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![]() ![]() Discours prononcé devant le Sénat, le 11 juillet 1895L'honorable sir MACKENZIE BOWELL: Mon honorable ami, au sujet de la déclaration que j'ai faite dans le débat sur le discours, a dit qu'elle était franche et explicite, mais que j'avais changé mon point de vue après avoir été «réduit au silence» par quelque autre pouvoir. Peut-être a-t-il voulu dire autre chose que ce que j'ai compris. Mon honorable ami devrait se montrer plus franc. Il sait qu'en toutes choses touchant l'État, en toutes choses de grande importance, il se produit toujours, dans un groupe de 13 ou 14 personnes, une divergence d'opinion, et il sait, de par sa longue pratique des usages et coutumes parlementaires, et de par la grande expérience qu'il a acquise non seulement en tant que ministre de la Couronne, mais encore comme gouverneur de l'une des grandes provinces de ce pays, que lorsque des difficultés ou des divergences d'opinion surgissent dans un cabinet, l'un ou l'autre côté doit faire des concessions. Il aurait dû être plus explicite et indiquer que lorsque des différences d'opinion sont apparues sur cette question, la politique adoptée par le gouvernement était, à ma suggestion, destinée à rassembler l'ensemble des membres du cabinet de façon à nous unir comme un seul homme et faire connaître notre position, à savoir que nous pensions le moment venu d'accorder à la minorité de la province du Manitoba les droits dont j'ai toujours dit, dans cette chambre et ailleurs, devant mes amis [page] 669 et en public, qu'ils avaient été lésés par la législature du Manitoba. J'ai aussi déclaré très franchement, ici-même -- et il n'existe aucun malentendu quant à ma position -- qu'en soi, je ne suis pas en faveur des écoles séparées. J'ai clairement établi que je croyais que le Manitoba s'était joint à ce dominion sur la base d'une promesse claire et positive, implicite, et, comme on le croyait alors, incorporée dans la constitution de la province, à l'effet qu'ils auraient le droit de conserver des écoles séparées à tout jamais, tout comme les provinces de l'Ontario et du Québec; et ainsi, quelle que puisse être mon opinion personnelle, en tant que personnalité publique, je peux me considérer comme obligé -- et j'entraînerai mon parti dans cette conviction aussi loin que je le pourrai -- à tenir le mieux possible les promesses faites à la minorité lors de la confédération, et que, je le répète, je crois que la législation du Manitoba n'a pas tenues. Il est vrai, comme le dit mon honorable ami, que c'est grâce aux promesses faites par le Parti libéral aux autorités ecclésiastiques de la province du Manitoba qu'il a réussi à défaire le Parti conservateur, que dès qu'il a pris le pouvoir grâce à l'acceptation de ses promesses par ceux dont nous essayons maintenant de protéger les droits, il a violé son engagement, et que la minorité du Manitoba en souffre depuis lors. Ce n'est quand même pas la faute du Parti conservateur, si elle se trouve dans sa position actuelle. Je sympathise avec la minorité, autant qu'humainement possible, pour les délais qui se sont produits; mais ces délais sont-ils la responsabilité du gouvernement? On peut répondre que oui, parce que vous auriez pu et dû rejeter l'Acte quand il a été voté. Le Conseil privé d'Angleterre a décidé, négligeant l'opinion de la Cour suprême du Canada, que la législature de cette province avait le droit de voter cet acte; si nous l'avions désavoué, nous nous serions engagés dans une voie à laquelle mes honorables amis du Bas-Canada se sont objectés à maintes reprises. S'il existe, dans ce dominion, des gens opposés à toute interférence avec l'autonomie provinciale ou avec les droits provinciaux, c'est bien la population du Québec. Ces représentants du Québec, qui ont aidé à formuler le texte de la constitution, ont bien pris soin de protéger la minorité de chacune des provinces, et ils sont particulièrement zélés pour ce qui est de protéger les droits locaux. Comme je l'ai déjà dit, la raison pour laquelle j'ai demandé ce délai avait pour but de nous placer dans une position telle que nous ne pourrions être accusés dans l'avenir d'avoir agi