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Bannière : Premier parmi ses pairs : Le premier ministre dans la vie et la politique au Canada
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Discours prononcé devant la Chambre des communes, le 13 mars 1900


Le PREMIER MINISTRE (sir Wilfrid Laurier): J'ai écouté avec une profonde attention chacune des paroles de mon honorable ami. Je l'ai écouté avec une attention d'autant plus profonde que je connais I'honorable député, pour ainsi dire, depuis son enfance. J'admire ses brillantes qualités ; j'ai pour lui une amitié vive, et c'est pour cela que je regrette profondément l'attitude qu'il a prise. Mon honorable ami est jeune et enthousiaste, il est à cet âge heureux où les théories brillantes et chevaleresques ont plus d'importance que les réalités et les choses pratiques. Mon honorable ami déclare qu'il veut revendiquer les privilèges et les droits constitutionnels qui appartiennent à ce parlement et que d'aprés lui, le gouvernement actuel a méconnus, quand il a décidé qu'il était de son devoir d'envoyer un contingent militaire en Afrique.

Me permettra-t-il de lui dire qu'il eût pu mieux atteindre son but en proposant sa résolution lors de la discussion sur l'adresse en réponse au discours du Trône, ou quand l'honorable ministre des Finances (M. Fielding) demanda au parlement de ratifier ce que nous avons fait.

Nous aurions pu alors discuter sa propostion d'une manière pratique et utile, nous aurions pu l'amender, la rejeter ou l'adopter. Au lieu de cela, il nous arrive aujourd'hui avec une résolution dont les termes peuvent être très académiques, mais une résolution que nous ne pouvons pas amender et que d'après les règles de la Chambre, il nous faut adopter en son entier ou rejeter en son entier.

L'honorable député, au cours de ses éloquentes remarques, a jugé à propos de raconter les rapports qu'il y a eu entre nous deux sur cette question.

Il a déclaré qu'il n'était pas à son siège quand la résolution de sympathies en faveur des Uitlanders du Sud-africain, le 31 jullet ou le 1er août, je crois, a été présentée à la dernière session, et que s'il avait été présent, il se serait opposé à l'adoption de cette résolution. Il a également informé la -Chambre, qu'à deux reprises différentes il m'a averti que si le gouvernement s'engaeait dans aucunes dépenses pour des fins militaires, il combattrait cette politique. Mon honorable ami me permettra peut-être de dire que j'ai. toujours respecté ses convictions, et que, sans partager ses opinions, j'ai trop de respect, je dirai même d'admiration, pour lui, pour ne pas lui accorder toute la liberté qu'il réclame. Plus d'une fois il m'a averti qu'il se proposait de combattre la politique du Gouvernement sur ce point, afin d'affirmer ses convictions.

S'il veut me permettre d'aller un peu plus loin dans la voie des aveux, il admettra que j'ai déclaré quel était parfaitement libre de proposer une résolution condamnant le gouvernement dans cette affaire, mais je lui ai aussi déclaré, que pour accomplir ce qu'il croyant être son devoir, il devait présenter sa résolution, soit sous forme d'amendement à l'adresse en réponse au discours du Trône, soit sous forme d'amendement aux résolutions proposées par le ministre des Finances (M. Fielding).

Nous avons pu alors offrir nous mêmes, un amendement à sa résolution. Je n'ai rien à dire des principes énoncés dans la proposition du député de Labelle; je ne suis pas prêt, cependant, à en accepter l'entière phraséologie, pas plus que je suis prêt à admettre que le moment a été bien choisi pour la présenter au parlement. Mais, si la résolution avait été proposée lors du débàt sur l'adresse ou comme amendement à la résolution du ministre des Finances pourvoyant aux dépenses du continent dans Sud-africain, j'aurais pu moi-même proposer un sous-amendement consacrant les mêmes principes, mais dans des termes que j'aurais moi-même choisis; dans des termes plus acceptables pour la majorité de cette Chambre; dans un langage moins violent,si mon honorable ami veut me permettre cette expression; sous une forme qlui lui aurait valu l'approbation unanime du parlement. Ne s'en rapportant qu'à lui-même et usant de son droit, l'honorable député a préféré soumettre à la Chambre la résolution qu'il a lui-mème rédigée. Il ne sera donc pas surpris, si je lui déclare que je ne puis accepter sa motion, bien que je partage sa manière de voir.

