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Bannière : Des histoires à Bon Marché! Les romans en fascicules de 1940 à 1952
Table des matières
À propos des histoires à bon marché!
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Industrie du roman en fascicules
Collection de langue anglaise
Collection de langue française
Thèmes
Corruption des moeurs
Le déclin des romans en fascicules
L'influence des romans en fascicules

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Titre de section : Thèmes

« Infidélités et regrets »

Les histoires sentimentales et les stéréotypes dans les romans en fascicules

Couverture du fascicule DARING CONFESSIONS AND BURLESQUE, volume 3, numéro 12 (mars 1945)
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Les histoires sentimentales dans les romans en fascicules présentaient des intrigues mélodramatiques des plus spectaculaires. D'un numéro à l'autre, les fascicules racontaient des histoires d'infidélité, de quasi-infidélité et de négligence face aux devoirs conjugaux. Le scénario variait, mais le dénouement était toujours le même : on avait des regrets, on pardonnait et l'on accordait une seconde chance.

Dans la plupart des cas, la faiblesse humaine était à l'origine du drame, et la faute incombait à la femme.

Les fascicules comme Daring Confessions professaient le principe d'autoaccusation, même dans les titres de leurs histoires. Ceux-ci citaient les héroïnes de ces drames, qui se condamnaient elles-mêmes en des termes tels que : « I paid for my folly », « A failure with men », « I didn't trust him enough », « I was a counterfeit wife » et « I'll never fail him again ».

Couverture du fascicule DARING CONFESSIONS, volume 2, numéro 3 (août-septembre 1943)   Couverture du fascicule DARING CONFESSIONS AND BURLESQUE, volume 3, numéro 14 (juin-juillet 1945)
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La narratrice de « I Failed My Husband » offrait une mise en garde aux lectrices du fascicules. Lorsque sa relation avec son mari a été menacée par la présence de sa belle-mère envahissante, l'héroïne s'est consolée en s'offrant une aventure extraconjugale. Toutefois, sa faiblesse ne lui a occasionné que du chagrin : « Dans mon désespoir, je me suis tournée vers les bras d'un autre homme et, bien plus tard, j'ai appris que toute femme adultère doit subir les conséquences de son péché. » [traduction] (Daring Confessions, 1943, p. 5)

Couverture du fascicule DARING CONFESSIONS AND BURLESQUE, volume 2, numéro 10 (octobre-novembre 1944)
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Ces histoires ont été écrites à une époque où, comme le mentionnent Carolyn Strange et Tina Loo (2004, p. 45), la « Dépression avait forcé plusieurs couples à reporter leur mariage. Puis, lorsque le Canada s'est allié à la Grande-Bretagne au début de la Deuxième Guerre mondiale, les femmes ont dû laisser partir leur amoureux. » [traduction] De nombreuses femmes ont également joui d'une nouvelle liberté et d'une certaine indépendance en occupant les emplois laissés vacants par les hommes partis combattre en Europe. Les histoires d'amour des romans en fascicules servaient à les mettre en garde contre un abus de ces libertés et à leur rappeler les joies que leur procurait la dépendance à l'égard des hommes. Dans les romans policiers, cette tendance puritaine était encore plus prononcée. Les auteurs montraient les conséquences tragiques qui découlaient des liaisons extraconjugales et des passions charnelles : elles se terminaient invariablement par le meurtre d'un des partenaires, tandis que l'autre était incarcéré ou mis à mort (Strange et Loo, 2004, p. 47).

Page 13 du fascicule PRIVATE LOVE AFFAIRS, volume 3, numéro 6 (juillet 1948)
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Les couvertures de plusieurs de ces fascicules, notamment Private Love Affairs, Private Confessions, Personal Confessions et Worldly Confession, étaient illustrées de photographies de vedettes de Paramount Pictures ou d'acteurs sous contrat dont les photos étaient faciles à obtenir. Les histoires à l'intérieur des fascicules étaient également illustrées à l'aide de photos, mais il fallait indiquer clairement que les personnes photographiées n'étaient pas les vrais personnages de l'histoire. C'est pourquoi toutes les photos portaient la mention « specially posed » (pose intentionnelle).

