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Quoi de neuf?

Message du Bibliothécaire et archiviste du Canada : modernisation

Le 9 septembre 2009 - En avril dernier, c’est avec grand plaisir que j’ai accepté le mandat de Bibliothécaire et archiviste du Canada qui m’a été confié. Aujourd’hui, après quelques mois à la tête de l’institution, je souhaite prendre le temps de partager avec vous ce qui m’apparaît le chemin essentiel que notre institution doit parcourir afin de jouer le rôle crucial que la société canadienne attend d’elle. Il faut d’emblée reconnaître que le défi est colossal. La société numérique dans laquelle nous évoluons a totalement bouleversé les pratiques et les attentes et pour demeurer pertinent, il faudra nous questionner, communiquer et collaborer davantage dans l’avenir avec les acteurs qui partagent les mêmes objectifs. La création d’alliances stratégiques deviendra de plus en plus fondamentale pour l’ensemble des intervenants. D’autant plus que l’arrivée du numérique, comme nous le savons tous, n’endigue pas les défis auxquels nous étions déjà et sommes toujours confrontés. Qu’il s’agisse de la préservation de documents en papier acidifié, des photos et films au nitrate, de l’immense production de matériel audio-visuel ou simplement d’assurer l’accès à toute la production documentaire largement créée sur médium analogique, plusieurs réponses restent encore à trouver. Nous ne sommes pas en train de basculer d’un monde à l’autre mais nous sommes condamnés à vivre dans deux mondes : l’analogique et le numérique. C’est là le plus grand défi. Ceci demandera des compromis de part et d’autres, de l’imagination, de l’innovation, du cran et beaucoup de dialogue. Je crois cependant que le chemin que nous souhaitons tous parcourir peut être parcouru. Je crois aussi sincèrement que nous gagnerons davantage si nous le parcourons ensemble et qu’en fin de compte les Canadiens en seront encore mieux servis.

L’institution qu’est maintenant Bibliothèque et Archives Canada a un passé reluisant. Nous avons été les leaders dans plusieurs domaines clés de la gestion de la mémoire collective et avons joué un rôle considérable dans le développement des meilleures pratiques au niveau national et international dans le domaine de la bibliothéconomie, de l’archivistique et de la gestion documentaire. Fondée en 1953, la Bibliothèque nationale du Canada a été un contributeur exemplaire dans le développement des pratiques liées au dépôt légal et à la description en plus d’entreprendre un travail titanesque de construction d’une collection de publications mieux connue sous le nom de Canadiana. Depuis sa fondation en 1872, les Archives nationales du Canada ont quant à elles permis de constituer un fonds impressionnant aux collections multiples qui permet aujourd’hui d’appuyer le gouvernement dans ses affaires courantes, d’appuyer les experts en généalogie à travers le pays et aussi, entre autres, d’assurer aux historiens et chercheurs des bases de recherche solides et authentiques. Ce passé reluisant s’est matérialisé à nouveau en 2004 en devenant les premiers dans le monde à mettre de l’avant un projet porteur fondé sur la convergence des supports et s’articulant autour de la fusion des institutions responsables de la production documentaire nationale. Un tel programme était ambitieux et, il faut le reconnaître, n’a pas encore produit tous ses fruits. Il nous reste à raffiner et, entre autres, à poursuivre le travail entrepris afin de réconcilier et d’harmoniser les paradigmes qui avaient guidé les deux institutions fondatrices jusqu’à la fusion.

L’environnement auquel nous faisons tous face n’est pas stable. Que l’on se nomme bibliothèque, archives ou centre de documentation et que nous ayons un caractère local ou national, nous sentons tous les transformations sociales tout autour de nous et cela nous pose des défis quotidiennement. Le monde des acquisitions, de la préservation et de l’accès est totalement chambardé. Les assises qui ont guidé notre travail pendant longtemps sont ébranlées chaque jour un peu plus. Notre pertinence à moyen et long terme est elle aussi remise en cause dans ce nouvel environnement. S’il nous a été jusqu’ici possible de comprendre et de maîtriser, du moins jusqu’à un certain point, l’acquisition de matériel publié, il en va autrement aujourd’hui où chacun se fait son propre éditeur. Si les archives personnelles ou gouvernementales pouvaient jusqu’ici être potentiellement regroupées dans un fonds plus ou moins limité et clos, le monde numérique a fait éclater cette notion et les fonds d’archives ont de moins en moins de « territorialité ». Ils deviennent chaque jour plus virtuels et insaisissables dans une totalité physique. La collection de publications subit le même sort avec les publications sur la toile qui ne prennent plus nécessairement la forme d’un document papier, d’un imprimé.

En même temps, ce nouvel environnement est porteur. L’accessibilité du matériel, d’un bout à l’autre du pays et du nord au sud n’a jamais été aussi plausible. En font foi des réalisations comme le musée virtuel de notre collection de portraits, le portail des archives de la Nouvelle-France développé en collaboration avec la France et le Québec ou le recensement irlandais en ligne développé en collaboration avec l’Irlande. Nous sommes de moins en moins restreints par l’obligation de nous déplacer physiquement pour accéder aux éléments de notre mémoire collective. De même, nous avons maintenant accès à ce que pense et ce que dit la société canadienne à travers les blogues et autres lieux d’échange comme Twitter et Facebook. Ceci permet dorénavant de recueillir un meilleur échantillon de ce qu’est la collectivité canadienne.

