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ARCHIVÉE - Un voyage littéraire au Canada

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Villes littéraires

Québec

Ville Mère
par Kareen Martel, Université d'Ottawa

Photographie en noir et blanc, dans un passe-partout ovale, figurant un homme

Louis-Honoré Fréchette, photographié par Notman & Sons, vers 1890

Source

La ville de Québec a donné naissance à un grand nombre d'œuvres littéraires et d'auteurs, dont le poète national du Canada français au XIXe siècle, Octave Crémazie. Après avoir fréquenté le Petit Séminaire de Québec, Crémazie dirige avec son frère la librairie J. & O. Crémazie qui devient un lieu culturel notoire de la ville. Tout comme celle de nombreux autres poètes du XIXe siècle, dont Louis Fréchette, la poésie de Crémazie a un caractère historique et nationaliste. L'Épigraphe pour les Anciens Canadiens (1862) présente au lecteur les traits qui forgent le caractère unique et protecteur de la ville de Québec : son promontoire, ses pieds de roc et son fleuve géant.

Photographie en noir et blanc de vapeurs arrimés dans un port fluvial et d'un édifice palatial sur un cap à l'arrière-plan

Le Château Frontenac perché sur le cap Diamant, photographié par Clifford M. Johnson, Québec, 1933

Source

L'auteur Roger Lemelin, dont les œuvres participent à l'essor du roman de la ville dans les années 1930 et 1940, est également fils de Québec. Comme ses personnages, Lemelin est originaire du quartier Saint Sauveur en Basse Ville qui lui a inspiré le roman Au pied de la pente douce (1944). Dans cette œuvre, Québec est divisée en deux : les gens aisés et cultivés habitent au sommet de la Pente; les ouvriers, économiquement et culturellement pauvres, au pied de celle-ci. En arpentant la rue Colomb, le lecteur ne peut qu'éprouver de la compassion pour le personnage de Jean, emporté par la maladie. Lorsque son regard remonte la pente douce, il sourit en imaginant les Mulots, ces jeunes turbulents qui volent des fruits dans la Haute Ville pour ensuite dévaler la pente. Le sommet est associé à un autre fruit défendu, l'amour : «  La Pente Douce, on la montait le dimanche pour se reposer, par désœuvrement, pour voir d'en haut quelle image donnait le quartier. Les amoureux la prenaient, chaque soir, pour se rendre au parc des Braves, ce grand plateau vert garni de bancs discrets, plus près du ciel que de la terre 1 ».

Photographie en noir et blanc d'une femme assise, à l'extérieur, devant quelques arbres et un muret de pierre

Anne Hébert, photographiée par Harry Palmer, 1986

Source

Le romancier Jacques Poulin, de son côté, est un fils adoptif de Québec. Né en Beauce, Poulin rédige la plupart de ses romans dans la vieille ville. Dans l'univers de Poulin, le Vieux Québec est une mère protectrice qui serre ses enfants dans ses bras représentés par les remparts qui l'encerclent, au point de parfois les étouffer. Ce manque de liberté dans la vie personnelle et sociale représenté par la ville mène le personnage principal de Mon cheval pour un royaume (1967) à faire exploser le monument de l'esplanade près de la porte Saint Louis. Québec revêt également un caractère féminin et historique dans l'œuvre d'Anne Hébert, notamment dans Le premier jardin (1988).


 

1 Roger Lemelin, Au pied de la pente douce, Montréal, Le cercle du livre de France (Poche), 1967, p.200.