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ARCHIVÉE - Un voyage littéraire au Canada

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Villes littéraires

Toronto

Relier les ravins
par Amy Lavender Harris, Université York

Illustration en noir et blanc d'un pont en bois entouré d'arbres

Pont enjambant le ravin Rosedale, Toronto, vers 1887

Source

Dans l'iconique roman torontois intitulé La peau d'un lion (paru en anglais en 1987), Michael Ondaatje écrit : « avant que la ville réelle puisse être perçue, elle a dû être imaginée, à la façon dont les rumeurs et les grands contes constituent une sorte de cartographie ». L'entrelacs des terrains ravineux, viaducs, tunnels de métro, banlieues et gratte-ciel de Toronto incarne physiquement un paysage littéraire qui offre un atlas à la diversité culturelle et topographique de la ville.

La généalogie littéraire est liée aux récits oraux de Teiaiagon et Ganatsekwyagon, villages des Premières nations situés sur la rivière Rouge et la Humber. On pense que le nom vient d'une phrase mohawk qui signifie : « là où se trouvent des arbres dressés dans l'eau », source d'une riche métaphore pour une ville bâtie dans le lit d'un ancien lac.

Timbre-poste de 43 cents blanc avec illustration en couleurs figurant un parc dans le secteur riverain d'une ville avec sa ligne des toits à l'arrière-plan

Timbre-poste intitulé « Toronto, 1793-1993 », 6 août 1993

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Dans Noman (1972), la poète torontoise Gwendolyn MacEwen décrit les tendons et les os des édifices du centre-ville, extrayant la vie des sédiments de la ville. Anne Michaels compare les ravins de Toronto à des entrepôts de la mémoire urbaine dans Fugitive Pieces (1996). Et dans Brown Girl in the Ring (1998) de Nalo Hopkinson, la tour du CN devient un « arbre spirituel » qui tient son pouvoir du lac.

Photographie en noir et blanc d'un homme tenant une cigarette dans la main droite

Morley Callaghan, photographié par Walter Curtin, 1960

Source

Le populaire roman d'Ondaatje dans lequel les immigrants relient des ravins et bâtissent l'infrastructure publique torontoise se classe parmi les récits qui cartographient les traits de Toronto et l'évolution de la ville, autrefois trou perdu colonial et maintenant métropole canadienne la plus importante et diversifiée. Plusieurs récits montrent Toronto comme un paysage moral séparé par la ligne des classes sociales que démarquent les ravins de la ville; c'est les cas des œuvres de Morley Callaghan, des descriptions que donne Hugh Garner de la crise économique torontoise dans Cabbagetown (1968) et de Fugitive Pieces (1996) d'Anne Michaels.

D'autres textes placent la culture et le genre dans la grille géométrique de la ville : la satire sur les banlieues que donne Phyllis Brett Young dans The Torontonians (1960); la trilogie qu'Austin Clarke consacre à Toronto (The Meeting Point, 1967; Storm of Fortune, 1973; et The Bigger Light, 1975), dans laquelle il dépeint la lutte menée en 1950 par des immigrants caribéens de la classe ouvrière; Civil Elegies (1968), dans lequel Dennis Lee médite sur la citoyenneté locale; la description de la ville adolescente campée par Margaret Atwood dans La femme comestible (paru en anglais en 1969) et Œil-de-chat (paru en anglais en 1988); et les pénétrantes questions sur la diversité multiculturelle que pose Dionne Brand dans What We All Long For (2005).

« Rien dans une ville n'est distinct. / Une ville n'est qu'interpolation » écrit Dionne Brand dans son long poème intitulé Thirsty. Mais Toronto est une ville changeante, et sa littérature semble créer des récits aussi complexes que le terrain qu'ils cartographient.