Ce sont des opportunités sans précédent mais elles sont aussi vertigineuses car la multiplication des possibilités soulève de nouvelles questions, de nouveaux enjeux. Personne ne peut prétendre pouvoir réussir, seul, à harnacher cet environnement avec succès. Il faut faire appel à tous car la société et les institutions du savoir en général et les gestionnaires et les professionnels de l’information en particulier ont maintenant de plus en plus d’enjeux qui leur sont communs au-delà de leurs intérêts plus spécialisés, précis et immédiats. Les questions qui nous sont posées et les défis qui se présentent sont trop complexes et trop cruciaux pour ne pas comprendre l’urgence de grouper nos efforts afin d’y répondre et de les surmonter. Comment demeurer pertinent dans un environnement de plus en plus éclaté et dans une certaine mesure incontrôlable? Comment assurer que nous continuons à bâtir la mémoire de demain qui se constitue maintenant d’un amalgame de documents analogiques et de documents numériques dont la production augmente de façon exponentielle? Comment choisir? Quoi choisir? Comment préserver l’ancien et le récent? Nos politiques de dépôt légal sont-elles adéquates? Peuvent-elles encore permettre de recueillir ce qui est essentiel pour construire cette partie de la mémoire collective? Comment rendre accessible ce que nous recueillons? Les utilisateurs se sont multipliés et les champs d’intérêt aussi. Le savoir et l’accès au savoir se sont démocratisés et la passion pour la mémoire et ses objets ne font que grandir chaque jour. Comment arbitrer dans ce flot incessant de demandes spécialisées? Ces questions ne font qu’effleurer les défis auxquels nous sommes appelés à répondre.

Il ne s’agit de rien de vraiment nouveau mais nous nous devons de le résoudre, de le traiter jusqu’à ce que nous puissions y apporter des solutions pratiques et fonctionnelles. Nous sommes face à un enjeu commun. Pour ma part, j’espère pouvoir travailler de façon collaborative dans le respect de nos obligations et mandats respectifs avec ceux qui souhaitent résoudre ces questions de manière pratique et constructive. Pour cela, il faudra bien comprendre nos missions, définir et communiquer nos priorités et ce que nous pouvons faire de mieux à l’intérieur de nos moyens respectifs. Ceci devrait nous permettre de repenser nos approches là où c’est nécessaire.

Ainsi, nous pourrons travailler à trouver la meilleure manière de combiner les habiletés et les compétences les plus appropriées qui nous permettront de surmonter les défis liés à l’acquisition dans un environnement qui combine maintenant le passé analogique et le présent numérique dans une société toujours plus complexe. Il ne faut pas oublier que les images numériques créées aujourd’hui sont les Winkworth et les Karsh de demain et que le livre rare de demain est la dernière version en ligne du roman-feuilleton de Didier von Cauwelaert intitulé Thomas Drimm. L’importance que nous accordons au passé doit trouver son nouvel équilibre avec la création présente afin d’assurer que nos acquisitions soient le reflet véritable de la société canadienne. Ceci nous évitera peut-être de nous retrouver avec un trou de mémoire dans vingt ans.

L’acquisition est au cœur du mandat de la préservation. Ce qui sera accessible demain est ce qui aura été préservé correctement aujourd’hui. Ce qui aura à être préservé correctement est ce qui aura été sélectionné hier. Tout ne peut être retenu. Tout ne peut être gardé en un seul lieu. Tout ne peut être préservé par une seule institution. Ici, nous avons d’immenses défis de collaboration liés aux techniques et aux technologies mais aussi au partage de la tâche. Nous sommes un grand réseau et nous devons capitaliser sur cette force pour assurer que nous savons ce qui est acquis, comment il est préservé et où il est préservé afin de le rendre accessible. Car le but ultime de notre travail est de rendre accessible ce patrimoine documentaire qui prend diverses formes comme les documents, les livres, les cartes et les portraits. Encore ici, ce sont les meilleurs processus de travail et les combinaisons d’expertise les plus efficientes et efficaces qui nous permettront de demeurer pertinents. Les lieux de savoir et les lieux du savoir ont été profondément transformés et il faut en prendre acte. Il faut, dans la mesure du possible, être de plus en plus présent là où se trouve le citoyen. Voûtes virtuelles et présentations par des experts en salles de classe et en direct ou par podcast ou webcast sont les voies de demain. Les salles de recherche et les expositions plus traditionnelles demeureront sans doute une approche appropriée pour plusieurs années mais encore ici, c’est à un monde dual auquel nous faisons face, l’accès physique et l’accès virtuel. Les solutions devront être équilibrées relativement à cette nouvelle donne et ne pas perdre de vue que le matériel se doit avant tout d’être accessible au plus grand nombre à travers un vaste territoire tout en permettant aux experts d’accéder à des parties plus pointues du fonds de l’institution.

Enfin, nous devons nous assurer que notre rôle fondamental de préserver la mémoire collective et de la rendre accessible est bien rempli. Tout en reconnaissant le besoin et l’importance de nos identités professionnelles et institutionnelles, nous devons travailler ensemble pour trouver nos points d’intérêt commun et faire alliance pour relever les défis modernes liés à ce rôle. Il y a dans nos institutions et dans la société en général des talents extraordinaires que nous pouvons mettre à contribution pour concevoir et construire les nouvelles approches requises.

Daniel J. Caron Ph. D.
Bibliothécaire et archiviste du Canada