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ARCHIVÉE - Un voyage littéraire au Canada

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Paysages littéraires

Le paysage littéraire canadien
par Katherine Govier, auteure, et Marcel Barriault, Bibliothèque et Archives Canada

Le paysage canadien est fait d'espoir. Nous pouvons regarder vers l'extérieur depuis trois côtes et imaginer les navires arrivant. Ou encore, nous pouvons nous tourner vers l'intérieur et observer le territoire, plein d'espérance devant ces vastes espaces.

Partout où nous allons, les mots des écrivains qui nous ont précédé nous accompagnent. À St. John's (Terre-Neuve), nous pouvons grimper Signal Hill, puis regarder la ville à nos pieds en imaginant la maison inclinée sur la crête qu'habitait la pauvre et bruyante famille Ryan créée par Wayne Johnston.

Sur les rives du Saint-Laurent, nous entendons l'écho des vagues et le chant des oiseaux qu'Anne Hébert a dépeints avec brio dans son évocateur roman poétique Les fous de Bassan (1982).

Le roman Under the Ribs of Death(1957) de John Marlyn constitue un excellent guide du quartier des entrepôts à Winnipeg. Nous pouvons creuser pour trouver des ossements de dinosaures dans les Badlands de l'Alberta, à la suite de Robert Kroetsch et son roman intitulé Badlands (1975). À Siwash Rock, au parc Stanley, nous pensons à Pauline Johnson et à son poème The Siwash Rock, tiré de la collection Legends of Vancouver et basé sur la légende de deux amants qui se sont noyés là.

Les mots des écrivains ajoutent au paysage et lui donne des nuances.

À l'Île-du-Prince-Édouard, L. M. Montgomery évoque, dans Anne... La maison aux pignons verts (paru en anglais en 1919), de paisibles plages de sable rouge. Mais le poème « I've tasted my blood » (1969) de Milton Acorn restitue pour sa part de dures images : « J'ai vu ma mère / trainer ses jours / comme une luge sur le gravier » (traduction libre). Elizabeth Smart donne, dans By Grand Central Station I Sat Down and Wept (1945), une inoubliable description, belle et rigoureuse, des feuilles d'automne aperçues en Ontario depuis la fenêtre d'un train, comme « une plénitude qu'on ne peut supporter » (traduction libre).

Haïda Gwaii (autrefois les îles de la Reine-Charlotte), magiques et reculées, sont inaccessibles, sinon dans la magnifique traduction des poèmes épiques haïdas que donne Robert Bringhurst dans A Story Sharp as a Knife (1999). Là, le monde de l'aigle, de la grenouille et de l'ours déborde des pages, animant la mer, la pluie et l'île rocheuse de ce monde lointain.

Les romans d'Antonine Maillet, en particulier ses premiers ouvrages Pointe-aux-Coques (1958) et On a mangé la dune (1962), décrivent de mémorables rivages de l'Acadie rurale, parsemés de petites maisons et de phares.

La liste est encore longue.

Wallace Stegner vivait à Eastend, en Saskatchewan, jusqu'à ce que son infatigable père déménage avec sa famille de l'autre côté de la frontière, où tous poursuivent leur quête de « La Bonne Grosse Montagne en Sucre ». Stegner immortalise la ville et les Prairies dans Wolf Willow (1962). Et Nancy Huston ajoute ses propres louanges des Prairies dans Cantique des plaines (1993).

On ne peut évoquer la vaste toundra nordique canadienne sans penser à Agaguk, le héros éponyme du roman d'Yves Thériault.

Roderick Haig-Brown, écrivain, pêcheur à la mouche et écologiste, dépeint dans ses nombreux romans la rivière et ses habitants. Gabrielle Roy rend compte des établissements canadiens-français de Saint-Boniface, au Manitoba, dans des romans tels que Rue Deschambault (1955). Sur les rives du lac Couchiching, imaginez les gens de Mariposa emballer leur pique-nique et entendez presque, comme l'écrit Stephen Leacock, « cliqueter les sandwichs ».

La fabuleuse nature sauvage a été apprivoisée, et parfois ternie. À Nobel, en Ontario, on exploitait une usine de munitions sur les berges de la Baie Georgienne; c'est là que les Canadiens fabriquaient du trinitrotoluène (T.N.T.) pour les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Le titre du roman de Katherine Govier, Angel Walk (1996), renvoie au nom que donnaient les ouvriers à la bande de terre où ils déversaient de pleines brouettes d'explosifs : il suffisait d'un seul faux pas pour qu'ils se retrouvent avec les anges. Poussière sur la ville (1953) d'André Langevin offre une vivante description de la collectivité minière de Thetford Mines. Et grand nombre d'auteurs franco-ontariens explorent les espaces immenses du nord de l'Ontario.

Avec nos luttes, notre politique, nos arrivées et nos départs, nous avons transformé le paysage. On ne peut évoquer les stations hydrauliques du lac Ontario sans penser au sabotage qu'imagine Michael Ondaatje dans La peau d'un lion (paru en anglais en 1987).

Et le territoire — sauvage ou colonisé, qu'on le veuille ou non — change tous ceux qui y viennent. Prenez par exemple les pentes est des Rocheuses. Entendez-vous le poème de Jan Zwicky intitulé « Open Strings » (1999)? « C'est de l'air qu'ils nous offrent [...], un plus grand vent, le corps / secoué comme une serviette, l'air / comme le ciel au-dessus des contreforts » (traduction libre).

Venez respirer cet air hanté.