Je ne prends pas cette attitude parce que je n'approuve pas le principe consacré par l'amendement, mais parce que Je n'admets ni l'opportunité, ni la raison d'être de cette motion. Il ne suffit pas que le principe posé dans une motion soit indéniable, pour que la Chambre l'adopte; Il faut aussi quelle soit opportune et ait sa ralison d'être. Si l'honorable député ou tout autre de ses collègues, proposait sous forme d'amendement au vote des subsides, que deux et deux font quatre ou qu'il y a douze mois dans l'année. ou qu'il est du devoir d'un bon chrétien d'observer les dix commandements, personne n'y objecterait ; mais, d'un autre côté, personne ne se croirait tenu de faire consigner cette proposition dans les archives du parlement. Ce qui m'engage surtout à combattre cette motion, ce ne sont pas tant les termes dans lesquels elle est rédigée, que les arguments dont l'honorable député a jugé à propos de l'appuyer. Il prétend que, par notre conduite, nous avons virtuellement violé la lettre même de la constitution. Permettez-moi, M. l'Orateur, de citer de nouveau la première partie de cette-motion:

"Cette Chambre insiste sur le principe de la souveraineté et de l'indépendance du parlement, comme étant la base des institutions britanniques et la sauvegarde des libertés civiles et politiques des citoyens britanniques et refuse en conséquence, de considérer l'action du gouvernement au sujet de la guerre dans le Sud-africain, comme un précédent qui dût engager le pays pour toute action à venir."

Quand nous avons décidé d'envoyer le premier régiment en Afrique, nous avons adopté un arrêté ministériel déclarant que cette démarche ne devait pas être considérée comme établissant un précédent. Nous agissions ainsi par surcroît de précaution. Nous n'étions pas tenus de faire cette déclaration parce que. en dépit de la prétention de mon honorable ami, je maintiens qu'en agissant ainsi, on ne violait ni l'indépendance du parlement ni le principe de la constitution britannique. Tout son raisonnement pour démontrer que nous avons violé la constitution repose sur le fait que nous avons dépensé avant d'obtenir à cette fin la sanction du parlement. Je diffère tout à fait d'opinion avec lui sur ce point. Je maintiens que la politique que nous avons adoptée et que nous avons déclarée ne pas créer un précédent, était tout à fait constitutionnelle. Je lui citerai, ainsi qu'à la Chambre, l'opinion de l'autorité par excellence en cette matières. Je suis heureux de dire que cette haute autorité porte un nom canadien, j'ai nommé feu Alpheus Todd. Son ouvrage est reconnu comme exposant la véritable doctrine du parlement constitutionnel en Angleterre. Je renvoie mon honorable ami à la -page 15 de la dernière édition de Todd. Après avoir énoncé le principe parlementaire bien connu qu'il ne doit se faire aucune dépense sans la sanction préalable du parlement, il ajoute qu'il y a à cela plusieurs exceptions, et c'est surtout le passage suivant que je signalerai à mon honorable ami:

