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Caricature de Sir John A. Macdonald, par John Bengough

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Caricature de Sir John A. Macdonald, par John Bengough

ARCHIVÉE - Sir John A. Macdonald
homme d'État canadien et patriote

Contenu archivé

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L'homme politique

Dès son entrée dans l'arène politique du Canada à naître, John A. Macdonald apparaît comme une figure de proue parmi ses contemporains. En 1844, alors qu'il est conseiller municipal à Kingston, une ville florissante qui est appelée à devenir une capitale, les conservateurs de la région le désignent comme leur candidat en vue de l'imminente élection provinciale.

Photographie de David Thompson, député de Haldimand (Ontario), mars 1879
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David Thompson, député de Haldimand (Ontario), mars 1879

Le jeune avocat a déjà acquis une réputation de non-conformiste, en se chargeant de causes auxquelles ses confrères ne voulaient pas toucher. Et sa défense de Nils Von Schoultz, accusé de rébellion pour avoir dirigé un soulèvement de républicains ayant pour but de s'emparer de la ville de Prescott en 1838 a, en quelque sorte, défini la direction que prendra sa jeune carrière. Même si Von Schoultz sera exécuté pour ses crimes, Macdonald sera vu, à la suite du procès de ce rebelle, comme un conservateur prêt à défendre des idées libérales. En outre, cet épisode révélera un homme qui, dans sa carrière politique, aura l'audace nécessaire pour prendre des décisions difficiles et sera suffisamment sensé pour renoncer à son propre ego pour soutenir une cause.

Durant la campagne électorale de 1844, il publie un article dans le Kingston Herald dans lequel il égrène les promesses habituelles que fait tout politicien aux électeurs, et qu'il entend bien respecter s'ils l'élisent. Mais une partie de l'article laisse franchement entrevoir ce qui mijote déjà dans l'esprit du jeune avocat : « Je suis d'avis que, dans un jeune pays comme le Canada, les efforts déployés pour mettre en valeur ses ressources et pour améliorer ses avantages matériels ont plus d'importance que ces discussions stériles sur des questions abstraites et théoriques qui, visant le gouvernement, font perdre du temps à l'Assemblée législative et de l'argent au peuple. »

Photographie de George Brown, 1880
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George Brown, 1880

Au mois d'octobre de la même année, les Kingstoniens éliront l'homme qui — ils l'ignorent alors — deviendra le premier premier ministre du Canada. Toutefois, avant de pouvoir bâtir un pays, Macdonald devra constituer un parti politique digne de relever pareil défi — un parti qui sera prêt à abandonner toute idéologie rigide et non pertinente. à reconnaître l'importance de faire des compromis et à accorder une voix égale aux anglophones et aux francophones. Un tel parti n'existe pas lorsque Macdonald fait ses premiers pas sur la scène politique. Le Parti conservateur auquel il s'est joint, et qu'il représentera après son élection, est faible. Ce parti a certes alors remporté le scrutin et formé, de justesse, un gouvernement majoritaire. Mais, dès que sir John entre en fonctions en novembre, il en vient à constater que les profondes divisions internes du parti, ainsi que l'absence totale de francophones en son sein, constituent autant de lacunes à combler. À ses yeux, le parti au pouvoir est illégitime du fait du manque total de cohésion de son équipe, qui ne jouit pas du soutien d'un segment suffisamment important de la population du pays.

Un certain nombre de factions luttent pour prendre les commandes de la coalition « conservatrice » vaguement organisée autour de libéraux-conservateurs (qui mettent de l'avant un genre de conservatisme modéré auquel souscrit Macdonald), d'anciens conservateurs britanniques et des membres issus de l'élite du Pacte de famille qui ont dirigé le Haut-Canada au début du XIXe siècle. Macdonald sait que, pour faire progresser véritablement le Canada au-delà de l'impasse parlementaire, il faut qu'il y ait un parti qui soit capable de faire la paix avec ses factions et d'intégrer d'autres membres.