précipitamment, et d'avoir imposé un système scolaire à la province sans lui donner l'occasion d'au moins proposer d'apporter un adoucissement à sa position, et ainsi exempter le Parlement du Dominion de son obligation de leur imposer une loi du Dominion qui pourrait présenter un très grave danger pour l'autonomie provinciale et aussi pour la paix de ce pays. Avais-je tort ou raison? Si mon honorable ami accepte les déclarations des journaux comme exactes ou comme l'expression de l'opinion des ministres de la Couronne, je peux lui lire, dans certains journaux de la province de Québec, des opinions défavorables à son endroit. Je ne connais personne d'autre que lui qui leur ait résisté de façon plus vigoureuse, plus déterminée. Il a traîné en cour ses calomniateurs, et je suis très heureux que les tribunaux de la province de Québec aient démontré qu'elles ne toléreront, autant que possible, aucune attaque aussi vile contre un personnage public. Je ne suis pas responsable de ce qui a été publié dans le Citizen de cette ville, ni dans le Hamilton Spectator. S'il lit régulièrement le Hamilton Spectator, il doit savoir que, même si c'est un journal aux tendances conservatrices prononcées, il a toujours adopté une position très claire contre l'ingérence dans les affaires du Manitoba, en particulier relativement à cette question. C'est un journal tout à fait indépendant du gouvernement et de qui que ce soit, sauf de ceux qui le financent. À ce sujet, une lettre sur cette question même a été écrite par l'honorable représentant de l'Islet, un des leaders du Parti libéral -- que ce soit avec ou sans le consentement de mon honorable ami de l'opposition et de son leader en Chambre, je n'en sais rien -- et publiée dans un journal du Québec. Nous savons que s'il est un homme qui, plus que quiconque dans la province de Québec, a fréquemment exprimé un point de vue des plus extrêmes sur cette question, c'est bien M. Tarte, le premier lieutenant de M. Laurier à la Chambre basse. Voici comment il s'exprime sur cette question : Il n'existe pas dans tout le Canada un homme de quelque importance qui ne soit conscient de l'impossibilité, dans l'état actuel des choses, de [page] 670 forcer le Manitoba à se soumettre à une loi sur l'éducation adoptée par le gouvernement fédéral. Une telle loi peut être promulguée. Elle ne sera pas appliquée. Elle ne peut pas être appliquée si le Manitoba résiste, et malheureusement il n'y a aucun doute que le Manitoba résistera. Puis ce monsieur, sans doute pour se racheter de cette déclaration audacieuse, essaie d'en attribuer la responsabilité au parti conservateur. Il dit : «Tout cela, il va sans dire, a été préparé et organisé par le parti conservateur lui-même.» Autrement dit, il tient le Parti conservateur responsable de la législation du Manitoba. Si le Parti conservateur en est responsable, j'ai bien du mal à comprendre comment et pourquoi ce leader du Parti libéral peut déclarer qu'il est impossible d'appliquer une législation adoptée par ce Parlement. Faut-il supposer qu'il a émis une opinion aussi radicale sur cette question sans le consentement de son chef? Préparent-ils leur défaite? Se préparent-ils à dire au peuple qu'ils ne sont pas prêts à aller aussi loin que le Parti conservateur dont il parle et duquel, malheureusement pour ce parti, il fut un membre, et que puisqu'ils ne sont pas capables de voter une loi réparatrice, vous ne devriez pas non plus essayer? Il n'y a pas d'autre conclusion possible, et quand vous voyez le trio -- l'honorable Wilfrid Laurier à droite, Joseph Martin au centre, et Israël Tarte à gauche, vous avez là une image que vous pourriez léguer à la postérité comme une preuve de pureté et de constance politique. Toutefois, comme ils n'appartiennent pas à mon parti, je n'envie pas cette combinaison. M. Tarte continue donc (il n'est pas nécessaire que je le lise) à dénoncer dans des termes démesurés la lettre écrite et publiée par l'évêque Gravelle. Mais c'est là une affaire dont je les laisse s'occuper. Retour au haut de la page Traduction de : Canada. Parliament. Senate. Debates of the Senate of the Dominion of Canada. 7th Parliament, 5th session. Ottawa : S.E. Dawson, 1895. Pages 668-673. |