"On aurait donc tort de supposer que le gouvernement ne peut jamais changer la destination des crédits votés, ou dépenser plus qu'ils ne représentent. Même s'il était possible de l'en empêcher, Il ne serait pas de saine politique de défendre au gouvernement de dépenser aucune somme en aucune circonstance, sans l'autorisation préalable du parlement. Selon les paroles de M. McAuley (secrétaire du bureau des auditeurs), "Dans, un système de gouvernement aussi compliqué que le nôtre, il peut se présenter constamment des cas, où il devient du devoir de l'exécutif usant de son pouvoir discrétionnaire, de mettre hardiment de côté les exigences législatives, pour s'en rapporter au bon sens du parlement, pour se faire exonérer, après que toutes Ies circonstances auront été expliquées ; et ce ne serait pas un avantage, mais plutôt une calamité publique, si le gouvernement était privé de ce pouvoir discrétionnaire." Une déclaration spéciale de la Chambre des communes dit aussi "que dans certains cas d'urgence, il devient absolument nécessaire de faire des dépenses non autorisées par le parlement. Dans ces cas, l'exécutif est tenu de prendre la responsabilité de sanctionner tout ce qui demande I'urgence ; et il n'est jamais arrivé au parlement de refuser ensuite de voter les crédits nécessaires pour couvrir les dépenses.""

Voilà la loi anglaise et le principe génèralement admis. Todd cite, à l'appui de cette règle, beaucoup de précédents, mais je me contenterai d'en donner deux, voici le premier:

"Au commencement des guerres de la révolution française, M. Pitt avança des sommes énormes: $1,200,000 à l'empereur d'Allemagne pour l'aider à défendre les intérêts de l'Europe, sans la sanction préalable du parlement. Quand la Chambre des communes eût connaissance de cette affaire, on parla d'un vote de censure contre le ministre, mais ses partisans intervinrent, et la Chambre adopta un amendement déclarant que sa conduite ne devrait pas servir de précédent, mais que, vu l'urgence du cas et la gravité des circonstances, le ministre avait eu raison d'exercer le pouvoir discrétionnaire que lui avait conféré un vote de crédit antérieur."

Mon honorable ami répondra peut-être à cela qu'on avait déjà voté un crédit pour la guerre et qu'il était épuisé. Cela ne fait rien au principe.

Je signalerai un autre incident survenu en 1867, et qui est encore cité par Todd:

"Le 18 février 1867, le Chancelier de l'Echiquier demanda un crédit de �45,721, pour l'achat de la collection de monnaies et de médailles anciennes de Blacas, pour le musée anglais. L'automne précédent, les ministres avaient pris la responsabilité de faire cet achat, pour assurer à l'Angleterre cette collection unique et précieuse. Dans cette circonstance, le crédit fut voté sans opposition."

Je pourrais citer un autre précédent très remarquable. Le gouvernement Disraëli avait acheté toutes les actions du Khédive dans le canal de Suez, sans y être autorisé par un vote du parlement; plus tard, son action fut ratifiée par la Chambre des comunes.

A cette époque, il y avait des libéraux dans le parlement anglais, et il y en a encore aujourd'hui. Ce n'était pas des libéraux de nom seulement, ils avaient à coeur les véritables principes du libéralisme. Du temps de Pitt, Il y avait Fox, et du temps de Disraëli, Il y avait Gladstone et Bright. Or, ces libéraux étaient d'opinion que le parlement pouvait sanctionner des dépenses faites par le gouvernement dans les cas urgents.

Dans ces circonstances, cependant, le gouvernement assume de grands risques et est obligé de faire ratifier sa conduite par la Chambre. N'avions-nous pas toute raison de croire que le parlement nous approuverait? Dès les premiers jours de la session, nous avons soumis à son examen ce qui s'était passé ; notre conduite a fait le sujet d'une Iongue discussion, et le principe dont nous nous étions inspirés a reçu l'approbation unanime de la Chambre.

A quoi sert, alors, de prétendre que l'opinion publique ne nous était pas favorable, et que nous ne devions pas nous Iaisser guider uniquement par la voix des journaux? L'opinion publique a plus d'une façon de se manifester. Il n'y a pas seulement la presse: il y a les propos de la rue et les conversation particulières. Nous savions que l'opinion publique ne nous était pas hostile.

