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ARCHIVÉE - Un voyage littéraire au Canada

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Paysages littéraires

Québec

Des coureurs des bois et des lutins
par Kareen Martel, Université d'Ottawa

Photographie en noir et blanc figurant un homme debout à côté d'un monument devant une petite maison

La maison de Louis Hémon et un monument en son honneur, Péribonka (Québec), vers 1928

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L'immense territoire québécois regorge de poésie, de récits et de légendes. Le caractère unique des diverses régions a inspiré les auteurs canadiens-français et étrangers, comme l'écrivain français Louis Hémon. Un séjour de plusieurs mois au Saguenay Lac Saint Jean a frappé l'imaginaire de Hémon et l'a mené à la création de son roman Maria Chapdelaine (1926). Dans le village de Péribonka, on peut encore aujourd'hui visiter la maison où il a habité et dont les propriétaires et leur entourage auraient fourni les traits des personnages principaux. En été, les échos du timide échange de promesses d'amour entre les personnages de Maria Chapdelaine et de François Paradis retentissent dans les bleuetières de la région.

Timbre-poste de 43 cents blanc avec illustration en couleurs figurant un draveur et des rapides à l'arrière-plan, ainsi que, au bas, une portée et des paroles de chanson

Timbre-poste intitulé « Chanson du Québec », 7 septembre 1993

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Ces échos résonnent jusque dans l'oreille du personnage de Menaud, dans la région de Charlevoix. En effet, dans son Menaud, maître draveur (1937), Félix-Antoine Savard cite quelques extraits du roman de Hémon et aborde des thèmes semblables. Menaud promène son regard amoureux sur tout ce vaste territoire, car son métier de draveur l'amène à parcourir bois et forêts pour atteindre les rivières. Le romancier dépeint la région dans une langue poétique : « Cette fois, c'était bien elle, sa vie, que tout cela : paysages coupés de tourbières et de broussailles, lacs dorés du ciel, pâtis de brouillards, grandes barres d'ombres, jardins d'éricales, vasières gris bleu 1 ». Ces deux romans sont empreints de l'idéologie du terroir qui a marqué la littérature québécoise des années 1900 à 1940 et qui célébre l'attachement à la terre et aux valeurs traditionnelles.

Page jaunie de la couverture d'un cahier avec dessins et texte manuscrit en noir

Cahier de notes Nos traditions nationales, par Félix-Antoine Savard

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Dans les années 1930 à 1950, le roman du terroir fait place au roman de la ville, notamment sous les plumes de Jean-Charles Harvey et Roger Lemelin. Depuis quelques années, le lecteur assiste à une revalorisation du milieu rural. Ainsi, un village connaît la renommée grâce au génie littéraire : Saint Élie de Caxton. Fred Pellerin le met en scène dans les aventures qu'il présente en spectacle et dans ses recueils de contes, dont Comme une odeur de muscles (2005) et Dans mon village, il y a belle lurette (2001). Dans l'œuvre du conteur, réalité et fiction s'amalgament si parfaitement que le lecteur, en visite en Mauricie, hésite : Babine, le fou du village, a-t-il lui aussi réellement déambulé dans ces rues ? La maison de la grand mère, le garage de Léo Déziel et l'église font maintenant tellement partie de l'univers imaginaire qu'il existe une carte de la ville indiquant les lieux mentionnés dans les contes, et que la municipalité a installé une pancarte signalant une « traverse de lutins »!


 

1 Félix-Antoine Savard, Menaud maître draveur, Montréal, Fides, 1960, p. 64.