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ARCHIVÉE - Histoires orales de la Première Guerre mondiale :
Les anciens combattants de 1914 à 1918

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Élement graphique : Administrant les premiers soins à un soldat canadien blessé.

Crête de Vimy

Traduction libre de la transcription fournie par Bibliothèque et Archives Canada.

Dans cette section :

Entrevue avec W.R. Lindsay : 22e Bataillon
Extrait de transcription, 16 minutes, 56 secondes

R. J'étais à Vimy avec le 22e Bataillon, la compagnie A, le premier peloton. Nous étions bien sûr sur la ligne entre Vimy et Neuville-Saint-Vast; mais celui-ci a été totalement détruit. Le jour, nous restions dans nos maisons, au sous-sol, là où les habitants conservaient leur vin. Ces caves étaient de vastes lieux sous terre. Nous ne pouvions ni voyager, ni aller aux tranchées, car Saint-Vast se trouvait en contrebas de Vimy. L'ennemi était là-haut, et nous en bas dans la vallée. Nous sommes restés là une partie de l'hiver, en attendant avril.

Q. Quel travail avez-vous accompli pendant l'hiver, à quoi avez-vous consacré votre temps?

R. Nous étions debout la nuit. À chaque garde, deux ou trois hommes restaient là, essayant de dormir un peu, et montant la garde. Puis les officiers devaient faire le va-et-vient jusqu'à la première ligne pour s'assurer que tout allait bien, que les hommes se portaient bien; et si l'un d'eux était blessé, ils devaient le sortir de là. Nous ne prenions aucun risque au cas où les patrouilles allemandes seraient arrivées, et se seraient glissées dans nos rangs. Aussi devions-nous surveiller sans relâche.

Q. L'armée essayait surtout de conserver Vimy.

R. Bien sûr, car Vimy a été attaquée par trois fois il me semble, dont deux fois par des Français. C'est ce qu'on m'en a dit. Français et Anglais ont entrepris trois tentatives pour s'emparer de la crête de Vimy, puis il a été décidé que le 9 avril, nous -- le Corps canadien -- devions à notre tour tenter de prendre Vimy. Tout le corps se trouvait là, avec l'artillerie et tout le reste. Nous sommes partis le matin à la pointe du jour, vers 5 h 30 environ, nous avons ouvert le feu à cette heure-là. C'était terrible. Nous ne pouvions ni parler, ni rien faire. Vous savez, le bruit était incessant. Le sol était préparé. Nous avions bombardé, au cours des trois semaines précédentes, les points faibles de la ligne allemande, afin d'immobiliser l'ennemi. Les Allemands se disaient que nous ne toucherions pas à leurs bastions, donc qu'ils n'avaient pas à s'inquiéter, et qu'ils pouvaient rester. Nos avions ont survolé ces bastions et ont rapporté quelques informations. Nous nous en sommes tenus à cela pendant trois semaines, et au matin du 9 avril, à 5 h 30, les Canadiens ont d'abord lancé des obus à gaz sur les bastions allemands qui ont ainsi été paralysés. Nous y avons réussi sans trop de difficultés. Le travail a été fait. Nous nous attendions à trois jours de combat, et tôt le matin, nous étions au sommet de Vimy. À l'aller, j'ai été blessé. Je n'ai pas été jusqu'à Vimy même, j'ai été blessé avant d'y arriver.

Q. La blessure était-elle grave?

R. Oh oui. J'ai été blessé ici. C'est étrange, je n'ai jamais su comment cela s'était passé. Le 22, nous devions être en troisième ligne, car la cinquième brigade comportait les 22e, 24e, 25e et 26e [Bataillons]. À chaque combat, chacun d'eux avait eu son tour. À Vimy, c'était à nous qu'il revenait d'être en troisième ligne. Il y avait là un jeune officier que j'avais rencontré à Sackville, et qui était très nerveux. Il n'était là que depuis quelques jours. Je lui ai dit : « Ne t'inquiète pas. » C'était difficile de quitter les tranchées car nous y étions à l'abri, mais sitôt sortis, nous n'avions plus rien pour nous protéger. J'ai dit à l'officier : « Je vais t'accompagner. » J'ai avisé mon officier non commissionné que j'allais sortir avec le jeune officier quelque temps, puis que j'irai rejoindre mon groupe. Je l'ai donc accompagné un certain temps, puis je l'ai salué d'un signe de la main; nous ne pouvions parler à cause du bruit des explosions survenant de chaque côté. Je l'ai accompagné aussi loin que possible et il a dit : « C'est bon, c'est bon. » Au moment de rejoindre mon groupe, j'ai jugé inutile de revenir sur mes pas sur une distance de près de 100 verges. J'ai donc décidé d'attendre là mes camarades. Je me suis alors allongé au sol et j'ai été atteint par un explosif détonnant. J'ai été touché au coude, dans l'os iliaque, et au-dessus du bas de la colonne vertébrale. Mon ordonnance, qui se trouvait avec moi, a crié : « Êtes-vous blessé? » Comme je ne pouvais répondre, il a appuyé son pouce sur mon œil pour vérifier si j'étais encore en vie. C'est ce que nous faisions d'habitude, appuyer avec le pouce pour faire cligner l'œil. Trois autres camarades ont essayé de me transporter, de m'installer dans un trou d'obus. De fait, ils ne m'ont pas transporté, et c'est heureux. Ils m'ont seulement tiré sur le sol par les bras. Et tout à coup, quelque chose comme un canon de quatre livres et de quatre pouces a atterri tout près de nous, et ils sont tombés. Je n'ai rien entendu. Je suis resté là un certain temps, presque entièrement recouvert de terre. Une heure après, lorsque la seconde ligne est arrivée, un ami a marché sur moi. Ce camarade, Bellamy LaCorte, venait de Gaspé. Je le connaissais bien. Nous avions été à l'école ensemble, puis au collège, et ainsi de suite. Il a simplement marché sur moi. J'avais bien mal, mais j'ai retenu un sifflement. Je savais que quelqu'un arrivait; il s'est arrêté et m'a dit : « Je vais te faire transporter. » « C'est inutile, lui ai-je répondu, je suis déjà presque mort. » J'avais reçu un terrible coup à la colonne vertébrale, dans mon dos, et tout mon corps était paralysé. Alors j'ai ajouté : « Garde tes hommes, tu auras besoin d'eux. » Il est parti après avoir parlé avec moi du mieux que nous pouvions, puis deux Allemands sont arrivés, m'ont regardé, et ils ont commencé à parler entre eux. Il était évident que je portais un uniforme de soldat, mais j'avais deux étoiles à l'épaule, et c'est tout ce qu'ils ont vu. L'un des deux Allemands a dit en me tapant à l'épaule : « C'est bon, officier anglais, c'est bon. » L'un d'eux est parti et il est revenu avec deux autres Allemands et une civière. Ils avaient une civière. Cela leur assurait une certaine sécurité, car souvent, nous avions des camarades pris ici ou là. Au début, nous n'étions pas tenus de faire des prisonniers, c'est l'ordre que nous avions reçu. Quoi qu'il en soit, en transportant une civière, ils avaient une chance de s'en sortir. Ils m'ont transporté, mais ils ont entendu le bruit des obus. C'est étrange, on est toujours effrayé par le bruit de nos propres canons. On se fiche bien des obus ennemis. Bien sûr, on ne les apprécie pas, mais on s'y attend. Tandis que lorsqu'on entend approcher le sifflement de ses propres obus, on n'aime pas cela. Bref, ils entendaient approcher leurs propres obus. Ils déposaient chaque fois la civière et s'allongeaient au sol. Mon dos faisait mal, je tremblais entièrement. Ils m'ont emmené ainsi.