Mon honorable ami a prétendu que c'est faiblesse de se laisser guider par l'opinion publique. Eh bien! je ne suis pas de cet avis. Si l'opinion publique demandait quelque chose de contraire à l'honneur ou à la saine raison, ce serait faire preuve de faiblesse que d'y céder ; mais, si elle réclame quelque chose de juste et d'honorable, il n'est pas mal de s'y conformer. Ce serait le contraire qui équivaudrait à un signe de faiblesse. Je le demande à mon honorable ami, dans quelle situation se trouverait le pays aujourd'hui, si nous avions refusé d'écouter la voix de l'opinion publique?

Quelques VOIX: Ecoutez ! écoutez !

Le PREMIER MINISTRE: Quoi! si nous avions alors refusé de faire ce que je considérais comme un devoir impérieux, nous serions aujourd'hui en présence de la plus dangereuse des agitations d'une agitation qui, selon toute probabilité, se serait terminée par une déplorable guerre de race. Jamais plus grande calamité n'eût encore fondu sur le Canada.

L'honorable député est un de mes amis personnels, et un de mes partisans politiques; il sait aussi bien que tout autre député que s'il est une chose à laquelle j'ai consacré ma vie politique, c'est le développement de l'union et de l'harmonie entre les différents éléments de notre population. Mes amis peuvent m'abandonner et me retirer leur confiance, mon parti peut m'enlever le commandement qu'il m'a confié, mais jamais je ne dévierai d'une ligne de la politique que je me suis tracée. Quelles que soient les conséquences, que je perde pouvoir, prestige et popularité, je sens que je suis dans le vrai, et je sens qu'un jour viendra oùi tous les citoyens y compris l'honorable député de Labelle lui-même me rendront pleine et entière justice sur cette question.

Je comprends, maintenant, M. l'orateur, mieux qu'auparavant, les raisons qui ont poussé mon honorable ami à prendre l'attitude qu'il a prise. Il est opposé à la guerre; Il croit que cette guerre est injuste. Je ne le blâme point d'entretenir cette opinion. Nous sommes dans un pays britannique, par conséquent dans un pays libre, où tout homme a le droit d'exprimer son opinion. Mon honorable ami a autant droit de croire à l'injustice de la guerre que John Morley, M. Courtney et plusieurs autres libéraux anglais.

Mais, si mon honorable ami croit que la guerre est injuste, je suis, pour ma part, profondément convaincu, dans ma conscience et dans mon coeur, que jamais guerre plus juste ne fut entreprise par la Grande-Bretagne. Je suis profondément convaincu dans ma conscience que jamais il n'y eût plus injuste provocation à la guerre, que celle du président Kruger et de la population du Transvaal. Je n'hésite pas un instant à, faire cette déclaration. Pour le président Kruger personnellement, j'ai la plus grande admiration ; c'est un patriote convaincu, et il croit avoir raison.

Mais, si l'on examine sa conduite et sa politique à la lumière de l'histoire, il faut en arriver à la conclusion que, en déclarant la guerre à l'Angleterre, il s'est déclaré le pire ennemi de son pays.

Toute la difficulté réside dans le fait que le président Kruger a refusé aux Uitlanders le droit de suffrage, les droits politiques et civils.

Son raisonnement est facile à comprendre; s'il accorde le droit de suffrage aux Uitlanders, ils s'en serviront pour lui enlever le povoir. Mais M. Kruger à perdu le droit de se servir de cet argument. Il a Iui-même ouvert son pays à Ia population étrangère; il a vendu aux étrangers des terrains, il a pris leur argent. Bien plus. il a invité la population étrangère à venir sur son territoire.

En supposant même quel ne les ait pas invités, il avait au moins consenti à adopter la même politique que les États-Unis et le Canada. Au commencement du siècle, les Américains ont ouvert leur vaste territoire à toutes les nations de la terre en accordent le droit de citoyen, et justice à tout le monde. Ici, au Canada. nous faisons la même chose depuis 40 ans. Nous avons ouvert le pays a l'immigration étrangère ; nous invitons les étrangées à s'établir au milieu de nous, et dès qu'ils se confirment aux lois du pays, ils deviennent citoyens du Canada et jouissent de tous les droits dont nous jouissons nous mêmes.

