Cette page Web archivée demeure en ligne à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle ne sera pas modifiée ni mise à jour. Les pages Web qui sont archivées sur Internet ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez demander de recevoir cette page sous d'autres formats à la page Contactez-nous.
Patrie ou frontière littéraire
par Philip Goldring, Philip Goldring and Associates
Les Canadiens regroupent sous le nom de « Nord » plusieurs régions. Le Nord inclut les fermes de Peace River en Alberta, le Saguenay de Maria Chapdelaine et même la région des chalets aux environs de Toronto. De façon plus conventionnelle, le Nord se divise en deux grandes sections séparées par la « limite de la zone arborée » : la forêt boréale et la toundra.
C'est la culture, et non la géographie, qui détermine le caractère que revêt le Nord. En tant que patrie, vision la plus ancienne que les gens ont du Nord, c'est une très belle région, pleine de défis mais aussi de ressources; en tant que frontière, le Nord est séduisant mais rigoureux. Les Canadiens se sont familiarisés avec ces deux points de vue opposés dans la façon de considérer culture et environnement, depuis que Thomas Berger a publié son étude intitulée Northern Frontier, Northern Homeland (1977).
Les paysages physiques prédominent dans les écrits portant sur le Nord canadien, du passage du Nord-Ouest à la ruée vers l'or du Klondike. Les obstacles naturels offrent aux écrivains des situations psychologiques intéressantes à exploiter. Dans les histoires sur le Nord typiques, les voyageurs longent de rapides et dangereux cours d'eau; ils sont aux prises avec d'effrayantes forêts ou avec la toundra, sous le soleil de minuit durant l'été, ou pendant les nuits interminables de l'hiver.
Inuits regardant l'arrivée du C. D. Howe, le bateau de l'Expédition de l'est de l'Arctique, Pangnirtung (Territoires-du-Nord-Ouest, l'actuel Nunavut), juillet 1951
Comme l'indique le célèbre archéologue Robert McGhee, les Canadiens reçoivent des étrangers tant d'informations sur le Nord que celui-ci demeure un lieu imaginaire. Les peuples nordiques perçoivent le paysage différemment, eux qui pendant des siècles ont enregistré les récits dans la mémoire, par le biais de la tradition orale. Les ouvrages que Julie Cruikshank a consacrés aux femmes du Yukon, le livre Uqalurait (2004) dans lequel Susan Rowley et John Bennett présentent des traditions inuites et le film Atanarjuat (2001) réalisé par Zacharias Kunuk expriment tous avec vigueur l'importance que les récits autochtones accordent à la terre.
Encore récemment, les écrivains du Sud ignoraient généralement les peuples du Nord. Les missionnaires, qui ont fourni aux Canadiens, jusque dans les années 1950, une bonne partie de l'information concernant le Nord, ont été plus directs, mais ils ont néanmoins entretenu une image négative dans des ouvrages tels que Dwellers in Arctic Night (1928) et Perils of the Polar Pack (1932) d'Archibald Lang Fleming. Comme l'illustre Sherrill Grace dans Canada and the Idea of North (2001), les auteurs du Sud reconnaissent aujourd'hui que le Nord est une « patrie », et ils encouragent les Nordiques à « contrer » les dires selon lesquels leur patrie est déserte. Les deux points de vue s'opposeront encore car le Nord est autant une frontière littéraire d'exploitation qu'une frontière économique.