Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.
La quête du paradis perdu
par Marcel Barriault, Bibliothèque et Archives Canada
...y'avont eu pour leu dire que l'Acadie, c'est point un pays,
ça, pis un Acadjen c'est point une natiounalité...
Antonine Maillet, La Sagouine (1972)
Comme État, l'Acadie n'existe plus depuis au moins deux siècles. Pourtant, elle demeure bien vivante dans l'imaginaire populaire, inspirant de nombreux auteurs, poètes, musiciens et artistes. Lorsque l'explorateur florentin Giovanni da Verrazzano la nomma en l'honneur de l'Arcadie - une région idyllique et pastorale de la Grèce antique - il ne se doutait pas qu'il jetait ainsi les bases d'un mythe important de l'imaginaire acadien, celui de la terre promise. Au XVIIe siècle, les tout premiers auteurs européens à séjourner en Acadie la décrivaient déjà comme un endroit biblique où ruisselait le lait et le miel. Marc Lescarbot nomme l'Acadie la terre promise des Français alors que Nicolas Denys la compare à un pays de Cocagne. Dans sa Relation du voyage du Port Royal en Acadie (1708), Dièreville fait l'éloge du peuple acadien qui, selon lui, mène une existence pastorale dans un pays qui se rapproche du paradis.
S'inspirant largement de tels ouvrages, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow a écrit le célèbre poème épique Évangéline (1847), l'œuvre de loin la plus marquante du développement de la littérature acadienne. Dans ce poème, la jeune héroïne et son fiancé sont cruellement séparés l'un de l'autre par les forces anglaises lors de la déportation des Acadiens (1755). Ils passent le reste de leur vie à l'étranger, tentant désespérément de se retrouver. Cette quête de ce qui ne peut plus exister, ce désir déchirant de retourner au paradis perdu, a inspiré de nombreux romans historiques racontant l'histoire des Acadiens. Parmi les nombreux exemples, citons Elle et lui (1940) d'Antoine-J. Léger, Le chef des Acadiens (1956) d'Alphonse Deveau et surtout Pélagie la Charrette (1979) d'Antonine Maillet.
L'exil et l'errance demeurent des thèmes principaux de la littérature acadienne contemporaine, mais il s'agit souvent d'un exil volontaire, d'une errance qui mène vers des terres inconnues afin de vivre ce qu'Herménégilde Chiasson appelle « un exil de soi-même ». Dans l'ère de la mondialisation, les personnages de la littérature acadienne partent à la quête d'autres pays pour mieux connaître le monde et aussi leur propre vie. Que ce soit dans Les portes tournantes (1984) de Jacques Savoie, Le cycle de Prague (1992) de Serge Patrice Thibodeau, Petites difficultés d'existence (2002) de France Daigle ou Vortex (2004) de Jean Babineau, le lecteur finit par comprendre que l'Acadie comme pays sans frontières précises s'insère très bien dans un monde où les frontières s'effritent.