N'est-il pas juste, n'est-il pas conforme aux règles de la civilisation du 19e siècle, que si une jeune nation ouvre ses portes à I'immigration, elle contracte l'obligation morale de reconnaitre aux immigrants les mêmes droit politiques et civils qu'à ses propres nationaux?

Mais dans le cas actuel, il y a plus que cela. Je ne crainte pas d'affirmer que le président Kruger a lui-même invité l'élément étranger à aller se fixer au Transvaal. Permettez moi, M. l'Orateur, de citer un passage d'un livre publié récemment par M. Fritzpatrick, et intitulé: "The Transvaal from within." J'admets que c'est un livre écrit par un adversaire déclaré des Boers, mais il cite des faits que je n'ai jamais contredits. A la page 58, M. Fritzpatrick dit:

"En 1884, MM. Kruger et Smit se rendirent en Europe pour tâcher de se procurer de l'argent, dont ils avaient grand besoin, et pour obtenir certaines modifications à la convention. Ils essayèrent sans succès de se procurer de l'argent en Hollande, par l'intermédiaire des personnes auxquelles il venait d'être accordé une concession de chemins de fer ; mais les délégués furent plus heureux dans leurs autres négociations. Ils conclurent la convention de Londres, qui fixa des frontières encore indéterminées; et dans ce document il n'est pas question de la suzeraineté de l'Angleterre. Au lieu de l'État du Transvaal, le pays reprit le nom de "République Sud-africaine." Pendant cette visite, il est survenu un incident qui fournit une réponse à la prétention trop souvent affichée par M. Kruger, qu'on n'a jamais demandé aux Uitlanders de venir s'établir dans le Transvaal et que l'on n'avait pas besoin d'eux. MM. Kruger et Smit étaient descendus à l'hôtel Albermarle, et après quelques semaines de retard, ils eurent le désagrément de ne pouvoir payer les frais d'hôtellerie. Ils s'adressèrent à un certain baron Grant, qui, à cette époque était une étoile brillant d'un éclat particulier dans le firmament de la finance. Ce baron Grant avait de grands intérêts dans les concessions aurifères de Lydenburg ; il était prêt à leur venir en aide, mais à certaines conditions. En échange de ses bons offices, il demanda une garantie de bon vouloir, de protection et d'encouragement pour les colons anglais du Transvaal. M. Kruger répondit au nom de la république en publiant dans les journaux de Londres une chaleureuse invitation et des promesses de protection et de droits égaux pour tous ceux qui voudraient aller au Transvaal. Cette invitation a été souvent citée dans ces derniers temps, comme un argument contre M. Kruger."

Je n'ai jamais vu cela contredit nulle part ; et en présence de cette invitation du président Kruger, comment peut-on expliquer qu'il ait ensuite refusé à ces gens le droit de suffrage, et en en faisant des ilotes politiques?

Je n'entrerai pas dans les détails de la politique transvaalienne ; mais on me permettra de citer un simple fait que je trouve dans le dernier numéro du "Statesmen Year Book." La population du Transvaal est de 245,397. et le revenu prélevé sur cette population est �4.480.118 ou $24.401.000-ou près de $100 par tête. Comparons cette taxe avec celle des premières nations du monde, l'Angleterre, la France et les États-Unis. La taxe per capita aux État-Unis est de sept à huit piastres, en Angleterre, de douze piastres, et en France, de vingt piastre. Au Transvaal la population est taxée à raison de plus de $100 par tête et la plus grande partie de cet impôt est payé par les Uitlanders. Cependant on dénie absolument à cette population qui paye presque tous les impôts, le droit de se faire représenter. Tel étant le cas, nous devons admettre que l'Angleterre était dans son droit en tenant à ce que les sujets britanniques du Transvaal reçussent leurs droits de citoyen, à condition de se soumettre à la loi du pays. Je considère que cette guerre est juste, et comme l'opinion publique désirait vivement que le Canada y prit part, nous avons cru de notre devoir de nous rendre à cette manifestation en envoyant un régiment dans I'espérance que le parlement ratifierait notre démarche.