Photographie de Wilfrid Laurier, vers 1882
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Wilfrid Laurier, vers 1882

Macdonald est toujours considéré comme le fondateur de ce qui deviendra éventuellement, au début du XXe siècle, le Parti progressiste-conservateur du Canada, puis l'actuel Parti conservateur du Canada. Ayant choisi de désigner sa propre formation politique sous le nom de Parti libéral-conservateur, il arrivera à y rallier plusieurs anciens conservateurs, tout en y amenant quelques réformateurs et en tendant la main aux francophones du Canada-Est. Son aptitude à gagner de nouveaux partisans mènera à la Grande Coalition de 1864, aux termes de laquelle les chefs des trois partis politiques clairement définis, nommément George Brown, du Clear Grit, George-Étienne Cartier, du Parti bleu, et Macdonald, du Parti libéral-conservateur, conviendront d'en finir avec les guerres de tranchées politiques pour diriger ensemble la province du Canada.

C'est Cartier, son lieutenant pour le Québec, qui persuadera plus tard Macdonald de maintenir, au sein du Dominion du Canada, les gouvernements provinciaux. Macdonald, qui préconise plutôt un seul gouvernement central et fort, s'opposera d'abord à l'idée, mais il se laissera ensuite infléchir sur les conseils de Cartier. Un gouvernement entièrement centralisé, écrira Macdonald, « n'aurait pas permis d'obtenir l'assentiment de la population du Bas-Canada, car elle avait l'impression que, en raison de sa position, soit celle d'une minorité qui diffère, par sa langue, par sa nationalité et par sa religion, de la majorité, ses institutions et ses lois soient attaquées. »

Photographie de Joseph Howe, juillet 1869
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Joseph Howe, juillet 1869

La coalition de Macdonald ira de l'avant pour former le gouvernement qui entreprendra rapidement de créer la Confédération. Le fait que de si nombreux adversaires de l'homme politique, dont Brown, Joseph Howe et Oliver Mowat, aient finalement décidé d'agir en faveur du projet de Confédération témoigne du talent de sir John pour la création de consensus. Nombre d'historiens lui attribuent le mérite d'avoir amené le Canada au régime des partis au Canada — il a non seulement contribué à construire ce qui deviendra le Parti progressiste-conservateur, mais encore, par inadvertance pour ainsi dire, à lancer le Parti libéral en réunissant plusieurs factions qui, opposées à Macdonald, feront tout pour le déloger de son poste de premier ministre.

Macaron avec ruban du congrès à la direction du Parti progressiste-conservateur de 1983 montrant une image de sir John A. Macdonald
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Macaron avec ruban du congrès à la direction du Parti progressiste-conservateur de 1983 montrant une image de sir John A. Macdonald

Macdonald, l'homme politique, savait ajouter une touche extrêmement personnelle dans ses rapports avec ses confrères. Une anecdote, racontée par le très honorable John Turner lors d'un événement organisé à Orillia (Ontario) en commémoration de Macdonald témoigne bien de son aptitude à charmer les législateurs d'autres allégeances, et à s'assurer ainsi de leur fidélité. L'ancien premier ministre a ainsi alors rapporté le propos d'un contemporain de Macdonald, David Thompson, député libéral représentant le comté de Haldimand, qui avait effectué un retour au Parlement après une absence prolongée pour cause de maladie : « Le premier homme que j'ai croisé, de dire Thompson, a été [le chef libéral Edward] Blake, qui, en passant à côté de moi, ne m'a fait qu'un simple signe de la tête, comme s'il avait oublié que j'avais été absent. Puis j'ai croisé [le député libéral Richard] Cartwright, qui a été tout aussi froid. Enfin, j'ai croisé sir John qui s'est empressé de traverser la Chambre, m'a donné une tape sur l'épaule, m'a serré la main et m'a dit : « Davy, je suis heureux de voir que vous êtes revenu; j'espère qu'il vous reste encore de nombreux jours à vivre, pour pouvoir voter contre moi. » Il était fort difficile de ne pas suivre un homme de cette trempe. ».