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Tableau représentant John A. Macdonald, probablement peint à Édimbourg, en Écosse, par un artiste inconnu, vers 1842–1843

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John A. Macdonald, probablement peint à Édimbourg, en Écosse, par un artiste inconnu, vers 1842–1843

ARCHIVÉE - Sir John A. Macdonald
homme d'État canadien et patriote

Contenu archivé

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La personne

Le premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald, repose dans une modeste tombe du cimetière Cataraqui, à Kingston. Une croix en granite gris d'un peu plus d'un mètre à peine marque le lieu de son inhumation. Les mots « John Alexander Macdonald, 1815–1891, At Rest (Ci-gît John Alexander Macdonald, 1815-1891) » sont gravés au pied de cette pierre tombale, dont la simplicité donne à penser que John A. Macdonald ne fut, à son époque, qu'un homme ordinaire — un marchand, un marin, un soldat —, bref, n'importe qui sauf un homme d'État bâtisseur de pays. Le banal monument se fond si bien avec tous les autres qui l'entourent qu'il n'attire même pas le moindre regard.

Tableau représentant Isabella Clark Macdonald, par William Sawyer, 1852
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Isabella Clark Macdonald, par William Sawyer, 1852

Peut-être sied-il bien qu'en dépit des grandes réussites de sa vie politique, Macdonald repose désormais dans un lieu d'où émane un tel sentiment de solitude tout empreint de solennité. Les grandes réalisations qui ont enrichi sa vie publique ont par trop souvent été éclipsées par le tragique, par les immenses chagrins de sa vie privée. Aussi solide, aussi formidablement constitué qu'il ait été pour le combat politique, sir John A. Macdonald n'a en effet jamais été à l'abri des épreuves personnelles.

C'est en 1820 que Hugh Macdonald, le père de sir John quitte Glasgow, en Écosse, avec sa famille pour aller s'installer à Kingston dans le Haut-Canada, attiré par les promesses d'une terre nouvelle où il lui serait enfin possible d'accéder à une prospérité qui lui avait jusque-là toujours échappé. Sir John a alors 5 ans. Deux ans plus tard, le futur premier ministre est témoin du meurtre violent, commis par un gardien d'enfants ivre, de son frère de 5 ans, James Shaw Macdonald. Cet horrible événement demeurera par la suite un secret de famille, que Macdonald gardera jusqu'au crépuscule de sa vie.

Tableau représentant le jeune Hugh John Macdonald, par William Sawyer, 1852
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Hugh John Macdonald, par William Sawyer, 1852

N'étant guère intéressé par l'athlétisme durant sa jeunesse, il se concentre sur ses études avec une telle rigueur qu'il maîtrise le français et le latin dès l'âge de 12 ans. Ses parents, qui ne connaissent que très peu de succès dans leur travail au moulin de pierre situé près de Picton en Ontario, l'envoient étudier à Kingston. Pensionnaire chez un particulier, il passera ainsi de longues périodes loin de sa famille. Encore adolescent, Macdonald s'inscrit en droit. Et c'est dans l'arène politique municipale de Kingston qu'il fait plus tard, en 1843, son entrée dans la vie publique en menant campagne et en remportant sa première élection. Cette même année, il rencontre et épouse sa première femme, sa cousine Isabella Clark. Heureux au début, leur mariage devient pour Macdonald sa plus grande source de chagrin lorsqu'une mystérieuse maladie débilitante atteint son épouse. Leur vie sera ainsi remplie de hauts et de bas durant près de treize ans, soit jusqu'au décès d'Isabella.

Malgré la maladie, Isabella réussit à mettre au monde, en août 1847, le premier enfant du couple, un garçon dont les prénoms de baptême sont les mêmes que ceux de son père : John Alexander. La joie des parents sera néanmoins de courte durée puisque l'enfant mourra subitement à l'âge de 13 mois. En 1850, le couple aura un deuxième garçon, Hugh John, mais sir John ne parviendra jamais à développer une relation intime avec lui. En effet, après la mort d'Isabella en 1857, ce sera surtout la tante de Hugh qui veillera à son éducation à la place de sir John, pris par ses responsabilités politiques. Hugh John Macdonald deviendra plus tard premier ministre du Manitoba.