Mon honorable ami a énoncé une seconde proposition, dans laquelle il est dit:

"Que cette Chambre déclare, de plus, qu'elle s'oppose à tout changement dans les relations politiques et militaires qui existent actuellement entre le Canada et la Grande-Bretagne; à moins que ce changement ne soit décrété par la volonté souveraine du parlement et sanctionné par le peuple du Canada."

Je n'ai rien à dire contre cette proposition. Si les relations qui existaient entre l'Angleterre et le Canada doivent être changées, elles ne peuvent l'être que par la volonté et le consentement du peuple. Je ne prétends pas que la volonté populaire doive se matlifester par un plébiscite : je considère que la constitution nous fournis nous fournit un meilleur moyen.

Mais, mon honorable ami prétend qu'en agissant comme nous l'avons fait nous avons changé les relations civiles et militaires qui existent entre le Canada et l'Angleterre. Je repousse cette accusation et je ne comprend pas sur quel raisonnement elle s'appuie. J'ai écouté mon honorable ami avec beaucoup d'attention et je l'admire sous plusieurs rapports; mais je n'ai pas saisi l'argument sur lequel il base la doctrine que, en envovant un régiment en Afrique nous avons changé les relations politiques qui existaient entre les deux pays. Il a été même jusqu'a dire, ou plutôt insinuer, qu'en agissant comme nous I'avons fait, nous avons obéi aux ordres venus de Downing steet, et que M. Chamberlain nous avait forcé la main. Il a aussi insinué que en adoptant la résolution de l'an dernier pour exprimer nos sympathies pour les Uitlanders, nous n'avons fait qu'obéir à M. Chamberlain et que cette résolution avait été rédigée par l'agent de ce, dernier. De fait, personne n'a vu cette résolution à l'exception du chef de l'opposition auquel j'en ai adressé une copie après qu'elle eût été adoptée par Ie conseil.

Mon honorable ami dit aussi que, dès le mois de juillet derniers, lorsque nous avons présenté cette résolutions, M. Chamberlain se préparait à la guerre.

Je demande à mon honorable ami comment, il peut affirmer une chose semblable en présence de faits si connus ? Oui. ce sera a l'éternelle gloire de I'Angleterre qu'au lieu de se préparer à la guerre, durant l'été dernier, elle s'est trouvée obligée de faire la lutte avant d'avoir fait aucun préparatif. Mais de son côté, M. Kruger avait préparé cette guerre depuis des années ; il achetait des canons et des munitions de guerre ; Il accumulait des provisions, il attirait au Transvaal des officiers habitués aux tactiques militaires européennes et il exerçait ses compatriotes au maniement des armes, aux manoeuvres militaires ; et quand il s'est cru suffisamment préparé à Ia lutte, il a lancé son ultimatum insolent qui demandait à l'Angleterre d'abandonner ses possessions du Sud-Africain. A ce moment l'Angleterre s'est trouvée prise au dépourvu. Elle n'avait dans cette partie du monde que quelques milliers de soldats et c'est pourquoi elle dû subir l'humiliation de défaites successives. Je le demande, en face de cet état de choses, quel est l'homme sensé qui prétendra que M. Chamberlain était prêt depuis longtemps pour la guerre?