Compte tenu que les histoires sentimentales étaient présentées comme des faits vécus et des confessions authentiques, les lecteurs ne s'opposaient pas à la présence de ces photos d'acteurs. On ne pouvait s'attendre à voir des clichés instantanés de personnes réelles, particulièrement dans le cas des protagonistes d'histoires telles que « My Husband Was a Love-Thief », « I Traded Love for Fame », « I Was the Other Woman », « My Sister Stole My Love » et « I Was a Second Choice Wife ». Le fait d'attribuer aux personnages le visage de modèles qui « posaient intentionnellement » donnait au fascicule la saveur excitante du fruit défendu : les lecteurs avaient l'impression de surprendre le secret honteux d'une personne qu'ils ne reverraient jamais.

Couverture du fascicule PERSONAL CONFESSIONS, volume 1, numéro 3 (septembre 1946)   Couverture du fascicule PRIVATE CONFESSIONS, volume 3, numéro 5 (mai 1948)
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Les auteurs d'histoires sentimentales écrivaient aussi sous le couvert de l'anonymat. Dans les fascicules tels que Private Confessions et Private Love Affairs, la plupart des histoires étaient rédigées à la première personne et non signées. Les personnages qui racontaient leurs aventures étaient des femmes, mais l'absence du nom de l'auteur véritable laissait planer un doute sur le sexe de celui-ci.

Pour les lecteurs, cette question n'avait guère d'importance. À leurs yeux, il s'agissait bel et bien d'un fait vécu. Compte tenu de l'aspect déchirant de plusieurs de ces histoires, on devine facilement que les lecteurs auraient respecté le désir de l'auteur de conserver l'anonymat.

Première page de l'ébauche tapuscrite de THEY PAY TO PAW ME, de Mollie Courtney (W.T. Brannon)
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Toutefois, le manuscrit d'une histoire intitulée « They Pay to Paw Me », publiée dans le numéro d'octobre 1942 de True Life, révèle que certaines des histoires, sinon la majorité, étaient en réalité écrites par des hommes. « They Pay to Paw Me » était un récit cru, cynique et même sarcastique de la vie d'une diplômée en philosophie devenue hôtesse dans une boîte de nuit. Son auteur était un certain W.T. Brannon, qui écrivait sous le pseudonyme de « Mollie Courtney » (le manuscrit de Brannon porte plutôt le pseudonyme de « Mollie Sims », mais une note de l'éditeur indique qu'il a été remplacé par « Courtney »). W.T. Brannon était en fait William Tibbets Brannon, un auteur bien connu de romans policiers en fascicules et de livres dans le même genre 1.

Dans une industrie aussi dominée par les hommes (et par l'emploi de pseudonymes) que celle des romans en fascicules, il est peu étonnant que les histoires racontées par des femmes fussent en réalité écrites par des hommes. On ne peut toutefois s'empêcher de soupçonner que ces histoires auraient peut-être véhiculé une morale différente et moins répressive si elles avaient été créées par des femmes.

Si les romans en fascicules employaient les grands moyens pour encourager l'autocritique et le repentir, leur antithèse, les magazines pour hommes seulement, incitaient plutôt à fuir ces pratiques.

 

Note

1. Certains livres de Brannon sont encore en librairie, notamment Con Man: A Master Swindler's Own Story, qui fait partie de la série Library of Larceny de Broadway Books.

Références

« I Failed My Husband », Daring Confessions, vol. 1, no 5 (janvier 1943).

Strange, Carolyn, et Tina Loo. True Crime, True North: the Golden Age of Canadian Pulp Magazines, Vancouver, Raincoast Books, 2004.