Photographie de la baronne Macdonald d'Earnscliffe et de sa fille, Mary, mai 1893
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Baronne Macdonald d'Earnscliffe et sa fille, Mary, mai 1893

Lorsque son premier fils meurt, Macdonald, alors procureur général de la province du Canada, n'est âgé que de 33 ans. La mort de cet enfant et la maladie persistante de sa femme le rendent fou de chagrin et contribuent sans doute à créer son légendaire problème d'alcool. « Les souffrances d'Isabella déchiraient le cœur de Macdonald, écrira Louis J. Flynn, spécialiste de l'histoire de la ville de Kingston. Les parents, accablés de chagrin par le choc de la mort de leur jeune fils, se sont rapprochés à la suite de cette épreuve mais Isabella est demeurée fragile et chétive... Ses réussites politiques n'ont jamais réussi à compenser totalement les échecs et les tragédies de sa vie familiale. »

Nombre de Canadiens seraient prêts à fermer les yeux sur le problème d'alcool de Macdonald, voire même à l'excuser, considérant qu'il s'agit là de la faiblesse d'un homme qui portait le fardeau de lourdes tragédies. « J'aime bien l'idée de savoir que le fondateur de notre Confédération n'était pas homme à ne pouvoir mentir; il aimait consommer de l'alcool. », a dit un jour le journaliste et auteur canadien Pierre Berton sur les ondes de la chaîne de télévision anglaise de Radio-Canada.

Photographie de Lady Susan Agnes Macdonald, l'épouse de sir John A. Macdonald, janvier 1885
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Lady Susan Agnes Macdonald, l'épouse de sir John A. Macdonald, janvier 1885

Aux prises avec une vie familiale brisée, Macdonald, enclin aux cuites d'un soir, verra sa situation financière s'aggraver. Au moment de la naissance de la Confédération, ses dettes personnelles s'établissent, en dollars courants, à environ 1 million de dollars. Plusieurs des banques dans lesquelles il a investi, personnellement ou au nom de son cabinet d'avocats, ont fait faillite. La mort, en 1864, de son associé de longue date A. J. Macdonnell le laisse seul pour payer les pots cassés, soit rembourser les dettes de son cabinet.

Sa gentillesse — parfois marquée au coin de mélancolie —, en dépit des chagrins de sa vie privée, ne cesse de servir Macdonald sur la scène publique. Comme le soulignera l'ancien premier ministre John Turner dans une allocution prononcée le jour de l'anniversaire de naissance de Macdonald en 2001, « Le magnétisme est une qualité qui émanait de sir John. Le magnétisme est cette qualité qui pousse un homme à faire un détour de dix pâtés de maisons pour vous rencontrer, plutôt qu'un détour de dix pâtés de maisons pour vous éviter. »

Photographie de la villa « Bellevue », à Kingston, où sir John A. Macdonald a vécu les premières années de son mariage, s.d.
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Villa « Bellevue », à Kingston, où Sir John A. Macdonald a vécu les premières années de son mariage, s.d.

Avant que naisse le Canada, le 1er juillet 1867, Macdonald épouse une autre femme, Susan Agnes Bernard, espoir d'un nouveau bonheur. Quand elle devient enceinte, elle appelle le bébé qu'elle porte « mon nouvel espoir » dans son journal personnel. Cet espoir s'anéantit toutefois lorsque Mary Macdonald naît avec une malformation. Les médecins annoncent au couple que leur enfant ne connaîtra pas une croissance normale sur les plans physique et mental. Ce qui n'empêchera pourtant pas Macdonald de chérir son unique fille. Il rédigera plus de 30 000 lettres durant sa vie, mais ce sont celles qu'il écrira à Mary, qu'il surnommait affectueusement « Baboo », qui révèlent le mieux sa nature aimante, toute cette tendresse dont il était empreint.

« Tu te souviens du jour où maman m'a coupé les cheveux et fait que j'avais l'air d'un âne tondu ?, de demander sir John à sa fille ». « Eh bien, ils sont redevenus très longs. Lorsque tu viendras à la maison, il ne faudrait pas que tu me les tires trop fort. » Selon Donald Swainson, l'historien spécialiste de Macdonald qui enseigne à l'université Queen's, « La maladie de Marie n'est que le dernier épisode de toute une série d'événements malheureux qui ont marqué la vie privée de John A. Sa première femme est décédée jeune et son premier-né, mort dès la petite enfance. Il a à peine connu son second fils, avec lequel il a vécu une relation orageuse, souvent pénible. Et voilà que son unique fille souffre d'une maladie débilitante. Le fait que sir John ait réussi à surmonter toutes ces tragédies et se soit imposé comme un homme d'État créatif tient du miracle. »

Les importantes réalisations de la vie publique de Macdonald, dans tout le cours de sa carrière politique et surtout lorsqu'il était premier ministre, semblent d'autant plus admirables lorsque sont prises en compte les terribles épreuves qu'il a eu à surmonter dans sa vie privée.