Non, M. l'Orateur ce n'est pas l'Angleterre, ce n'est pas M. Chamberlain ou le bureau colonial qui nous ont forcés à agir comme nous l'avons fait. Je ne puis comprendre ce qu'à voulu dire mon honorable ami quand il a dit que le gouvernement ne devait pas engager l'avenir de ce pays. Quand. Comment avons nous engagé l'avenir de ce pays? Nous avons agi avec toute l'indépendance de notre pouvoir souverain. Ce que nous avons accomplis, nous l'avons fait de notre plein gré ; mais je ne puis dire quelles seront les conséquences de ces actes, je ne puis prédire ce que l'avenir nous réserve sur ce point. Je n'ai qu'une chose à dire à cet égard, c'est que si le peuple du Canada dans toute circonstance à venlr, exprime le sentiment que nous devrions participer aux guerres de l'empire, la volonté du peuple du Camada sera respectée.

Mon honorable ami me permettra de lui répéter Ia maxime qu'il a citée lui-même aujourd'hui et qu'il à tirée de la dépêche de lord Grey à, lord EIgin : "On ne doit pas perdre de vue que le Gouvernement de colonies britanniques de l'Amérique du Nord ne peut fonctionner contrairement à la volonté au peuple." Ce language était vrai en 1847, il l'est également en 1900 et tant que nous jouirons des institutions parlementaires libres dans ce pays.

Je n'hésite pas cependant à dire à mon honorable ami que si l'action du gouvernement signifiait que le Canada devra prendre part à toutes les guerres de la Grande-Bretagne et contribuer aux dépenses militaires de l'empire, je proclamerai avec lui que nous devrions tenir un compte sérieux des différences de conditions entre l'Angleterre et le Canada. Si nous sommes forcés de prendre part à toutes les guerres de la Grande-Bretagne, je partage entiérement l'opinion de mon honorable ami, c'est-à-dire que supportant le poids de la guerre, Il nous faudrait aussi en partager la responsabilité. Alors nous aurions le droit de dire à la Grande-Bretagne : Si vous avez besoin de notre aide, appelez-nous dans les couseils de l'empire, si vous voulez que nous prenions part à vos guerres, nous sommes prêts à en supporter le fardeau, mais de plus la responsabilité et les devoirs. Mais aujourd'hui, nous.ne pouvons dire cela.

Mon honorable ami oublie un point essentiel dans cette discussion, c'est que nous n'avons pas usé de notre pouvoir comme Gouvernement pour forcer nos soldats à aller à la guerre. Nous avons une loi de milice dans ce pays, nous avons une armée composée de réguliers et de volontaires, nous n'avons pas forcé ces soldats, nous n'avons forcé personne à aller au Sud-Africain. Le gouvernement n'a pas mis la loi de milice en opération comme en 1885. alors que nous avions à combattre la rébellion du Nord-Ouest. Le gouvernement a appelé sous les armes nos corps de volontaires, et ceux-ci durent partir. Ils ont obéi de bonne -grâce sans doute mais eussent-ils essayé de ne pas répondre à l'appel, ils auraient été forcés par leur serment d'obéir aux ordres du gouvernement. Dans le cas présent rien de tel n'a été fait. Nous avons tout simplement fourni toutes les facilités de départ à ces 2,000 jeunes gens qui étaient désireux d'aller donner leur vie pour l'honneur de leur pays, pour le drapeau qu'ils chérissent.

Mon honorable ami nous a reproché cette après-midi, d'avoir envoyé 2,000 hommes au lieu de 500 volontaires. Je le demande encore une fois à mon honorable ami, quelle aurait été la position du Canada si nous avions refusé à ces jeunes gens qui voulaient servir leur souveraine dans cette guerre du Sud-africain, le privilège qu'ils réclamaient de nous? Si nous avions, dit : 500 seulement d'entre vous partiront, quelle serait notre position maintenant ? Qu'avons-nous fait de mal après tout : mon honorable ami peut-il nous reprocher notre conduite puisque nous n'avons fait que faciliter le départ de ces jeunes gens qui ont offert leur vie pour défendre une cause qu'ils croient sacrée ? M. l'Orateur, s'il est une circonstance où nous ne devrions entendre aucune voix discordante dans cette Chambre, c'est bien celle-ci.

