il serait utile pour comprendre clairement certains de nos problèmes actuels que vous retraciez le développement qui a fait passer le système de la simple pratique d´┐Żune simple théorie à une pratique complexe d´┐Żune théorie épurée et arrachée de sa forme originale. Vous pourriez ainsi voir que, pour l´┐Żancien équilibre des pouvoirs qui assurait le bon fonctionnement du système original, le système d´┐Żaujourd´┐Żhui n´┐Ża fourni aucun équivalent en lui-même. Vous conviendrez que la libre concurrence et le marché public, tels qu´┐Żon les connaissait par le passé, ont perdu leur place dans le système, et que les seuls substituts à ces derniers, en cette période moderne, est la réglementation et le contrôle par le gouvernement. Vous comprendriez que les dépressions passées ont été causées par une inadaptation du fonctionnement de ce système et qu´┐Żelles ont été corrigées uniquement après des souffrances et des difficultés intenses, que ces dépressions étaient tellement nombreuses, dangereuses et difficiles à surmonter, mais que, en comparaison avec ces derniers, la présente dépression est une catastrophe et, par conséquent, exige l´┐Żintervention du gouvernement. Si vous examiniez ce système capitaliste, vous apprécieriez davantage certains des faits qui sous-tendent le fait transcendant que les temps ont changé, que les anciennes conditions n´┐Żexistent plus, que quelque chose de nouveau est arrivé à notre vie sociale et économique, et que ce nouvel élément, cette nouvelle force, demandent avec insistance à être reconnus. Et je suis tenté d´┐Żajouter que vous réaliseriez plus clairement la folie de certains hommes qui ont essayé d´┐Żignorer cette vérité incontournable.

Je n´┐Żai pas besoin de déterminer dans quelle mesure ces crises étaient des incidents de la course inexorable vers le progrès, ni dans quelle mesure elles ont été causées par l´┐Żéchec du capitalisme de s´┐Żharmoniser à son mouvement vers l´┐Żavant. Il n´┐Żest pas nécessaire non plus que nous passions de jugement sur la question de savoir si la dépression actuelle se serait produite si le système capitaliste, des dix à vingt dernières années, avait été dirigé

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par des surhommes, composés entièrement de sages et de saints. La vérité est que, en tout temps, des personnes peu scrupuleuses et voraces se sont toujours servies des erreurs du système comme position avantageuse dans leur quête pour faire avancer leurs intérêts personnels. Et nous ferons face à cette question d´┐Żune façon plus approfondie et pratique si nous enlevons ces erreurs, de manière à mettre fin définitivement à ces pratiques injustes qu´┐Żelles ont rendu possibles.


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Traduction de : Bennett, R. B. (Richard Bedford), 1870-1947. The Premier speaks to the people : the first address delivered from Ottawa on Wednesday, January 2nd, 1935, between 9:00 and 9:30 p.m. / with a foreword by Stephen Leacock. Ottawa : Dominion Conservative Headquarters, [1935]. 20 p.


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