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Bannière : Premier parmi ses pairs : Le premier ministre dans la vie et la politique au Canada
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Allocution prononcée devant le Sénat du Canada, le 17 juin 1891


L�hon. M. ABBOTT: Ce n'est pas moi, cela est certain, qui m'opposerai à cette dérogation à nos procédures coutumières que semble adopter la Chambre ce soir. J'appuie cordialement les remarques qui ont été faites relativement au Sénat.

Il me semble qu'il est avantageux pour le Sénat d'avoir en son sein des membres du Cabinet qui sont capables d'exprimer avec autorité en cette Chambre les points de vue et les principes qui permettent au gouvernement de mener à bien les affaires du pays. En ce qui concerne le nombre de ces personnes et la diminution de ce nombre, ainsi que la nature et la portée des affaires que le Sénat a traitées récemment, je crois bien qu'il reste encore beaucoup à dire et à réfléchir à ce sujet, que le Sénat n'a pas encore pris en considération. Dans mon esprit, le Sénat, dans un certain sens, se trouve à un stade de transition. Au début, ses fonctions n'étaient peut-être pas tout à fait comprises. Nous avions ici des ministres qui régnaient sur des ministères aux budgets importants, et qui étaient obligés de trouver leurs ressources auprès du peuple par l'entremise de députés, d'agents ou de représentants de l'autre Chambre, n'étant pas eux-mêmes en mesure de s'adresser directement à ceux qui tenaient les cordons de la bourse et d'expliquer comme il se doit ce qu'ils comptaient faire de l'argent. Je ne suis pas du tout convaincu que cette Chambre est un lieu approprié pour ceux qui régissent les ministères les plus dépensiers. Cela est à mon avis très douteux, et il me semble que cette Chambre a de grands pouvoirs, lesquels n'ont pas encore été exercés à leur pleine valeur. Cette Chambre est, comme ont pu le constater tous ceux qui ont entendu ce qui s'est dit ce soir, sans aucune rancoeur partisane; elle est animée par un désir de faire évoluer le pays et d'assurer son succès, guidée par le voeu commun de s'acquitter de ses fonctions d'orienter et d'appliquer la loi de la manière qui soit le plus profitable pour le pays. Cela me semble être reconnu comme l'une des fonctions réellement importantes du Sénat. Il a le droit d'interpellation, tout comme l'autre Chambre, et il a ces derniers temps usé de ce droit en faisant enquête sur des questions de la plus haute importance pour le pays. Voilà une autre des importantes fonctions du Sénat, une fonction que nous pouvons exercer, sans subir l'influence de ce sentiment partisan qui doit nécessairement, dans une certaine mesure, imprégner pratiquement chaque geste que pose une Chambre en grande partie gouvernée par des considérations partisanes. En ce qui concerne sa législation, nous avons déjà auparavant amplement discuté de ce sujet et je crois que tous les honorables députés ont su reconnaître que cette Chambre a devant elle un vaste champ pour ses travaux de législation. Ses sièges sont occupés par des hommes de toutes les professions et de tous les milieux du Dominion, et des plus compétents parmi eux provenant de toutes les régions du Canada; si des opinions constructives sur les opérations bancaires, la loi et les affaires de toutes sortes, sont nécessaires pour faire la lumière sur des détails de législation  -  et elles sont invariablement nécessaires, comme chacun le sait  - , on peut trouver conseil sur les bancs de cette Chambre, j'ose le dire, fourni avec la même perfection et la même efficience que dans toute assemblée de ce Dominion. Il me semble, par conséquent, qu'avec ces deux grandes fonctions et d'autres fonctions analogues à elles, le Sénat a bien assez à faire. Je n'ai jamais perdu ma foi dans le Sénat; je n'ai jamais pensé qu'il y ait le moindre risque que ses fonctions soient mal appréciées par le peuple, si seulement il était fidèle à lui-même; ce que nous devons faire maintenant, tandis que nous émergeons, je dirais, de notre stade de transition, c'est de prouver au peuple que nous possédons des pouvoirs tout aussi importants et exerçons ceux-ci dans nos ministères d'une manière qui soit aussi profitable au pays que peuvent le faire d'autres représentants de la législature dans leurs propres ministères.