J'ai beaucoup admiré le discours de mon honorable ami. Je suis loin de partager ses vues. Mais je lui demande de se souvenir qu'il appartient à une famille de patriotes ainsi qu'il le disait cette après-midi. Je lui demande de se rappeler que les Iibertés dont il jouit aujourd'hui, il les doit en grande partie à cette famille. Et s'il a des libertés, ne consentira-t-il pas d'autre part à accepter des obligations et des devoirs ? Veut-il que les sacrifices soient tout d'un coté et qu'il ne donne rien en retour ?

Nous n'étions pas obligés de faire ce que nous avons fait, mais nous avons cru qu'il faillait être généreux, qu'il fallait faire ce que nous étions tenus de faire. Quel est l'homme de coeur qui, sachant la position particulière dans laquelle se trouve le pays, nous fera un crime d'avoir fait ce que nous avons fait ?

Mon honorable amis redoute les conséquences de l'envoi des contingents en Afrique. Qu'il me permette de lui dire que du fond de mon coeur, j'espère que cet événement aura les résultats les plus Bienfaisants.

Quand nos jeunes volontaires ont laissé nos rives, nous nous bercions tous de l'espérance de les voir montrer sur le lointain champ de bataille d'Afrique le même courage dont leurs ancêtres ont fait preuve au siècle dernier, alors qu'ils combattaient les uns contre les autres. Cependant, on craignait quelque peu de les voir affronter pour la première fois le feu, vu qu'il n'étaient que des recrues d'hier. Mais quand le télégraphe nous a apporté la nouvelle que l'impression créée par nos volontaire était si bonne que le commandant en chef leur avait assigné le poste d'honneur au premier rang pour partager le danger avec le corps fameux des Gordon Highlanders; quand nous avons appris quels avaient été dignes de la confiance de leurs chefs, qu'ils avaient marché à la charte comme des vétérans, qu'ils s'étaient conduits en héros dignes des éloges du général en chef et de l'admiration enthousiaste de leurs camarades qui avaient affronté la mort sur de nombreux champs de bataille dans toutes les parties du monde, y a-t-il un homme dont le coeur n'ait pas battu d'orgueil, de cet orgueil le plus noble, l'orgueil du pur patriotisme, de la conscience de notre force, de la concience qu'en ce jour le monde à appris qu'une nouvelle puissance avait surgis en occident ?

Et ce n'est pas tout. L'oeuvre d'union, d'harmonie et de concorde entre les deux principales races de ce pays n'est pas encore terminée. Nous savons par ce qui s'est passé la semaine dernière qu'il nous reste encore beaucoup à faire à cet égard. Mais M. l'Orateur, il n'y a rien comme d'avoir souffert ensemble, d'avoir enduré, les mêmes souffrances pour unir les hommes et les nations.

En ce moment, dans le Sud-Africain, les hommes représentant les deux éléments de la famille canadienne se battent pour le même drapeau. Déjà, plusieurs sont tombés au poste d'honneur en payant le suprême tribut à leur patrie commune.

Leurs dépouilles reposent dans la même fosse pour y dormir jusqu'à la fin des temps, dans un embrassement fraternel. Ne nous est-il pas permis d'espérer  --  je le demande à mon honorable ami  --  que dans ce tombeau ont aussi été ensevelis jusqu'aux derniers vestiges de notre antagonisme passé ? Si ce résultat devait se produire, s'il nous est permis d'entretenir cet espoir, l'envoi de ces régiments aurait été le plus grand service qu'on eût jamais rendu au Canada, depuis la confédération.

Quoi qu'il en soit, voilà les motifs qui nous ont guidés, voilà les idées qui nous ont inspirés, et je les crois de nature à toucher le coeur et l'esprit de mon honorable ami. Le connaissant comme je le connais, je suis convaicu que, prenant toutes ces choses en considération, il n'hésitera pas sur l'adoption de sa motion.


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