Q. On vous a déposé souvent.

R. Oh, oui. Eh bien, il y avait là de nombreux blessés graves sur des civières. On m'a mis avec les autres. Nous avions un petit train qui transportait jusqu'à nous les rations et les munitions. On nous a mis dans ce petit train qui devait nous emmener à Mont-Saint-Éloi. Mais comme les rails étaient plus ou moins endommagés, il était désagréable d'être à bord de ce petit train. À Mont-Saint-Éloi, on m'a envoyé en ambulance. Les routes étaient mauvaises. Environ six pouces de neige fondante recouvraient les routes tout le long du front. Les ambulanciers conduisaient vite. Nous étions quatre blessés en civière dans l'ambulance, et la première chose dont je me sois aperçu, c'est que les trois autres étaient morts, et moi, je n'étais pas en bien meilleur état qu'eux. J'ai tenu bon, je n'étais pas inconscient, ça allait. Je supportais mon mal. Nous avons abouti je ne sais où, et les ambulanciers nous ont installés dans une grande tente. Il y avait trois grandes tentes, et j'étais dans la première. Il s'est mis à pleuvoir. La tente était percée, et l'eau de pluie tombait sur moi. Je me suis rendu compte que ma civière, couverte de toile brute, gardait l'eau. Je me retrouvais donc dans l'eau, chaussé de grandes bottes de caoutchouc. J'ai passé une nuit difficile. J'ai frôlé la mort cette nuit-là. Le lendemain, on m'a transporté dans un petit hôpital. J'étais content car l'hôpital était construit en bois. On a ouvert ma hanche, c'est tout. Je suppose qu'on a retiré les éclats, je ne le sais pas. Je sais qu'il reste quelque chose, j'ai parié qu'il reste 50 morceaux. Personne ne veut relever le pari, à cinq dollars le morceau. Je dois avoir une centaine de morceaux. Je n'ai pas été longtemps à l'hôpital. On m'a fait sortir et on m'a envoyé en bateau, mais par erreur, on m'a mis avec les troupes anglaises. À cause de mon nom ou pour toute autre raison, on a commis une erreur, c'est certain. J'ai débarqué à Manchester, à l'hôpital britannique. J'y étais le seul Canadien. J'ai eu de la chance. J'ai compris plus tard que j'ai eu de la chance, car j'ai été bien soigné. On n'a pas fait grand-chose pour moi, car il n'y avait rien à faire. Mais je pouvais avoir tout ce que je demandais, et cela m'a beaucoup aidé. J'avais des problèmes, non, plutôt des disputes avec les médecins : « Si vous ne faites pas ceci, ou cela, on ne s'occupera pas de vous. » À quoi je répondais : « Ce n'est pas grave, je vais prendre soin de moi. » J'ai fait une foule de bêtises, disons, mais peu importe, c'est comme cela que je m'en suis sorti. Autrement, je serai resté là, sans jamais plus pouvoir bouger, pas même la première fois que je me suis levé. On m'a levé, car je ne pouvais pas le faire par moi-même. On m'a installé dans un grand fauteuil. Mes jambes faisaient mal. Tout mon corps allait mal. Avant d'être blessé, je pesais 220 livres. Et à Manchester, à l'hôpital qui se trouvait rue Witworth, il y avait une infirmière du nom de Thompson qui me prenait dans ses bras pendant que l'autre changeait les draps de mon lit. Je ne pesais même plus 125 livres.