Maintenant, en ce qui me concerne, j�ai la plus grande difficulté à commenter ce qu�ont dit les honorables membres de cette Chambre. Je suis reconnaissant à mon honorable confrère d�Halifax pour l�hommage  -  le très gentil hommage qu�il a fait à la personnalité, à la stature et à la compétence de mon honorable confrère le ministre de l�Agriculture, et à cette occasion-ci, je ne tiens pas à m�arrêter un seul instant pour penser à la petite critique bon enfant qu�il a faite du motif qui, à son avis, a amené la nomination de mon honorable confrère à cette Chambre. Je me garderai bien de faire une remarque là-dessus et je préfère penser que mon honorable confrère est apprécié à sa juste valeur. En ce qui me concerne  -  et j�en arrive ici à la partie la plus délicate de mon discours  -  je rappellerai à la mémoire de ces honorables messieurs qu�il y a environ quatre ans, à mon arrivée ici, je ne connaissais absolument rien, ou à peu près rien, de la procédure en vigueur au Sénat, et que je n�étais pas personnellement connu d�une grande partie de ses membres. Je suis arrivé ici déterminé à remplir mes fonctions au mieux de mes capacités, et je me suis efforcé de le faire aussi bien que je le pouvais pendant la période où j�ai eu l�honneur d�occuper un siège de cette Chambre et d�avoir la haute et honorable fonction de chef du gouvernement ici; et honorables messieurs, je tiens à ce que vous sachiez en cet instant, et à ce que vous soyez convaincus, puisque c�est la vérité, que je n�ai jamais visé, jamais souhaité occuper une position plus élevée que celle que j�occupais avant les circonstances qui ont donné lieu à la présente discussion, ni n�y ai aspiré.

La gentillesse, la peu coutumière et chaleureuse appréciation qui ont accueilli mes petites réalisations dans cette Chambre ont suscité chez moi un respect de la Chambre et de ses membres, de ses activités, de sa réputation qui m�amènerait aux plus grandes extrémités de mes pouvoirs pour augmenter sa réputation et son utilité et pour aider mes honorables collègues de la Chambre, lesquels sont toujours prêts à s�allier pour placer la Chambre à la tête du pays, ce qui est à mon avis la place qu�elle mérite, qu�elle doit avoir et aura. Cependant, la position que j�ai l�honneur d�occuper ici ce soir, qui dépasse de loin toutes les ambitions et les aspirations que j�ai jamais pu avoir, et j�ose dire qui dépasse mes mérites (protestations), m�a été attribuée, très probablement en quelque sorte comme compromis. Je suis ici en grande partie parce que je ne suis pas particulièrement désagréable à quiconque.

Les honorables MEMBRES: Non, non.

L�hon. M. ABBOTT-Quelque chose qui ressemble au principe en vertu duquel, d�après ce qu�on en dit, sont choisis les candidats à la présidence des États-Unis  -  ce n�est pas parce qu�ils sont si compétents, ni particulièrement intelligents, ou qu�ils sont de fantastiques hommes d�État, mais plutôt parce qu�ils sont inoffensifs et qu�ils ne se sont pas créés d�ennemis. J�ai tendance à croire que ce même genre de sentiment tient une grande place dans les motifs de ma présence ici.

Les honorables MEMBRES: Non, non.

L�hon. M. ABBOTT: Je n�ai absolument pas conscience d�avoir aucune aptitude particulière pour conduire les affaires de ce merveilleux pays de la manière dont elles devraient être menées, et je suis dix fois plus dépassé par le poids de la responsabilité que j�ai acceptée lorsque je songe au grand homme dont je suis censé occuper la place dans ce gouvernement. Cependant, j�ai été, comme vous pouvez le supposer, grandement honoré lorsqu�on m�a demandé de me charger de former un ministère, et bien que j�ai hésité à accepter cette responsabilité, je me suis efforcé de m�en acquitter de la même manière dont j�entreprends toute chose, à le faire au mieux de mes compétences et de mon énergie; je m�engage à continuer à remplir mes fonctions à ce poste avec toute la compétence et l�énergie, quoi qu�il faille, dont je suis capable. C�est là tout ce que je peux promettre. Je ne peux promettre que mes services seront dignes de mention, ou que je rendrai d�immenses services à mon pays. Je ne peux que promettre de consacrer toute la force de mon esprit et de mes talents, quels qu�ils soient, à ses intérêts. À tous les membres du Sénat qui ont parlé ici ce soir, qui m�ont couvert d�éloges, lesquels je ne peux affirmer mériter et que je sais devoir plus à leur amitié qu�à mes mérites  --  à tous ces membres, je ne peux que dire : honorables messieurs, je vous remercie cordialement et sincèrement pour l�amitié que vous m�avez témoignée. Mon plus grand voeu est, dans le peu de temps qu�il reste à ma carrière, d�en être le moindrement digne.


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Source : Canada. Parlement. Sénat. Débats du Sénat du Canada (1891). 7e Législature, 1ère Assemblée (1er mai 1891-30 septembre 1891). Ottawa : Holland Bros., 1891. Pages 96-98.


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